Archives de Catégorie: Montreuil

Chroniques montreuilloises : 13e épisode

Dimanche 23 septembre
12h03 : Dominique Voynet personnel à « Président » (mode sms)

François, je te l’avais dit : Cécile est une nulle, elle ne tient rien ! Ce n’était pas le bon choix. Moi, tu me connais, je suis sûre. Et mon bilan comme ministre de l’Environnement est excellent.

Lundi 24 septembre
10h24 : Jean-Marc Ayrault à Dominique Voynet personnel (mode sms)

Dominique… On attend le verdict dans le procès Erika demain. JMA

10h26 : Dominique Voynet à dircab (mode sms)
Fais-moi adopter une motion de soutien au traité à la con, là, jeudi. TTU !

10h27 : Dircab à « l’amère » (mode sms)
Mais Dominique, le parti a voté contre ce week-end…

10h30 : Dominique Voynet à dircab (mode sms)
T’es con ou quoi ? J’ai pas été claire ? Fais-moi passer cette motion, le reste c’est mes oignons !

Comme souvent à Montreuil, les choses se règlent par textos. C’est toujours pratique quand on n’aime pas la ville qu’on dirige. Mais en l’occurrence, ce jeudi 27 septembre au soir lors du conseil municipal, l’amère devrait faire proposer une motion de soutien au gouvernement et au Traité de stabilité, de coordination et de gouvernance en Europe. Ce, alors que son propre parti a voté contre à une nette majorité le week-end écoulé. Que Le Monde ait demandé la démission de ses camarades ministres semble peu lui chaloir. A dire le vrai, ce n’est pas la solidarité de parti qui l’étouffe.

Les élus se reconnaissant dans le Front de Gauche ont, eux, déposé un vœu pour manifester l’opposition de la Ville de Montreuil au traité austéritaire. Il y aurait donc deux motions différentes au conseil. Sauf que… Sauf que l’amère a demandé aux élus Front de Gauche de « se rapprocher des auteurs de la motion (favorable au TSCG) pour élaborer une position commune ». Comme si le lapin pouvait s’entendre avec la carpe. Ou le fond politique s’accorder avec de basses manœuvres politiciennes en vue de récupérer un maroquin ministériel…

On attend, toujours sur le fond, des prises de position de l’amère et de ses amis sur la situation de PSA et la fermeture du site d’Aulnay. Juste parce que 200 salariés employés par des sous-traitants de Peugeot-Citroën bossent à Montreuil. Je dis ça, je dis rien… Cela répondrait aux injonctions de l’adjointe à l’amère déléguée aux personnes âgées. Icelle a fait circuler un « billet d’humeur », dont j’ai cru au départ qu’il était un « billet d’humour ». Pour ne pas que vous me traitiez d’aguicheur, je vous en communique la conclusion :

« Nous avons été élu(e)-s pour construire une nouvelle réponse mêlant emploi, solidarité, environnement et démocratie renforcée. Oui à l’innovation sociale, environnementale, démocratique…  
Oui aux investissements permettant la relocalisation de l’économie et la mise en valeur des savoir-faire locaux.
Oui à la construction de logements sociaux et privés
Oui à la rénovation thermique de tous les logements, publics et privés.
Oui à un aménagement du territoire équilibré avec des services publics bien répartis.
C’est le nouveau cap que nous avons proposé lors de la campagne municipale de 2008, nous avons été élu(s)-e pour toutes ces raisons !
Un Montreuil plus meilleur, plus solidaire et écologique ! (sic) »

A tout le moins, on connaît déjà le programme d’Europe Ecologie – Le Vide pour 2014. Comme Sarkozy 2012 était le premier détracteur de Sarkozy 2007-2011, EELV 2014 sera donc le premier opposant à l’amère 2008-2013.

Le Cri du peuple à la fête de l’Huma

Pendant ce temps-là, j’ai rencontré le député fictif sur le stand du PCF Montreuil à la Fête de l’Huma. Il m’en a appris de belles. Notamment, « je te donne un scoop Nathanaël » : « Pour 2014, je ne m’interdis rien ». Fleur Pellerin appréciera. L’amère aussi. Le député, lui, apprécie la bière, le rouge plus que le blanc et les gros cigares. Quand je vous dis que c’est un jeune comme les autres.

Et tiens, pour conclure, messieurs du cabinet : ce n’est pas très gentil d’avoir voulu me faire endosser la responsabilité des tracts injurieux, que j’avais dénoncés ici même, ayant circulé à l’encontre du député fictif pendant la campagne des législatives. J’assume de flirter avec la ligne jaune mais je ne verse jamais dans la diffamation. Vous êtes bien placés pour le savoir si je me remémore une discussion téléphonique avec Yves Miramont (« Miracon » selon l’amère) que j’alertais sur des accusations ignobles dont faisait l’objet la rouquine. Je saurai m’en souvenir.

Le choc des titans : le député fictif face au Cri du peuple

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Bonus vidéo : OTH « Requiem pour un démon » (dédicace à @Quibuzzqui)

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Réinclure les quartiers populaires dans la ville

A la fin du mois d’août, avec un certain nombre de camarades et d’amis, nous avons publié Terres de Gauche, abécédaire des radicalités concrètes. J’y signe deux contributions. Je vous ai déjà fait partager la première sur les Kolkhozes, j’ai aussi écrit sur la question des quartiers populaires vus d’un point de vue urbanistique. A toutes fins utiles, l’ouvrage Terres de gauche, abécédaire des radicalités concrètes est disponible sur commande auprès des éditions Bruno Leprince.

 

Les quartiers populaires, qui sont aujourd’hui ravalés aux périphéries de la France, constituent l’avenir de nos villes. Bâtis à plat ou en hauteur, ils concentrent une population certes précaire la plupart du temps mais créative, ingénieuse, solidaire. Rien de durable ne se bâtira sans les quartiers populaires. Au contraire même, c’est bien grâce à eux que nous pourrons construire l’avenir de nos villes. Cela nécessite juste de réinscrire ces quartiers dans nos villes et de leur rendre l’attractivité qu’ils méritent.

Depuis des décennies, les quartiers populaires sont envisagés comme des problèmes. Problème de précarité économique et sociale des habitants, problèmes du bâti, problème de l’inclusion de ces quartiers souvent périphériques (mais pas uniquement) dans le tissu urbain. Nous raisonnons bien rarement en termes d’atouts dès lors qu’il s’agit des quartiers populaires. Alors que !

Mais revenons sur ce qui définit un quartier populaire. Ce n’est pas, malgré l’imagerie véhiculée par les médias, le bâti. Il est des quartiers populaires à plat (habitat collectif de faible hauteur, bientôt zones pavillonnaires) ou en hauteur (« cités » HLM voire même résidences locatives privées ou encore co-propriétés comme c’est le cas avec Grigny II en Essonne) ; des quartiers populaires périphériques ou en cœur de noyau urbain (la Goutte d’Or à Paris). Le bâti n’est pas forcément un élément identifiant. Ce qui marque le quartier populaire demeure sa population : une population bien souvent paupérisée ou en voie de l’être, précaire la plupart du temps. Elle a cru à l’habitat populaire comme zone de transition vers la propriété immobilière individuelle et se retrouve, la crise passant, coincée dans un cul de sac. L’autre souci bien concret auquel sont confrontés nos concitoyens vivant dans les quartiers populaires reste qu’il s’agit souvent de zones à fonction unique : l’habitat. Quasiment pas d’activité génératrice d’emploi, des commerces en voie de disparition, des services publics qui quittent la place. On pourrait résumer d’une caricaturale « la République n’y est plus représentée que par les voitures de police et l’école élémentaire ».

Pourtant, les quartiers populaires ce sont, avant tout, des lieux de solidarité, des lieux où l’on se connaît et où l’on partage la même vie. Ce qui explique le score souvent bas du Front national dans ces endroits. Ce sont aussi les lieux de créativité, d’inventivité, d’ingéniosité. Quand les associations ne bénéficient plus de fonds publics que sur appel à projet, il faut trouver les voies et moyens pour faire autant, voire mieux, avec moins. Ce lien social fonctionne, encore et c’est souvent la dernière chose qui marche vraiment, notamment parce que la solidarité joue. L’implication active des citoyens compense les carences de l’action publique quand les municipalités démissionnent, étranglées par la baisse des dotations d’Etat. Cette participation effective, quoi que non théorisée, explique souvent la fierté d’appartenance au quartier que l’on retrouve souvent.

L’enjeu est donc clairement posé de réinclure ces quartiers dans la ville. Les pistes qui suivent sont non exhaustives mais indispensables.

 

Pour les quartiers populaires périphériques, qui sont le cas majoritaire, il convient en premier lieu de les rouvrir sur la ville, au moyen de nouvelles circulations mixtes : circulations douces, transports en commun, voiries nouvelles… L’Agence nationale de rénovation urbaine, dont il faut obtenir un nouvel engagement tant budgétaire qu’en termes de qualité (c’est notre revendication d’un ANRU 2), peut soutenir des projets de cette nature.

Se pose au même niveau la question de la mixité. Mixité sociale, bien entendu et même si elle ne se décrète pas, suscitée par la réhabilitation lourde d’un bâti souvent prévu pour ne durer que 25 à 30 ans ou des constructions neuves notamment en vue de l’accession sociale à la propriété. Là encore, l’ANRU soutient ce genre de démarches.

Mais il faut surtout, pour rendre nos quartiers populaires attractifs pour des populations nouvelles, reconquérir la mixité de fonction. C’est à dire ajouter à la fonction de logement celle de services de proximité (incluant le petit commerce), notamment des services publics ; celle d’activité, comme la création d’un hôtel d’entreprises par la Communauté d’agglomération Les Lacs de l’Essonne à la Grande Borne ; celle d’espace de vie partagé, qui passe par la restauration des espaces publics. Ce dernier point relève d’un enjeu majeur puisqu’il contribue à rappeler à chaque citoyen que, tout locataire qu’il soit, par le biais de l’impôt direct et indirect, il est co-propriétaire de l’espace dans lequel il évolue. Cette prise de conscience participe pleinement de la démarche émancipatrice qui est la nôtre.

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Bonus vidéo : Beirut « La Banlieue »


Chroniques montreuilloises : 12e épisode

Et oui, c’est le moment pour votre feuilleton favori de reprendre sa diffusion. Oh ! Je me passerais bien, parfois, de cet exercice qui me grime par trop en pamphlétaire cruel alors que je ne suis qu’amour et gentillesse, dans le fond. Las, il sera dit, jusqu’au bout, que l’amère ne m’aura jamais laissé un instant de répit. Chaque jour qui passe donne matière à un nouvel écrit. A bien y réfléchir, il ne me manque que le temps et l’envie pour transformer ces Chroniques en quotidien. Amis du cab, ne paniquez pas : j’ai d’autres choses à faire, je garderai notre rendez-vous des conseils municipaux.

Oui, il y a conseil municipal ce soir avec un point unique à l’ordre du jour : l’adoption du Plan local de l’urbanisme (PLU) modifié suite à l’arrêt du tribunal administratif qui l’a retoqué. Qu’on se rassure, il n’y aura pas de débat. En l’occurrence, nous l’avons mené, nous autres, ce débat et pas plus tard que lundi 10 septembre salle Franklyn. Je me demande s’il peut y avoir vote. Si j’en crois les élus Renégats socialistes montreuillois, le PLU nouveau est adopté depuis sa rédaction. La preuve en image est là :

Cette photo a été prise lundi 10 septembre, le conseil a lieu ce jeudi 13 septembre

Il y a urgence, pensez-vous. Les « projets » de l’amère seraient bloqués si cette procédure d’urgence n’était pas mise en œuvre. En français : ces projets – comme le parc aquatique écolo-destructeur – ne verraient pas le jour avant 2014, comme prévu, donc manquerait au bilan sur lequel celle qui va encore se prendre une avoinée compte se faire réélire. Il y a donc urgence et Toutpetitjean, maître ès jésuitisme, développe une rhétorique totalement absconse sur son site. En substance, la voici : il faut adopter le PLU qu’on n’a pas modifié, on le révisera en discutant avec les habitants après son adoption… Je cède la parole à Gaylord qui explicite sur son site :

« Comble du cynisme, l’élu à la démocratie locale lui-même revendique le fait que les modifications apportées soient « restées mineures pour ne pas avoir besoin de concertation préalable ». Encore plus hallucinant : sur le fond, le même élu reconnaît les imperfections de ce document, en particulier sur le secteur des Murs à Pêches et du Bas Montreuil et d’expliquer non sans rire que c’est la raison pour laquelle il va être nécessaire de réviser le PLU… avant même qu’il ne soit adopté. »

Toutpetitjean est fou ou il se fout de nous. Ce type, élu en charge de la démocratie, veut faire accroire qu’il fera en un an et demi ce qu’il n’a pas fait en quatre ans…

« Mais pourquoi personne ne m’aime ? »

De toutes les manières, il règne un vent bizarre dans les couloirs de l’hôtel de ville. Au courant du mois d’août, j’ai eu un échange de textos assez stupéfiant qu’il me faut vous faire partager :

– « Lui : Heureusement que tu ne bosses plus en mairie, il fait pas bon être franc-maçon dans les services en ce moment. Chasse aux sorcières ?
Moi : Tu déconnes ????
Lui : Heu… sur ce point, je suis un peu à court d’humour.
Moi : Tu tiens ton info d’où ?
Lui : T’inquiètes, mes sources sont sûres et fiables.
Moi : Tu as un témoignage, un document ?
Lui : C’est chaud là. Ecris un truc, et je ferai relire.
Moi : OK. »

Je discutai récemment avec un militant Europe Ecologie – Le Vide, ancien communiste, qui me disait : « J’ai connu ça dans les mairies cocos dans les années 80. Mais là, mes camarades sont vraiment dans le syndrome de la forteresse assiégée. » Je partage l’analyse sans la découvrir, ayant déjà invité l’amère à ne pas avoir peur. D’expérience, je sais que ce syndrome ne permet jamais la victoire électorale.

Du côté des chapelles dites « socialistes », ça ne va guère mieux. Remis, j’’espère, de sa cuite commémorative, le député fictif ne sait plus s’il va voter contre le TSCG ou s’abstenir. Il ne doit pas faire très sérieux pour Solférino puisque c’est la secrétaire d’Etat à l’économie numérique, Fleur Pellerin, qui multiplie les apparitions publiques politiques dans la ville où elle est revenue habiter. Ça en fait du monde sur la corde à linge. A moins que les informations qui me parviennent sur le futur enterrement d’Alexie « qui ? » Lorca ne se révèlent justes.

Fleur à Montreuil ? Pour l’amère, c’est le bouquet

L’année qui vient va être encore drôle. A pleurer.

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Bonus vidéo : The Jam « In The City »

 

 

 


A Montreuil, le Front de Gauche, cette belle feuille blanche

Ce qui est bien avec les vacances, c’est que cela permet la prise de recul et, par là, la prise de conscience sur des événements passés même si récents. On ne s’en rend pas compte, forcément, tout de suite mais, au fil des discussions, les évidences prennent corps. Ainsi pour le Front de Gauche à Montreuil, que j’assimile désormais à une belle page blanche. Oh ! Nous avons des fondations solides, un projet national affirmé, un programme : L’Humain d’abord. Des militants. Mais, à Montreuil, nous avons la chance d’avoir l’avenir pour nous. Je m’explique.

La séquence ouverte en 2008 par la défaite de la gauche aux élections municipales est close avec la défaite de Jean-Pierre Brard aux élections législatives. L’histoire se conclut de manière triste pour un élu qui n’a jamais démérité et a contribué, au contraire, à transformer Montreuil, faisant passer cette ville dans l’ère de la modernité. Certes, le bonhomme avait ses défauts mais j’assume d’avoir dit devant caméra à son sujet : « Jean-Pierre, c ‘était probablement une calotte glaciaire sur la vie politique locale. Aujourd’hui, en revanche, nous assistons à la dérive des icebergs jusque dans la vie sociale et en matière d’urbanisme ». Je ne retire aucun de ces mots. Je regrette cependant que le nouveau député ne justifie, par ses atermoiements sur le TSCG par exemple (contrairement à ce qu’il avait annoncé par voie de presse, il « hésite » à présent entre le non et l’abstention), les qualificatifs peu amènes dont je l’ai déjà affublé.

Sur la page blanche du Front de Gauche, il y a donc à construire, en référence au programme L’Humain d’abord, « Montreuil d’abord ». Nous avons la chance de ne plus être otages des ambitions personnelles, des destins nationaux rêvés, des luttes intestines autant que fratricides. Face à la personnalisation qu’incarne l’amère, personnalisation outrancière qui constitue sa seule planche de salut éventuel, il nous appartient de créer cette équipe, l’addition des talents, nécessaires pour reconstruire une ville saccagée, mise en pièces, par l’incurie des élus de la majorité et de l’amère en premier lieu. J’ai confiance, parce que nous ne sommes pas prisonniers d’un passé désormais révolu : nous y parviendrons sans mal.

Nous y parviendrons d’autant mieux que les composantes historiques du Front de Gauche montreuillois ne peuvent plus se regarder le nombril. L’arrivée des camarades de la Gauche anticapitaliste, l’irruption des citoyens qui demandent des comptes autant qu’ils exigent de pouvoir s’impliquer durablement dans le processus politique, nous empêchent heureusement de nous adonner à nos jeux favoris. Nous allons donc pouvoir finir de construire un projet politique pour notre ville, un programme d’actions et de mobilisations, des outils d’éducation populaire. Bref, tenir la feuille de route d’un Front de Gauche qui assume la richesse de sa diversité.

Et qui assume son ambition, localement comme nationalement, de faire la nique à la social-démocratie verte ou rose, en menant le débat, la confrontation, en mettant en lumière les clivages. Parce que non ! On ne gère pas la ville de la même manière selon que l’on soit dit « socialiste », ver vide ou Front de Gauche. Nous différons sur bien des aspects et c’est tant mieux ! La réaffirmation de clivages est vivifiante pour la démocratie. C’est TINA (« there is no alternative ») qui détourne les citoyens des urnes. Pas la radicalité ! En ouvrant une perspective radicalement différente, elle permet au contraire de ramener dans le giron du débat des gens qui s’en étaient détourné. Rien que pour cela, je peux me féliciter du rôle du Front de Gauche dans les douze mois écoulés.

L’autre aspect positif de notre passé récent, c’est l’affirmation d’une cohérence. Sans me gausser outre mesure, vous savez bien que ce n’est pas du tout le genre de la maison, il est assez stupéfiant de comparer la manière dont deux villes dites « socialistes » sont gérées. On passe du jour à la nuit et souvent de la nuit à l’ennui. Idem pour les villes dirigées par Europe Ecologie-Le Vide. Qu’on regarde Montreuil, par exemple, qu’on compare à Bègles et qu’on rigole. A tout le moins, au Front de Gauche, nous poussons les marqueurs d’un projet politique adaptable aux situations locales mais dont l’identification est simple.

Mais ne grillons pas les étapes, avant les municipales, nous avons bien des urgences à affronter. Le TSCG en premier lieu, je l’ai évoqué. Nous avons rendez-vous le 30 septembre et les Montreuillois qui ont dit majoritairement « non » à l’ancêtre de ce traité d’austérité sauront se mobiliser une nouvelle fois pour obtenir un référendum. Il y a l’avenir du Centre hospitalier intercommunal André-Grégoire qui nous mobilise aussi, comme nous avons su le faire dans l’unité déjà, même si c’est sans succès, contre la fermeture du Centre municipal de santé du Bas-Montreuil… Finalement, je vais peut être revenir sur mes mots : en matière de casse des services publics, l’amère assume une forme de cohérence. Mais trêve de méchanceté, la question des Rroms ou celle des sans papiers aussi nécessite notre implication.

Sur ces points, n’ayez crainte. Représenté par une seule ou plusieurs de ses composantes, en bloc ou de front – nous sommes fiers de notre diversité, de notre multiplicité -, le Front de gauche sera à sa place. En première ligne du combat. Drapeau(x) en avant.

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Bonus vidéo : Swift Guad « La Montreuilloise »


A Montreuil, le Front de Gauche lance le débat sur l’urbanisme

A Montreuil aussi, c’est l’heure de la rentrée politique. Outre les nombreuses réunions d’appareil qui se succèdent, les diverses composantes du Front de Gauche multiplient les initiatives. Même si chacun y va de la sienne, ce fleurissement de rencontres contribue à l’animation du débat politique en ce mois de septembre. Que mille fleurs éclosent, disait l’autre. Nous, au Front de Gauche, on a l’esprit et la pratique écologique. Donc, on ne va se priver de suivre ce conseil. Parmi les différents rendez-vous, il y en a un sur lequel j’attire votre attention. Notamment parce que je m’y exprimerai sur les questions liées à l’urbanisme, tachant d’exposer quelle est notre vision – en général – de cette composante importante d’une politique publique locale.

Cette réunion publique a lieu lundi 10 septembre à 19h30 dans la salle Franklin.

Ce sont mes amis du Rassemblement de la Gauche citoyenne de Montreuil dont les conseillers municipaux Danièle Creachcadec et Gaylord Le Chequer qui m’ont invité à venir présenter les options politiques que je défends et que j’ai eu l’occasion de préciser dans ces colonnes comme dans mes contributions à l’ouvrage collectif Terres de Gauche, abécédaire des radicalités concrètes. Je crois savoir que l’ouvrage sera en vente ce soir-là, soit dit en passant.

Pour préciser l’objet de ce débat, je m’efface derrière mes hôtes d’un soir, parce que leur invitation fixe bien les choses et surtout révèle une approche dans laquelle je me retrouve pleinement :

« L’urbanisme est souvent présenté aux citoyens comme une question technique. Pour beaucoup, c’est l’affaire des spécialistes, des promoteurs, des techniciens, des architectes, urbanistes, etc. Quant aux élus eux-mêmes, l’urbanisme est souvent pour eux synonyme d’une bureaucratie tatillonne.
Absent des débats démocratiques et politiques, l’urbanisme ne fait parler de lui qu’à l’occasion de crises et de confrontations comme celle née de l’adoption du Plan Local de l’Urbanisme de Montreuil aujourd’hui annulé par décision du tribunal administratif.
Pourtant, l’urbanisme ne se réduit pas à la seule question de la production de logements. Il s’agit aussi d’emplois, d’équipements, de services publics, etc. Bref, d’un cadre de vie conçu et imaginé pour rendre une ville toujours plus accueillante, plus solidaire, plus durable.

La finalité est donc de construire une société et pour cela il est nécessaire que la population participe, que des associations s’en mêlent et que la démocratie soit au cœur de la démarche. »

Il y a peu à rajouter. En somme, l’urbanisme c’est le choix politique des moyens de circulation, de répartition des surfaces, pour vivre ensemble. J’ai eu l’occasion d’écrire que, pour moi, une ville doit répondre à quatre fonctions majeures : logement, emploi, services publics, espaces partagés. Chaque fonction nécessite des espaces pour sa mise en œuvre, sachant que la superficie d’une ville est contrainte. On ne peut pas l’étendre à l’infini. Il convient donc d’opérer des choix. Dans l’allotissement des sols mais aussi dans le mode de construction priorisé dans chaque type de fonction.

Chaque type de construction a des avantages et des inconvénients. Les constructions en hauteur nécessitent moins d’emprise au sol et permettent une densification, notamment en termes de logement mais aussi d’activités économiques, moins « consommatrice » d’espace. Pourtant, ce type de bâtiment n’est guère du goût du public en ce moment, quand il a l’occasion de s’exprimer.

Or, ces choix, fondamentaux pour pouvoir vivre ensemble dans un projet et un espace partagé, sont fondamentaux. Ils nécessitent, comme l’appellent de leurs vœux les élus Front de Gauche que sont Gaylord et Danièle, une appropriation par les citoyens et donc un débat démocratique. Si possible serein. Avec cette réunion publique, les amis du RGC lancent les bases théoriques de ce débat. Je suis heureux qu’ils le fassent tant l’urbanisme reste souvent le mal aimé du débat public. Je suis aussi touché qu’ils m’aient invité pour en parler avec vous.

Je rentrerai donc plus dans le détail des conceptions qui m’animent en tant que technicien de l’action publique locale et en tant que militant. Entendons-nous bien cependant, quoi qu’il en soit, je ne rentrerai pas dans le détail de l’urbanisme montreuillois, si ce n’est en réponse à vos questions. Là n’est pas notre propos partagé avec les organisateurs. Le temps viendra bien assez vite pour que nous écrivions ensemble l’urbanisme que nous voulons, ensemble, sur cette page blanche qu’est le Front de Gauche à Montreuil après les élections législatives.

A lundi ?

Un ami de longue date

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Bonus vidéo : 93 Lyrics « Laisse Crâner »


Enseignants, « sans papiers », blogosphère, c’est la rentrée

Ce lundi 3 septembre au matin, je ne peux m’empêcher d’éprouver une pensée émue pour mes amis enseignants. J’en compte quelques uns, c’est assez fréquent dans les milieux militants. Pour eux, c’est la rentrée. Les élèves, c’est demain. Evidemment, y a une petite polémique. Ce grand lecteur de Philippe Pétain qu’est Luc Chatel voit dans le dernier discours de Vincent Peillon un « copier coller d’un discours du Maréchal ». Faut connaître son Pétain sur le bout des doigts pour parvenir à taper le point Godwin avec autant de facilité. Mais bon… Là n’est pas mon propos.

Mon propos c’est l’école et le métier de professeur. Lequel va encore se trouver chamboulé avec l’introduction de cours de morale laïque. Oui, évidemment, c’est le dernier avatar en date de l’éducation civique. Parce que, c’est bien connu, il revient à l’Education nationale de prendre en charge – et de régler – tous les dysfonctionnements de la société. C’est simple, faisons un petit tour d’horizon :

– le chômage amène les parents à décrocher du suivi de leurs enfants : va-t-on se battre pour le plein emploi ? non, l’école va régler ça ;
– la télévision banalise la violence qui s’importe en milieu scolaire : va-t-on réfléchir sérieusement au contenu des fictions que l’on propose à nos enfants ? Non, l’école doit régler ça ;
– quelques illuminés affichent le voile intégral comme marqueur d’identité : va-t-on mener un débat serein sur la place de la religion dans notre société ? Non, l’école va prendre en charge cette question aussi.

Pauvre école ! Je pourrais continuer longtemps comme ça tant elle se trouve donc chargée de tous nos maux et doit trouver une réponse à chacun d’entre eux. En apparence en tous les cas. Evidemment, les enseignants ne sont pas du tout formés à cela puisque leur métier reste la transmission du savoir. A la base. Sans d’ailleurs qu’on se questionne sur le sens de cette transmission. Je veux dire, de manière collective. Les profs, eux, se la posent cette question, tout le temps. Les patrons aussi, d’ailleurs. Incidemment, ils ont infusé leur manière de voir dans l’approche « pédagogique » des ministères successifs.

Aujourd’hui, sous les poussées patronales, le but de l’école est devenu, en loucedé, de former des travailleurs. Au départ, son propos était de former des citoyens. La différence n’est pas grande. Elle est énorme. Voilà voilà… C’est clair que ça fout le moral.

Au moins autant que la schizophrénie ambiante dans ce cadavre qu’est la gauche du parti « dit sérieux » dès qu’on en vient à causer du TSCG, ce foutu traité qui nous impose l’austérité ad vitam aeternam. Des fois que vous ne sauriez pas encore, nous manifestons le 30 septembre sur le sujet. Ce sera un dimanche, c’est chouette les manifs le dimanche. Pas d’excuses pour ne pas être là.

A part ça, et puisqu’il s’agit de manif, samedi, j’ai fais ma rentrée politique en quelque sorte. Avec pas loin de 5 000 personnes, nous avons manifesté aux côtés des « sans papiers » pour le 16e anniversaire de l’expulsion de l’église Saint-Bernard. La vidéo réalisée par les camarades du PG atteste de cette réussite. Pour nous autres, militants, une manif c’est deux choses : exprimer un refus ou une exigence (en ce cas, l’exigence de régulariser les « sans papiers » et le refus des rafles) et l’occasion de se retrouver entre nous. On voit les potes, on se donne des nouvelles, on fait des rencontres aussi. Bref, c’était bien. Ca donne un peu d’énergie. Et Marx sait que j’en ai besoin : à croire que je n’ai pas fini de digérer l’année de campagne(s) passée.

Du coup, je vous le dis, je vais finir, tranquillement, par retrouver mon rythme ici et vous parler d’autres choses que de musiques. Vous allez bientôt retrouver les Chroniques montreuilloises qui vous plaisent tant et contribuent tellement à la renommée de ce petit blog. Il y aura peut être un peu plus de foot que l’an passé, vu que j’aime ça sans honte. Et, qui sait, peut être un peu de politique. Accessoirement, je pourrais sûrement déverser mes humeurs sur mon petit exutoire personnel. J’espère que cela ne vous défrise pas trop. Et puis, en toile de fond toujours, vous lirez les potes. Parce que c’est, après l’amour, l’essentiel. C’est fleur bleue, vous trouvez ? Si vous changez la couleur, je prends « fleur rouge » très volontiers.

Allez, je m’en retourne marner. Et tâcher de vous apportez des nouvelles moins nombrilistes et plus enthousiasmantes. Du genre qu’on trouve en filigrane de cette note pondue par le toujours excellent Fight Club du NPA. Parce que s’il fallait compter sur les moines de LO pour se fendre la gueule, on peut toujours attendre la révolution marxiste-léniniste.

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Bonus vidéo : Siekiera « Czerwony Pejzaz »


Une rentrée en faux plat ascendant

Il faut que je l’admette : malgré la chaleur qui, personnellement, m’accable, les vacances sont finies. Je fais en effet partie de ceux qui profitent sans vergogne de cet acquis de la classe ouvrière. D’autant que mon année a été particulièrement chargée, si je m’hasarde à tenter d’en dresser un bilan. Je ne m’étendrai pas sur mon séjour écossais, il faut bien que je garde quelques parts d’intimité. Sachez juste, au cas où, que je garde un souvenir merveilleux de cette contrée, ce pays, aux visages multiples de gris et de vert où la température a la décence de ne pas excéder les 23 degrés centigrades.

Depuis plus d’une semaine, je suis donc de retour en France, au boulot, et sur le terrain militant. D’un œil encore distrait, je le concède, je survole les informations. Les amis m’en disent plus, à l’image d’Arthur Fontel qui s’engraine comme un grand au sujet du projet présenté par Sapin d’un « Contrat à durée indéterminée de trois ans ». Plus sérieusement, mon ami a un peu en travers de la gorge ceci, lu dans 20 Minutes : « Pour compenser le manque de qualification de ces jeunes, une aide à la formation devrait être apportée aux employeurs, éventuellement par le biais d’un « chèque formation », a détaillé Michel Sapin, le ministre du Travail dans une interview au Monde. »

Sinon, mon ancien voisin Manuel Valls remplace bel et bien Guéant comme sinistre de l’Intérieur, menant une belle chasse aux Rroms. De manière à se concilier les bonnes grâces de la Droite pop ? Celle-ci de ne lui rend pas bien. Qui glose sur l’idée d’ouvrir droit à l’emploi aux Rroms. J’ai pu lire ce matin, sur twitter, ce vomi de Franck Guyot, militant UMP en Essonne : « #ToiAussiTrouvesUnmétierPourLesRoms #Pickpockets sur la #ligne9 du #métro , ils ont déjà la formation #RATP ». Je veux juste en profiter pour rappeler que les Rroms sont citoyens européens et que, en tant que tels, ils ont normalement accès à l’emploi et aux prestations sociales. Ils n’en sont privés que parce que Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, a « négocié » avec ses homologues européens pour qu’il n’en soit rien.

Cela suffit à me rendre d’humeur maussade. Mais il faut en sus se cogner les saillies de militants du parti dit « socialiste », tous en morgue et en déni de réalité – les gars, vos cent jours sont marqués d’une impuissance qui ferait sourire de condescendance un octogénaire eunuque – ; les bêtises crasses des gauchistes aux abois qui sont au marxisme ce que Guesde y était déjà, c’est dire ; la droite, encore elle ; les fachos… Plus quelques nouvelles de Montreuil qui me donnent matière à préparer la suite de mes chroniques. Bref. Les vacances sont finies et j’ai envie de repartir. Mais loin !

Mais où ? L’illusion des Jeux Olympiques passée, la Grande-Bretagne, ce pays qui m’est si cher, se retrouve avec la gueule de bois. Pour détourner l’attention, les conservateurs s’en prennent à l’Equateur « coupable » d’offrir l’asile politique à Julian Assange. En Espagne (si, si, vous savez pas ? Ce pays voisin dont vous vous contre-foutez), Rajoy se prend pour un matador tentant de toréer le peuple. En Grêce, on meurt, merci. En Syrie aussi, où le peuple est pris en otage entre un clan de barbares accrochés à leur pouvoir et un clan de barbares en quête de pouvoir. Je vais aller vomir à nouveau et je reviens.

Alors, quoi ? Ben… Continuer. Continuer à militer. Continuer à écrire. Continuer à publier. Continuer à agir. Les copains du Front des blogs ont bien tenu la baraque pendant que je me farcissais du hagis comme jamais. Ça fait plaisir, ça donne de l’énergie. Comme je l’ai écrit hier, notre ouvrage collectif Terres de gauche, abécédaire des radicalités concrètes est sorti. Mes amis du Rizome Corp © ont sorti une nouvelle tape que je vous recommande. Si vous la ratez ici, je la remets plus bas. Puisqu’on parle musique, j’ai quelques beaux albums en stock à vous faire partager – découvrir – réécouter (rayez les mentions inutiles). Demain, mon complice François Miranda nous parlera d’un duo israélien fameux : The Young Professionals. Comme ça, j’aurai le temps de boucler un article sur l’autogestion pendant la Commune de Paris pour la revue Les Z’indigné-e-s et d’avancer sur mon essai concernant cette révolution et ses poursuites.

Bref. Il faut bien vivre. Et trouver des raisons de sourire. Parce que notre ciel est bien gris malgré la canicule déclinante. Bref. Je suis de retour.

Bonus audio : le Summer 12 (Long Drink) de Rizome Corp

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Bonus vidéo : The Jesus And Mary Chain « Surfin’ USA (Summer Mix) »


La gauche pour de bon, l’écologie pour de vrai, la république pour tous

En ces temps où les mots sont vidés de leur sens, bataille idéologique aidant, il n’est pas inopportun de se préoccuper de tenter de redéfinir ce qu’est une politique publique de gauche au niveau des collectivités territoriales. Bien que jacobin de culture et marxiste de formation, ce qui m’attire vers le centralisme, je considère aujourd’hui – alors que mon Parti – le Parti de Gauche – apporte sa pierre à la refondation doctrinale de la gauche – que l’expérience de terrain peut aider à reconstruire ce corpus idéologique dont nous sommes tous en quête.

L’enjeu n’est plus aujourd’hui de « gérer » les collectivités locales. Je fais partie de ceux : militants, agents, élus, qui ont l’ambition de participer à la reconstruction des solidarités républicaines, à l’heure où les tenants du libéralisme, au pouvoir, s’acharnent à vider l’Etat de son sens autant que de ses capacités d’intervention au profit des citoyens. Nous avons l’ambition d’aider l’habitant à s’émanciper en devenant pleinement lui-même. Nous tenons déjà là les deux bouts de la corde : l’enjeu collectif, avec la solidarité, l’enjeu individuel, au travers de l’émancipation ; l’un alimentant l’autre de manière dialectique.

C’est pour cela que nous sommes attachés à la prééminence de la commune, comme fondement de l’organisation républicaine de la France. Il ne s’agit pas, pour nous, de passéisme ou de nostalgie. Nous affirmons, bien au contraire, la modernité de la commune comme creuset du vivre ensemble mais aussi, et surtout, de la résistance. L’Histoire nous rappelle que c’est toujours de la commune que sont nés les grands mouvements émancipateurs : de la Grande Révolution de 1792-1793 au Front Populaire, en passant par les Communes de 1871 : Paris bien évidemment, mais aussi Lyon et Marseille, pour ne citer que celles-ci. C’est là la raison fondamentale de notre opposition résolue à la réforme des collectivités locales présentée par le gouvernement, sur la base du rapport de la Commission Balladur. Enfin, repartir de la commune, c’est aussi repartir du réel, un réel qui conditionne notre vision politique.

Dans ce cadre, le premier objectif demeure de permettre aux citoyens de se dégager des aliénations que constituent le travail, la consommation, les déplacements que génèrent ces deux premiers éléments, pour qu’ils puissent se consacrer à eux-mêmes autant qu’à ce qui les entoure : l’environnement, les autres, la ville… autant d’éléments de socialisation, de solidarité et d’émancipation, j’y reviens. C’est dans ce cadre précis que nous envisageons le concept de ville lente, puisque le temps est devenu un enjeu majeur, au même titre que les conditions économiques et sociales. Nous n’opposons pas ces dimensions, bien au contraire.

En matière sociale, le premier devoir d’une collectivité demeure de faire vivre la solidarité, en renforçant le lien social mais aussi en mettant en œuvre des services au prix le plus bas, voire tendant vers la gratuité. C’est aussi lutter contre l’idéologie dominante en refusant de concéder au secteur marchand des pans entiers de l’action publique mais bien au contraire, en réintégrant dans le secteur public tout ce qui peut l’être. De fait, en sanctuarisant tout ce qui peut l’être hors du domaine marchand, nous offrons un gain substantiel en termes économiques à nos concitoyens. Ils sont protégés des effets de la spéculation inhérents à la marchandisation galopante.

J’ai eu l’occasion de le dire et de l’écrire déjà, pour nous l’enjeu est de concourir à l’émancipation du citoyen. Or, pour arriver à l’émancipation, il faut du temps : temps pour l’accès à la culture ; pour la vie sociale, affective, amicale ; pour l’implication citoyenne. Et ce temps est devenu, pour la plupart d’entre-nous, la variable d’ajustement en raison du temps croissant consacré aux déplacements domicile-travail, à la consommation… C’est pourquoi nous nous proposons de repenser l’urbanisme pour réduire l’importance de ces temps là, que nous jugeons aliénants, pour ralentir la ville.

Et nous considérons que, pour ralentir la ville, il faut la densifier. Par densifier la ville, il ne s’agit pas de favoriser l’étalement urbain ou le bétonnage mais bien de permettre à la Ville d’assumer l’ensemble de ses fonctions : développement économique pour créer des emplois qui profiteront aux habitants ; habitat pour assumer et réaliser la mixité sociale ; services publics pour répondre aux besoins premiers des citoyens : culture, sports et loisirs ; espaces de nature préservés pour un cadre de vie amélioré. Mais je n’oublie pas qu’une des fonctions premières de la ville demeure l’apprentissage de la vie sociale. D’où toute l’importance des équipements publics, qui sont à la fois des lieux de services, de rencontre donc de lien social. Ils constituent autant de traits d’union entre les différentes parties du territoire.

Pour autant, si nous défendons une ville intégrée avec l’ensemble de ses fonctions, nous rejetons l’idée d’une ville autarcique et refermée sur elle-même. Nous avons trop souffert de cette conception de quartiers autosuffisants, en vogue dans les années 1970, qui, finalement, confinent aujourd’hui à la ghettoïsation, les différentes facettes de la crise économique inhérente au capitalisme étant passées par là. Je fais partie de ceux qui militent donc pour une ville ouverte sur ses semblables, qui concourt au brassage, à la circulation des Hommes comme des idées. Cela suppose une nouvelle architecture des transports en commun ainsi que la gratuité de ces déplacements pour inciter à ne plus utiliser sa voiture. L’accélération des transports que génère leur massification (RER, tram-train, etc.) permet de ralentir le rythme de vie en libérant du temps. Nous y sommes toujours.

Densifier la ville donc pour maîtriser les espaces, les affecter au mieux de leurs caractéristiques aux diverses fonctions urbaines : voici l’enjeu. Dans ce cadre, il convient de se doter des outils réglementaires nécessaires à la maîtrise foncière, jusqu’au droit de préemption, notamment pour lutter contre la spéculation, les marchands de sommeil ou leur équivalent économique. Il est aussi essentiel de fixer des objectifs en termes de répercussion pour les citoyens lorsque les agents et les élus territoriaux négocient l’implantation d’une entreprise sur notre territoire. N’hésitons pas à parler de densité d’emplois à l’hectare.

Par ailleurs, mes camarades et moi défendons une vision clairement écologique de la Ville. C’est aussi ce point qui nous amène à défendre un urbanisme dense. Je n’ai donc pas peur de dire que moins les bâtiments, quelle que soit leur rôle (habitat, service, économie), auront d’emprise au sol, mieux nous pourrons intégrer les diverses fonctionnalités urbaines dans le respect de notre environnement commun. En effet, moins d’emprise signifie moins de sol imperméabilisé et donc une vie de ville plus en phase avec la nature. Dans ce cadre, il faut réfléchir sérieusement à une révision, pour le moins, de l’idéologie très sarkoziste de la « France des propriétaires ». Bien que figurant comme revendication des Révolutionnaires de 1789, prenons en compte le contexte, je ne crois pas que la propriété immobilière individuelle participe au bien commun. Ce, même si, aujourd’hui, l’aspiration de nos amis, voisins, parents parfois, pousse dans ce sens.

Pour revenir à la vision de l’action publique que je défends, et que des élus mettent en œuvre , elle relève de la planification, dans chacune des quatre fonctionnalités que j’ai déjà identifiées ; laquelle planification a une ambition écologique. Par planification, nous entendons des choses simples : anticiper les besoins, prévoir les étapes, tenir le calendrier. Il ne s’agit pas de remettre à l’honneur le Gosplan, loin s’en faut, mais de se doter d’une méthode rigoureuse, tant l’action publique, aujourd’hui, nécessite fermeté dans la conviction mais aussi rigueur dans l’exécution.

Cette ambition, avec un outil privilégié et une méthode définie, nécessite toutefois une condition tant, en apparence, elle peut apparaître comme contraignante pour le citoyen. Cette condition a pour nom l’éducation populaire. Le rôle militant des élus, avant même la construction de la ville, demeure d’être un éducateur du peuple, c’est-à-dire l’amener à prendre conscience des enjeux, à s’approprier les ambitions collectives, à prendre à bras le corps les contradictions pour les résoudre. Cela nécessite un travail intense de débat, de confrontation, dans une relation de proximité avec le plus grand nombre de citoyen. Notre conception de l’élu est aux antipodes de la culture dominante qui réclame des élus gestionnaires, à l’hyper technicité, mais retranchés dans leur tour d’ivoire. Nous avons suffisamment confiance à la technicité des agents territoriaux, à leur attachement aux territoires sur lesquels ils interviennent autant qu’ils y vivent, pour savoir que la première tâche des élus est de se rendre disponibles pour le débat citoyen, qui précède et conditionne l’émancipation. Dès lors que le citoyen peut y consacrer du temps…

Au final, notre pensée est articulée autour de trois piliers d’égale importance : la gauche pour de bon, l’écologie pour de vrai, la République pour tous. C’est là le sens de notre contribution au débat en cours sur la nature de l’action publique, son rôle, son but.

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Bonus vidéo : Tears For Fears « Change (Extended Version) »


Intermède éthylique et matinal à Montreuil

Avec le mauvais esprit qui me caractérise, je ne résiste pas au plaisir vous faire partager l’échange de sms que j’ai eu, dimanche 15 juillet dans l’après-midi. Les noms n’ont pas été changés, il n’y a aucun innocent à protéger.

Indic : Qui s’est pointé bourré à une commémoration à 10h30 ce matin ?
Moi : Non ? C’est mon cadeau ?

Indic : Yes. Alors un nom ?
Moi : L’amère ?

Indic : Nan. Pas là. Un autre.
Moi : Petitjean !

Indic : Sérieux, tu vois Petitjean à la commémoration de la rafle du vél d’hiv ?
Moi : Me rappelle plus son nom… Ah si ! Monteagle !

Indic : Nan. Lui il a fait le discours de l’amère. Bien anti-communiste.
Moi : Alors, je sèche 😦

Indic : Ben… 1,54m. Socialiste. Député.
Moi : la vache !

Indic : Un beau discours vide avec des phrases creuses dedans. Le tout imbibé. Vive le baba.

Le député fictif est au centre avec le verre à la main

Bon… Sérieusement… Il est jeune. Il a la même vie que les ados de son âge : le samedi soir, c’est binge drinking. Z’allez pas en faire un flan ? (Lui, si, sûrement, il en a fait un dans la nuit). Pour une fois qu’on a un député, même fictif, qui a la même vie que ses concitoyens… Ah ? Vous pensez qu’un parlementaire doit donner l’exemple ? Vous êtes trop méchants en vrai.

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Bonus vidéo : The Specials « Too Much Too Young »


Chroniques montreuilloises : 11e épisode

« C’est un roman d’amitié qui commence », disait la chanson dans les années 80. A lire les courtoisies que tweete l’amère au député fictif, c’est la lune de miel entre la rouquine et Hammadi. Elle a honoré de sa présence le banquet républicain organisé par le nouveau député de Montreuil-Bagnolet le 7 juillet. Un banquet où « 500 personnes (étaient) prévues » mais dont nous n’aurons aucune photo d’ensemble, juste quelques plans serrés. Je sais comment faire croire qu’il y a du monde quand c’est un plantage. C’est même mon métier, ou une partie. Bref, entre l’amère et son député, c’est l’amour. Comme aux premiers jours d’avril 2008, entre elle et Mouna Viprey.

Tout n’était alors que joie, félicité, bons sentiments. Sauf pour celles et ceux qui savaient lire entre les lignes. Je me souviens, dans cette salle des fêtes où était réuni le personnel communal, le propos de Mouna : « Je suis première adjointe chargée de l’enfance avec vocation à avoir une délégation plus générale ». Nous étions quelques uns à comprendre « j’ai vocation à être maire bis ». Bis repetita aujourd’hui avec le député fictif qui a bien l’intention d’être maire, quelque part. En témoigne ce savoureux tract distribué dans toutes les boîtes à lettres de la circonscription, dans lequel il écrit, sans vergogne :

« Je rencontrerai rapidement l’ensemble des élus locaux, quelle que soit leur sensibilité politique, pour faire le point sur les dossiers urgents et préparer les bases d’un travail efficace dans votre seul intérêt. (…) Je présenterai prochainement l’équipe qui sera à mes côtés pour porter le changement et défendre nos territoires. »

Pour mémoire, un député est censé élaborer et voter les lois. C’est pour que les nouveaux députés puissent pleinement réaliser ce mandat que le parti dit « sérieux » s’est (s’était ?) engagé sur le non cumul des mandats. Quel besoin, pour écrire les lois, de vouloir rencontrer les élus locaux et défendre « nos territoires » ? A moins que… Non ? Le député de fiction voudrait-il se pose en maire de fiction ? D’où son appel pressant au rassemblement ? Mais non, ce n’est que du mauvais esprit. Razzy H. est tout entier concentré sur son mandat de parlementaire. Et ce n’est pas parce que de mauvaises langues l’affubleraient d’une relation supposée particulière aux choses d’argent qu’il faudrait voir un lapsus révélateur dans la phrase suivante, extraite elle aussi du tract distribué en toutes boîtes :

« Je siégerai dès cette semaine à l’Assemblée nationale, qui tiendra ensuite une cession (sic) extraordinaire ».

Comme je suis gentil, je ne traduirai pas par « député à céder ». Parce que des bails à céder, sur Montreuil, il y en a quelques uns. C’est même l’heure des manœuvres immobilières pour qui en a les moyens. L’info n’a fait pas grand bruit, mais le tribunal administratif a cassé la délibération instaurant le Plan local de l’urbanisme (PLU). Ce texte réglementaire définit les règles d’urbanisation de la commune et notamment les zones où l’on peut construire mais aussi la manière dont on peut construire. Grosso modo, pour qui sait lire un PLU, on peut savoir si la part belle est faite aux promoteurs ou aux habitants, les intérêts des deux sont difficilement conciliables. Il faut se souvenir sur ce sujet des propos de Jacques Archimbaud, directeur du cabinet de l’amère d’alors, qui dévoilait en février 2010, dans les colonnes de L’Express, la stratégie urbaine d’Europe Ecologie-Le Vide à Montreuil :

« Notre atout, c’est qu’un quart de l’espace public demeure à l’abandon. Des logements seront construits sur ce foncier libre. Cela augmentera les prix de l’immobilier et éloignera les couches les plus populaires vers les 2e et 3e couronnes. Mais certains y trouveront leur compte, vendant leur pavillon à des bobos avec une grosse plus value. »

Cette petite citation éclaire les grandes orientations du PLU de l’amère que vient de casser le Tribunal administratif. Je vous renvoie à la déclaration de mon ami Gaylord Le Chequer qui a bien montré les enjeux de cette décision qui empêche, heureusement, que Montreuil ne soit à vendre. Mais je ne résiste pas au plaisir de citer les propos de Pierre Mathon, ancien responsable des Verts du 93 et d’Île-de-France :

« Le PLU […]instaure un zonage qui permettra à des propriétaires privés et publics de bétonner, de morceler et de défigurer, de manière irréversible, l’espace des murs à pêches, lui faisant perdre son identité et son intérêt. Il faut ensuiteengager une véritable concertation. […]Il serait pour le moins paradoxal qu’une mairie Verte ne prenne pas ces dispositions, contraignant ainsi les écologistes à combattre son projet d’urbanisation des Murs à pêches comme nous avons combattu celui de Jean-Pierre Brard. »

A celles et ceux qui me rétorqueront « que proposez-vous à la place ? », je vous invite à lire ma contribution, un peu théorique certes mais que je me ferais grand plaisir de décliner en pratique localement dès lors que les squatteurs de l’hôtel de ville auront quitté les lieux.

C’est la crise du logement : cette belle demeure datant de 1935 est en partie squattée, notamment au 1er étage.

Bon, il est temps de conclure cette petite chronique sur une note un peu drôle, pour vous souhaiter bonnes vacances. Vous avez sûrement noté que le dénommé Alain Callès est conseiller municipal « délégué à la lutte contre les discriminations ». C’est un vrai enjeu politique, surtout dans une ville aussi métissée et populaire que l’est Montreuil. On peut donc se féliciter que ce soit un ancien président du Mouvement contre le racisme et l’amitié entre les peuples qui ait en charge ce dossier. Peut-on se féliciter que ce dernier publie par deux fois sur un site qui a tenté en 2010, avec le Bloc Identitaire, d’organiser un apéro pinard saucisson dans mon quartier, la Goutte d’or ?

Allez, bonnes vacances !

Bonus copain : retrouvez la sélection juin 2012 des Montreuillois de Rizome Corp (c)

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Bonus vidéo : The Sex Pistols « Holidays In The Sun »