Archives de Catégorie: Décryptage

Chroniques montreuilloises : 13e épisode

Dimanche 23 septembre
12h03 : Dominique Voynet personnel à « Président » (mode sms)

François, je te l’avais dit : Cécile est une nulle, elle ne tient rien ! Ce n’était pas le bon choix. Moi, tu me connais, je suis sûre. Et mon bilan comme ministre de l’Environnement est excellent.

Lundi 24 septembre
10h24 : Jean-Marc Ayrault à Dominique Voynet personnel (mode sms)

Dominique… On attend le verdict dans le procès Erika demain. JMA

10h26 : Dominique Voynet à dircab (mode sms)
Fais-moi adopter une motion de soutien au traité à la con, là, jeudi. TTU !

10h27 : Dircab à « l’amère » (mode sms)
Mais Dominique, le parti a voté contre ce week-end…

10h30 : Dominique Voynet à dircab (mode sms)
T’es con ou quoi ? J’ai pas été claire ? Fais-moi passer cette motion, le reste c’est mes oignons !

Comme souvent à Montreuil, les choses se règlent par textos. C’est toujours pratique quand on n’aime pas la ville qu’on dirige. Mais en l’occurrence, ce jeudi 27 septembre au soir lors du conseil municipal, l’amère devrait faire proposer une motion de soutien au gouvernement et au Traité de stabilité, de coordination et de gouvernance en Europe. Ce, alors que son propre parti a voté contre à une nette majorité le week-end écoulé. Que Le Monde ait demandé la démission de ses camarades ministres semble peu lui chaloir. A dire le vrai, ce n’est pas la solidarité de parti qui l’étouffe.

Les élus se reconnaissant dans le Front de Gauche ont, eux, déposé un vœu pour manifester l’opposition de la Ville de Montreuil au traité austéritaire. Il y aurait donc deux motions différentes au conseil. Sauf que… Sauf que l’amère a demandé aux élus Front de Gauche de « se rapprocher des auteurs de la motion (favorable au TSCG) pour élaborer une position commune ». Comme si le lapin pouvait s’entendre avec la carpe. Ou le fond politique s’accorder avec de basses manœuvres politiciennes en vue de récupérer un maroquin ministériel…

On attend, toujours sur le fond, des prises de position de l’amère et de ses amis sur la situation de PSA et la fermeture du site d’Aulnay. Juste parce que 200 salariés employés par des sous-traitants de Peugeot-Citroën bossent à Montreuil. Je dis ça, je dis rien… Cela répondrait aux injonctions de l’adjointe à l’amère déléguée aux personnes âgées. Icelle a fait circuler un « billet d’humeur », dont j’ai cru au départ qu’il était un « billet d’humour ». Pour ne pas que vous me traitiez d’aguicheur, je vous en communique la conclusion :

« Nous avons été élu(e)-s pour construire une nouvelle réponse mêlant emploi, solidarité, environnement et démocratie renforcée. Oui à l’innovation sociale, environnementale, démocratique…  
Oui aux investissements permettant la relocalisation de l’économie et la mise en valeur des savoir-faire locaux.
Oui à la construction de logements sociaux et privés
Oui à la rénovation thermique de tous les logements, publics et privés.
Oui à un aménagement du territoire équilibré avec des services publics bien répartis.
C’est le nouveau cap que nous avons proposé lors de la campagne municipale de 2008, nous avons été élu(s)-e pour toutes ces raisons !
Un Montreuil plus meilleur, plus solidaire et écologique ! (sic) »

A tout le moins, on connaît déjà le programme d’Europe Ecologie – Le Vide pour 2014. Comme Sarkozy 2012 était le premier détracteur de Sarkozy 2007-2011, EELV 2014 sera donc le premier opposant à l’amère 2008-2013.

Le Cri du peuple à la fête de l’Huma

Pendant ce temps-là, j’ai rencontré le député fictif sur le stand du PCF Montreuil à la Fête de l’Huma. Il m’en a appris de belles. Notamment, « je te donne un scoop Nathanaël » : « Pour 2014, je ne m’interdis rien ». Fleur Pellerin appréciera. L’amère aussi. Le député, lui, apprécie la bière, le rouge plus que le blanc et les gros cigares. Quand je vous dis que c’est un jeune comme les autres.

Et tiens, pour conclure, messieurs du cabinet : ce n’est pas très gentil d’avoir voulu me faire endosser la responsabilité des tracts injurieux, que j’avais dénoncés ici même, ayant circulé à l’encontre du député fictif pendant la campagne des législatives. J’assume de flirter avec la ligne jaune mais je ne verse jamais dans la diffamation. Vous êtes bien placés pour le savoir si je me remémore une discussion téléphonique avec Yves Miramont (« Miracon » selon l’amère) que j’alertais sur des accusations ignobles dont faisait l’objet la rouquine. Je saurai m’en souvenir.

Le choc des titans : le député fictif face au Cri du peuple

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Bonus vidéo : OTH « Requiem pour un démon » (dédicace à @Quibuzzqui)

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« Le Monde » piraté : le hacker parle !

Oui, le quotidien Le Monde a été hacké, consécutivement à la parution de leur éditorial revendiquant la démission des ministres Europe Ecologie – Les Verts. Malgré ses démentis, l’Agence France presse avait bein prépare une dépêche sur le sujet que nous nous sommes procurée. Après la fausse interview de Luc Châtel sur Atlantico et l’éditorial piraté sur le site du New York Times, ça fait beaucoup pour n’être qu’une simple coïncidence. 

Avec quelques amis blogchéviks, nous avons mené l’enquête que les médias ne mèneront pas. Et nous avons retrouvé le hacker responsable du piratage du quotidien du soir. Nous avons recueilli ses propos. Ils font froid dans le dos.

 

Pour ceux qui entendraient mal, voici le verbatim :

« Oui je suis un hacker. Je me suis spécialisé dans le piratage de la presse avec une bande de potes libéraux.
Ça fait des années qu’on pirate les pages politiques des grands journaux comme le Figaro ou Le monde.
Les journaux savent qu’ils sont piratés mais ils ne disent rien à leurs lecteurs. Le scandale serait énorme, vous pensez.
Et les lecteurs ne s’en rendaient pas compte d’ailleurs… jusqu’à lundi dernier où là, c’était trop énorme, ça s’est vu !
J’ai piraté Le Monde et fait un faux édito.
Je venais de faire la fausse interview de Luc Châtel sur le site de droite Atlantico, interview qui a été supprimée par le journal et je me suis dit qu’il fallait que je frappe un grand coup.
C’était super. Faire un faux édito dans LE journal de référence de la presse française, soi-disant réputé pour sa neutralité et son sérieux.
Alors là, j’ai fait du lourd, je me suis carrément lâché.
Le faux édito exigeait de François Hollande qu’il mette fin aux fonctions des ministres d’Europe-Écologie-Les Verts parce que leur parti s’oppose au TSCG !
J’y suis allé comme un bourrin. j’ai traité EELV de « groupuscule irresponsable », j’ai parlé de « tendances dogmatiques », « d’attitude inacceptable ».
Qu’est-ce que j’ai dit comme connerie aussi ? Ha oui, j’ai dit que le Non au TSCG était incompatible avec le sauvetage de l’euro !
C’était énorme, tellement énorme que là, pour la première fois, les lecteurs ont bien compris qu’il s’agissait d’un faux. Un fake édito !
Les lecteurs de gauche surtout.
Le Monde n’a rien dit. Ils maintiennent que l’édito est bien d’eux. C’est normal hein ! C’est toute leur réputation, leur crédibilité qui est en jeu.
Le problème, c’est qu’ils vont se méfier maintenant mais on arrivera toujours à les hacker. Leur système est trop naze ! »

Oui, ces propos font froid dans le dos. Qui témoignent de la profonde maladie de la presse française, tellement sûre d’elle qu’elle n’imagine même pas avouer qu’elle a été piratée. Au fond, c’est à se demander si le vrai éditorial, celui qui n’a pas été publié, n’était pas pire que celui du hacker.

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Bonus vidéo : Public Enemy « Don’t Believe The Hype »


Exclusif : le quotidien « Le Monde » victime d’un hacker selon l’AFP

Des fois, cela sert d’avoir été journaliste. J’étais passé complètement à côté de l’éditorial du Monde exigeant la démission des ministres Europe Ecologie – Les Verts. Cet édito fait suite à la réunion du conseil fédéral de mes « amis » Verts tenue le week-end passé, réunion marquée par un vote net contre le Traité austéritaire européen. Quelle ne fut pas ma surprise quand des amis et anciens collègues m’ont appelé pour me signaler un événement de taille : dépêche AFP à l’appui, cet édito serait un faux.

J’ai cherché la dite dépêche sur les moteurs de recherche. En vain. Et pour cause, des « pressions amicales » auraient été exercées par la direction du quotidien auprès de l’Agence France-Presse, pour qu’elle ne soit pas publiée. Mes amis m’en ont néanmoins procuré une copie que je vous fais partager ici.

Ainsi, le très sérieux quotidien Le Monde, réputé pour son « objectivité » et la rigueur de son travail journalistique, se trouve victime d’un canular comme le très droitier Atlantico. La question qui reste posée est : pour qui roule ce hacker ? 

Ce matin, après publication de ce post, la réaction de l’AFP sur twitter a été de nier. Et de manière totalement indépendante de ma volonté, Le Monde, encore lui, a publié une info sur le piratage d’un édito du New York TimesComme quoi rien n’est vraiment impossible…


TSCG : Fabius ne veut pas « se déjuger », et vous ?

Le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (TSCG) n’en finit pas de remuer les différentes composantes de la gauche. Le week-end qui vient de s’écouler a vu le conseil fédéral d’Europe Ecologie – Les Verts s’opposer, par 75 % des voix exprimées, à ce traité qui grave dans le marbre l’austérité ad vitam aeternam. C’est un bougé assez significatif qui a causé encore une de ces sorties dont est coutumier Dany le jaune.

A tout le moins, EELV a le mérite d’une certaine cohérence, que je salue, alors que je n’ai jamais été avare de critiques contre ce parti. L’issue de son conseil fédéral témoigne de l’élargissement du front du refus, par rapport à un traité qui prive la représentation démocratique élue par le peuple de ses derniers outils d’action.

Ce week-end, j’ai eu l’occasion de retrouver, grâce à mes amis de la Télé de gauche, un certains nombre de déclarations émanant de sommités du parti dit « sérieux ». Je vous les laisse regarder et partager.

On va commencer par l’ancien héraut du « non socialiste » en 2005, Laurent Fabius :

 

La sortie de Benoît Hamon n’est pas mal non plus :

 

Arnaud Montebourg laisse rêveur :

 

Jean-Marc Ayrault se fait le porte-parole du groupe des députés socialistes :

 

Enfin, pour la bonne bouche, le résident de la république n’est pas inintéressant :

 

En contrepoint, je vous laisse écouter et regarder ce que disent certains de mes amis proches dans la petite vidéo tournée à l’occasion de la Fête de l’Huma.

 

Je veux bien prendre les paris pour savoir qui, à la fin, se « déjugera », selon les jolis mots du ministre des Affaires étrangères.

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Bonus vidéo : Patti Smith « People Have The Power »


Ouais, finalement… Robespierre reviens !

Quand Laurent Mafféis m’a dédicacé l’ouvrage qu’il a co-écrit avec Alexis Corbière de cette manière : « Pour Nathanaël, à toi qui dit déjà depuis longtemps « Robespierre reviens ! » », je me suis dit que mon ami me connaissait bien mal, alors que nous nous côtoyons depuis 2006. Je ne me suis jamais considéré comme robespierriste. Lorgnant plutôt du côté d’Hébert, du communiste primitif Gracchus Babeuf, bref de ceux que Jean-François Vilar nomment Les Exagérés, dans son beau roman éponyme, j’ai toujours tenu Robespierre en défiance. Son austérité me glace, son « culte de l’être suprême » me le rendait suspect.

Et c’est bien là la qualité première de ce Robespierre reviens ! Il rétablit quelques vérités historiques dans ce temps de grande confusion qu’est le nôtre. Ainsi, au fil de la première partie, la plus historique, j’ai appris pas mal de choses. Ainsi, le culte de l’être suprême tel que défendu par Robespierre n’était pas une sorte de théisme abâtardi version philosophie des Lumières mais une mesure d’apaisement dans un pays en proie à la guerre civile. L’Etre suprême c’est une forme de civisme, voire de laïcité avant la lettre dans une période où le concept est loin d’être répandu. Voici ce qu’écrivent les auteurs :

« La reconnaissance de l’être suprême (personnification de la nature – Robespierre revendique l’influence de Rousseau) et de l’immortalité de l’âme vise simplement à affirmer à l’époque un plus petit dénominateur commun entre les pro et les anti déchristianisation. »

(Photo : Stéphane Burlot)

Voici donc un premier « malentendu » historique levé. Il y en a d’autres, dans ces pages ramassées qui fixent le cadre historique. Alexis et Laurent reviennent longuement sur la Terreur et le rôle de Robespierre tentera, avec son (faible) pouvoir institutionnel (il n’est qu’un membre – intermittent – parmi tant d’autres du Comité de salut public) et son (grand) pouvoir politique (il est membre de la Convention, animateur du club des Jacobins où se retrouve la plupart des sans-culottes et élu à la Commune de Paris), de jouer le rôle de modérateur vis à vis de certains de ces camarades. J’apprends, incidemment, que, dès 1790, le fils du Nord Maximilien s’oppose à la peine de mort. Certes, cela ne l’empêchera pas de tolérer, voire de justifier, des exécutions.

Mais, la France est en guerre et civile et extérieure. En Vendée, les royalistes combattent pied à pied ; en Bretagne, la chouanerie populaire menace la patrie ; de partout, les armées étrangères convergent pour écraser et la France et la République. « La Patrie est en danger ! » A situation exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Et, pourtant, contrairement à ce qui se produira pendant la première guerre mondiale, grâce à l’influence de Robespierre, non seulement il n’y aura aucune censure dans la période où il participe à l’exercice du pouvoir mais il n’y aura pas non plus de justice militaire d’exception. Bien sûr, on peut à loisir discuter du fameux principe « la fin justifie les moyens ». Je serais curieux de savoir si, outre Manche, pour les mêmes raisons, la controverse serait aussi violente sur les méthodes employées par Oliver Cromwell.

Parce que, et c’est l’objet de la deuxième partie de cet ouvrage, aujourd’hui il est de bon ton de vouer Robespierre aux gémonies. Mais dans quel but ? L’homme, certes, prête le flanc à la critique, la mienne par exemple. A bien y regarder, Maximilien « l’Incorruptible » incarne au premier chef la Révolution populaire, celle du pouvoir au peuple incarné par les sans-culottes, dans une période historique allant de 1789 à 1799 que, nous autres marxistes, considérons bien souvent comme une révolution bourgeoise. De l’aveu même de ses détracteurs, Robespierre est « le plus connu des révolutionnaires ». Citations à l’appui, Corbière et Mafféis démontent le processus. Dans la lignée du « travail » idéologique entrepris par François Furet, les attaques contre Robespierre sont autant d’attaques contre la Révolution française en elle même et tout ce qu’elle a apporté à notre socle républicain.

En effet, la période qui voit Robespierre associé à l’exercice du pouvoir constitue la période la plus lumineuse, dans le sens où elle est marquée par les Lumières (oui, je parle bien des philosophes des Lumières), de la Révolution française. La Convention dirigée, suite à un vote démocratique, par les députés montagnards, a permis l’irruption du peuple dans la direction des affaires publiques. C’est bien cela que ne pardonneront jamais à Robespierre les tenants de la réaction thermidorienne. S’ils ont guillotiné Robespierre et ses amis sans procès, cela ne les a pas empêchés d’instruire son procès politique post mortem. C’est un procès politique de classe, lancé par les possédants, par la bourgeoisie revancharde autant qu’apeurée qui voyait bien que, au bout de la pensée robespierriste, c’était leur pouvoir qui allait être potentiellement remis en cause. L’UMP ne s’y trompe pas, qui poursuit pour les mêmes raisons, le procès de Robespierre. Il est navrant qu’une frange importante du parti dit « sérieux » s’acoquine avec ce faquin.

Du coup, et puisque les choses en sont là, Laurent me connaît finalement bien. Avec Alexis et lui, je le dis haut et fort : Robespierre reviens ! Je garderai à l’avenir mes critiques pour le cercle de mes amis.

Robespierre reviens ! Par Laurent Mafféis et Alexis Corbière, éditions Bruno Leprince (2012)

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Bonus vidéo : Chorale populaire de Paris « La Carmagnole » (enregistrée en 1936)


TSCG, ce sont les autres qui en parlent le mieux

Ceci, comme dirait Magritte, n’est pas une note de blog. Le flot de l’actualité me submerge de réflexions contradictoires et j’ai peu la tête à coucher sur l’écran de mon (puis de vos) ordinateur(s) des états d’âme. Aussi, je vais m’effacer pour donner la voix aux copains. C’est que l’heure est grave ! Le traité sur la stabilité, la convergence et la gouvernance est à l’ordre du jour. On en a beaucoup causé à la fête de l’Humanité. Alors, pour commencer, prenons quelques minutes pour savoir ce que c’est que ce fichu traité en vidéo :

 

Sur le blog l’Art et la manière, qu’il co-écrit avec Florian, Romain nous en a touché deux mots dès la fin août :

« Ah qu’il était beau ce traité préparé par Sarkozy. La promesse électorale (pourquoi je m’évertue à m’y référer alors que tout le monde sait que c’est de la connerie)… donc cette promesse c’était de renégocier ce pacte notamment en y intégrant un volet « croissance ». Evidemment, nous, sales gauchistes, on n’était pas très contents. Mais la réalité s’est révélée encore pire puisque que les négociations sont quasi-inexistantes et que ladite croissance ne fait l’objet que d’un ridicule pourcent d’investissement qui ne fera pas longtemps illusion. Le fond du traité, lui, est intact : austérité, austérité et… austérité. Puis si vous n’êtes pas content un arsenal répressif est prévu pour les pays récalcitrants. « What else ? » diraient les financiers. »

Alors, il a semblé que le résident de l’Elysée et son collègue de Matignon auraient renégocié le TSCG pour le faire passer dans les rangs des députés godillots… heu.. sérieux. L’ami Gauche de combat en rit encore, jaune. Ce qui, pour ce rouge et vert, la fout mal. Il s’en est ému avant de prendre ses congés bien mérités :

« François Hollande et Jean-Marc Ayrault appellent leurs troupes à ratifier le traité budgétaire européen, pourtant négocié par Nicolas Sarkozy avec Angela Merkel (que toute la gauche – dont les socialistes – avait tant critiqué), et cela sans passer par l’assentiment des français. Vive la démocratie. Pour s’en défendre, dans le Journal du dimanche, Jean-Marc Ayrault a déclaré que « l’ajout d’un volet croissance au traité imposé par Hollande «a fait bouger les lignes ». Cela en fera rire plus d’un, et la saillie de Mélenchon sur le sujet est pertinente, par delà l’humour   : «Quelles lignes, quelles pages, quels mots, quelles virgules, la couleur du papier : Rien! ». Et dire que Hollande s’était posé en combattant des marchés financiers… On voit bien aujourd’hui que d’aucunes mauvaises langues avaient raison de prétendre qu’il le faisait avec un sabre de bois. »

Je conçois que, malgré la vidéo ci-dessus, vous avez du mal à comprendre de quoi il s’agit concrètement. Le mieux encore reste de se plonger dans le texte. Et c’est l’ami Nico, de la Rénovitude, qui se l’est procuré. En voici le premier chapitre :

« TITRE I

OBJET ET CHAMP D’APPLICATION

Article 1

1. Par le présent traité, les parties concontractantes conviennent, en tant qu’Etats membres de l’Union européenne, de démolir le pilier économique de l’Union économique et monétaire en adoptant un ensemble de chaînes destinées à étouffer l’activité, rendre encore plus obscure la gouvernance de la zone euro, en soutenant ainsi la réalisation des objectifs de l’Union européenne de désarmer les états, réduire les politiques de justice sociale et dégommer les services publics.
2. Le présent traité s’applique intégralement aux parties concontractantes dont la monnaie est l’euro sans aucun moyen de recours des peuples composant les dites parties concontractantes. Il s’applique également aux autres parties concontractantes, dans la mesure et selon les conditions prévues à l’article 14, c’est dire que vous n’avez pas le choix. »

Le reste est à lire sur la Rénovitude, par ici.

Ah oui… ça mate, n’est-ce pas ? C’est que le TSCG, à la fin, c’est bien le Traité d’une saloperie carrément généralisée, comme le dit si bien Syd. A l’appui de cette thèse, laquelle pourrait apparaître simpliste à nos « amis » du parti dit « sérieux », voici un extrait du vrai traité qu’A Gauche pour de vrai s’est goinfré, enfin de celui qui n’a pas été traduit en français de tous les jours :

Sur la base de la coordination des politiques économiques définie dans le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, les parties contractantes s’engagent à œuvrer conjointement à une politique économique qui favorise le bon fonctionnement de l’Union économique et monétaire et qui promeut la croissance économique grâce au renforcement de la convergence et de la compétitivité. À cette fin, les parties contractantes entreprennent les actions et adoptent les mesures nécessaires dans tous les domaines essentiels au bon fonctionnement de la zone euro, en vue de réaliser les objectifs que constituent le renforcement de la compétitivité…”

Finissons-en là. Il n’y a d’autre chose à faire que de signer la pétition « Non à l’austérité perpétuelle en Europe ». Elle est claire et simple :

« En imposant l’austérité à marche forcée, le Pacte budgétaire menace de plonger l’Europe dans la récession et le chômage de masse. Il va priver les États de moyens indispensables pour sortir de la crise sociale et environnementale. Pour mieux rassurer les créanciers et les spéculateurs, il place l’austérité au-dessus de la démocratie. Nous vous demandons de rejeter ce Traité d’austérité, et de permettre ainsi de rouvrir le débat pour réorienter l’Europe. »

Ah si ! Il y a autre chose à faire encore : aller manifester le 30 septembre à Nation !

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Bonus vidéo : Family Affair Project « Saturation »

 

 

 


Papa, maman, Staline et moi

Au départ de cette note que je tourne depuis quelque temps, il y a cette interpellation sur twitter, rapport à l’avatar du moment du compte du blog. Genre : « C’est une blague ton avatar ? Ou bien ? » Donc, je ne vais pas me justifier. C’est pas le genre de la maison. Mais je vais sauter sur l’occasion, comme la vérole sur le bas clergé, pour évoquer Oncle Joe et exposer mes quelques vérités sur ce sujet. Je ne vais parler que d’Oncle Joe et de ses continuateurs, pas de l’état d’avancée économique et sociale de feu l’Union soviétique. Cela précisé suite à une discussion tatillonne avec Arthur Fontel.
Je précise aussi que dire la vérité sur Staline ne consiste pas, en creux, à réhabiliter Trotsky. Son tour viendra bientôt.

Au départ, évidemment, c’est une blague. Et peu me chaut que vous ne goûtiez pas cet humour. Ma maman, femme admirable ô combien (coucou M’man), m’a appris, dès tout petit, qu’il fallait rire de tout. C’est même à cela que l’on reconnaît l’intelligent. Quand quelqu’un commence à restreindre le droit à l’humour, la restriction du droit à penser par soi-même ne se tapît pas loin. Et, derrière, la dictature de la pensée unique avance, masquée certes, mais progresse. Ça, c’est pour la première partie. La plus courte.

Vient ensuite papa. Quand j’ai adhéré au Parti communiste français, en 1988, quinze jours après mon inscription à la faculté d’histoire de Limoges (j’avais réalisé le combo magique : UNEF-SE, UEC, PCF en moins de deux semaines), je le lui ai annoncé. J’étais assez fier de moi : le fils de syndicaliste Cédétiste, nourri à Marx, Mao et autres joyeusetés très « soixante-huitardes » et plus si affinités, reprenait le flambeau de la lutte des classes. Las, je ne savais pas que papa appartenait au camp de la social-démocratie canal habituel et que l’anticommunisme était sa seconde passion. Plutôt que de me faire un grand sermon, papa m’acheta donc le petit livre de Julian Gorkin Les Communistes contre la révolution espagnole. Dans ce volume ô combien précieux se dessine la tragédie de la 2e Républicaine espagnole et se livrent au grand jour les assassinats de trotskistes, anarchistes et autres déviationnistes par la police stalinienne.

De là naît ma passion pour la naissance des partis communistes en Europe essentiellement. Je m’en vais la nourrir, en féru d’histoire que je suis, de moult lectures, des plus orthodoxes aux plus déviantes. Furet ne me fait pas peur. Aussi quand, dans les années 1995-1996 (z’avez vu l’ellipse ?), je lis dans l’Huma que l’armée rouge, commandée alors par le « camarade » Staline himself, « serait peut être responsable des massacres d’officiers polonais à Katyn » (le conditionnel est de l’Huma et d’époque), mon sang de Polak ne fait qu’un tour. S’en suit une engueulade homérique avec Pierre, secrétaire fédéral du PCF de l’Allier et pourtant un bon copain. C’est que je sais que la direction du Parti Communiste polonais est liquidée en 1937 pour son opposition au futur « petit père des peuples » mais aussi parce qu’elle est trop juive.

Je n’ai pas eu besoin de lire les chefs d’œuvre des frères Vaïner, à commencer par L’Evangile du bourreau, pour prendre conscience de l’antijudaïsme pragmatique de Staline et de sa (petite car régulièrement décimée) garde rapprochée. J’ai compris depuis un bail que Béria, lui, est un bouffeur de juif dans le fond. Mais il n’y a pas que cela. Le système stalinien, qui atteint son paroxysme quand l’URSS a gagné la guerre à mort contre les nazis, est un système dictatorial, aux tendances totalitaires, qui n’a absolument rien à voir – de près ou de loin – avec le communisme. On peut arborer les oriflammes frappées des faciès de Lénine et Marx sans être un communiste. Quelqu’un parmi vous considère-t-il la Corée du Nord comme un régime authentiquement communiste ? Ce serait aussi absurde que de considérer le parti dit « sérieux » comme un parti socialiste au sens historique du terme.

Or, donc, cela m’amène à ma vraie réflexion de fond, politiquement s’entend. Au risque de décevoir mes amis trotskistes, qui croient encore que la Révolution d’Octobre 1917 se reproduira demain, dès lors que l’on considère le « communisme de guerre » et la « Nouvelle Politique économique » (la NEP) puis la prise de pouvoir par Staline, le communisme tel qu’envisagé par Marx n’a aucune historicité. Je conçois que les quelques badernes réactionnaires biberonées à la glose de Stéphane Courtois en tireront quelque tristesse. Le renégat Courtois a perdu son statut d’historien avec son Livre noir du communisme dès lors qu’il a tenté de faire exister quelque chose qui n’a aucune traduction historique. C’est ballot mais c’est ainsi.

Voilà donc pour Staline. Le « petit père des peuples » n’a rien à voir avec le communisme. Et je me souviens, en guise de conclusion, d’un épisode albigeois. En 1991, j’étais rédacteur en chef de l’hebdomadaire de la fédération du Tarn du PCF. Cette année-là, les derniers nostalgiques de ce « socialisme de caserne » qu’était le régime dit soviétique ont tenté un putsch. Dont l’échec n’a eu d’effet que de permettre la prise de pouvoir de cet alcoolique d’Eltsine et des ex apparatchiks vrais héritiers de Staline dans l’exercice du pouvoir. La déroute des nostalgiques de la dictature m’a fait sauter de joie. Enfin, la chute définitive de ce qu’il restait du bloc de l’Est mettait fin à la confusion mentale. Nous allions pouvoir construire le communisme et le proclamer sans honte, sans craindre l’amalgame. Je ne parle pas ici du recul en matière de niveau de vie qu’ont subi les habitants des pays de feu le bloc de l’Est. Je croyais que c’était clair mais on m’a dit qu’il fallait préciser.

Je reste convaincu de l’objectif mais j’ai bien peur d’avoir fait preuve d’un peu trop d’enthousiasme. Visiblement, il y a encore des crétins pour croire que l’URSS était vraiment un pays communiste. Il y a du boulot, moi je vous le dis.

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Bonus vidéo : The Weathermen « Poison (12″ Mix) »


PSA ou la collaboration de casse

C’était hier matin, à Bercy. Le ministère de la régression improductive recevait le gratin de la presse pour présenter le rapport commis sur la situation de PSA par l’expert dit « indépendant » Emmanuel Sartorius. Le dit rapport valide « la fermeture d’une ligne de production » sans trancher véritablement entre Madrid et Aulnay-sous-Bois. Il va un peu plus loin même : « Le plan de restructuration n’est malheureusement pas contestable ». La messe est dite, donc, et Pierre Moscovici n’a pas à regretter d’avoir assisté aux libations organisées par PSA pour le centenaire de l’usine de Sochaux.

Oh bien sûr ! On pourra regretter que l’ingénieur des Mines Sartorius « n’a pas réalisé d’audit financier spécifique du groupe PSA » ou encore qu’elle « n’a pas eu accès à d’autres informations que celles qui sont publiques » (sic). De toutes les façons, comme les appels au « patriotisme industriel » n’ont pour vocation que de calmer le populo, à quoi bon faire un travail sérieux ? Je comprends fort bien, dans ce cadre, le coup de colère de mon ami Rock n’ Rouge sur son blog. Et j’en profite pour le rassurer : oui, le Front de Gauche continuera à faire ce qu’il a à faire sur cette triste affaire.

Parce que c’est juste un scandale que ce projet de fermeture du site PSA d’Aulnay, comme l’est le projet de suppression de 10 000 emplois au sein du groupe. Je l’écrivais dès février 2012, ce dossier est exemplaire de la manière dont se comporte le capitalisme aujourd’hui. Le rapport Sartorius pointe, pour faire bonne mesure, des erreurs de gestion voire des « erreurs de stratégie ». La première d’entre-elles serait le maintien d’une surcapacité de production. « Les raisons conjoncturelles tiennent d’abord à la dépendance de PSA au marché européen (58 %de ses ventes). Ce marché est la seule zone du monde où la tendance à long terme est au mieux à la stabilité des immatriculations ». Comme le souligne l’Huma d’aujourd’hui, le rapport ne pose pas une seule question sur la responsabilité des politiques austéritaires qui dézinguent le pouvoir d’achat dans cette situation. Mais passons…

Il y a quand même un point magistral chez Sartorius. Il relève en effet qu’en avril 2011, il est décidé de verser 450 millions d’euros aux actionnaires sous forme de dividendes ou de rachat d’actions. « (Cette décision) a privé le groupe de ressources financières commensurables aux plans d’économie que PSA a du mettre en œuvre fin 2011 et 2012. » Pour faire bon poids, en 12 ans, ce sont 6 milliards (!) d’euros qui ont été distribués sous une forme ou une autre aux actionnaires. Faut-il voir là un début d’explication à ce que me glisse un salarié de PSA Aulnay au téléphone ? Selon lui, le projet de fermeture du site d’Aulnay remonte à 2005. Je pense que nous aurons bientôt l’occasion d’étayer cette hypothèse par quelques preuves concrètes. Sur le site du Front de Gauche en Goële, on peut lire déjà : « Ceci c’est confirmé en mai 2008 avec la destruction de la chaine de production montage1, PSA justifiait  la suppression de la moitié des chaines de montage pour des raisons de compactage, optimisation de l’outil industriel, libération de surface non exploitable et bien sûr d’une surproduction de l’outil industriel en bref toujours le même type de discours. »

Donc, en douze ans, six milliards ont quitté la sphère de l’investissement et des salaires des ouvriers pour aller engraisser les actionnaires de PSA. C’est bien ça l’essentiel. Ça fait juste 500 millions d’euros par an, notez bien. Une paille. J’ai raté ma vie et je n’aurai pas de rolex. Mais, désolé, je n’ai pas assez de tunes pour acheter des actions PSA. Trêve de plaisanterie. J’attends avec impatience le contre-rapport commandé par le Comité central d’entreprise annoncé pour fin novembre. J’espère que celui-là ne se sera pas contenté des informations publiques. Et qu’il ne suivra pas la ligne politique du gouvernement.

C’est drôle quand même de voir comment Montebourg a tourné sa veste. Début juillet, il pérorait avec véhémence contre la famille Peugeot, responsable de tous les maux. Depuis, c’est contre les syndicalistes « irresponsables » (en substance) qu’il vitupère. De la collaboration de casse à la collaboration de classe, il n’y a qu’un pas. Qu’il a franchi. De son côté, le résident de la République, ou le squatteur de l’Elysée comme vous voulez, se propose de « réduire l’ampleur des suppressions d’emploi ». Merci, c’est gentil. Rien que pour le bassin d’emploi d’Aulnay, on touche les 10 000 familles. La réduction c’est combien ? 234 ? Oh, j’entends d’ici les cris d’orfraie des « camarades » du parti « dit sérieux » : « Et vous ? Bande de révolutionnaires en salon, qu’avez-vous à proposer ? Vous hurlez avec les loups ! Vous faites le jeu de la droite mais vous ne proposez rien ! » Blah. Blah. Blah.

Mais que si ! Les syndicats ont déjà fait des propositions de revenir sur la recherche et le développement, de s’orienter vers la production de véhicules « verts » ou, à tout le moins, hybrides répondant et aux besoins du marché et aux impératifs environnementaux si bien défendus au gouvernement par… personne (désolé, j’ai cherché mais pas trouvé). Donc, je reprends ma phrase : répondant aux impératifs environnementaux si bien défendus en dehors du gouvernement par le Front de Gauche. Allez… J’aurai – malheureusement – l’occasion d’y revenir bientôt.

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Bonus vidéo : Bruce Springsteen « We Take Care Of Our Own »


Un kolkhoze pour Terres de Gauche

Nous y voilà ! Il est enfin paru, dans la collection Politique à gauche des éditions Bruno Leprince. Sous la coordination de l’ami Gabriel Amard, nous publions Terres de Gauche, abécédaire des radicalités concrètes. Nous, c’est une vingtaine de camarades et amis, parmi lesquels figure Gilles Clément, le paysagiste bien connu ; Juliette Prados, mon amie montreuilloise ; Corinne Morel-Darleux ; Paul Ariès sur la gratuité ; et tant d’autres. Avec ce petit livre, nous ambitionnons collectivement d’ouvrir des pistes d’action sur les marqueurs qui identifient une politique publique locale comme partie prenante d’une transformation radicale de la société. De quoi alimenter, sur le fond programmatique, la démarche d’autonomie conquérante qui est celle du Front de Gauche aujourd’hui et demain.

Je signe deux contributions, l’une sur les quartiers populaires d’un point de vue urbanistique ; l’autre sur un service public agricole, que nous avons décidé de titrer K comme kolkhoze. Pour vous donner à voir ce que donne notre ouvrage, je publie ci-dessous cette dernière contribution. En espérant que cela vous donne envie de lire les autres. Surveillez vos agendas ou nos blogs respectifs car nous allons certainement tourner un peu partout si nous sommes sollicités pour présenter l’ouvrage ou donner des exposés en fonction des thèmes que nous aurons abordés.

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Au-delà d’un titre provocateur, il s’agit bien de créer un service public agricole dont le but est de produire en circuit court des fruits et légumes en biodynamie, contribuant à une restauration collective de qualité et permettant de mener l’éducation populaire à l’écologie. Ce service public contribue aussi au maintien et au développement tant de la biodiversité, notamment en milieu urbain, qu’au développement de l’emploi.

Il faut revenir à ce qu’est, à la base, un kolkhoze. Il s’agit d’une coopérative destinée à la production agricole pour permettre de nourrir les habitants. Et aussi ceux qui y travaillent. Historiquement, cela n’a pas toujours été le cas, loin s’en faut, ce qui explique le caractère négatif qui accompagne ce mot.

Aujourd’hui, face à la crise qui frappe le monde rural et aux difficultés d’installation des jeunes agriculteurs, la mise en place d’un service public agricole maraîcher et fruitier constitue un débouché potentiel important en matière de développement de l’emploi local et localisé. En outre, cet outil est utile et garde toute sa raison d’être aussi bien en milieu rural qu’en milieu urbain.

Il s’agit bien en effet de mettre en place, sous forme associative ou de régie publique, une production agricole, en circuit court et en biodynamie. Respectant les cycles des saisons, ils feraient la démonstration qu’une agriculture raisonnée est bonne pour la terre autant que pour les êtres humains. Par ailleurs, en milieu urbain particulièrement, il contribuera à la variété d’aménagement des espaces nécessaires à la préservation et à la reconstruction de la biodiversité. Biodiversité indispensable pour le bien être des habitants.

Les fruits et légumes ainsi produits seront destinés à la restauration collective de qualité. Les enfants des écoles maternelles et élémentaires seront les premiers à pouvoir bénéficier d’un service de cette nature. Il aurait en outre l’avantage, en respectant la saisonnalité des productions, de contribuer à l’éducation au goût et à la variété des aliments. Par ce biais, la collectivité maîtresse d’œuvre pourra toucher les parents. Au final, les changements d’habitude alimentaires induits par ce service public agricole contribueront à faire évoluer les modes de consommation dans une démarche plus responsable. C’est donc un moyen de rompre avec les discours culpabilisants qui accompagnent bien souvent l’écologie.

Le premier et principal écueil à la mise en place de ce service public agricole demeure la question de la surface nécessaire à la production : plus de dix hectares au minimum, pour une population supérieure à 20 000 habitants. Il convient donc de la réserver dans le cadre d’un plan d’occupation des sols adapté.

L’établissement public de coopération intercommunale constitue donc, a priori, le bon échelon pour la mise en œuvre d’un tel outil. D’autant qu’il doit s’accompagner d’une cuisine centrale en régie publique directe, ou au moins associative, pour maîtriser totalement la chaîne de production alimentaire de la matière brute (fruits et légumes) au produit transformé.

Certes, un appel d’offres bien maîtrisé et solidement conçu peut contraindre un opérateur privé dans le choix de son approvisionnement mais il n’y a pas de garantie définitive qu’il choisisse forcément le service public local agricole comme fournisseur.

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Bonus vidéo : The Redskins « The Peasant Army (Peel Sessions) »


Espagne : des affrontements pour « célébrer » le 18 juillet

Si vous n’allez pas plus loin, retenez juste ça :

Rassemblement de solidarité avec le peuple et les mineurs d’Espagne en lutte
Jeudi 19 juillet à 18h devant l’ambassade d’Espagne
22 avenue Marceau à Paris (métro Alma-Marceau ligne 9)

Le symbole est fort. Violent même. Cette nuit du 18 au 19 juillet a été, une nouvelle fois, marquée par des affrontements très violents entre mineurs et antidisturbios de la guardia civil de sinistre mémoire. Cette fois, c’est un petit village de 700 habitants, San Roman de Bembibre, au cœur du Léon minier, qui a été attaqué par les « forces de l’ordre ». L’alerte a été donnée via les réseaux sociaux autour de minuit, avant que les brouilleurs utilisés par la guardia civil ne coupent la bourgade du reste du monde. Ce qui explique les rares photos et vidéos disponibles.

Il y a eu des barricades. Il y a eu des tirs de balles réelles et de projectiles ressemblant à des balles de golf, et pas en caoutchouc mou. Il y a eu un peuple et les représentants les plus combatifs de sa classe ouvrière soumis à l’assaut des forces de répression. Heureusement, à ma connaissance, il n’y a pas eu de morts.

Vous allez me dire que c’est un affrontement de plus, dans le cadre d’un conflit qui est émaillé par la violence. J’ai déjà écrit sur les raisons qui poussent Mariano Rajoy, le premier ministre espagnol, à intensifier la répression. Comme Margaret Thatcher avant lui, il se donne comme mission de transformer radicalement l’Espagne. Il parle de « passer dans la modernité », il s’agit plutôt d’imposer à la piel de toro le modèle post industriel en vigueur en Europe occidentale. Raison pour laquelle il a obtenu le soutien de l’Union, de la Commission et de la Banque centrale européennes.

Projectiles tirés à San Roman de Bembibre la nuit du 18 juillet

Mais ce qui s’est passé cette nuit du 18 juillet est hautement symbolique. En Espagne, le 18 juillet c’est la date anniversaire du soulèvement militaire déclenché par Franco en 1936. Aujourd’hui, 19 juillet, une partie de la classe ouvrière internationale commémore le début de la Révolution lancée pour battre les rebelles. Las, vous connaissez la suite des événements

C’est donc à cette date précise que la guardia civil a lancé l’assaut contre San Ramon de Bembibre. Je ne peux qu’y voir un symbole hautement politique. Je ne peux dire, de là où j’écris que Rajoy est un franquiste. Je sais juste qu’il est le chef du Partido Popular fondé par Manuel Fraga en 1989, lequel était ministre de Franco et, si ma mémoire est bonne, l’héritier politique du caudillo. Le Partido popular est le descendant direct de l’Alliance populaire, coalition conservatrice fondée en 1976 et dirigée par une majorité d’anciennes personnalités politiques du franquisme. Ce que je peux écrire aussi, en écho de ce que me disent mes correspondants espagnols, c’est que la réaction relève la tête dans la péninsule ibérique. L’Opus Déi mais aussi les nostalgiques de la Phalange de Primo De Ribeira se sentent pousser des ailes. Le gouvernement central espagnol, quant à lui, passe pudiquement sous silence le soulèvement et les victimes des fascistes.

N’en reste pas moins que, ce jeudi 19 juillet, les principales centrales syndicales que sont l’UGT et les Commissionnes obreras (Commissions ouvrières) appellent à la grève et à des manifestations dans le pays. Il s’agit de s’opposer au plan d’austérité adopté par la droite le 11 juillet dernier. D’un montant de 65 milliards d’euros, il accélère, outre la liquidation de l’industrie charbonnière, la casse des services publics et la privatisation des dernières entreprises nationales espagnoles. Ce mouvement organisé par les syndicats cohabite avec des manifestations beaucoup plus spontanées, dont la plus importante en date a eu lieu dimanche 15 juillet au soir quand des milliers d’Espagnols sont descendus dans les rues.

Il est fort possible que l’été espagnol version 2012 soit chaud. Mais ce ne sera pas en raison de la météo.

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Bonus vidéo : Rosa Leon « Ay Carmela »