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Hommage aux anars espagnols, arrestation des anars français

Décidément, les Staliniens ne sont pas – toujours – ceux que l’on croit. La Commémoration 2012 de la Libération de Paris par les combattants de la 2e Division blindée commandée par le général Leclerc a été l’occasion d’un épisode ô combien malheureux. Outre qu’est régulièrement oublié le soulèvement des Forces Françaises de l’Intérieur dirigé par le camarade communiste Henri Rol-Tanguy, cette année nos camarades anarchistes ont fait les frais de la répression.

Eu égard à l’hommage rendu explicitement aux combattants espagnols de la « nueve », la 9e compagnie, de la 2e DB, – par le président de la République lui même ! – les militants de la Fédération Anarchiste, d’Alternative libertaire et d’autres encore sont venus – exceptionnellement à ma connaissance – rendre hommage aux leurs. C’est que les combattants de la « nueve » étaient pour beaucoup des Républicains espagnols et surtout des anarchistes, survivants de la 26e division républicaine (ex colonne Durutti). Je me permets de vous faire partager le témoignage de Luis Royo, le dernier des Espagnols de la « Nueve » :

« Des Républicains espagnols qui sont entrés dans Paris avec la Nueve, la neuvième compagnie de la deuxième DB, commandée par le capitaine Dronne, il ne reste que moi. Je suis fier de participer au soixantième anniversaire de la libération de la capitale. Pour le cinquantième, personne n’a pensé à nous. Nous n’avons pas été invités aux commémorations. Nous étions alors plusieurs. Maintenant, il ne reste plus que moi. Les autres sont partis sans reconnaissance.
J’avais 17 ans quand j’ai fui le franquisme. Je suis arrivé en France en 1939 par les montagnes à Prats-de-Molo. J’ai été interné sur place puis déplacé au camp d’Agde. Là, des tantes qui étaient installées dans la région sont venues me réclamer. Leurs hommes étaient à la guerre. Elles avaient besoin de bras à la ferme.
Quand il y a eu l’armistice, les autorités françaises n’ont pas voulu renouveler mes papiers. Les gendarmes m’ont donné le choix, l’Espagne, l’Allemagne ou la Légion pour laquelle j’ai opté comme beaucoup d’Espagnols. J’ai déserté pour la France Libre, la 2e DB.
Quand les Américains ont eu consolidé la tête de pont normande nous avons débarqué le 1er août 44 à Omaha Beach. Nous avons nettoyé la poche de Falaise du 7 au 21 août. Le 23, nous avons couché à Arpajon, le 24 neutralisé un char allemand à la Croix de Berny.
Le 25 à Paris, notre bataillon a libéré les Invalides et l’Ecole Militaire. Le 26, nous avons rejoint l’Hôtel de Ville. Puis on a attendu de l’essence au Bois de Boulogne jusqu’au 7 septembre avant de partir vers la Moselle où j’ai été blessé.
Depuis, j’ai un bout de ferraille dans le poumon. j’ai été soigné dans un hôpital américain en Angleterre puis j’ai été démobilisé sans un sou, sans habits, sans logement, sans travail ».

Pour en savoir plus, je vous renvoie à la lecture de cet article assez complet de mes camarades du Parti de Gauche Midi-Pyrénées. Nos amis libertaires ont donc souhaité saluer la mémoire de combattants antifascistes dont ils revendiquent fort justement l’héritage. Pour ma part, la présence de libertaires dans une commémoration organisée par la République, je trouve ça chouette.

Mais voilà ! Les anars étaient venus avec leurs drapeaux. Noirs. Ils se sont vus accuser de « rassemblement interdit », alors que la commémoration était évidemment publique, et d’arborer des « drapeaux non républicains ». Les libertaires ont été pris à partie par la police, qui n’agissait sûrement pas sans ordre. Résultat des courses, quinze militants de la Fédération Anarchiste ainsi qu’un militant d’Alternative Libertaire et deux passantes sont restés quatre heures aux commissariats du huitième et du neuvième arrondissement pour avoir voulu honorer la mémoire des valeureux combattants de la « Nueve ». Moi, sérieux, ça me choque.

Les rapports entre la tendance dans laquelle je me reconnais et les camarades libertaires n’ont pas été souvent marqué du sceau de la fraternité militante. En ce mois d’août où il est de bon ton de saluer la mémoire du « Vieux » (Léon Trotsky) assassiné ce mois de 1940 par Ramon Mercader sur ordre de Staline, je me souviens que ce même « Vieux » a commandé l’Armée rouge qui a massacré les anarchistes ukrainiens regroupés derrière Makhno comme les marins de Cronstadt qui refusaient l’autoritarisme léniniste. Je peux aussi évoquer, moi qui m’intéresse à la guerre d’Espagne, les combats fratricides entre staliniens et anarchistes de 1936 à 1938. Dans ces conflits de famille, les sociaux démocrates étaient toujours restés à l’écart. Jusqu’à ces dernières années.

Il est extrêmement regrettable que, en présence du « président normal », la commémoration de la Libération de Paris ait été marquée, cette année, par des arrestations de militants anarchistes. Pour qui croit à la force des symboles, celui-ci est plus que malheureux qui laisse à croire que, en raison de ses positions politiques, on puisse être exclu de cérémonies républicaines. Je suis sûr qu’une telle mésaventure (veuillez excuser l’euphémisme) n’arriverait pas à des anciens combattants nostalgiques de l’Algérie française.

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Bonus vidéo : Métal Urbain « Anarchie en France »

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Au charbon avec Mélenchon – 3e épisode

Suite des Chroniques du Hamster sur la campagne de Mélenchon et Poly dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais.

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On a beau être une tête dure, « a men’ donné », il faut se faire une raison, je ne vais pas attendre qu’un gouvernement de gauche digne de ce nom remette le service public ferroviaire sur les bons rails et je me résigne à passer le permis. C’est une des leçons de la campagne, j’ai pu constater une fois encore à quel point le réseau express régional est mis à mal. Suppressions de trains, retards et le manque de personnel pour informer les usagers, choses qui contribuent au quotidien à privilégier la voiture comme moyen de transport par défaut dans la région. Ajoutez la météo capricieuse et grisâtre, et vous comprendrez pourquoi j’envisageais le temps fort de la journée avec appréhension. Manifester un jour de fête des mères en prime, plutôt risqué. Précision, ce n’est pas l’œuvre du régime de Vichy. Elle a été officialisée en France en 1928, et inscrite au calendrier en 1941.

Il est déjà temps de repérer le parcours de la marche. On part du puits Dahomey pour se rendre à travers les cités ouvrières jusqu’aux bureaux de la compagnie à Billy-Montigny. Une bonne heure de marche soutenue, sans compter les deux haltes prévues sur le parcours. Au même moment la scène sur laquelle se tiendra le meeting à la fin de la marche est en cours de montage, tandis que des militants s’affairent à draper de rouge les murs, arbres et grilles de l’imposant bâtiment qui abritait autrefois les bureaux de la compagnie des mines. L’équipe des colleurs d’affiches s’assure que sur le parcours on ne trouve plus trace de la pollution visuelle de l’héritière de Montretout et de ses amis aux crânes rasés.

Une intense activité militante, réalisée avec sérieux par des bénévoles qui ont confectionné des dizaines de pancartes colorées qui seront portées par la foule quelques heures plus tard. Un premier car se gare, des camarades de la région parisienne qui arrivent, des militants qui viennent apporter leur aide et d’autres qui vont assurer le service d’ordre. Il y aura bien une poignée de cars de la région, mais bien moins nombreux que ce que fantasme l‘extrême-droite vociférant contre une « invasion » venue de toute la France. Le lendemain, la même extrême-droite minimisera l’événement pour dénombrer « 800 personnes ».

Le temps passe vite, la restauration sera expédiée, tandis que la rue qui longe l’ancien carreau de la mine se remplit. Des ballons, rouges, les pancartes sont distribués, le cortège s’organise : derrière la banderole du Front de Gauche, on retrouve les cortèges d’entreprises (Samsonite, Française de mécanique, collectif de précaires). Puis suivent les mineurs marocains, la CGT, les associations antiracistes (Sos Racisme, Mrap) et le cortège féministe du Front de Gauche. Les sans-papiers sont également présents.

Avant que la marche ne s’ébranle, Jean Luc Mélenchon, accompagné par Sonia – arrière-petite-fille d’Emilienne Mopty -, dépose une gerbe de fleurs au pied du monument commémorant la grève des mineurs de 1941. Émilienne Mopty, résistante, avant pris la tête des manifestations de femmes durant la grève, à Hénin-Liétard le 29 mai et Billy-Montigny le 4 juin. La grève atteindra son apogée les jours suivants, 100 000 mineurs cesseront le travail. L’occupant allemand constatant une grève quasi totale sur le bassin minier, la répression sera féroce. Les autorités suspendent les salaires, mais aussi les cartes de ravitaillement. Des centaines de mineurs seront arrêtés et condamnés aux travaux forcés, cent d’entre eux fusillés. Émilienne sera arrêtée l’année suivante, torturée et finalement exécutée.

Et le cortège pour l’humain d’abord s’élance en musique. Une foule chaleureuse et festive, et surtout nombreuse : 3 000 selon la police, 4000 pour la Voix du Nord, 6 000 pour le Front de Gauche. Quoi qu’il en soit, c’est un succès qui marche, à la mémoire de celles et ceux qui ont eu le courage de se soulever. Au-delà de l’hommage rendu, c’est aussi une manifestation revendicative, contre l’austérité et pour revendiquer de nouveaux droits. Toutes ces choses que le Parti dit Sérieux a oubliées depuis longtemps.

L’accueil des habitants est chaleureux et certains se joignent à la marche. On arrive enfin devant les anciens bureaux de la compagnie, les stands accueillent les manifestants. Un village militant aux allures de fête de l’Huma. C’est enfin le temps des discours sur la scène, Bruno Troni, candidat du Front de Gauche dans la circonscription voisine, Michelle Demessine, Martine Billard et enfin Jean Luc Mélenchon. La dernière ligne droite de la campagne s’annonce.

Nota bene : toutes les photos, sauf celle de la stèle, sont de Rémy Blang, mon ami Mosellan et bien plus 🙂

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Bonus vidéo : Chanson en hommage à Emilienne Mopty


Dans le Nord Pas-de-Calais, le FN tombe le masque

Merci pour cette image Jean-Michel

Quand le Front national prend peur, les digues sautent, le discours sur la « normalisation » disparaît et les bons vieux réflexes reprennent le dessus. J’avais eu l’info par le téléphone rouge ce matin au réveil, me demandant ce que j’allais en faire. On a pas mal discuté avec les amis et puis Ariane Walter a craqué le morceau sur son agoravox. Alors, oui, hier soir – mardi 29 mai – à Phalempin, au cœur de la 6e circonscription du Nord, la voisine directe de la 11e circonscription du Pas-de-Calais, une quinzaine de militants d’extrême-droite ont reproduit les actes de leurs aînés nazis en « bordelisant » une réunion publique du Front de Gauche. Le sang-froid des camarades a permis que nul ne soit blessé.

Le rêve secret des partisans de Marion Anne Perrine ?

Pendant deux heures, j’ai pensé qu’il ne fallait pas écrire sur ce sujet. Parce qu’il pouvait laisser croire que les fachos avaient gagné l’espace de quelques heures. Mais, après réflexion, l’incident est trop grave et mérite d’être porté sur la place publique. Il montre bien que les fascistes qui soutiennent la « vague bleu Marion Anne Perinne » sont entrain de perdre pied face à l’offensive républicaine que mène le Front de Gauche. A la peur de se voir battus, ils répondent par la violence. On connaît le cycle. Donc, non, le F-Haine n’a pas changé. Derrrière un vernis refait flambant neuf, il s’agit toujours des mêmes. Ceux qui répondent aux arguments à coups de barre à mine. Ceux qui fracassent les locaux des organisations syndicales ou des forces de gauche. Ceux qui intimident quand on tentent de convaincre.

Quelques jours plus tôt, la 11e circonscription du Pas-de-Calais a vu la distribution d’un tract anonyme avec la photo de Jean-Luc Mélenchon, un extrait de son discours de Marseille et un « votons Mélenchon ». En bas de page, une calligraphie dans un style arabe mais, après vérification, sans sens puisqu’écrit de gauche à droite quand l’arabe s’écrit de droite à gauche. Ce tract, pour lequel l’équipe du Front de Gauche a porté plainte, semble bien émaner des proches de Marion Anne Perrine Le Pen. Steeve Briois, animateur du F-Haine à Hénin-Beaumont et secrétaire général du Parti, ne nie même pas le faits, si j’en crois l’article de Marianne.

Ce genre de manip’ est clairement destinée à remobiliser l’électorat de base du FN, les plus racistes, les plus hargneux envers l’étranger, ceux qui lâchent leurs chiens contre nos camarades. C’est que la Marine est proche de couler au vu de la campagne méticuleuse autant que joyeuse que nous, le Front de Gauche, menons face à elle. Il n’y a qu’à relire la précédente Chronique du Hamster, son récit d’une Marion Anne Perrine Le Pen parcourant le marché à la course, dans une nuée de caméras, pour s’éclipser bien vite et, de l’autre côté, le temps lent des discussions, des poignées de main, des échanges, des blagues de Mélenchon avec ses électeurs. Pour les nostalgiques de l’Algérie française, de l’Indochine et autres billevesées chères à l’extrême-droite, la messe est dite. Elle est funèbre. Et la rage reprend le dessus.

Je les ai connus, les mêmes, à Vitrolles quand nous étions entrain de porter l’estocade mortelle au couple Mégret. Des membres de la sécurité du MNR, qui a préparé la ligne politique actuelle de Marion Anne Perrine Le Pen, passaient le temps à rouer de coups les militants de Ras l’Front et autres activistes de gauche. Comme de juste, ils s’en prennent à ceux de leurs adversaires qu’ils trouvent les plus dangereux politiquement. Est-ce au parti dit « sérieux’ » qu’ils s’attaquent aujourd’hui ? Allons, c’est méchant de ma part. Le PS ne s’en prend pas au FN, juste à Mélenchon et au Front de Gauche. C’est comique de voir les sociaux-démocrates verser dans la ligne kominternienne 3e période.

Enfin, cessons de tergiverser. Et j’arrête de me faire plaisir, promis. Nous allons voir jusqu’où le FN va savoir se tenir. S’il en est capable. Selon mes sources, le staff de campagne de Marion Anne Perrine Le Pen est en train de rameuter le ban et l’arrière-ban des extrêmes-droites du nord et du nord-Quiévrain. En jeu, la tenue du bal populaire du Front de Gauche à Villeneuve-d’Asq avec l’ami Ugo Bernalicis. Et, surtout, la marche du 3 juin dans la 11e circonscription. Est-ce que, malgré les caméras, les nervis du Bloc identitaire, des solidaristes et autres groupuscules fascistes, vont être capables de se tenir calme ? On verra bien.

Quoi qu’il puisse en coûter, si les masques tombent, à tout le moins la vérité sera rétablie. Relooké ou pas, le F-Haine aime à flirter avec les fafs.

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Bonus vidéo : Blink 182 « Violence »


Au charbon avec Mélenchon – 2e épisode

La campagne sur la 11e circonscription du Pas-de-Calais a atteint son rythme de croisière. Le local qui abrite le QG de campagne à Hénin-Beaumont est désormais tapissé de tableaux permettant de suivre les initiatives quotidiennes, le nombre d’inscrits, les tractages… Rien n’est laissé au hasard, les cartes des communes, nombre de boîtes aux lettres par ville. C’est un déploiement minutieux auquel on assiste, et c’est ce que l’on retrouve d’ailleurs dans la plupart des campagnes législatives menées par le Front de Gauche.

Ce matin les équipes s’activent pour diffuser sur le marché d’Hénin-Beaumont. On prépare les tables, les équipes se répartissent, les « mélenchanteurs » arrivent, parmi lesquels Romain Jammes. Le service d’ordre va s’assurer que le marché sera fréquentable pour éviter une mauvaise rencontre avec l’héritière de Montretout et ses sbires. Hé oui, n’en déplaise aux rédacteurs en chef avides de confrontation sanglante et de bataille rangée pour faire péter l’audimat, nous passons le mot aux journalistes reporters d’images présents, ils n’auront pas ce que veulent leurs employeurs parisiens. On laisse la fille-à-papa traverser le marché au pas de course, bien entourée par des caméras. Les militants se sont placés aux points de passages les plus importants du marché, et l’on constate assez vite qu’on trouve plus de stands qui vendent des fraises de Phalempin que de présence militante de l’extrême droite.

Photo de l’ami Rémy Blang

Avis aux amateurs, la barquette de fraise locale oscille entre 3,50 € et 4,95 €. Passons sur les péripéties de la main invisible du marché sur la fraise. Jean-Luc Mélenchon arrive, et l’on voit une tout autre pratique politique à l’œuvre. On prend son temps, on discute avec les gens. Il n’y a pas le moindre intérêt à traverser tout le marché au pas de course (encore moins au pas de l’oie – Note du rédac chef). On constate encore une fois, comme à Libercourt la veille, que l’accueil est plutôt chaleureux. Il est déjà temps de se restaurer. Mais avant cela, nous nous rendons à la salle située à Courrières où va se tenir le meeting du jour.

L’équipe technique s’affaire pour installer la décoration et surtout mettre en place la sonorisation et l’éclairage.

Photo de l’ami Remy Blang

Dehors, une équipe de collage s’assure que l’affichage soit aux couleurs du Front de Gauche. L’appel de l’estomac se fait plus pressant, on a tous de bonnes adresses locales. Pour ma part, j’ai suivi les conseils de l’ami Jean-Jacques, un QG approprié, La Belle Anglaise, un décor sympathique digne d’un pub, des portraits de guitaristes de blues légendaires, des ballons ovales qui trônent derrière le comptoir. En prime, la bière est fraîche et la nourriture vaut le détour.

Autre détour, par la gare de Lens pour récupérer Benoît Schneckenburger, et retour à la salle : des militants de tous âges finissent de décorer la salle aux couleurs du Front de Gauche. Il est temps de réunir l’équipe du service d’ordre pour un briefing rapide. Hommes et femmes expérimentés et débutants du Réseau Gracchus Babeuf sont présents. L’occasion de rappeler que c’est une tâche militante parfois ingrate mais nécessaire pour que nos initiatives se déroulent le mieux possible. Rien à voir avec les clichés qui ont la vie dure sur les gros bras, il s’agit simplement d’être en capacité de se protéger, une tradition du mouvement ouvrier née un siècle plus tôt.

Photo de l’ami Rémy Blang

La salle se remplit doucement, beaucoup flânent sur la pelouse en attendant les orateurs. L’animation musicale à l’extérieur permet de patienter. D’autres vont faire le plein de céréales au bar. Le meeting commence, devant plusieurs centaines de personnes, Hervé Poly fait une brève intervention. C’est au tour du camarade à la cravate rouge. Jean-Luc Mélenchon revient sur ces questions locales qui méritent une réponse nationale et évoque le cas du procès de Samsonite où seul le Front de Gauche était présent pour soutenir les salariés. D’ailleurs, sur les questions sociales, on attend toujours que la tête de gondole de l’extrême droite, ou le candidat qui fait voter les morts, se montrent. Mais il est tellement plus facile de persifler auprès d’organes de presse complaisants sur la couleur du parachute que de défendre les salariés !

Le discours de Jean-Luc Mélenchon est comme d’habitude dense et intense. Il évoque tant de choses, de la catastrophe de Courrières à la première Convention collective de branche négociée dans le bassin minier, berceau du mouvement ouvrier. Enfin, il évoque la prochaine étape publique le 3 juin, une marche qui partira du puits Dahomey pour se rendre à Billy-Montigny, sur le modèle de celle menée par la résistante communiste Émilienne Mopty en mai-juin 1941, pendant les grèves des mineurs. Le meeting s’achève déjà, Jean-Luc Mélenchon prend le temps de répondre aux nombreuses sollicitations puis tout le monde se disperse en attendant de se revoir très vite à la prochaine étape. Dans les corons comme partout ailleurs, on ne lâche rien !

 

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Bonus vidéo : Silmarils « Va y avoir du sport »

 


Au charbon avec Mélenchon – 1er épisode

Vous allez pouvoir lire le premier épisode de ces Chroniques du hamster, le mien ami chez qui je dors quand je vais dans Ch’nord. Le gars hamster est impliqué assez directement dans la campagne du candidat du Front de Gauche dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Il va nous raconter cette campagne, vue de dedans.

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Au fil des conversations avec le Cri du Peuple il nous paraissait évident qu’il fallait parler de la manière dont allait se dérouler la campagne de Jean-Luc Mélenchon et Hervé Poly au pays des boyaux rouges. Pas de place ici à la polémique sur l’intérêt de cette candidature, les stratèges de salon ne sont d’aucune utilité dans une bataille qui se joue sur le terrain. Désormais le débat sera tranché par le peuple souverain, 125 000 personnes se prononceront sur le choix crucial entre l’ethnique ou le social.

Après avoir récupéré Jean Luc Mélenchon et son équipe à la gare de Lille, nous partons à Oignies au cœur du bassin minier et des terrils pour une diffusion de tracts sur le marché. Malgré nos affirmations répétées aux Parisiens que la veille il faisait un temps magnifique, on voit bien que les camarades sont un poil sceptiques. Conséquence de la drache qui s’est abattue, le marché s’est un peu dépeuplé. Il en faudrait plus pour arrêter la mise en route de la campagne. Hervé Poly et les camarades de ce Pas-de-Calais sont présents, notamment Odette Dauchet, maire communiste de la ville de Carvin de 1985 à 2001, date à laquelle Philippe Kemel a réussi le tour de force de l’emporter en s’alliant avec la droite.

Depuis il a démontré sa toute-puissance en faisant voter des morts pour obtenir la place de candidat à la députation. Evidemment, cette « victoire » a fâché ses concurrents malheureux : le député sortant, Albert Facon, et le maire d’Oignies Jean-Pierre Corbisez. D’ailleurs, puisqu’on en parle au moment où la pluie s’arrête, le voilà le maire d’Oignies qui accueille Jean Luc Mélenchon et lui offre un parapluie. Bien plus chaleureux que l’amère de Lille occupée à jouer le numéro de l’élue locale, pour critiquer le choix du Front de Gauche sur la circonscription.

L’accueil est chaleureux, la force joyeuse arpente le marché tranquillement, tandis que Jean-Luc se retrouve  avec un sachet de saucisson de cheval et en propose à tout le monde. Hervé Poly souligne que c’est du Percheron (du nom du patron historique du PS du Pas-de-Calais – NDA) et qu’il faut le bouffer. L’allusion n’échappe pas aux militants locaux. Si quelques commerçants sont un peu fermés, les habitants se sont montrés accueillants, et viennent spontanément pour discuter, poser des questions, et constater que Jean-Luc est bel et bien présent. Qu’on ne se méprenne pas, ce n’est pas un mouvement de foule en délire qui réclame des autographes, il y a là des habitants satisfaits de voir des candidats qui ne réduisent pas la 11e circonscription à la seule ville d’Hénin-Beaumont.

Il est temps de partir à Evin Malmaison pour une réception. Bernard Stasweski, le maire communiste, nous reçoit cordialement, l’occasion de reparler de la lutte de Metaleurop. Jean Luc discute également avec des jeunes présents à la réception et en profite pour expliquer ce que symbolise le triangle rouge qu’il porte à sa veste. Il ne représente pas seulement le signe distinctif porté par les opposants politiques déportés par les nazis. Il fut utilisé bien plus tôt, en 1890, à l’occasion du Premier Mai pour revendiquer la réduction à 8 heures de la journée de travail, et symboliser le partage de la journée en trois (travail, sommeil, loisirs). Odette, Bernard, véronique et Cathy comme Hervé et d’autres quelques jours plus tôt ont réservé un bon accueil à Jean-Luc Mélenchon. On ne va pas le cacher, avec la réputation rugueuse de la fédération du Pas-de-Calais du Parti Communiste Français, nous n’imaginions pas que les rapports humains seraient aussi fraternels.

Direction Courcelles-lès-Lens pour se restaurer près du canal de la Deule, à la gare d’eau, ancien haut lieu de l’industrie batelière (renseignements pris, on n’y fabrique pas de pédalos). On en profite pour faire avaler un potjevleesch (avec des frites forcément !) aux Parisiens. Dernière étape de la journée, Hénin-Beaumont, où se tient une réunion de travail dans les locaux flambant neufs du PCF qui va abriter le siège de campagne du Front de Gauche dans son ensemble.

Une ambiance studieuse de rigueur, Jean-Luc présente sa vision de la campagne et propose toute une série d’initiatives pour rythmer la campagne. On doit « être une force joyeuse. Contrairement à ceux d’en face qui s’emmerdent comme des rats morts quand ils se réunissent entre eux ». Hervé Poly prend le relais et décrit la campagne telle qu’elle s’est déroulée jusqu’à présent, avec des éléments chiffrés et précis sur les besoins militants, sur ce que représentent les tractages sur la circonscription, et sur les forces et faiblesses du réseau militant impliqué. Tout un tas d’éléments précieux pour la suite des évènements. On ne repart pas de zéro, et l’expérience accumulée permet d’évaluer ou orienter les efforts militants. La suite de la campagne approche.

Déjà, le 18 mai un meeting en plein air est en vue, à Méricourt dans l’éco-quartier (regroupant logements et services publics) construit sur le carreau de l’ancienne fosse du 4-5 Sud.

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Bonus vidéo : Anthrax & Public Enemy « Bring The Noise »


Ami gauchiste : ton problème c’est pas Mélenchon, c’est le patron !

Après une première missive électronique à mes amis gauchistes, au sens léniniste du terme, je reviens vers vous, membres du NPA et de Lutte Ouvrière, du Parti Ouvrier Indépendant et autre ARS. Au départ de ce courrier, des échanges assez vifs avec le camarade recriweb sur touittère, au sujet de Mélenchon. Ce dernier, comme s’il n’en avait pas assez de l’acrimonie d’Europe Ecologie-Le Vide, de la haine de classe de Marion Anne Perrine héritière Le Pen, de la vindicte du parti dit « sérieux », le voici voué aux gémonies par nos camarades d’extrême-gauche. A telle enseigne que le NPA et LO présentent contre lui, chacun, un candidat dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais.

Ce mercredi 16 mai, au matin, l’attaque prenait des tours de jésuitisime. Tel militant « communiste révolutionnaire » se demandait :

« C’est quoi le but de la lettre de Mélenchon (à Jean-Marc Ayrault – NDA) ? Pousser à « gauche » un gouvernement pro-patronal ? Personne pour me répondre ? »

Il y a des questions rhétoriques qui n’en sont pas. Celle-ci est un chef d’œuvre du genre, puisque la réponse serait contenue dans la question. Alors, allons-y les camarades ! Et mettons tout sur la table. L’accusation est celle de réformisme, n’est-ce pas ? Nous serions les alliés fidèles du parti dit « sérieux ». Alors, nous allons reprendre les choses par l’absence de début. Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. En guise de preuve, notre soit disant « allié » n’a de cesse que de nous matraquer, avec autant de détermination que vous autres. Je passe sur les attaques en creux de Martine Aubry contre le candidat du Front de Gauche dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Elles n’ont échappé à personne. Je passe aussi sur les alliances cannibales entre le PS et EELV contre le Front de Gauche à Tremblay-Sevran-Villepinte ou à Montreuil-Bagnolet. Les voilà, vos preuves d’amour !

Mais revenons au point de départ de l’échange : la lettre du chef de file du Front de Gauche au nouveau premier ministre. Nous faisons, par sa plume, un certain nombre de propositions concrètes et immédiates pour améliorer tout de suite le sort de la classe ouvrière et des habitants des quartiers populaires de ce pays. Hou, le réformisme indigne ! Parce qu’il est réformiste de vouloir que les conditions matérielles d’existence de millions de salariés de ce pays se trouvent améliorées ? Parce qu’il est indigne d’un parti révolutionnaire d’œuvrer pour que, immédiatement, les mauvais coups du patronat et de la finance soient déjoués ? Je me permets de citer trois propositions formulées dans ce vil courrier :

« * L’interdiction des licenciements boursiers et suppressions d’emplois dans les entreprises bénéficiaires. Cette mesure de bon sens économique vise à empêcher des saccages comme ceux de Continental ou Samsonite. Elle empêcherait les actionnaires de préparer de nouvelles suppressions d’emplois dans des groupes bénéficiaires, de l’automobile (PSA, Renault etc), à la chimie (Sanofi-Aventis) en passant par les banques.
* La création d’un droit de véto des élus du personnel en cas de fermeture ou délocalisation et l’obligation d’examiner les propositions des salariés. Ces droits nouveaux des travailleurs permettraient par exemple aux salariés de l’automobile de Sevelnord ou de PSA Aulnay de faire entendre leur point de vue à des actionnaires jusqu’ici tout puissants.
* Un droit de préemption de l’activité par les salariés réunis en coopérative, avec un soutien juridique et financier public, comme le réclame depuis plus de 600 jours les salariés de l’usine Univelever-Fralib. Un tel droit aurait aussi permis d’envisager sous une perspective autrement plus positive la reprise de l’activité de SeaFrance. »

C’est effectivement de la haute trahison. Bon, je vais en finir avec l’ironie, puisque mes amis gauchistes manquent souvent d’humour. Revenons donc au fond, qui reste, depuis 1920 et La Maladie infantile du communisme, la question du rapport au parlementarisme. Lutte ouvrière, sur cette question, tranche : « Le pouvoir viendra du peuple, pas des urnes ». Je vais laisser Lénine répondre :

« Comment peut-on dire que « le parlementarisme a fait son temps politiquement », si des « millions » et des « légions » de prolétaires non seulement s’affirment encore pour le parlementarisme en général, mais sont franchement « contre-révolutionnaires »!? Il est évident qu’en Allemagne (et aujourd’hui en France – NDA) le parlementarisme n’a pas encore fait son temps politiquement. Il est évident que les « gauches » d’Allemagne (et aujourd’hui en France – NDA) ont pris leur désir, leur façon de voir en idéologie et en politique, pour une réalité objective. C’est là pour des révolutionnaires la plus dangereuse erreur. »

Quelle est notre manière à nous, militants du Front de Gauche et – pour ce qui me concerne – du Parti de Gauche ? Nous avons repris les choses par le bon bout : l’analyse historique et sa relecture en perspective. Le marxisme n’a aucune historicité. Il n’a, dans aucun pays, à aucune période, été mis en œuvre réellement. Par ailleurs, dans la marche vers le socialisme, les tentatives qui ont été faites ont toutes en commun de parier sur la transformation des structures de production, comme outil de transformation de la structure du pouvoir. Ce qui a amené, au mieux, un capitalisme monopoliste d’Etat. Au pire, la barbarie de Pol Pot ou de la Corée du Nord.

Nous, nous faisons le pari de l’éducation populaire politique pour transformer les consciences et amener la classe ouvrière à vouloir et à agir en faveur de la révolution. Permettez que je m’en réfère encore au camarade Lénine :

« On ne peut vaincre avec l’avant-garde seule. Jeter l’avant-garde seule dans la bataille décisive, tant que la classe tout entière, tant que les grandes masses n’ont pas pris soit une attitude d’appui direct à l’avant-garde, soit tout au moins de neutralité bienveillante, qui les rende complètement incapables de soutenir son adversaire, ce serait une sottise, et même un crime. Or, pour que vraiment la classe tout entière, pour que vraiment les grandes masses de travailleurs et d’opprimés du Capital en arrivent à une telle position, la propagande seule, l’agitation seule ne suffisent pas. Pour cela, il faut que ces masses fassent leur propre expérience politique. »

Avec le Front de Gauche, nous menons la campagne de conscientisation en direction des ouvriers, des celles et ceux qui se croient membres de cette construction idéologique qu’est la « classe moyenne », pour que chacun acquière cette conscience d’appartenir au final au prolétariat dans sa définition marxiste du terme. Faire la révolution dans les têtes est la condition sine qua non pour que la révolution des rapports de production – qui ne sont qu’un des aspects de la politique – mette fin aux rapports de domination de classe. Notre enjeu est là, notre bataille quotidienne, c’est là que nous la menons.

Enfin, nous avons placé – dans la bataille politique – le curseur des priorités au niveau de la lutte contre le fascisme nouvelle période incarné dans le Front national voire une fraction de l’UMP. Est-ce là le signe d’une dangereuse dégénérescence sociale-démocrate ? Je vais m’en référer, une fois n’est pas coutume, à Léon Trotsky pour répondre à cette vision des choses :

« La montée d’un mouvement fasciste de masse est en quelque sorte une institutionnalisation de la guerre civile, où, toutefois, les deux parties ont objectivement une chance de l’emporter (…). Si les fascistes réussissent à balayer (…) la classe ouvrière organisée, à l[a] paralyser, à l[a] décourager et à l[a] démoraliser, la victoire leur est assurée. Si, par contre, le mouvement ouvrier réussit à repousser l’assaut et à prendre lui-même l’initiative, il infligera une défaite décisive non seulement au fascisme, mais aussi au capitalisme qui l’a engendré. »

Voici la raison essentielle qui nous pousse à monter au Front, une fois de plus, au niveau national et singulièrement dans le Pas-de-Calais. Voilà, mes amis, quelques petits mots dont j’espère qu’ils vous seront utiles pour réfléchir à vos priorités politiques.

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Bonus vidéo : Pop Will Eat Itself « Kick To Kill »


UMPFN : le point Godwin, c’est maintenant !

Billet court à la manière de Gauchedecombat.

Au début, c’est une pub sur facebook qui attire mon attention. Avec le joli logo qui est le sien, l’Union pour une Majorité pétainiste (UMP) lance un étonnant : « La Résistance, c’est maintenant ». Je me dis, quand même, ils sont pas gonflés. J’attends d’ailleurs toujours les chars de l’armée russe. Mais je me suis laissé dire qu’ils avaient été retenus : le 7 mai, ils étaient de célébration de « l’élection » du grand ami de Nicolas le petit, Vladimir Poutine. Je fais quand même une petite recherche internet et… Je tombe sur ça, le site de campagne d’Arnaud Barroux, candidat UMP dans la circonscription Evry-Sud en Essonne. Photo please :

Notez la symbolique : un enfant seul, au milieu d’une mer agitée, tenant en main le drapeau de la France. Il semble demander de l’aide. Aide que, je suppose, l’organisation qui m’est apparue immédiatement après dans les résultats de recherche va lui apporter, puisque « la résistance c’est (eux) » . Là encore, photo please !

Etonnant, non ? La Liberté guidant le peuple… Rien moins. En pleine mythologie de la révolution ouvrière de juin 1848, pas les journées bourgeoises de février de la même année. Nous sommes encore et toujours dans cette fameuse « triangulation », ou l’art de s’approprier les thèses voire l’imaginaire de son adversaire politique.

Je suis ébahi par l’art consommé de la communication qu’il faut avoir pour oser ce genre de choses. Néanmoins, j’accorde un double point Godwin à l’UMPFN sur ce coup.

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Bonus vidéo : Modeselektor « This (feat. Thom Yorke) »


Vitrolles pour comprendre Hénin-Beaumont

Pour commencer ce billet, une fois n’est pas coutume, je veux me rendre agréable à l’héritière de Montretout. Depuis des années, elle est affublée d’un quolibet qui la rend vague. Aussi, j’entends lui restituer son patronyme en entier : Marion Anne Perrine Le Pen, née à Neuilly-sur-Seine, résidant au manoir de Montretout à Saint-Cloud. Héritière, de manière indirecte, de la fortune de M. Lambert, patron décédé des cimenteries éponymes. Voilà, je pense qu’une injustice est réparée : Marine, c’est vraiment trop « peuple » quand on a une aussi belle ascendance. A l’heure où nous nous battons pour que la classe ouvrière retrouve ses symboles, je veux contribuer à ce que la grande bourgeoisie, dont est issue la Le Pen, retrouve les siens. Voilà donc le retour de Marion Anne Perrine Le Pen.

Les vrais parents politiques de Marion Anne Perrine née Le Pen

Ceci étant posé, je veux revenir à ce qui n’est pas la propriété de Marion Anne Perrine héritière millionnaire Le Pen : Hénin-Beaumont et la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Beaucoup s’émeuvent des hauts scores de la châtelaine, fière défenseure des intérêts du capital, dans une circonscription éminemment ouvrière, puisque nous sommes là au cœur du bassin minier. Qui s’intéresse à l’histoire du mouvement ouvrier connaît ces noms : Carvin, Wingles, Noeux-les-Mines… Ce sont sites de hautes luttes sociales, de combats à mort avec le fascisme appuyé, comme de juste, par le grand patronat minier. Alors, que vient faire l’héritière de Montretout dans ce pays noir (de charbon) et rouge (du sang des ouvriers) ? Je vous propose, pour comprendre, un détour par Vitrolles, à l’opposé géographique de Hénin.

La ville de Vitrolles a été prise par l’extrême-droite, incarnée par Catherine Mégret, en 1997. Pourtant, cette cité, connue à l’époque pour sa plateforme logistique et son équipe de hand-ball, est un fief socialiste de longue date. Le maire en est Jean-Jacques Anglade. On croise de tout à Vitrolles à l’époque. Et pourtant, la ville va s’offrir à cette tendance de l’extrême-droite qui se voit, déjà, en fer de lance d’une droite autant recomposée que décomplexée. Ce n’est pas le moindre des paradoxes de la Le Pen que celui-ci : près de 14 ans après la scission qui donnera naissance au Mouvement national républicain, Marion Anne Perrine a repris et fait triompher, au sein du Front national, la ligne initiée par Bruno Mégret.

Mais comment Vitrolles a donc pu basculer dans le camp de celles et ceux qui défendent la « préférence nationale » au point de créer une prime pour les « bébés français » ? La responsabilité du parti dit « sérieux » n’est pas mince dans cette histoire. Sur sa fin, le « système Anglade », du nom de celui qui est le maire socialiste jusqu’en 1997, mêle arrogance, clientélisme, affairisme. Jean-Jacques Anglade c’est : gestion opaque, goût démesuré pour la comm’ et ce qui n’est pas encore le « bling bling », plus des démêlées avec la justice dont une mise en examen pour fausse facture… Ah… il y aurait des similitudes avec l’état du Parti dit « sérieux » dans le Pas-de-Calais ? Ah bon…

La comparaison peut ne pas s’arrêter là. Nous sommes dans deux départements où, selon la croyance populaire, dès le moment où elle est floquée du poing et de la rose, une chèvre peut être élue. Dans les Bouches-du-Rhône comme dans le Pas-de-Calais, le seul obstacle à l’élection c’est le petit baron d’à côté qui peut aussi prétendre à la légitimité des urnes. Les aspirations des citoyens, trouver des solutions à leurs problèmes de tous les jours, là n’est pas l’important puisque, à la fin, ils voteront pour vous. Du coup, on peut se permettre de promettre à qui un emploi, à qui un logement, en échange de quelques voix. Et, pour financer tout cela, quelques belles factures sur-dimensionnées. Peu importe…

Or, parfois, les électeurs, même pauvres, ont envie qu’on s’occupe d’eux – vraiment. Or, parfois, les électeurs, même pauvres, aiment avoir des élus sans casserole. Or, parfois, les électeurs, même pauvres, aspirent à ce que les élus qui les représentent leur permettent de rester dignes. Il y a de la morale, dans l’aspiration des électeurs, même pauvres. Or, l’incapacité du Parti dit « sérieux » à faire le ménage, dans les Bouches-du-Rhône comme dans le Pas-de-Calais, va détourner certains de leurs supporteurs. Et, « puisque tout est pourri », autant filer la clé de la baraque à ceux qui ne les ont jamais eues. C’est ainsi que Catherine Mégret arrive à l’hôtel de ville de Vitrolles en 1997. Ouvrant une parenthèse d’un peu plus de cinq ans, au cours de laquelle l’extrême-droite montrera son vrai visage. Elle est, encore plus que d’autres, capable de se mettre hors la loi. Pour en avoir le détail, je vous suggère la lecture du blog de mon ami Didier Hacquart, avec qui j’ai eu le plaisir et l’honneur de militer, quand nous avons ramené Vitrolles dans le giron de la République.

Donc voilà un bref rappel historique qui permet de mieux comprendre pourquoi il est essentiel, pour la gauche, d’être elle-même – « sans complexe et sans casserole ». Ce n’est qu’à partir de ce moment-là que les militants peuvent à nouveau refaire de la politique et poser les vraies questions : qui a fermé les mines, l’immigré ou le banquier ? Pourquoi on ne trouve plus de boulot, parce que c’est le voisin qui l’a pris ou parce que la financiarisation de l’économie transforme l’être humain en variable d’ajustement ultime ?

Au final, ma conclusion est bien celle-là : si nous sommes contraints d’aller porter le fer en première ligne une nouvelle fois face à l’extrême-droite, c’est bien parce que le parti dit « sérieux » a failli. Comme à Vitrolles, il a connu la débâcle : l’état-major a refusé de prendre ses responsabilités et de mener le nettoyage de ses propres positions. C’est une faillite morale autant que politique qui nous met en première ligne, quand nous aurions pu nous contenter de nous occuper de nous mêmes. Mais, une fois de plus, nous sommes incapables de nous satisfaire de gérer nos bons résultats électoraux : nous sommes habités par l’esprit de responsabilité politique.

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Bonus vidéo : Massilia Sound System « Ma Ville est malade »


Des députés pour préparer la révolution citoyenne

A peine cinq petits jours depuis l’élection de l’autre François comme président de la République et nous sommes déjà dans le scrutin législatif. C’est ainsi, depuis l’inversion du calendrier électoral voulue par Lionel Jospin. Le Front de Gauche s’y engage en plein, drapeaux au vent, décidé à continuer à créer l’événement politique dans ce pays. Il faut dire que les excellents scores de nos camarades grecs alimentent l’espoir, bien plus que la victoire du candidat dit « sérieux ». Nous avons fait ce geste de salubrité publique qui consistait à virer le nain hystérique de l’Elysée, quitte à le remplacer par Hollande. Oui, à l’évidence, d’autres choix de société sont possibles que ceux qui entérinent la soumission à la loi du marché. C’est bien ce défi-là que, nous autres, nous proposons aux nôtres : la classe ouvrière, le peuple, de relever.

Avec, en toile de fond, la poursuite de la guerre politique que nous avons lancée contre le Front de la haine, le fameux rassemblement que les daltoniens appellent « bleu marine » mais qui est juste quelque part entre le brun des chemises et le vert-de-gris. Il prend aujourd’hui les contours d’une réorganisation de la droite à la mode italienne : une alliance de faits sur des « valeurs » et un programme salement convergent. J’en ai déjà parlé longuement, vous me permettrez de ne pas verser trop dans la redite.

Si d’aucuns lorgnent vers l’Italie contemporaine et ses dérives fascisantes, nous c’est la Grèce qui nous intéresse. Le berceau de la démocratie au sens occidental du terme a montré que le peuple en lutte préfère de loin la gauche de transformation sociale aux thèses fascistes. Le socle de la poussée de Syrisa est, bien entendu, à chercher dans les luttes sociales, les grèves générales, qui ont agité le pays ces derniers mois, pendant que la social-démocratie se compromettait dans des « plans de sauvetage » livrant aux banques les derniers acquis de la classe ouvrière autant que le patrimoine du peuple. La coalition de gauche radicale grecque a su éclairer les consciences :

« Alors que de nouvelles mesures d’austérité sont prévues dès juin, Syrisa a eu, pendant la campagne, un discours clair: refus des politiques menées et des memorandums, annulation de la dette, réforme des statuts de la Banque centrale européenne… Autant de thèmes qui ont rencontré un écho dans les oreilles de Grecs subissant, depuis plus de deux ans, l’austérité et ses conséquences : baisse des salaires, des pensions, des minima sociaux, privatisations, casse des services publics… »

Ca vous rappelle des choses ? Oui, moi aussi. Ce n’est pas pour rien que les parallèles sont nombreux entre Syrisa et le Front de Gauche. Bien plus que le front du refus des diktats de la finance, nous sommes, comme nos cousins Grecs, l’incarnation de l’espoir des peuples qui aspirent à une autre Europe, à un nouveau partage des richesses, à un contrat social redéfini. Cela justifie notre position d’autonomie vis-à-vis de la social-démocratie. Nous ne passons donc aucun accord avec le parti dit « sérieux » et ses supplétifs d’Europe Ecologie-Le Vide (EELV). Comme pour le second tour de la présidentielle, nous ne demandons rien, nous ne marchandons rien, nous ne négocions rien.

« Et la lettre de Martine Billard à Martine Aubry ? », allez-vous me rétorquer. Que les choses soient bien claires. De la même manière que nous avons fixé Nicolas le petit comme notre ennemi dans la présidentielle, nous assumons notre opposition résolue à une droite qui flirte outrageusement avec le FN. Si la division des gauches doit aboutir à son absence du second tour, c’est niet. Et c’est clair. Nous connaissons notre histoire, celle du mouvement ouvrier. Mettre un trait d’égalité entre social-démocratie et fascisme, cela a été la ligne de l’Internationale communiste au début des années 30 ; cela a abouti à la victoire d’Hitler, gardien de camp au service des grands groupes capitalistes allemands. Ne comptez pas sur nous pour rééditer la même erreur. Entre la compromission avec le grand capital et le zèle à leur service, il y a une marge que nous connaissons et que nous ferons partager.

D’autant plus facilement que nous avons pleinement confiance en notre peuple. A l’heure des choix, nous savons qu’il est armé, outillé, conscient et en capacité de se déterminer. La preuve en demeure cette absence totale d’état de grâce accordé au nouveau président. Personne n’est dupe quant à la politique qu’il mènerait s’il avait une majorité absolue. Non que le Front de Gauche ait vocation à être le point d’équilibre de la majorité parlementaire, cela n’est pas notre but. Nous, nous préparons l’avenir avec la construction de l’alternative. Et construire l’alternative, c’est plus facile avec 72 points d’appui élus à l’Assemblée nationale. Si, par hasard, nous ratons la majorité absolue dans l’hémicycle… 72 députés, quand viendra la grande vague de grèves qui va se produire pour bouleverser la donne dans la politique, ce sera autant de points d’appui pour la classe ouvrière en lutte.

Car nos députés ne sont pas des notables mais des outils au service de la révolution citoyenne. Ils seront ceux qui empêcheront la social-démocratie d’adopter en catimini les traités anti-sociaux que préparent les commissaires européens. Ils seront ceux qui feront barrage à la privatisation des services publics. Sauf à ce que les députés du parti dit « sérieux » fassent alliance avec les libéraux. Mais je ne ferai nulle procès d’intention, je préfère que le peuple juge sur pièce.

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Bonus vidéo : MOP « Raise Your Flag (Feat. Busta Rhymes) »


Retour sur la raclée du FN en Seine-Saint-Denis

Il y a eu de bonnes nouvelles dans cette campagne présidentielle. D’abord, oui, on a viré Nicolas le petit. Le geste de salubrité publique a été fait, et nous y avons toute notre part. Il y a aussi autre chose que je veux mettre en lumière, maintenant que j’ai un tout petit peu de temps. Le Front national, qui avait misé gros dans ce département, a essuyé un sacré revers en Seine-Saint-Denis. Certes, la millionnaire de Montretout y obtient 72 335 voix et 13,55 % des suffrages, ce qui est déjà beaucoup. Mais, comparons avec 2002 : l’extrême-droite avait alors obtenu 80 106 voix et 20,41 % des votes. J’ajoute les voix de Bruno Mégret à celles de Jean-Marie Le Pen. Personne n’y verra d’inconvénients, j’espère.

Avant ce scrutin majeur, le Front national n’avait pas masqué ses ambitions. Le parti de la famille Le Pen s’appuyait sur un score moyen de 17 % aux élections cantonales de 2011 pour justifier ses rêves d’arriver en seconde position. Je vais citer le responsable du FNJ dans mon département, Laurent Gervais :

« Le 93 est un laboratoire pour le FN. Il y a tous les terreaux qui peuvent être favorables à notre électorat : forte délinquance, islamisme, misère sociale… Depuis un an, on s’est mis au travail dans le département, il peut donner des résultats importants. Avec une équipe solide, je pense même que le 93 peut devenir la première fédération. »

Diviser, mentir, faire haïr : le vrai visage du F-Haine

Par ailleurs, les responsables frontistes voulaient faire croire que de plus en plus d’habitants « se disent séduits par le discours populiste de Marine Le Pen », sa dénonciation des riches et du « système ». « Sur le terrain », Gilles Clavel, animateur départemental du FN, avait annoncé à la presse que « le discours de Marine Le Pen passe de mieux en mieux auprès de ces habitants » dans la mesure où cette dernière serait « très sensible à ce qui se passe dans les banlieues ». Enfin, le FN avait annoncé vouloir jouer la division entre les Séquano-Dyonisiens, jouant la carte des pavillons contre les tours.

Au final, la Seine-Saint-Denis n’a pas cédé aux sirènes de l’extrême-droite. Cette dernière est même en sérieux repli. Si la formation d’extrême-droite se maintient, en apparence, au niveau du score de Le Pen père 2002, avec une progression par rapport aux régionales 2010, c’est essentiellement dû au basculement d’une partie de l’électorat sarkoziste vers la candidate du F-Haine. Les glissements assumés du discours de Nicolas le petit – « rien n’était factice », nous a-t-il rappelé au soir de sa défaite – ont autorisé autant que justifié ces transferts de voix. Le FN obtient d’ailleurs son plus haut score, 19,90 % des voix, à Montfermeil, ville dont le maire UMP, Xavier Lemoine, s’est illustré par des propos très proches de ceux du FN.

Si le Front national maintient quelque ancrage dans mon beau département, c’est essentiellement auprès des classes dites « moyennes » qui craignent de se voir prolétariser : fonctionnaires, agents de maîtrise, petits commerçants, vivant dans les zones pavillonnaires et les centre-villes en cours de mutation. Ce n’est pas nouveau. Mais, même là, l’implantation frontiste marque le pas.

En revanche, les quartiers populaires, que prétendaient représenter l’héritière de Montretout, se sont refusés à la haine. Ces « pauvres », ces abandonnés des politiques libérales ou social-libérales, n’ont pas abdiqué leur dignité. A Montreuil, dans le très quartier populaire de Montreau-Le Morillon, à l’école Daniel-Renoult, la Le Pen arrive en 4e position sans même franchir la barre des 10 %. Il faut savoir que, dans ma ville de cœur, l’extrême-droite disposait d’une élue municipale de 2001 à 2008. Ce constat a amené un ami blogueur à évoquer le « mystère du vote FN en Seine-Saint-Denis ». En guise de début d’explications, je vais livrer ma modeste contribution.

Je pense, en premier lieu, que dans les quartiers populaires, il reste – malgré tout – une vraie vie sociale, appuyée sur un tissu associatif dense, qui permet aux habitants de se côtoyer, de faire des choses ensemble, donc de se connaître. Je continue à dire que, dans la situation de pauvreté extrême dans laquelle sont plongés bon nombre de ces quartiers, la question du pouvoir d’achat et de l’emploi demeure prioritaire par rapport aux enjeux construits artificiellement de religions ou autres préjugés racistes. A contrario, l’isolement propre à la vie en pavillon facilite le repli sur soi et le rejet de l’autre qui en découle.

Enfin, je continue de penser que la campagne du Front de Gauche, qui a fait le pari de l’intelligence, a contribué grandement à redonner à la classe ouvrière sa fierté et sa dignité. En la replaçant au cœur de la vie politique ; en lui rendant son rôle moteur dans le combat de classes hier, aujourd’hui et demain ; en lui redonnant une voie et sa voix, nous avons fait œuvre utile. Une classe qui se retrouve, c’est une classe qui n’a plus peur. C’est là une des raisons fortes de la défaite du F-Haine dans mon département.

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Bonus vidéo : Boikot « No Pasaran »