Archives de Catégorie: Cri de colère

Chili : ce 11 septembre dont personne ne parle plus

C’était un 11 septembre. Des avions détruisaient des bâtiments. C’était en 1973. C’était au Chili. Le coup d’état militaire, financé par la CIA, allait ouvrir les portes à l’une des dictatures les plus sanglantes qu’ait connue le continent sud-américain. Ce 11 septembre-ci, la démocratie a vraiment été bafouée, humiliée, martyrisée. Ce 11 septembre-ci restera gravé à jamais dans ma mémoire. Et si je maintiens que, dans les médias officiels on n’en parle quasiment plus -hommage à France Culture qui détonne heureusement dans cette atonie -, des gens comme Bernard Langlois, mon complice de chez Bab El Ouest ou mon amie très chère Brigitte ne manquent pas de rappeler le souvenir de cette date symbole.

Pour l’occasion, nul besoin d’en dire plus. La décence et l’humilité exigent que l’on s’efface pour céder la place aux mots de celui qui restera à jamais mon Très Cher Frère, Salvador Allende ; mots prononcés en direct du Palais de la Moneda, siège de la Présidence chilienne :

« Je paierai de ma vie la défense des principes qui sont chers à cette patrie. La honte tombera sur ceux qui ont trahi leurs convictions, manqué à leur propre parole et se sont tournés vers la doctrine des forces armées.

Le Peuple doit être vigilant, il ne doit pas se laisser provoquer, ni massacrer, mais il doit défendre ses acquis. Il doit défendre le droit de construire avec son propre travail une vie digne et meilleure. À propos de ceux qui ont soi-disant « autoproclamé » la démocratie, ils ont incité la révolte, et ont d’une façon insensée et douteuse mené le Chili dans le gouffre. Dans l’intérêt suprême du Peuple, au nom de la patrie, je vous exhorte à garder l’espoir. L’Histoire ne s’arrête pas, ni avec la répression, ni avec le crime. C’est une étape à franchir, un moment difficile. Il est possible qu’ils nous écrasent, mais l’avenir appartiendra au Peuple, aux travailleurs. L’humanité avance vers la conquête d’une vie meilleure.

Compatriotes, il est possible de faire taire les radios, et je prendrai congés de vous. En ce moment des avions sont en train de passer, ils pourraient nous bombarder. Mais sachez que nous sommes là pour montrer que dans ce pays, il y a des hommes qui remplissent leurs fonctions jusqu’au bout. Moi, je le ferai, mandaté par le Peuple et en tant que président conscient de la dignité de ce dont je suis chargé.

C’est certainement la dernière occasion que j’ai de vous parler. Les forces armées aériennes ont bombardé les antennes de radio. Mes paroles ne sont pas amères mais déçues. Elles sont la punition morale pour ceux qui ont trahi le serment qu’ils ont prêté. Soldat du Chili, Commandant en chef, associé de l’Amiral Merino, et du général Mendosa, qui hier avait manifesté sa solidarité et sa loyauté au gouvernement, et aujourd’hui s’est nommé Commandant Général des armées.

Face à ces évènements, je peux dire aux travailleurs que je ne renoncerai pas. Dans cette étape historique, je paierai par ma vie ma loyauté au Peuple. Je vous dis que j’ai la certitude que la graine que l’on a confiée au Peuple chilien ne pourra pas être détruite définitivement. Ils ont la force, ils pourront nous asservir, ils mais n’éviteront pas les procès sociaux, ni avec le crime, ni avec la force.

L’Histoire est à nous, c’est le Peuple qui la fait.

Travailleurs de ma patrie, je veux vous remercier pour la loyauté dont vous avez toujours fait preuve, de la confiance que vous avez accordé à un homme qui fut le seul interprète du grand désir de justice, qui jure avoir respecté la constitution et la loi. En ce moment crucial, la dernière chose que je voudrais vous dire, c’est que la leçon sera retenue.

Le capital étranger, l’impérialisme, ont créé le climat qui a cassé les traditions : celles que montrent Scheider et qu’aurait réaffirmé le commandant Araya. C’est de chez lui, avec l’aide étrangère, que celui-ci espérera reconquérir le pouvoir afin de continuer à défendre ses propriétés et ses privilèges.

Je voudrais m’adresser à la femme simple de notre terre, à la paysanne qui a cru en nous, à l’ouvrière qui a travaillé dur et à la mère qui a toujours bien soigné ses enfants. Je m’adresse aux fonctionnaires, à ceux qui depuis des jours travaillent contre le coup d’État, contre ceux qui ne défendent que les avantages d’une société capitaliste. Je m’adresse à la jeunesse, à ceux qui ont chanté et ont transmis leur gaieté et leur esprit de lutte. Je m’adresse aux Chiliens, ouvriers, paysans, intellectuels, à tous ceux qui seront persécutés parce que dans notre pays le fascisme est présent déjà depuis un moment. Les attentats terroristes faisant sauter des ponts, coupant les voies ferrées, détruisant les oléoducs et gazoducs, face au silence de ceux qui avaient l’obligation d’intervenir. L’Histoire les jugera.

Ils vont sûrement faire taire radio Magallanes et vous ne pourrez plus entendre le son métallique de ma voix tranquille. Peu importe, vous continuerez à m’écouter, je serai toujours près de vous, vous aurez au moins le souvenir d’un homme digne qui fut loyal avec la patrie. Le Peuple doit se défendre et non pas se sacrifier, il ne doit pas se laisser exterminer et se laisser humilier. Travailleurs : j’ai confiance dans le Chili et dans son destin. D’autres hommes espèrent plutôt le moment gris et amer où la trahison s’imposerait. Allez de l’avant sachant que bientôt s’ouvriront de grandes avenues où passera l’homme libre pour construire une société meilleure.

Vive le Chili, vive le Peuple, vive les travailleurs ! Ce sont mes dernières paroles, j’ai la certitude que le sacrifice ne sera pas vain et qu’au moins surviendra une punition morale pour la lâcheté et la trahison. »

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Bonus vidéo : TheSaintCyr « Soft Riot »

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PSA Aulnay : où sont les « irresponsables » ?

A Aulnay-sous-Bois, du côté de l’usine PSA, c’est la rentrée aujourd’hui. Après des congés et une semaine de chômage technique. Vous avez pu suivre, ici et , que le site est bel et bien menacé de fermeture en 2014, condamnant les salariés de PSA, ceux de la sous-traitance et leurs familles. C’est dans ce climat que les PSA ont repris le chemin de leur boîte ce 4 septembre au matin, pendant que leurs bambins prenaient, eux, la direction de l’école.

J’ai suivi, sur les chaînes d’absence d’info, cette reprise. J’ai écouté le camarade Jean-Pierre Mercier, délégué CGT, expliquer les mesures prises par la direction : renforcement des équipes de vigiles, « sécurisation » d’un bâtiment pour éviter les éventuelles séquestrations de cadres, directives pour faire considérer tout dépassement du temps de pause ou toute discussion hors des temps prévus pour comme du « temps de grève ». Un arsenal préventif aux relents… que vous voudrez bien qualifier de vous-mêmes. Et qui a bien dû coûter quelques centaines de milliers d’euros. Mais, c’est bien évidemment d’une réaction violente des syndicalistes que le pouvoir en place tient à prévenir le bon téléspectateur.

Dans cette mission, l’inénarrable Arnaud Montebourg, déjà étrillé dans ces colonnes, justifie pleinement le mal que j’en dis en appelant les syndicats à « faire preuve de responsabilité économique ». Pour être sûr de se bien faire comprendre, il en a rajouté : « Les syndicats doivent penser à tous ceux qui restent, les 100 000 salariés de Peugeot ». Ce sont bien évidemment les syndicalistes qui envisagent de délocaliser leur outil de travail au motif que les bénéfices de PSA sont orientés à la baisse par rapport à l’exercice précédent. Ce sont bien évidemment les syndicalistes qui condamnent dix milles (!) personnes au chômage dans un département qui a déjà connu plus que son comptant de plans de licenciements. Putain, Arnaud ! La décence, ça te dérange à ce point-là ? A tout le moins, il est en cohérence avec les courbettes qu’il a prodiguées au lobby ultra-minoritaire mais patronal appelé le MEDEF.

N’attendant rien de Montebourg, j’escomptais questionner Moscovici, son supérieur du Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie avec lequel, parmi d’autres blogueurs, j’avais rendez-vous hier soir. J’ai en mémoire quelques chiffres. PSA n’a réalisé que 588 millions d’euros de bénéfices mais va dépenser un milliard d’euros (!) pour fermer Aulnay. D’un autre côté, le Crédit Immobilier de France, la banque bien connue (si, si, cherchez bien) se voit offrir la garantie de l’Etat à hauteur de 20 milliards d’euros. On peut donc impunément saigner l’industrie automobile française, mettre à mort 10 000 personnes, tant que les banques sont sauvées. A cette question, Moscovici ne répondra pas. Une urgence l’a contraint à annuler notre rendez-vous collectif. Je ne lui en tiens pas grief, le seul souci reste que ma liste de question s’allonge de jour en jour.

Pour en revenir à la situation de PSA, qui est accessoirement en délicatesse avec le fisc espagnol, les résultats se seraient aggravés depuis la publication des chiffres pour 2011. On parle de 800 millions d’euros de perte. Soit. Là, effectivement, on peut parler de problème économique. On peut aussi se rappeler que les propositions des organisations syndicales, ces « irresponsables » (sous entendu de Montebourg), visant à réorienter la production en direction de modèles écologiques, ou hybrides à tout le moins, sont toujours restées lettre morte. Plutôt que d’investir pour faire évoluer sa gamme, en tenant compte des aspirations citoyennes à des véhicules plus respectueux de l’environnement, PSA a préféré rester campé sur la production de voitures à moteur diesel et n’a cherché la diversification que dans les marchés émergents où le groupe a construit des usines.

Bienvenue dans le merveilleux monde du capitalisme. Là où l’être humain n’est qu’une variable d’ajustement comme tant d’autres. La rentrée des amis de PSA me laisse un goût amer. L’inanité des discours gouvernementaux me laisse sans voix, bien que sans surprise. Pour chacun d’entre-nous, l’heure est au choix : se mobiliser aux côtés des salariés d’Aulnay ou renoncer, comme l’a déjà fait le parti « dit sérieux ».

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Bonus vidéo : Jane’s Addiction « The Riches »


Hommage aux anars espagnols, arrestation des anars français

Décidément, les Staliniens ne sont pas – toujours – ceux que l’on croit. La Commémoration 2012 de la Libération de Paris par les combattants de la 2e Division blindée commandée par le général Leclerc a été l’occasion d’un épisode ô combien malheureux. Outre qu’est régulièrement oublié le soulèvement des Forces Françaises de l’Intérieur dirigé par le camarade communiste Henri Rol-Tanguy, cette année nos camarades anarchistes ont fait les frais de la répression.

Eu égard à l’hommage rendu explicitement aux combattants espagnols de la « nueve », la 9e compagnie, de la 2e DB, – par le président de la République lui même ! – les militants de la Fédération Anarchiste, d’Alternative libertaire et d’autres encore sont venus – exceptionnellement à ma connaissance – rendre hommage aux leurs. C’est que les combattants de la « nueve » étaient pour beaucoup des Républicains espagnols et surtout des anarchistes, survivants de la 26e division républicaine (ex colonne Durutti). Je me permets de vous faire partager le témoignage de Luis Royo, le dernier des Espagnols de la « Nueve » :

« Des Républicains espagnols qui sont entrés dans Paris avec la Nueve, la neuvième compagnie de la deuxième DB, commandée par le capitaine Dronne, il ne reste que moi. Je suis fier de participer au soixantième anniversaire de la libération de la capitale. Pour le cinquantième, personne n’a pensé à nous. Nous n’avons pas été invités aux commémorations. Nous étions alors plusieurs. Maintenant, il ne reste plus que moi. Les autres sont partis sans reconnaissance.
J’avais 17 ans quand j’ai fui le franquisme. Je suis arrivé en France en 1939 par les montagnes à Prats-de-Molo. J’ai été interné sur place puis déplacé au camp d’Agde. Là, des tantes qui étaient installées dans la région sont venues me réclamer. Leurs hommes étaient à la guerre. Elles avaient besoin de bras à la ferme.
Quand il y a eu l’armistice, les autorités françaises n’ont pas voulu renouveler mes papiers. Les gendarmes m’ont donné le choix, l’Espagne, l’Allemagne ou la Légion pour laquelle j’ai opté comme beaucoup d’Espagnols. J’ai déserté pour la France Libre, la 2e DB.
Quand les Américains ont eu consolidé la tête de pont normande nous avons débarqué le 1er août 44 à Omaha Beach. Nous avons nettoyé la poche de Falaise du 7 au 21 août. Le 23, nous avons couché à Arpajon, le 24 neutralisé un char allemand à la Croix de Berny.
Le 25 à Paris, notre bataillon a libéré les Invalides et l’Ecole Militaire. Le 26, nous avons rejoint l’Hôtel de Ville. Puis on a attendu de l’essence au Bois de Boulogne jusqu’au 7 septembre avant de partir vers la Moselle où j’ai été blessé.
Depuis, j’ai un bout de ferraille dans le poumon. j’ai été soigné dans un hôpital américain en Angleterre puis j’ai été démobilisé sans un sou, sans habits, sans logement, sans travail ».

Pour en savoir plus, je vous renvoie à la lecture de cet article assez complet de mes camarades du Parti de Gauche Midi-Pyrénées. Nos amis libertaires ont donc souhaité saluer la mémoire de combattants antifascistes dont ils revendiquent fort justement l’héritage. Pour ma part, la présence de libertaires dans une commémoration organisée par la République, je trouve ça chouette.

Mais voilà ! Les anars étaient venus avec leurs drapeaux. Noirs. Ils se sont vus accuser de « rassemblement interdit », alors que la commémoration était évidemment publique, et d’arborer des « drapeaux non républicains ». Les libertaires ont été pris à partie par la police, qui n’agissait sûrement pas sans ordre. Résultat des courses, quinze militants de la Fédération Anarchiste ainsi qu’un militant d’Alternative Libertaire et deux passantes sont restés quatre heures aux commissariats du huitième et du neuvième arrondissement pour avoir voulu honorer la mémoire des valeureux combattants de la « Nueve ». Moi, sérieux, ça me choque.

Les rapports entre la tendance dans laquelle je me reconnais et les camarades libertaires n’ont pas été souvent marqué du sceau de la fraternité militante. En ce mois d’août où il est de bon ton de saluer la mémoire du « Vieux » (Léon Trotsky) assassiné ce mois de 1940 par Ramon Mercader sur ordre de Staline, je me souviens que ce même « Vieux » a commandé l’Armée rouge qui a massacré les anarchistes ukrainiens regroupés derrière Makhno comme les marins de Cronstadt qui refusaient l’autoritarisme léniniste. Je peux aussi évoquer, moi qui m’intéresse à la guerre d’Espagne, les combats fratricides entre staliniens et anarchistes de 1936 à 1938. Dans ces conflits de famille, les sociaux démocrates étaient toujours restés à l’écart. Jusqu’à ces dernières années.

Il est extrêmement regrettable que, en présence du « président normal », la commémoration de la Libération de Paris ait été marquée, cette année, par des arrestations de militants anarchistes. Pour qui croit à la force des symboles, celui-ci est plus que malheureux qui laisse à croire que, en raison de ses positions politiques, on puisse être exclu de cérémonies républicaines. Je suis sûr qu’une telle mésaventure (veuillez excuser l’euphémisme) n’arriverait pas à des anciens combattants nostalgiques de l’Algérie française.

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Bonus vidéo : Métal Urbain « Anarchie en France »


Le chasseur de Rroms est à l’affût

Ce lundi matin, heureusement que j’avais rendez-vous à Gentilly. L’usager du RER D que je suis aurait bien eu du mal à se rendre au travail. Mon train habituel, terminus Corbeil-Essonne, était systématiquement supprimé. Une courte minute de réflexion m’a permis de comprendre : en prenant mon petit-déjeuner, plus tôt, je m’abreuvais de cette chaîne qui a la couleur de l’info, le goût de l’info mais qui n’est pas de l’info : >itélé. A Evry, ville dont l’actuel sinistre de l’Intérieur fut autrefois maire, les forces de l’ordre ont procédé, à l’heure du laitier, à l’expulsion d’un camp de Rroms situé le long de la voie ferrée où passe mon RER. Tout s’explique donc.

Pour une fois, les usagers ne sont donc pas « pris en otage par la grève » (huées, sifflets, quolibets, tout ça…) mais ils sont pris en otage par une rafle policière menée, comme de juste, « avec humanité et cœur ». J’habite à deux pas de l’église Saint-Bernard, ce qui explique combien j’affectionne ce trait d’humanisme du pas regretté du tout Jean-Louis Debré, modèle des Sarkozy, Guéant et, aujourd’hui, Valls. A en croire le Premier ministre, les expulsions de Rroms ne devaient plus avoir lieu qu’en application de décisions de justice. Il se trouve que la question du camp d’Evry devait être tranchée par le tribunal le lendemain de l’expulsion, donc demain. Comme disait un autre sinistre de l’Intérieur, « les promesses n’engagent jamais que ceux qui les reçoivent ». En tous les cas,la recette, pour populiste qu’elle soit, ambitionne d’assurer la popularité de celui qui la cuisine.

Pour ce qui me concerne, j’avais été édifié la veille sur la question des Rroms. Certains de mes amis étaient à Rock en Seine, bon nombre avaient préféré les Estivales du Front de Gauche à Saint-Martin d’Hères. Quant à moi, ruiné par mes vacances et ayant un peu de boulot sur le feu, je suis resté dans la capitale. Ce dimanche fin d’après-midi me trouve donc attablé à l’un de mes rendez-vous favoris du 18e arrondissement de Paris, métro Marx-Dormoy. A la table voisine, un homme vêtu de cuir des bottes au blouson, les ray bans solaires sur le nez, sirote à vue de nez son troisième rosé, si j’en crois les notes coincées sous son cendrier. Il est 19h, rien à dire. L’homme sort son portable et engage une conversation :

« – Oui. Il y a là un groupe de Rroms. Ils font la manche. Ils dérangent les gens à la terrasse des cafés.

– (…)
– Oui, on sait comment ça se passe : les vieilles dames qui se font arracher leur sac.
– (…)
– Vous avez un quart d’heure et on intervient.
– (…)
– Quinze minutes top chrono et vous intervenez. »

Sur le coup, je reste un tantinet interloqué. Ma compagne revient des toilettes et réclame mon attention. Je m’exécute de bon cœur quoi qu’un poil décontenancé par cette conversation. Qui reprend quelques minutes plus tard, quand l’homme de la table d’à côté a fini son rosé. Auparavant, il a allumé un cigarillo sorti d’une boîte en fer. Il a passé le temps dans l’intervalle à scruter les rues alentour.

« – Bon. Qu’est-ce que vous faites ?
– (…)
– Oui. On les renvoie à la frontière.
– (…)
– On fait un convoi et on les renvoie à la frontière. »

Le ton, du premier appel au second, est monté. S’est fait plus sec. Impératif. L’homme de la table d’à côté n’a pas l’air de goûter de devoir s’expliquer. Il scrute avec plus d’attention les trottoirs en face. Une voiture de police arrive.

« – Ca y est. Je vous vois. »

L’homme de la table d’à côté se lève. Quitte la table en courant au petit trot. Il fait chaud malgré l’heure tardive. Le rosé peut être. L’intervention débute. Dans l’indifférence générale. Elle me rappelle il y a deux ans en arrière les rafles de Chinois à proximité du métro Belleville. La cible a changé, le président aussi, le sinistre de l’Intérieur également. Demain, d’autres RER ou TER seront interrompus pour que les forces de l’ordre du « président normal » puissent procéder à leur besogne. Et d’autres chasseurs de Rroms tiendront l’affût. Les cafetiers de Paris et de Province sont rassurés : à tout le moins, le rosé se vendra bien.

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Bonus vidéo : Bloc Party « Hunting For Witches (Crystal Castles Remix) »


Espagne : la marche noire des mineurs vire au rouge

J’ai déjà blogué sur le sujet et encore hier. Je me permets de poursuivre en publiant les photos qui ont marqué la marcha negra des mineurs espagnols sur Madrid. Ils sont arrivés dans la nuit du 10 au 11 juillet.

Dans la journée de ce mercredi 11 juillet, les mineurs venus de toute l’Espagne ont été rejoints dans les rues par la population madrilène. Le cortège était beau et puissant.

Les mineurs remontent dans leurs bus après la manifestation. Mais… à côté…

A côté, ou en marge de la manifestation, la répression commence.

Les affrontements débutent entre des mineurs et la police devant le ministère de l’Industrie.

Selon les informations que j’ai glanées, le SAMU qui a finalement soignée cette femme de mineurs blessée par la police a été longtemps bloqué par les « forces de l’ordre ».

Voilà pour aujourd’hui… Les photos parlent d’elles mêmes.

Grand merci à Monabone75 pour son relais de la lutte exemplaire de nos frères espagnols.

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Bonus video : La Polla Records « Capitalismo »


Les fabulistes fabuleuses, Grazia, Mondadori et le plagiat

Et bien… Je sais que c’est la crise pour les entreprises capitalistes. Je sais aussi que la presse marchande traverse une mauvaise passe. Je sais aussi que le culot remplace bien souvent la créativité. Mais tout de même…

Oui, évidemment, c’est aussi parce qu’Angelina est une amie que je réagis ainsi. Mais tout de même : voici l’histoire édifiante d’un magazine féminin, qui appartient au groupe Mondadori, lequel n’est pas particulièrement à la rue en matière financière, et qui plagie sans vergogne deux « frêles blogueuses ». Pour en savoir plus, je vous suggère de lire leur lettre ouverte au dit magazine.

Cher Grazia,

Peut-être ne le sais-tu pas, mais avant ta série sexo de cet été intitulée « In bed with… », il a existé un concept de billet sexuel de haute volée sociologique, très drôle, riche en conseils, en allusions, en jeux de mots, en aphorismes et en clins d’oeil pour toutes les bouches et pour toutes les bourses. Originellement connue sous un titre qui se veut un hommage à un film à peu près culte, « Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un amant (trois petits points) », cette série écrite à quatre mains illumine, depuis deux ans déjà, les blogs respectifs de BritBrit Chérie, déesse des blogs féminins, et d’Angelina, pondeuse occasionnelle de petites fables. A ce jour, notre productivité a déjà commis un mode d’emploi de l’amant communiste, l’amantécolo, l’amant geek, l’amant de droite, jusqu’à un amant grec manifestement très inspirant. 


Quelle ne fut donc pas notre surprise de découvrir cette semaine dans tes pages, ce guide de survie sexuelle chez nos amis Grands Bretons rédigé par une journaliste très documentée sur les moeurs de nos cousins d’Outre-Manche. 

Cet article qui décortique le parcours de la combattante française (ta lectrice) ayant la distrayante idée de vouloir pécho de l’English, utilise sans aucune autre forme de procès et donc sans gêne, notre concept de l’amant testé et passé au crible de notre sagacité. 

Quoique de l’avis général beaucoup moins drôle et beaucoup moins chiadé au niveau de l’écriture et des références culturelles, ce « In bed with… » est, selon nous, une grossière déclinaison de notre série coquine malgré un découpage par thèmes – lorsque nous sommes plutôt dans la thèse-antithèse – qui ne trompe personne. 

Que ta journaliste, en mal d’idées et de propositions pour remplir tes colonnes de sexe à deux balles et pas drôles, soit tombée sur l’un de nos billets va sans dire. Qu’elle s’en soit inspirée pour maintenir son taux de production rédactionnelle et insuffler un semblant de créativité dans tes pages n’est ni répréhensible ni honteux. Quoique.

A Palerme, les camarades ont compris.

Ce qui est par contre tout à fait scandaleux, c’est de n’avoir aucune imagination, de saupoudrer deux ou trois pauvres blagounettes, deux ou trois allusions à de vagues statistiques dont la source n’est même pas indiquée, dans un article plat qui distille plus l’ennui que l’envie de coucher avec un Anglais ou quoi que ce soit d’autre. Note que nous avons la décence de ne pas évoquer les effroyables clichés et contrevérités véhiculés ici et là. 

Se faire voler une idée n’est jamais agréable et peut-être devrions-nous le prendre comme une forme d’hommage à notre fécondité plumitive. Mais se faire bassement copier une idée brillante et drôle pour se retrouver vulgairement collées à la va-vite, sans joie et sans imagination, nous a fait sortir de nos gonds. Ce n’est pas que nous ne soyons pas prêteuses, mais tu trouveras cela peut-être idiot, nous aimons que le fruit de notre travail soit respecté un minimum.

Après maints tweets rageurs dont tu trouveras le détail ci-après, adressés à ton community manager, le sommant de s’expliquer, nous sommes actuellement toujours dans l’attente d’une réponse. Peux-tu nous rassurer sur son état de santé ? Est-il en vie ou simplement planqué dans le bureau du service juridique ?

Ce silence en unique retour, nous avons pris le parti de t’adresser cette lettre ouverte pour te sommer de reconnaître ce grave manquement déontologique et de t’expliquer sur ce dérapage inacceptable.

(…)

BritBrit Chérie & Angelina

Lire la totalité de la lettre ouverte d’Angie et Britbrit ici.

 

 

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Bonus vidéo : Britney Spears « Criminal (Stay Boy Remix) »


Montre-moi ce que tu n’augmentes pas et je te dirais qui tu sers

J’aurais pu ou dû titrer cette note « le foutage de gueule c’est maintenant ». Mais la formule commence à montrer ses limites. Heureusement, pour ce gouvernement s’entend, que la résignation dure depuis longtemps. Parce que, là, en matière de symboles, nous sommes servis. L’inflation (l’augmentation « naturelle » du coût de la vie en milieu capitaliste ambiant) est estimée à 1,4 %, ce qui est une estimation basse. Le SMIC va bénéficier de son « coup de pouce » : bilan des courses, + 2 %. Ce qui, enlevée l’inflation, fait une hausse du pouvoir d’achat de 0,6 %. Fermez le ban, mesdames, messieurs. On avait beau s’y attendre, ça fait toujours mal au cul. La hausse est de 21,5 € sans l’inflation, 6,90 € avec.

Oui, je fais, du coup, partie de ceux qui estiment, montrés du doigt par le fellow left blogger Politeeks, que « à première vue le changement Hollandais ne va pas assez vite ». Si je rajoute les 355 créations de postes d’enseignants (!) annoncés par Peillon dans le secondaire, comment te dire ? Oh, oui ! T’inquiète coco, j’ai entendu Jérôme Cahuzac ce matin chez Bourdin et sa sortie sur « les ardoises cachées du gouvernement précédent ». Reste que, dans les deux premiers mois, tout est affaire de symbole. Parce que le symbole donne du sens et pas qu’en termes de direction. Et là, le symbole est fort ! Mon ami nouveau front de blogueur Jean-Charles a raison : « C’est un coup d’ongle ». Vous savez, ce coup donné avec l’ongle qui érafle gentiment la confiance accordée.

Ah ouais… Y a l’Europe, tout ça… Cahuzac encore : « Il nous faudra tenir les engagements du gouvernement précédent et tenir la réduction des déficits publics ». Les dépenses seront gelées à un milliard d’euros. Bon… Ça aussi c’est fait, on dirait. L’austérité n’attendra pas demain. Genre aussi, la « règle d’or » ne sera pas remise en cause. Bien au contraire. Incidemment, en écoutant Fox News version française, on apprend – enfin ! – qu’en septembre prochain le gouvernement français devra présenter son projet de loi de finances aux institutions bruxelloises. C’était un des points du Mécanisme européen de stabilité que nous autres, membres du Front de Gauche, dénonçons, sous les risées, depuis des mois. Je n’ai pas entendu Cahuzac remettre ce point en cause. Merci, m’sieur.

Par contre, j’ai entendu la complainte du patronat : « La hausse du SMIC c’est la môôôrt de l’entreprise ! Rendez-vous compte, ces charges (sic) nous étranglent ». Blah blah blah. Et le présentateur d’Itélé cette fois (Fox même made in France, je ne peux pas longtemps) d’ajouter : « Des critiques relayées y compris à gauche ». Suivez son regard vers la rue de Solferino. Faudrait pas remettre en cause la sacro-sainte compétitivité. Non mais des fois…

Sauf que, je crois l’avoir écrit ici déjà, la France était le 4e pays le plus attractif pour les investissements étrangers, du temps où son « coût du travail » était encore plus élevé qu’aujourd’hui, je parle sous le gouvernement Jospin venant d’accoucher des 35 heures (avec annualisation du temps de travail quand même). Ces fameuses 35 heures n’étaient pas pour rien, d’ailleurs, dans ce regain de compétitivité. Pour utiliser le langage de l’ennemi. Sauf que, aussi, l’économie française a longtemps trouvé son moteur dans la consommation des ménages. Longtemps… avant le gouvernement Merkozy.

C’est drôle comme l’actualité percute les réflexions politiques. Demain, c’est le début des soldes. Les commerçants annoncent des réductions significatives dès le premier jour, genre 50 % et plus, rapport au fait que les ménages ne consomment plus. C’est ballot ! Idem avec les vacances. Rhhoooo, z’êtes relous les gens ! Voulez pas faire un crédit pour soutenir les efforts du « président normal » ? Ah… Vous vouliez bien mais votre banquier veut pas ? Parce que le gouvernement ne soutient pas la relance de l’activité par la consommation ? A croire que c’est une sorte de serpent qui se mord la queue.

En tous les cas, on a compris : montre-moi ce que tu n’augmentes pas et je te dirais qui tu sers. Le PS, fidèle à sa nature, sert les intérêts de la bourgeoisie. La droite n’a pas le monopole de ce choix. Nous, on a rendez-vous jeudi :

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Bonus vidéo : Pigface « I Hate You In Real Life Too »


Vomir ou la soirée électorale de trop

Bon, ce lundi matin, je vais me laisser aller. Ne cherchez rien de constructif, aucune analyse… Rien, vous dis-je. Au bout de la séquence électorale englobant présidentielles et législatives, sans rien renier de ce que j’ai écris sur le sujet ici et encore ici, je vais me laisser aller. Si vous voulez mieux qu’un ressenti, je suis navré de ne pouvoir vous l’apporter. Cette soirée électorale était la soirée de trop.

J’arrive au bout de mes capacités en la matière et, comme j’ai déjà eu l’occasion de le préciser, j’ai besoin d’exprimer mon amertume pour pouvoir passer à autre chose. Un autre chose qui m’attend dès mercredi puisque je participerai à l’assemblée générale du Parti de Gauche en Seine-Saint-Denis.

Hier soir, j’assistais comme bon nombre d’entre-vous à la soirée électorale consacrée au second tour des élections législatives. Les choses étaient pliées pour ma formation, le Front de Gauche. C’est donc sans aucun espoir que je me suis confronté à l’écran télé et aux boniments des commentateurs tarifés. Au demeurant, voilà une piste intéressante. Etre payé pour disserter sur la politique, voilà un job qui me plairait. En tous cas, j’avais le moral moyen. Le matin du dimanche, vu le score réalisé par la gauche là où je vote, je me suis permis de glisser un bulletin de vote Syriza dans l’urne. Daniel Vaillant a recueilli 72 % des suffrages. C’est pour bien parce que le score était prévisible que je me suis permis cette petite fantaisie.

D’autres avaient le plaisir de voter dans des circonscriptions où un candidat Front de Gauche restait en lice au second tour. Les veinards ! J’aurais vraiment aimé voter à Saint-Denis, pour Braouezec. Même si son attitude est contraire à la ligne de la plupart des organisations membres du Front de Gauche, je me retrouve avec les camarades qui l’ont soutenu, dans une certaine forme d’acrimonie vis à vis de nos camarades du parti dit « sérieux ». Ils nous ont manqué de respect, ils nous insulté, ils se sont bien mal comportés alors que, sans nous, sans nos quatre millions de voix, leur candidat ne serait pas président à l’heure où nous parlons.

Ça c’est dit ! Mais tout de suite, je le redis : le PS et la droite, ce ne sont pas les mêmes choses. Et je refuse de me tromper d’ennemi même si ça me pique. Avec le PS, nous devons avoir une explication à la loyale, débattre fond contre fond. Et que les électeurs jugent. Durant cette séquence, nous l’avons menée cette confrontation. Avec le résultat que nous connaissons.

Y compris dans les quartiers populaires, les citoyens ont tranché : à l’intérieur de la gauche, le parti dit « sérieux » a été plus convaincant que nous, comme parti de gauche. Ca me fait un trou là où j’en avais déjà un mais le constat est là. Je ne me dédis pas, je trouve que le score de Jean-Luc Mélenchon au premier tour est plutôt un bon score. Mais pas suffisant pour que nous ayons eu mieux qu’une vague rose dans notre petite gueule de gentils éducateurs du peuple. La campagne vide sur le thème « donnons une majorité au président » a fonction né au-delà de toutes les espérances de Solférino. Comme je m’en doutais un peu aussi, quelques jours avant le premier tour.

Je ne ferais pas le fanfaron, j’aurai adoré me tromper. Je ne suis pas aussi doué en maths qu’Arthur Fontel, mais je connais mon arithmétique électorale : il n’y avait pas besoin d’être issu de maths spé pour savoir que Jean-Pierre Brard pouvait être battu. Il l’a été sèchement. Et la défaite finale de Braouezec montre qu’il a eu raison de ne pas aller au second tour. Nous aurions eu l’humiliation en plus de la défaite. Vous allez me demander, peut être : « Alors, pourquoi tu ne l’as pas écrit ? ». Sur cet espace, qui est mien, il m’arrive parfois de laisser s’exprimer mon penchant pour la ligne politique de mon parti. Et d’oublier mes états d’âme pour tenter de vous filer la patate autant que de me donner, à moi, du courage et des raisons de me battre… Désolé, les ami-e-s, mais j’oscille entre deux tensions : la motivation et la prise de distance. Un équilibre jamais simple à tenir, qui explique, entre autres, certaines de mes raideurs dans nos discussions en commentaires.

Comme le scénario était écrit, j’ai tenté hier de collecter quelques petits plaisirs. Je m’en vais vous les faire partager. En Seine-Saint-Denis, deux des trois députés Droite populaire sortants sont battus, notamment Eric Raoult. Je l’ai appris ce matin, vu que j’ai décroché vers 22h15 hier soir, allant me replonger dans mon Rolo Diez : Vladimir Illitch contre les uniformes. Avant, j’avais eu le temps de savourer la défaite de Claude Guéant et de Nadine Morano. Toujours ça que les fachos n’auront pas. Et, cerise sur le gâteau, Jack Lang lui aussi ne nous empoussiérera plus les strapontins de l’Assemblée. Sa défaite, comme celle de la Royal, comme celle de certains de mes camarades malheureusement, semble montrer une envie forte de renouvellement du personnel politique.

Je veux m’accrocher à ça pour expliquer, entre autres raisons, celle-ci n’étant pas forcément la meilleure, les bons scores de camarades et amis comme Ian Brossat, Corinne Morel-Darleux, Danielle Simonnet, Patricia Guilhot… Tiens, Patricia m’a aussi procuré un de ces petits plaisirs hier : c’est elle qui m’a appris que ma maman avait viré Louis Giscard d’Estaing. Non ! Ma maman ne se présentait pas, elle a juste voté. Et elle a voté juste, aux deux tours j’espère.

Je vous ai dit que je suis allé me coucher tôt, finalement. Il y a une raison à cela. Comme pas mal d’entre-nous, j’espérais – pas secrètement du tout – une victoire de Syriza en Grèce. Victoire qui aurait pu ouvrir un nouveau champ des possibles à l’échelle de l’Europe. Nos frères grecs ont gégna pas loin de 10 points par rapport à la précédente élection, il y a quelques semaines. Mais ça n’a pas été suffisant. Le chantage au chaos a été tel que la droite devance nos amis. La Nouvelle Démocratie va très certainement s’allier au PASOK pour gouverner en fonction des intérêts des banques et de l’Union européenne. Le peuple grec va devoir s’avaler le mémorandum en entier. Et nous, habitants de ce beau pays nommé France, on va certainement devoir s’avaler encore quelques jolies couleuvres austéritaires. Moi, j’ai une sainte horreur des serpents. A un point que vous ne pouvez pas même imaginer.

Allez… Mercredi assemblée générale PG du 93. Samedi, conseil national du Parti. Et vivement les vacances bordayl !!!

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Bonus vidéo : The Vines « Fuck The World »


Les militants se cachent pour pleurer

Note assez inspirée par Oskar

« Y a des jours comme ça, où les mots ne suffisent plus
Tous les beaux discours s’effacent
Envie Kalashnikov »

(Haine Brigade)

Ceci est probablement la note que je ne devrais pas publier. Mais, en créant ce blog, j’ai voulu tenter de combler le fossé que certains creusent entre les militants politiques et les gens dits « normaux ». Parce que, dans l’air du temps, s’impliquer dans l’action publique, militer, faire de la politique, apparaît bien souvent comme le fait de gens hors des normes, ne vivant pas dans les mêmes réalités que le commun. Je tâche de montrer, bien mal j’en ai conscience, que c’est parce que nous vivons dans le même monde que tout un chacun que nous prenons parti. Je vais donc parler de moi pour éclairer mon propos.

Il faut savoir que, parfois, même vos amis les plus proches ne comprennent pas ce besoin vital, cette tension, cette nécessité de s’engager. Parfois, les mêmes vont jusqu’à traiter avec légèreté, voire une certaine condescendance, cette prise de position suivie d’actes. Il est vrai qu’il est toujours plus aisé de commenter, comme si on habitait la lune, le spectacle donné par cette permanente lutte de pouvoir entre l’oligarchie – et son arme de destruction massive qu’est le capitalisme – et la classe laborieuse. Ça me rappelle les chroniques de Delfiel de Ton dans le Nouvel Obs des années 80. Pour ma part, je respecte toutes les prises de position, à l’exception évidente des positions d’extrême droite. Avec mon patronyme, vous comprendrez pourquoi : je tiens à la vie. Conséquence de ce respect absolu et principiel, je respecte même le non choix. Mais revenons aux faits, à la glaise, à ce froid humide qui oppresse pendant que nous attendons un Prométhée éventuel.

Je suis d’extrêmement mauvaise humeur ce matin. Je me suis levé du pied gauche, avec un mal de crâne carabiné, d’autant plus incompréhensible que je n’ai bu que de l’eau gazeuse corse la veille. C’est ma faiblesse, mon luxe, au bistrot, je ne bois que de l’eau pétillante. L’eau plate, c’est celle du robinet. Tout rapport avec mon engagement en faveur de l’eau publique est cohérent. Mais bon, voilà. Je me lève, je me bouscule, je pense à mes soucis pécuniers (déjà, je sais, et nous sommes le 7 du mois). J’ai bien conscience de ne pas être un cas particulier. Je trouve assez injuste que nous soyons si nombreux à galérer question tunes si tôt dans le mois. Bon, me concernant, c’est aussi un problème de gestion personnelle. Pour autant, ça me prend le crâne comme à tant et tant de personnes et pas que dans les quartiers populaires.

Au départ, mon engagement procède donc d’un refus de l’injustice. C’est une réaction. Je l’assume. Mon empathie naturelle m’amène de plus à endosser assez facilement la souffrance des autres, à ma l’approprier sans que rien ne me soit demandé. A ma décharge, cette sympathie (au sens grec du terme) ne me fait rien demander en retour. Je suis comme ça. Je pense que je tiens cela de ma mère (coucou, maman). Cette empathie se nourrit aussi de l’effet miroir (je ne suis pas un saint) qui m’amène à me voir, en passé ou en possible, dans la position présente de celle ou de celui qui souffre. Donc, chaque moment de la vie sollicite cette hyper sensibilité qui me meut. Pas simple à dire le vrai : il se passe rarement une journée sans qu’une vague de colère ou de tristesse, c’est selon, ne me submerge. Du coup, comme le dit Oskar K. Cyrus dans sa note d’hier, j’ai juste envie de hurler : « Réalité, s’il te plaît, ferme ta gueule ». Lui évoque le métier d’écrivain ; plus modestement, je pleure pour que la réalité me fiche la paix, ne serait-ce qu’une demie journée.

J’essaie de me protéger, je dispose même de digues assez résistantes. Elles ont un nom : rationalisation, dépassement, dépassionner les faits. La plupart du temps, une prise de distance, basée sur une saine réflexion, me permet de dépasser le stade de l’émotion pour élargir le propos et en faire un sujet politique. Du coup, je peux saouler, comme disent les jeunes. D’autant plus aisément que j’ai le commentaire facile et l’analyse prolixe. Il faut que je parle ! Parler pour ne pas tourner et retourner dans mon seul cerveau toutes les saloperies que crée l’oligarchie tous les jours. Pas besoin d’expliquer le rôle de la verbalisation comme prise de distance et exutoire. Ensuite, j’agis. Ou j’essaie. Ou je tente de permettre à d’autres d’agir en leur fournissant des armes adéquats : argumentaires, notes, tout ça.

Et puis, il y a des jours comme celui-ci qui me voit pondre cette note larmoyante et autocentrée. Un monument de nombrilisme, tout à fait adapté à l’ère du web deux ego. Ce jour où tu te dis que le bulletin de vote ne sert de rien et que tu ferais bien mieux de récupérer le piolet que tu as caché au fond de ton armoire (true story) pour fracasser la gueule de tous les salopards qui font souffrir tes semblables jour après jour. Tu te dis que tu vas partager cette rage pour que tes lecteurs comprennent que tu n’es pas hors des normes, tu n’es que trop humain. Dans le fond. Et, tu réfléchis : les militants aussi se cachent pour pleurer.

Retourne te cacher.

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Bonus vidéo : Portishead « Machine Gun »

 


Ce printemps, Sarko fait fureur

Etape 1

Etape 2

Etape 3

Et le hashtag qui fait fûhrer : #NS2012 (je l’ai sorti le premier)

Bon week-end quand même !

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Bonus institut Pasteur : Les Amis d’ta femme « A las barricadas »