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Manic Monday : A Place To Bury Strangers « Leaving Tomorrow »

A Place To Bury Strangers est réputé pour être le groupe « le plus bruyant » de la Grosse Pomme, alias New York City. Leurs riffs ravageurs, dopés à la distorsion et à la réverb’, en ont électrisé plus d’un. A trois : basse, batterie et guitare, ils dépotent un sacré boucan, où la quête du bruit blanc et la construction d’un mur de son demeurent les maîtres mots.

Evidemment, les plus anciens d’entre-nous, à l’écoute de ces morceaux bruts mais bâtis sur une ligne mélodique affirmée, invoquent The Jesus And Mary Chain comme précurseurs. La comparaison, qui n’est pas raison, s’impose. Mais A Place To Bury Strangers parvient à créer son propre univers sonore, à base de nappes d’accords (dé)structurés par un rythmique en plomb.

Leur troisième album, Worship, ne sonne pas du tout assagi rapport aux deux précédents efforts. Et, pour faire bonne figure, ils sont en tournée française. En octobre, vous les trouverez là :

09/10 Feyzin – Epicerie Moderne
11/10 Strasbourg – La Laiterie
12/10 Metz – Les Trinitaires
13/10 Amiens – Festival Nuit Blanche
14/10 Lille – La Péniche

Le clip de Leaving tomorrow a été capturé au moyen d’un téléphone portable d’une marque qui, pour californienne qu’elle soit, renvoie à NYC. C’est d’ailleurs à Central Park qu’il a été saisi.

 


Mensch @ Le Point Ephémère, Paris, 2012 september 19th – live report et entretien

Ca commence par une reprise électrisée et hypnotique de She’s Lost Control. Le duo guitare-basse, soutenue par une boîte à rythmes épaisse comme un marteau pilon , crée l’atmosphère qui va au petit poil pour que cette relecture personne de LE hymne passe comme une lettre à la poste. Vous êtes au Point Ephémère, mardi 19 septembre 2012. Vous regardez Mensch. Vous êtes vivants. Vale Poher, la chanteuse, un peu moins qui souffre d’une extinction de voix. Carine Di Vita, la bassiste, la supplée en entretien.

Carine : C’est clair que la basse en avant et la boîte à rythmes, ça évoque illico les années 80. Pourtant, on n’écoute pas que de ça. Loin s’en faut. Nous sommes plus influencées par des choses assez actuelles.
Vale (dans un souffle) : Pour la programmation des rythmiques, je me sens plus inspirées par des trucs comme Pantha Du Prince, Gui Boratto, The Foals ou LCD Soundsystem.
Carine : A priori, oui, nous mettrons peut être un peu plus de synthés, de machines, dans nos compositions à venir. Mais, en même temps, nous tenons à jouer, à garder cette base instrumentale. C’est de là d’où nous venons.

La scène, c’est leur lieu de prédilection à ce duo. Entre deux titres, Vale et Carine échangent un sourire discret, de ceux qu’il faut être au premier rang pour apercevoir. Le miracle du live opère encore. Vale puise au fond d’elle même pour délivrer un chant qui est bien plus séduisant que celui de Bonnie Tyler. Le son, âpre, proche de l’émeri, n’est probablement pas celui qu’elles souhaiteraient mais il me convient foutrement. Ça racle, ça cogne. Les paysages lancinants que dessine le duo se prête bien à ces aspérités sonores. D’autant que, à la basse, comme on dirait « à la base », il y a ce foutu groove sorti de nulle part. Un groove martial, certes, propice à la transe.

Carine : Transe ? J’ai vu que tu mentionnais ça dans ton article. Je ne sais pas trop. C’est très marqué électro comme sensation. Je ne trouve pas que cela nous corresponde.
Vale : Si, moi, quand je chante, par moments, je me sens comme en transe.
Moi : Par transe, je pense plus à des sensations liées au chamanisme, aux danses tribales d’Afrique noire. Pas du tout à l’électro.
Vale : Il y a un ethnologue qui a écrit, de mémoire : « la transe, c’est l’expression mélancolique de la danse ». Vu comme ça, ça me va.

Ce climat prend place bien vite. Les premières mesures de Mistery Train (Of Life) résonnent que, déjà, le bassin se prend d’une subite volonté d’indépendance, commençant à remuer sur cette rythmique de plomb striée d’autant d’éclairs à six cordes. Swim Swim lui succède accentuant cette féroce envie de se remuer en tous sens. « Let’s Dance To Die », chante Vale. L’invitation est claire.

Vale : Tu sais, en fait, pour nous, c’est de la « dance » ce que nous créons. On ne revendique pas du tout le côté sombre qu’on nous colle sur le dos. Et, quand tu écoutes les paroles de morceaux dansants, c’est pas toujours marrant, c’est même parfois assez glauque. Féla Kuti, par exemple…
Carine : Ou Michael Jackson. Mais ce côté sombre peut bien se marier avec la danse. En fait, nous, nous faisons de la pop. (Elle sourit)
Moi : A ce sujet, j’ai vu New Order à la fête de l’Huma.
Carine : New Order, c’est le groupe qui a su évoluer tout le temps, se réinventer, se remettre en question.

Par moments, le duo se prête à des expérimentations qui prêtent le flanc aux amalgames rapides. La version live de Kraut Ever sonne rudement martiale. Plus encore que sur album, avec ses rythmiques algorithmes et ses guitares stries qui rayent l’acier que j’ai dans le cerveau. Etonnemment, c’est la basse et la voix qui égaient ce titre en forme d’exercice de style. Goliath, que mon ami François considère comme le sommet de ce premier album, sonne sacrément plus balancé en concert. Après une intro assez mid tempo, le titre grimpe en puissance, guitare acérée et ronde en alternance (oui, oui!). Comme si ce titre contrepied avait gobé un cachet d’ecsta. La danse, on vous dit. Et la réinterprétation. Tout le temps.

Carine : Oui, on prépare une sortie pour le printemps 2013. Nous allons ressortir l’album en double vinyle. Le second sera la version remixée de l’album. Ca fait plaisir d’ailleurs que tu apprécies le remix qu’a fait Manvoy de Saint-Sadrill sur Mistery Train. C’est un morceau dont on parle trop peu.
Vale : Tu as raison, c’est le titre qui rend fou. (Elle sourit)
Carine : Et, si, nous avons déjà fait un remix pour Mansfield Tya, sur le titre Cavalier. Tu devrais les écouter, ça te plaira sûrement.

Le concert, court pour cause de première partie, se termine sur un inédit encore sans titre. Il est appelé New sur la setlist. Un beau final, froid et remuant en même temps. Carine et Vale s’affairent à virer leur matériel de la scène pour laisser la place à King Tuff. Ensuite, elles iront assurer la vente de leurs disques et autre merchandising. Avant de reprendre la route pour une tournée qui se monte au fil des jours. Gardez un œil sur leur site, des fois que vous ayez la chance de les voir près de chez vous.

Bonus live : Mensch « She’s Lost Control » (live @ Rennes, l’Antipide, Nov. 19th 2011)

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Bonus vidéo : Mensch « Kraut Ever » (live in NYC)


The Pogues @ l’Olympia, Paris, 2012 september 12th – live report

Par Benoît (@Mc_Chouffe)

 

“And maybe that was dreaming and maybe that was real[1]

 

On a tous un certain nombre de concerts mythiques à voir avant de mourir. Et quand on a moins de 30 ans et une prédilection pour les années 70-80, c’est  pas forcément gagné. Johnny Thunders, Stiv Bators et Ian Curtis sont morts ; les Ramones sont décimés et, de toutes façons, depuis qu’ils avaient viré DeeDee, ils ne méritaient même plus ce nom ; Morrissey et Marr sont sans doute en froid pour 5 siècles, au bas mot… Il y a certes New Order qui assure encore comme au premier jour (mais l’ami Nathanaël en parle beaucoup mieux que moi), ou Lemmy, qui est tout simplement invulnérable, mais faut bien dire que la plupart de mes héros ne sont plus.

Et puis il y a les Pogues.

Pour resituer en deux mots : un gamin élevé dans la culture irlandaise débarque à Londres et y découvre le punk naissant. Rapidement il fonde son groupe qui répondra au doux nom de The Nipple Erectors (puis Nips). Ce goût pour les noms de groupes subtils lui restera, d’ailleurs. Ils sortent quelques 45 tours honnêtes mais tout cela ne va pas très loin.

L’histoire débute véritablement quand ce jeune punk prend une décision fondamentalement… punk. Il va former un groupe de musique irlandaise. À l’époque où le synthé semblait être l’avenir du Rock, monter un groupe qui jouera du banjo, de l’accordéon, de la flûte et de la guitare sèche c’était… comment dire ? Complètement absurde / dément / surréaliste  / crétin (vous pouvez cocher plusieurs cases).

Mais Shane MacGowan est un grand malade. Il fonce. Toujours classe, les gars se baptisent Pogue Mahone (« kiss my ass » en gaélique), puis simplement The Pogues. Entre 85 et 90, ils sortent 5 albums. Tous comportent des morceaux fantastiques mais les 2e et 3e (Rum, Sodomy and the Lash et If I Should Fall From Grace With God) sont tout simplement prodigieux, et je vous garantis qu’on les écoutera encore dans un petit millier d’années.

Leur succès est énorme, alors même que la majeur partie de leur public, des punks notamment, n’a sans doute jamais entendu de musique irlandaise, et n’en écoutera sans doute jamais d’autre. Mais l’ami Shane, qui écrit, compose et chante la plupart des titres, apprécie un tout petit peu trop le whiskey, la Guinness, la cocaïne, et tout plein d’autres trucs qui ne rentrent pas dans la composition des endives au jambon. Ses compères finissent donc par le virer en 1991. Seulement les Pogues sans Shane MacGowan c’est un peu comme les Ramones sans DeeDee, ou même plutôt, comme le E-Street Band qui aurait enregistré des albums sans Springsteen. Et de son côté, Shane ne parviendra jamais à réitérer le miracle des Pogues. Désormais, il sera une cible privilégiée pour les tabloïds qui adorent annoncer sa mort à intervalles réguliers[2].

Ca fait donc des années que je rêve de voir les Pogues au complet. D’autant qu’ils se reforment régulièrement, pour un ou deux concerts. Seulement l’idée de voir Shane dégueuler dans un micro ne me réjouit pas vraiment et faut bien dire que c’est un peu à ça que ressemblaient ces prestations ces dernières années. Shane est fini. Shane MacGowan n’est plus qu’un type un peu timbré qui fut un jour un IMMENSE musicien.

Et puis finalement, je tente quand même le coup. C’est quitte ou double : voir le groupe qui a si souvent réussi à balayer un coup de déprime en quelques mesures, ou être certain d’avoir constamment en tête l’image d’un naufrage humain à chaque fois que je réécouterai les Pogues.

Une bonne première partie avec The Moorings qui ne partaient pourtant pas gagnants : un groupe alsacien de musique irlandaise en première partie des Pogues. Ils se permettent même de finir sur une reprise des maîtres qui tient carrément la route et enflamme le public.

Le groupe tarde un peu à se pointer : par trois fois on pense qu’ils vont arriver… et puis non. Là je m’dis direct que Shane ne se pointera plus, que Spider va chanter à sa place… Mais l’Homme arrive, titubant. Heureusement que le pied de micro est là pour le maintenir debout. Là on craint à nouveau le pire, et honnêtement, y a quand même de bonnes raisons.

Ca démarre sur un classique (il y en a tellement !) : Streams of Whiskey. Et là, LA voix de Shane MacGowan ! La vraie, celle de sa jeunesse, celle qui a transcendé la musique traditionnelle irlandaise : puissante, rugueuse. Une voix qui peut vous tordre les tripes et vous donner envie de danser en même temps. Les putains de Pogues !!!

La setlist[3] est une litanie de titres mythiques, pour la plupart tirés des trois premiers albums :

Streams Of whisky
If I Shall Fall From Grace With God
The broad majestic shannon
Greenland whale fisheries
A Pair of brown eyes
Tuesday morning
Kitty ???
The sunny side of the street
Thousands are sailing
Repeal of the licensing laws
Lullaby of London
The Body of an American
Young Ned of the hill
Boys from county hell
Dirty old town
Bottle of smoke
The sick bed of Cuhulainn
Sally Mac Lenanne
Rainy night in Soho
Irish rover
The star of the county down
Poor paddy
Fairytale of New York
Fiesta

Shane s’éclipse parfois, le temps d’un titre chanté par Spider Stacy ou Terry Wood (l’excellent Young Ned of the hill), ou d’un instrumental. La première fois, on craint de ne plus le revoir avant un bout de temps, et puis on comprend le manège en se disant qu’ils ont bien raison de le laisser reprendre son souffle (ou re remplir son verre) de temps en temps.

Lorsqu’on entend If I Shall Fall From Grace With God, on se dit que quelques mesures suffiraient aux Pogues pour soulever le peuple irlandais et coloniser toute l’Angleterre. Mais ils s’arrêteraient certainement dans le premier pub en bas de la colline pour picoler, brailler Greenland Whale Fisheries à s’en faire péter les cordes vocales, ou valser sur Sally Mac Lennane. Entre nous, c’est pas du Carla Bruni, hein ! Pour chanter des trucs pareils faut quand même être en pleine possession de ses moyens vocaux.

Il y eut aussi le fabuleux Boys from the County Hell. Intro morriconienne puis une urgence rare qui n’empêche pas Shane de décrire en quelques secondes toutes les facettes de sa vie et du monde qui l’entoure : cuite mémorables ; hargne du punk qui finit par se faire le patron ; les joies simples : les tox, les macs et les putes, la haine des militaires, re re re cuites…

Et puis le lot de classiques et chansons folkloriques transcendés par un groupe exceptionnel parce que plus humain qu’aucun autre. Dirty Old Town, par exemple. Qui mieux que les Pogues peut chanter l’amour rencontré dans une ville industrielle du Royaume Uni ? Ce ne sont pas des reprises mais des appropriations pures et simples. Scandaleuses même. Qui peut penser, après les avoir entendus interpréter Dirty Old Town, que la chanson n’a pas été écrite par un irlandais ?

Je crois qu’ils ont dû jouer à peu près tous mes titres préférés. Ce Body Of An American, par exemple, qui ne figurait même pas sur le pressage d’origine de Rum, Sodomy and the Lash ! Là on donne dans l’émotion à deux titres : ce morceau génial qui commence sur un rythme plutôt lent accompagnant un enterrement, et dégénère assez vite sur la joyeuse beuverie qui suit. Le genre d’enchainement qui en dit long sur les déboires et la force du peuple irlandais. Et puis on y parle d’un départ pour les USA, des guerres menées par des types qui n’ont rien à y faire, et de l’espoir de retourner un jour au pays. Émotion encore parce que cette chanson tient un vrai rôle dans The Wire. LA série. Chaque fois qu’un flic est tué en service, une veillée funèbre se tient au pub du coin, le mort est étendu en uniforme sur le billard, et après l’éloge funèbre prononcé une pinte de bière à la main, tout le monte entonne Body Of An American[4] et ça se finit sans doute comme dans la chanson.

Sur Fairytale Of New York, Shane finit même par lâcher son pied de micro pour valser sous la neige avec la remplaçante de la regrettée Kirsty MacColl. Ici encore, il est question d’amour et de haine, et d’addictions en tous genres.

On vit même Spider Stacy délaisser sa flute pour s’emparer de son instrument préféré (pour être honnête, je ne suis pas sûr qu’il l’apprécie tant que ça, mais tout est possible avec cette bande de tarés). Et notre homme de se frapper frénétiquement la tête à grands coups de plateau de bistrot… Etre un Pogue c’est un sacerdoce.

Ce qu’il faut comprendre c’est qu’on n’a pas simplement assisté à la reformation d’un groupe mythique. Un groupe qui 30 ans après est toujours capable de réitérer le miracle. Ce qu’on a vu ce soir-là c’est un grand-père, un pote, qu’on avait enterré y a plus de 10 ans et qui est de retour. Bien sûr il ne pogote plus. L’a plus vingt ans. Mais il est capable de boire des coups avec vous toute la nuit en vous racontant des histoires hallucinantes.

Shane est de retour. Toujours sur le fil du rasoir, mais il peut de nouveau faire ce dont lui seul est capable : réveiller cet animal que sont les Pogues. Tiens le coup Shane. Tu tiens ta revanche.

 

Merci à l’ami Nathanaël pour l’honneur qu’il me fait en m’invitant en ces lieux, j’en suis ému.
(T’as fini tes conneries Benoît ? C’est moi qui suis super content !)

 

Crédits photos : AG & me.

 


[1] The Pogues, Boys from County Hell (Red Roses For Me).

[2] Un jour vous paierez pour ça bande de raclures.

[3] La fiabilité n’est pas totalement garantie, mais il semble qu’elle soit rigoureusement identique à celle de la veille.

[4] NDLR : s’il m’arrive un truc, vous savez quoi faire

 

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Bonus vidéo : The Pogues « Irish Rover »

 

Bonus extraball : extrait de la série « The Wire »


New Order @ Fête de l’Humanité, 2012 september 14th – Live report

C’est LE concert qui m’a décidé à sortir de chez moi ce vendredi, malgré un mal de ventre qui me tordait les entrailles. Direction donc la Fête de l’Huma où je retrouve ma bande. Pour rien au monde, je n’aurais pu louper New Order sur scène. Evidemment, c’est le moment qui divise, qui clive même. Il y a ceux qui – d’abord – aiment Joy et supportent la bande de Barney parce qu’ils en sont l’émanation ; il y a ceux qui ne peuvent envisager New Order sans Peter Hook, désormais en froid avec ses anciens potes ; il y a moi qui aime New Order, sans aucune restriction, sans limite. Et qui entame donc ce live report avec la boule au ventre, intimidé, comme le fan que je suis.

Le lieu d’abord : la grande scène de la Fête de l’Huma, à laquelle j’ai pu m’habituer avec l’apéritif. L’ambiance. Il y a moins de monde que pour le set précédent, comme si on avait changé totalement de public. Puis, les voilà qui rentrent sur scène. Exit Hookie, remplacé par un bassiste plus jeune mais qui maîtrise fort bien sa quatre cordes, capable d’ajouter de la distorsion, à ses accords. Autre innovation, Barney Summer et les deux autres (comme ils se sont baptisés un temps) ont recruté un guitariste supplémentaire. Le son y gagne forcément en ampleur. En énergie. A côté de moi, Pierre remue la tête : « C’est pas possible que des vieux de 60 berges pas loin dégagent plus de patate que Shakaponk ». Benoît, lui, on ne l’entendra plus. Dès les premiers accords de la guitare magique de Bernard, il est parti dans un autre monde.

L’autre monde c’est une sorte de passage en revue des différentes incarnations de New Order. Sans limite, sans prise de tête. Un indice ? Isolation, titre méconnu mais emblématique de Joy Division, est réinterprété dans une version quasi dansante. Là, c’est sûr, le Rizome Corp a frôlé la crise d’apoplexie. Moi, je souris, stupidement. Heureux. Barney et ses potes ont donc décidé, n’ayant plus rien à prouver, de s’amuser. Il donne le tempo en esquissant, dès qu’il n’a plus sa guitare à la main, quelques pas de danse. Lui aussi sourit. Certes, il n’aura jamais le charisme de Ian Curtis et, oui bien sûr, la présence physique de Hookie manque bien dans ce concert pas banal.

Blue Friday (c) Stéphane Burlot

Photo (c) Stéphane Burlot

Alors va pour des morceaux remixés en live. True Faith est délivré avec 10 bpm, au bas mot, de plus que sur album. Les nappes de claviers lorgnent résolument du côté de l’électro. Enchaînement avec un Perfect Kiss dopé aux stéroïdes dans une approche très Kiss Of Death. Les rythmiques machinales montent, montent, montent… percutées par des boucles de synthés hypnotiques. La foule répond hurlements, mouvements du corps destructurés, transe. On ferme les yeux, on est dans la Hacienda (le club créé par New Order au mitan des années 80). Et si, dans la foule, il pouvait demeurer des doutes, déboule la 15e révision de Blue Monday. Là, il n’y a plus de mot, s’il y a en eu jamais un jour.

Les titres s’enchaînent. Les retouches transforment les morceaux que l’on connaît par cœur mais qu’il faut écouter  secondes avant de les reconnaître. Le jeune gratteux se la joue métalleux. Je ne lui en tiens pas rigueur. Bizarre Love Triangle respire presque la joie. Il n’y a, finalement, que le final Love Will Tear Us Apart, qui sonne dispensable. C’est définitif, j’adore New Order bien plus que Joy Division. Las, une heure et des brouettes, le concert est clos. Le métro nous attend. Pour une fois, je ne me jette pas sur mon baladeur mp3. La mémoire sonore du concert m’accompagne jusque chez moi.

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Bonus vidéo : New Order « 586 » (live @ Fête de l’Humanité)

 

 

 


Manic Monday : Editors « In This Light And On This Evening »

Dimanche, fin d’après-midi, la Fête de l’Huma dans les jambes. La meilleure moitié de moi-même me prend par la main pour que je sorte de ma torpeur ; direction le marché ou, plutôt, la terrasse mitoyenne du Bar de l’Olive. Pour une fois, je n’y retrouve pas de camarades. Mais les accords que je connais. Cette voix. Cette ambiance. Sombre à la limite de l’oppressant.

Editors.

Les souvenirs émergent d’un concert exceptionnel au Bataclan avec Julien, mon Julien. Il y a ce son, qui cligne de l’œil aux années 80 évidemment ; ces guitares rageuses en alternance avec des rickenbackers aériennes. Une arrogance so english. Une ligne de basse juste énorme et des claviers qui vrillent. Seul le soleil qui tarde à se coucher me gêne.


This Is PIL, LE album

Il ne sera pas dit que j’aurais traité cette chronique à la légère. Depuis mardi, ce This Is PIL, 9e opus de la bande menée par John Lydon, n’a pas quitté mes lecteurs. Ca faisait bien longtemps que je n’avais pu me goinfrer un album dix fois d’affilée. En général, je ressens vite le besoin de passer à autre chose. Là, non. Faut dire que PIL, c’est une sorte de monument dans le panorama musical dans lequel j’évolue. Il y a d’abord John Lydon donc, ex Johnny Rotten, frontman de feu les Sex Pistols, le premier boys band britannique de l’histoire. Ou presque.

Pour faire bon poids, pour comprendre John Lydon, il faut lire So Foot. Les Inrocks du ballon rond l’ont interviewé. Il y a quelques punchlines bien senties qui rappelle que le fils de prolos grandi à Finsbury Park (un quartier genre… la Grande Borne d’aujourd’hui qui serait près du stade d’Arsenal) n’a rien perdu de sa conscience de classe. Ah… Ouais… OK. Une précision ami lecteur : je ne fais pas de fixation ; ce n’est pas de ma faute si, souvent, les univers musicaux qui me parlent sont aussi créés par des artistes engagés ! C’est peut être une question de cohérence. Tu vas voir.

Le premier morceau de cet album, dont il porte le nom d’ailleurs, débute comme une sorte de meeting avec son « This Is PIL », scandé, à mi-chemin entre slogan et incantation, sur fond de batterie tellurique, de basse lourde (du genre qui fait vibrer la membrane de ton casque), de guitares qui daignent un peu aérer cette transe. Premier contact avec le « chant » de Lydon. Un chant, jamais très juste mais on s’en fout ; quelque part entre spoken word, poésie urbaine et invocation chamanique. La « PIL Zone » dont il est question est une Londres révolue, ruinée par les banquiers et financiers de la City. La ville revendiquée déboule dès One Drop. Avec sa gouaille de Londonneer, Lydon met les points sur les i : « We Come From Chaos, You Cannot Change Us ». Lui, surtout, vous ne le changerez pas.

Vous pouvez transformer Highbury Park en Emirates Stadium, il défend sa classe ouvrière envers et contre tous. « (Arsenal maintenant) c’est le temps des clients et de Disneyland. La social-démocratie et le tatchérisme n’aiment rien tant que détruire la culture ouvrière. » En quelque sorte, cet album est le cri des prolos du nord de Londres qui, avec les dents, s’accrochent encore à leur quartier. « I Will Not Drown », beugle-t-il sur Deeper Water, le titre qui me rend fou. « Je ne me noirai pas ! » Entendu que cette eau profonde reste bien la déferlante tsunami de la finance. Ce morceau, avec ses guitares tour à tour aériennes (la Rickenbacker quoi), cristallines, vrombissantes ; son mid tempo lancinant ; son ambiance angoissante mais aussi rageuse, justifie à lui seul l’achat de cet album.

Mais il y a d’autres morceaux de bravoure qui méritent que tu leur jettes mieux qu’une oreille attentive. Terra-Gate, subtiles accélérations dans un titre ô combien déroutant… Human reboucle avec la revendication sur un fond tout en mid tempo cassé à coups de soli de gratte assumant la filiation punk de la bande. Certes, il ne reste de l’original PIL que le chanteur. Mais le guitariste Lu Edmonds a tenu la six cordes dans The Damned (excusez du peu) et le batteur Bruce Smith est rescapé du combo The Slits. Pied de nez aux conservateurs du genre, le bassiste et homme des machines Scott Firth a commis avec les Spice Girls. Eu égard aux rapports ambigus qu’entretient John Lydon avec l’industrie commerciale du disque (note que cet opus est autoproduit), c’est une sacrée revanche.

Voilà donc This Is PIL. L’album. Comme j’aurais écrit LE album.

 

 

PIL This Is (PIL Official Ltd/Differ-Ant)

1.  This Is PiL
2.  One Drop
3.  Deeper Water
4.  Terra-Gate
5.  Human
6.  I Must Be Dreaming
7.  It Said That
8.  The Room I Am In
9.  Lollipop Opera
10. Fool
11. Reggie Song
12. Out of the Woods

Le site official de PIL est là.

 

Bonus soundcloud : PIL Lollipop Opera (Radio Edit)

 

 

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Bonus vidéo : PIL Deeper Water (live Southbank Centre London )


Manic Monday : New Order « Blue Monday »

Bon, c’est officiel : mon amie très chère, ma complice, Angelina, ferme la boutique. Elle me l’avait confié cet été. Du coup, je lui ai odieusement piqué non pas un papier mais une rubrique : le Gloomy Monday, rebaptisée ici Manic Monday. Mon ami François avait préparté un deuxième Gloomy of the summer de la mort qui tue. Vu le succès de la rubrique d’Angie, il est passé à la trappe. Non content de piquer une rubrique, je pique l’article qui aurait dû aller dedans. Et vous savez quoi ? Je suis content de rendre ainsi un hommage durable à Mes Petites Fables.

* * *

Par François Miranda

 

Blue monday. L’EP le plus vendu de l’histoire, un bricolage vite fait, une bombe…. Blue Monday c’est tout ça mais beaucoup plus encore pour moi.

En avril 1983, Nathalie et moi étions à Londres. Après avoir croisé The Cramps chez Liberty’s, la soirée approchait. Parmi les concerts possibles ce soir là il y avait The Duritti Colomn. Bon concert, je m’en souviens encore: deux musiciens jouant de tous les instruments (pas en même temps, ils n’avaient que deux mains chacun !).

À la fin du set, la salle se transforma en dancefloor et le public, au lieu d’être jeté dehors, fut convié à rester. L’aubaine, étant le contraire de la politique en la matière des salles parisiennes ! Nous voilà partis pour un after impromptu.

Les morceaux s’enchaînaient, Londres 83 sommet de la branchitude musicale.

Soudain une ligne de boîte à rythmes bien lourde. Un synthé, quelques notes, il se passe quelque chose, enfin une basse qui nous dit quelque chose l’on connaît, on dirait, mais ça semble impossible. Quand la voix arrive, on se regarde, on comprend. C’est Barney. Ca ne peut donc qu’être New Order.

Après des années de sombres déprimes musicales, de Joy Division à The Cure en passant par les punks, la cold wave, une révélation se faisait jour : on allait pouvoir s’éclater, se marrer, habillés de  noir mais avec la banane.

Bien plus qu’une formidable machine à danser, Blue Monday c’est ça pour moi. Il y a eu un avant et un après cette révélation / libération londonienne, un tournant dans une vie.


Orties, une Sextape pour masochistes

On commence par une sorte de ballade bucolique sur un Cheval blanc rythmée par un sample explicite de Video Games exécuté par Lana Del Rey. Soudain, deux jeunes femmes évadées de Baise-moi (le film) se jettent sur toi et te projette dans un buisson de plantes urticantes. Ca gratte sa mère, tu es couvert de boutons, plus rouge que ce Cri du peuple un jour de colère. Tu as les nerfs ? T’inquiète. Tu ne les auras jamais autant qu’Antha et Kincy. Bienvenue dans l’univers d’Orties.
Et, en plus, tu as une idée de la manière dont je suis ressorti de l’écoute du LP of the day dégotté chez mes potes du Rizome Corp (c) hier. Remercie-les, au passage, sans eux cette note n’existerait pas.

Orties, c’est donc ce duo improbable composé de sœurs jumelles qui délivre un hip hop dopé à l’electro comme les fêtards sans fond le sont à la coke. Débarquées telles un ovni dans la scène musicale française, après trois ans d’existence environ, elles nous offrent Sextape : 13 titres pour nous porter bonheur. Enfin, bonheur… Y a intérêt à avoir le cuir résistant avec nos duellistes de la rime. On regarde plus du côté de Sexy Sushi que de Yelle, encore plus du côté de Taxi Girl (Paris pourri) que de Sexion d’assaut. Et, à titre personnel, je trouve ces paroles « dans ta gueule » assez rafraîchissantes.

Au départ, il y a de la poésie. Une citation de Paul Verlaine : Autotune Automne pour faire un beau doigt à Jay Z. Tristan et Yseult en exergue. Mais version frelatée garçon ! Antha et Kincy ne sont pas vraiment là pour te brosser dans le sens du poil. Leurs échappées textuelles sont autant une poussée d’adrénaline le long d’un Autoroute qu’une salve assassine sur Plus pute que toutes les putes : « Acide citrique et phéromones ». Il y a de l’errance aussi, au fil des nuits vides et sans but comme on en trouve trop souvent dans les quartiers occidentaux de la capitale. Défonce. Substances interdites. Déambulations oscillatoires, corps dégingandé qui rebondit sur les murs sales comme une boule de flipper en fin de course. Ami lecteur, toi qu’elles souhaitent appeler Hannibal, j’espère que tu goûtes l’ironie mordante. Sinon, Orties n’est pas pour toi. Parce que c’est là, à ce moment précis, qu’elles susurrent dans ton oreille qui n’en demandait pas tant : « J’ai Soif de toi ».

Le tout est balancé sur des sons marqués du sceau d’une electro vicieuse soutenue par des infrabasses destinées à péter les vitres de ton salon ou faire fondre les écouteurs de ton baladeur mp3. La production pille dans les standards commerciaux comme tu profites d’un rallye dans un appartement du 16e arrondissement pour taper les fringues hors de prix de la grande sœur. Et te concocter la tenue trash qui fera se retourner toutes les fashion victims. Luky Boy (Night Club) et son refrain entêtant, ou le clasheur Fleurs bleues à paillettes revêtent tous les atours d’un tube. Sauf que… Sauf qu’il faut bien écouter pour savourer les contrepieds, les sorties de route à 150 kilomètres heure, les têtes à queue musicaux. Putain Autoroute quoi ! Rien n’est facile avec Orties.

Mais j’en ai assez écrit. Scrutez le programme des salles de concert pour avoir la chance de les voir. Et profitez de leur site pour télécharger Sextape. A la fin, mes mots sont assez limités pour évoquer les maux qu’elles vont provoquer chez l’auditeur masochiste. La touche repeat de mon nouveau lecteur mp3 donne des signes inquiétants de faiblesse.

 

Orties – Sextape

1 – Intro
2 – Plus Pute que toutes les putes
3 – Paris pourri
4 – Soif de toi
5 – Lucky Boy (Night Club)
6 – Panne De Courant/Piscine Noire
7 – Autotune Automne
8 – Autoroute
9 – Cheval Blanc
10 – J’ai Le Fun
11 – Les Fleurs Bleues à Paillettes
12 – Orgasm
13 – Outro

 

Le site d’Orties est par ici.

Orties est sur tumblr est c’est bon.

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Bonus vidéo : Orties « Autoroute »

Extraball : Orties « Cannibales »


Manic Monday : The Smiths – Sweet And Tender Hooligan

WelcOMe Joey Barton !

 

 


Voyage initiatique avec Melissa Auf Der Maur

Melissa Auf Der Maur Out Of Our Minds (Roadrunner records 2010)

 

Article rédigé pour les amis de Métal Chroniques.

 C’est ça de ne pas tenir un blog musical proprement dit. J’ai tout loisir d’écrire sur qui je veux, quand je veux.
Ou de publier des articles froids écrits pour d’autres. En vrai, j’ai un faible pour le rock féminin en général
et pour Melissa Auf Der Maur en particulier.
Je vous ai déjà fait partager l’interview que j’ai réalisée d’elle. Voici donc la chronique de l’album 
Out Of Our Minds,
son dernier opus en date.

Sortir de son esprit, pour aller au cœur, voici l’objectif que se fixe Melissa Auf Der Maur avec ce deuxième album après un brillant opus éponyme paru en 2004. Pourtant, paradoxe apparent, cette livraison sonne bien moins directe, musicalement, beaucoup plus travaillée, « atmosphérique » selon ses propres dires. Il va falloir s’y faire. Melissa est sortie du business pour développer un projet très personnel et ambitieux, décliné sous forme de disque, de court métrage (28 minutes tout de même), de bande dessinée et de site. L’un répondant autant qu’il complète les autres. Quand on vous dit que tout cela est travaillé, c’est qu’il y a une raison. Pour l’heure, tenons-nous en à la partie musicale, si tant est que c’est possible, le reste sera développé dans une interview à venir de Melissa.

Bassiste émérite, déjà remarquée en tant que songwriter chez les filles de Hole, la grande rousse se découvre au fil de ses deux productions personnelles comme un personnage des plus complexes, assumant parfaitement la part schizophrène qui habite chaque artiste indépendant : d’une part les pieds sur terre, d’autre part un esprit qui vole haut dans l’éther des rêves. Lorsqu’elle parle de sa musique, la Dame convoque aussi bien Man Ray et les surréalistes français que les sorcières de Salem. Et elle nous parle de cultures très anciennes (le très émotionnel Isis Speaks), de celles qui rassemblent les gens plutôt que de les opposer.

Et la musique dans tout ça ? En lien avec son temps, Melissa livre une production assez sombre, reflet de ses propres interrogations autant que de son existence assez bouleversée. L’on peut aisément imaginer que le morceau introductif, l’angoissant The Hunt, illustre une chasse aux sorcières, dont il n’est guère compliqué d’imaginer qu’elle a été la victime… Elle a audiblement survécu et célèbre cette victoire obtenue à l’aide de vikings (dont on se doute désormais qu’ils furent les premiers Européens à découvrir l’Amérique du Nord), incarnés ici par des invités brillants issus de groupes cultes de la scène indie, tels que Nine Inch Nails ou Helmet… Manière aussi pour Melissa d’assumer ses racines musicales.

Viking donc, et maîtresse des mers, Melissa parle aux éléments sur Follow The Map pour les dompter, calmer leur tension épique pour guider l’auditeur au-delà des vagues de guitares qui déferlent par à-coups brutaux parfois, tourmentés souvent, émouvants toujours jusque dans leurs passages les plus calmes. Ceux qui augurent d’une tempête à venir (22 Below).

Les atmosphères évoluent ainsi, au fil d’une sorte de sabbat dont la Reine arbore chevelure de feu, reprenant des mélopées chantées depuis des millénaires (1 000 years, définitif et excellent). Les forêts qui saignent abritent les réprouvés réunis pour une dernière danse autour de la tombe du père. La messe est dite. Cet album remue les tripes autant qu’il sollicite l’âme. Et nous serons qui la suivrons jusqu’au bout.

 

Tracklisting :

1.    The Hunt
2.    Out Of Our Minds
3.    Isis Speaks
4.    Lead Horse
5.    Follow The Map
6.    22 Below
7.    Meet Me On The Dark Side
8.    This Would Be Paradise
9.    Father’s Grave
10.    The Key
11.    The One
12.    1 000 Years

Le site officiel de Melissa Auf Der Maur

 

 

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Bonus vidéo : Melissa Auf Der Maur « Meet Me On The Dark Side »