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Réinclure les quartiers populaires dans la ville

A la fin du mois d’août, avec un certain nombre de camarades et d’amis, nous avons publié Terres de Gauche, abécédaire des radicalités concrètes. J’y signe deux contributions. Je vous ai déjà fait partager la première sur les Kolkhozes, j’ai aussi écrit sur la question des quartiers populaires vus d’un point de vue urbanistique. A toutes fins utiles, l’ouvrage Terres de gauche, abécédaire des radicalités concrètes est disponible sur commande auprès des éditions Bruno Leprince.

 

Les quartiers populaires, qui sont aujourd’hui ravalés aux périphéries de la France, constituent l’avenir de nos villes. Bâtis à plat ou en hauteur, ils concentrent une population certes précaire la plupart du temps mais créative, ingénieuse, solidaire. Rien de durable ne se bâtira sans les quartiers populaires. Au contraire même, c’est bien grâce à eux que nous pourrons construire l’avenir de nos villes. Cela nécessite juste de réinscrire ces quartiers dans nos villes et de leur rendre l’attractivité qu’ils méritent.

Depuis des décennies, les quartiers populaires sont envisagés comme des problèmes. Problème de précarité économique et sociale des habitants, problèmes du bâti, problème de l’inclusion de ces quartiers souvent périphériques (mais pas uniquement) dans le tissu urbain. Nous raisonnons bien rarement en termes d’atouts dès lors qu’il s’agit des quartiers populaires. Alors que !

Mais revenons sur ce qui définit un quartier populaire. Ce n’est pas, malgré l’imagerie véhiculée par les médias, le bâti. Il est des quartiers populaires à plat (habitat collectif de faible hauteur, bientôt zones pavillonnaires) ou en hauteur (« cités » HLM voire même résidences locatives privées ou encore co-propriétés comme c’est le cas avec Grigny II en Essonne) ; des quartiers populaires périphériques ou en cœur de noyau urbain (la Goutte d’Or à Paris). Le bâti n’est pas forcément un élément identifiant. Ce qui marque le quartier populaire demeure sa population : une population bien souvent paupérisée ou en voie de l’être, précaire la plupart du temps. Elle a cru à l’habitat populaire comme zone de transition vers la propriété immobilière individuelle et se retrouve, la crise passant, coincée dans un cul de sac. L’autre souci bien concret auquel sont confrontés nos concitoyens vivant dans les quartiers populaires reste qu’il s’agit souvent de zones à fonction unique : l’habitat. Quasiment pas d’activité génératrice d’emploi, des commerces en voie de disparition, des services publics qui quittent la place. On pourrait résumer d’une caricaturale « la République n’y est plus représentée que par les voitures de police et l’école élémentaire ».

Pourtant, les quartiers populaires ce sont, avant tout, des lieux de solidarité, des lieux où l’on se connaît et où l’on partage la même vie. Ce qui explique le score souvent bas du Front national dans ces endroits. Ce sont aussi les lieux de créativité, d’inventivité, d’ingéniosité. Quand les associations ne bénéficient plus de fonds publics que sur appel à projet, il faut trouver les voies et moyens pour faire autant, voire mieux, avec moins. Ce lien social fonctionne, encore et c’est souvent la dernière chose qui marche vraiment, notamment parce que la solidarité joue. L’implication active des citoyens compense les carences de l’action publique quand les municipalités démissionnent, étranglées par la baisse des dotations d’Etat. Cette participation effective, quoi que non théorisée, explique souvent la fierté d’appartenance au quartier que l’on retrouve souvent.

L’enjeu est donc clairement posé de réinclure ces quartiers dans la ville. Les pistes qui suivent sont non exhaustives mais indispensables.

 

Pour les quartiers populaires périphériques, qui sont le cas majoritaire, il convient en premier lieu de les rouvrir sur la ville, au moyen de nouvelles circulations mixtes : circulations douces, transports en commun, voiries nouvelles… L’Agence nationale de rénovation urbaine, dont il faut obtenir un nouvel engagement tant budgétaire qu’en termes de qualité (c’est notre revendication d’un ANRU 2), peut soutenir des projets de cette nature.

Se pose au même niveau la question de la mixité. Mixité sociale, bien entendu et même si elle ne se décrète pas, suscitée par la réhabilitation lourde d’un bâti souvent prévu pour ne durer que 25 à 30 ans ou des constructions neuves notamment en vue de l’accession sociale à la propriété. Là encore, l’ANRU soutient ce genre de démarches.

Mais il faut surtout, pour rendre nos quartiers populaires attractifs pour des populations nouvelles, reconquérir la mixité de fonction. C’est à dire ajouter à la fonction de logement celle de services de proximité (incluant le petit commerce), notamment des services publics ; celle d’activité, comme la création d’un hôtel d’entreprises par la Communauté d’agglomération Les Lacs de l’Essonne à la Grande Borne ; celle d’espace de vie partagé, qui passe par la restauration des espaces publics. Ce dernier point relève d’un enjeu majeur puisqu’il contribue à rappeler à chaque citoyen que, tout locataire qu’il soit, par le biais de l’impôt direct et indirect, il est co-propriétaire de l’espace dans lequel il évolue. Cette prise de conscience participe pleinement de la démarche émancipatrice qui est la nôtre.

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Bonus vidéo : Beirut « La Banlieue »

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TSCG : Fabius ne veut pas « se déjuger », et vous ?

Le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (TSCG) n’en finit pas de remuer les différentes composantes de la gauche. Le week-end qui vient de s’écouler a vu le conseil fédéral d’Europe Ecologie – Les Verts s’opposer, par 75 % des voix exprimées, à ce traité qui grave dans le marbre l’austérité ad vitam aeternam. C’est un bougé assez significatif qui a causé encore une de ces sorties dont est coutumier Dany le jaune.

A tout le moins, EELV a le mérite d’une certaine cohérence, que je salue, alors que je n’ai jamais été avare de critiques contre ce parti. L’issue de son conseil fédéral témoigne de l’élargissement du front du refus, par rapport à un traité qui prive la représentation démocratique élue par le peuple de ses derniers outils d’action.

Ce week-end, j’ai eu l’occasion de retrouver, grâce à mes amis de la Télé de gauche, un certains nombre de déclarations émanant de sommités du parti dit « sérieux ». Je vous les laisse regarder et partager.

On va commencer par l’ancien héraut du « non socialiste » en 2005, Laurent Fabius :

 

La sortie de Benoît Hamon n’est pas mal non plus :

 

Arnaud Montebourg laisse rêveur :

 

Jean-Marc Ayrault se fait le porte-parole du groupe des députés socialistes :

 

Enfin, pour la bonne bouche, le résident de la république n’est pas inintéressant :

 

En contrepoint, je vous laisse écouter et regarder ce que disent certains de mes amis proches dans la petite vidéo tournée à l’occasion de la Fête de l’Huma.

 

Je veux bien prendre les paris pour savoir qui, à la fin, se « déjugera », selon les jolis mots du ministre des Affaires étrangères.

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Bonus vidéo : Patti Smith « People Have The Power »


Bon anniversaire la République !

« La République nous appelle ! » J’espère que ce morceau de phrase sonne familier à l’oreille de certains d’entre-vous. Il est d’actualité puisque nous célébrons, en ce 21 septembre, le 220e anniversair de la Ière République française. C’est en effet au lendemain de la victoire de Valmy sur les Prussiens que les députés de la Convention nationale décident sur proposition de Collot d’Herbois – et à l’unanimité – d’abolir la monarchie et de proclamer la République. La Ière République sera votée et proclamée le lendemain, 22 septembre 1792. Mais l’abolition de la royauté est une date clé dans ce processus.

Ce n’est pas un micro-événement que nous allons commémorer

Vendredi 21 septembre 2012
à 17 heures
Devant le Panthéon à Paris

Si le processus révolutionnaire a été entamé en 1789, avec cette date de la prise de la Bastille, suivie du 4 août – nuit au cours de laquelle sont abolis les privilèges (mais avec possibilité de rachat), la proclamation de la République ouvre un nouveau champ du possible. La monarchie constitutionnelle et la prise de pouvoir par la bourgeoisie sont remises en cause par l’irruption, dans le champ politique, du peuple, notamment parisien. Ce que l’on appelle communément les sans culottes.

Ce peuple aspire à une autre répartition des richesses, une autre organisation du pouvoir. Il va prendre en main ses destinées, à partir du travail de conscientisation et d’éducation populaire politique mené par les clubs, dont le célèbre club des Jacobins. A Paris, les sans culottes et leurs représentants élus, devant la « Patrie en danger », vont s’organiser au sein de la toute première Commune de Paris, ancêtre de celle que j’étudie. Cette Commune va peser sur les débats de la Convention nationale et infléchir les décisions politiques qu’elle sera amenée à prendre.

Par bien des aspects, la Commune de Paris de 1792 à 1794, lorsque la réaction thermidorienne l’abat en même temps que Robespierre et ses amis, est plus radicale que la représentation nationale. C’est qu’à Paris, la confrontation de classes est bien plus violente qu’en Province. Dans les provinces de la jeune République, la guerre civile efface, dans la perception collective, le combat de classe. Il nous est facile, avec deux siècles et plus de recul, d’analyser la guerre civile qui se déchaîne en Vendée, Bretagne ; à Lyon, Marseille, Toulon, comme autant de traductions meurtrières de cette lutte des classes. Dans l’instant politique 1792-1794, il n’en est rien. A leur décharge, Marx n’est pas encore passé par là.

Il n’empêche que le peuple parisien et les provinciaux qui partagent sa vision des choses (il en est) n’entend pas se laisser déposséder d’un processus qui prend enfin en compte ses aspirations et ses besoins. Un certain nombre d’élus de la Commune de Paris, comme Robespierre, sont aussi députés à la Convention nationale et, forts du mandat qu’ils tiennent du peuple, agissent pour faire entendre sa voix.

C’est ainsi que va naître la République une et indivisible puis la déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen dans sa version démocratique, celle dite « montagnarde », qui proclame le droit à l’insurrection.

Comme le disent mes amis du Parti de Gauche Midi-Pyrénées, il s’agit là d’un « document d’importance universelle ». Si la déclaration de 1789 assoit la liberté comme principal droit de l’homme, celle de 1793 met sur le même plan la liberté et l’égalité. Dès l’article 2, c’est même l’égalité qui est placée en tête des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. « Ces droits sont l’égalité, la liberté, la sûreté, la propriété ». Plus importants qu’une simple déclaration abstraite, les droits de l’homme de 1793 font apparaître les droits positifs qui concrétisent les droits naturels : droits sociaux avec des prestations assurées par l’Etat notamment droit à l’éducation, aux subsistances, manger à sa faim, droit au travail, à la santé… Elle reconnaît ainsi pour la première fois dans l’histoire de l’humanité une série de droits économiques et sociaux comme le droit au travail, à l’instruction, aux secours publics (il n’y a ni retraite, ni sécurité sociale à l’époque).

Autre innovation historiquement fondamentale : l’idée de « souveraineté nationale » est précisée sous la forme concrète de la souveraineté populaire (en 1792/1793 les étrangers ont le droit de vote). Le peuple est souverain, il doit prendre lui même son destin en main. Il s’agit d’un système de démocratie semi directe : en partie directe par les Assemblées de base et le référendum, en partie indirecte par l’assemblée élue.

Voilà en quoi cette Ière République mérite qu’on la célèbre aujourd’hui. Quoi qu’imparfait, son contenu est très largement progressiste. Et ouvre des perspectives encore neuves à l’ensemble du mouvement ouvrier. Alors, oui ! Bon anniversaire la République.

Bonus flash back : Le discours prononcé par Jean-Luc Mélenchon à cette occasion est visible ici.

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Bonus vidéo : The Adicts « Viva La Revolution »


Ouais, finalement… Robespierre reviens !

Quand Laurent Mafféis m’a dédicacé l’ouvrage qu’il a co-écrit avec Alexis Corbière de cette manière : « Pour Nathanaël, à toi qui dit déjà depuis longtemps « Robespierre reviens ! » », je me suis dit que mon ami me connaissait bien mal, alors que nous nous côtoyons depuis 2006. Je ne me suis jamais considéré comme robespierriste. Lorgnant plutôt du côté d’Hébert, du communiste primitif Gracchus Babeuf, bref de ceux que Jean-François Vilar nomment Les Exagérés, dans son beau roman éponyme, j’ai toujours tenu Robespierre en défiance. Son austérité me glace, son « culte de l’être suprême » me le rendait suspect.

Et c’est bien là la qualité première de ce Robespierre reviens ! Il rétablit quelques vérités historiques dans ce temps de grande confusion qu’est le nôtre. Ainsi, au fil de la première partie, la plus historique, j’ai appris pas mal de choses. Ainsi, le culte de l’être suprême tel que défendu par Robespierre n’était pas une sorte de théisme abâtardi version philosophie des Lumières mais une mesure d’apaisement dans un pays en proie à la guerre civile. L’Etre suprême c’est une forme de civisme, voire de laïcité avant la lettre dans une période où le concept est loin d’être répandu. Voici ce qu’écrivent les auteurs :

« La reconnaissance de l’être suprême (personnification de la nature – Robespierre revendique l’influence de Rousseau) et de l’immortalité de l’âme vise simplement à affirmer à l’époque un plus petit dénominateur commun entre les pro et les anti déchristianisation. »

(Photo : Stéphane Burlot)

Voici donc un premier « malentendu » historique levé. Il y en a d’autres, dans ces pages ramassées qui fixent le cadre historique. Alexis et Laurent reviennent longuement sur la Terreur et le rôle de Robespierre tentera, avec son (faible) pouvoir institutionnel (il n’est qu’un membre – intermittent – parmi tant d’autres du Comité de salut public) et son (grand) pouvoir politique (il est membre de la Convention, animateur du club des Jacobins où se retrouve la plupart des sans-culottes et élu à la Commune de Paris), de jouer le rôle de modérateur vis à vis de certains de ces camarades. J’apprends, incidemment, que, dès 1790, le fils du Nord Maximilien s’oppose à la peine de mort. Certes, cela ne l’empêchera pas de tolérer, voire de justifier, des exécutions.

Mais, la France est en guerre et civile et extérieure. En Vendée, les royalistes combattent pied à pied ; en Bretagne, la chouanerie populaire menace la patrie ; de partout, les armées étrangères convergent pour écraser et la France et la République. « La Patrie est en danger ! » A situation exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Et, pourtant, contrairement à ce qui se produira pendant la première guerre mondiale, grâce à l’influence de Robespierre, non seulement il n’y aura aucune censure dans la période où il participe à l’exercice du pouvoir mais il n’y aura pas non plus de justice militaire d’exception. Bien sûr, on peut à loisir discuter du fameux principe « la fin justifie les moyens ». Je serais curieux de savoir si, outre Manche, pour les mêmes raisons, la controverse serait aussi violente sur les méthodes employées par Oliver Cromwell.

Parce que, et c’est l’objet de la deuxième partie de cet ouvrage, aujourd’hui il est de bon ton de vouer Robespierre aux gémonies. Mais dans quel but ? L’homme, certes, prête le flanc à la critique, la mienne par exemple. A bien y regarder, Maximilien « l’Incorruptible » incarne au premier chef la Révolution populaire, celle du pouvoir au peuple incarné par les sans-culottes, dans une période historique allant de 1789 à 1799 que, nous autres marxistes, considérons bien souvent comme une révolution bourgeoise. De l’aveu même de ses détracteurs, Robespierre est « le plus connu des révolutionnaires ». Citations à l’appui, Corbière et Mafféis démontent le processus. Dans la lignée du « travail » idéologique entrepris par François Furet, les attaques contre Robespierre sont autant d’attaques contre la Révolution française en elle même et tout ce qu’elle a apporté à notre socle républicain.

En effet, la période qui voit Robespierre associé à l’exercice du pouvoir constitue la période la plus lumineuse, dans le sens où elle est marquée par les Lumières (oui, je parle bien des philosophes des Lumières), de la Révolution française. La Convention dirigée, suite à un vote démocratique, par les députés montagnards, a permis l’irruption du peuple dans la direction des affaires publiques. C’est bien cela que ne pardonneront jamais à Robespierre les tenants de la réaction thermidorienne. S’ils ont guillotiné Robespierre et ses amis sans procès, cela ne les a pas empêchés d’instruire son procès politique post mortem. C’est un procès politique de classe, lancé par les possédants, par la bourgeoisie revancharde autant qu’apeurée qui voyait bien que, au bout de la pensée robespierriste, c’était leur pouvoir qui allait être potentiellement remis en cause. L’UMP ne s’y trompe pas, qui poursuit pour les mêmes raisons, le procès de Robespierre. Il est navrant qu’une frange importante du parti dit « sérieux » s’acoquine avec ce faquin.

Du coup, et puisque les choses en sont là, Laurent me connaît finalement bien. Avec Alexis et lui, je le dis haut et fort : Robespierre reviens ! Je garderai à l’avenir mes critiques pour le cercle de mes amis.

Robespierre reviens ! Par Laurent Mafféis et Alexis Corbière, éditions Bruno Leprince (2012)

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Bonus vidéo : Chorale populaire de Paris « La Carmagnole » (enregistrée en 1936)


TSCG, ce sont les autres qui en parlent le mieux

Ceci, comme dirait Magritte, n’est pas une note de blog. Le flot de l’actualité me submerge de réflexions contradictoires et j’ai peu la tête à coucher sur l’écran de mon (puis de vos) ordinateur(s) des états d’âme. Aussi, je vais m’effacer pour donner la voix aux copains. C’est que l’heure est grave ! Le traité sur la stabilité, la convergence et la gouvernance est à l’ordre du jour. On en a beaucoup causé à la fête de l’Humanité. Alors, pour commencer, prenons quelques minutes pour savoir ce que c’est que ce fichu traité en vidéo :

 

Sur le blog l’Art et la manière, qu’il co-écrit avec Florian, Romain nous en a touché deux mots dès la fin août :

« Ah qu’il était beau ce traité préparé par Sarkozy. La promesse électorale (pourquoi je m’évertue à m’y référer alors que tout le monde sait que c’est de la connerie)… donc cette promesse c’était de renégocier ce pacte notamment en y intégrant un volet « croissance ». Evidemment, nous, sales gauchistes, on n’était pas très contents. Mais la réalité s’est révélée encore pire puisque que les négociations sont quasi-inexistantes et que ladite croissance ne fait l’objet que d’un ridicule pourcent d’investissement qui ne fera pas longtemps illusion. Le fond du traité, lui, est intact : austérité, austérité et… austérité. Puis si vous n’êtes pas content un arsenal répressif est prévu pour les pays récalcitrants. « What else ? » diraient les financiers. »

Alors, il a semblé que le résident de l’Elysée et son collègue de Matignon auraient renégocié le TSCG pour le faire passer dans les rangs des députés godillots… heu.. sérieux. L’ami Gauche de combat en rit encore, jaune. Ce qui, pour ce rouge et vert, la fout mal. Il s’en est ému avant de prendre ses congés bien mérités :

« François Hollande et Jean-Marc Ayrault appellent leurs troupes à ratifier le traité budgétaire européen, pourtant négocié par Nicolas Sarkozy avec Angela Merkel (que toute la gauche – dont les socialistes – avait tant critiqué), et cela sans passer par l’assentiment des français. Vive la démocratie. Pour s’en défendre, dans le Journal du dimanche, Jean-Marc Ayrault a déclaré que « l’ajout d’un volet croissance au traité imposé par Hollande «a fait bouger les lignes ». Cela en fera rire plus d’un, et la saillie de Mélenchon sur le sujet est pertinente, par delà l’humour   : «Quelles lignes, quelles pages, quels mots, quelles virgules, la couleur du papier : Rien! ». Et dire que Hollande s’était posé en combattant des marchés financiers… On voit bien aujourd’hui que d’aucunes mauvaises langues avaient raison de prétendre qu’il le faisait avec un sabre de bois. »

Je conçois que, malgré la vidéo ci-dessus, vous avez du mal à comprendre de quoi il s’agit concrètement. Le mieux encore reste de se plonger dans le texte. Et c’est l’ami Nico, de la Rénovitude, qui se l’est procuré. En voici le premier chapitre :

« TITRE I

OBJET ET CHAMP D’APPLICATION

Article 1

1. Par le présent traité, les parties concontractantes conviennent, en tant qu’Etats membres de l’Union européenne, de démolir le pilier économique de l’Union économique et monétaire en adoptant un ensemble de chaînes destinées à étouffer l’activité, rendre encore plus obscure la gouvernance de la zone euro, en soutenant ainsi la réalisation des objectifs de l’Union européenne de désarmer les états, réduire les politiques de justice sociale et dégommer les services publics.
2. Le présent traité s’applique intégralement aux parties concontractantes dont la monnaie est l’euro sans aucun moyen de recours des peuples composant les dites parties concontractantes. Il s’applique également aux autres parties concontractantes, dans la mesure et selon les conditions prévues à l’article 14, c’est dire que vous n’avez pas le choix. »

Le reste est à lire sur la Rénovitude, par ici.

Ah oui… ça mate, n’est-ce pas ? C’est que le TSCG, à la fin, c’est bien le Traité d’une saloperie carrément généralisée, comme le dit si bien Syd. A l’appui de cette thèse, laquelle pourrait apparaître simpliste à nos « amis » du parti dit « sérieux », voici un extrait du vrai traité qu’A Gauche pour de vrai s’est goinfré, enfin de celui qui n’a pas été traduit en français de tous les jours :

Sur la base de la coordination des politiques économiques définie dans le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, les parties contractantes s’engagent à œuvrer conjointement à une politique économique qui favorise le bon fonctionnement de l’Union économique et monétaire et qui promeut la croissance économique grâce au renforcement de la convergence et de la compétitivité. À cette fin, les parties contractantes entreprennent les actions et adoptent les mesures nécessaires dans tous les domaines essentiels au bon fonctionnement de la zone euro, en vue de réaliser les objectifs que constituent le renforcement de la compétitivité…”

Finissons-en là. Il n’y a d’autre chose à faire que de signer la pétition « Non à l’austérité perpétuelle en Europe ». Elle est claire et simple :

« En imposant l’austérité à marche forcée, le Pacte budgétaire menace de plonger l’Europe dans la récession et le chômage de masse. Il va priver les États de moyens indispensables pour sortir de la crise sociale et environnementale. Pour mieux rassurer les créanciers et les spéculateurs, il place l’austérité au-dessus de la démocratie. Nous vous demandons de rejeter ce Traité d’austérité, et de permettre ainsi de rouvrir le débat pour réorienter l’Europe. »

Ah si ! Il y a autre chose à faire encore : aller manifester le 30 septembre à Nation !

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Bonus vidéo : Family Affair Project « Saturation »

 

 

 


Papa, maman, Staline et moi

Au départ de cette note que je tourne depuis quelque temps, il y a cette interpellation sur twitter, rapport à l’avatar du moment du compte du blog. Genre : « C’est une blague ton avatar ? Ou bien ? » Donc, je ne vais pas me justifier. C’est pas le genre de la maison. Mais je vais sauter sur l’occasion, comme la vérole sur le bas clergé, pour évoquer Oncle Joe et exposer mes quelques vérités sur ce sujet. Je ne vais parler que d’Oncle Joe et de ses continuateurs, pas de l’état d’avancée économique et sociale de feu l’Union soviétique. Cela précisé suite à une discussion tatillonne avec Arthur Fontel.
Je précise aussi que dire la vérité sur Staline ne consiste pas, en creux, à réhabiliter Trotsky. Son tour viendra bientôt.

Au départ, évidemment, c’est une blague. Et peu me chaut que vous ne goûtiez pas cet humour. Ma maman, femme admirable ô combien (coucou M’man), m’a appris, dès tout petit, qu’il fallait rire de tout. C’est même à cela que l’on reconnaît l’intelligent. Quand quelqu’un commence à restreindre le droit à l’humour, la restriction du droit à penser par soi-même ne se tapît pas loin. Et, derrière, la dictature de la pensée unique avance, masquée certes, mais progresse. Ça, c’est pour la première partie. La plus courte.

Vient ensuite papa. Quand j’ai adhéré au Parti communiste français, en 1988, quinze jours après mon inscription à la faculté d’histoire de Limoges (j’avais réalisé le combo magique : UNEF-SE, UEC, PCF en moins de deux semaines), je le lui ai annoncé. J’étais assez fier de moi : le fils de syndicaliste Cédétiste, nourri à Marx, Mao et autres joyeusetés très « soixante-huitardes » et plus si affinités, reprenait le flambeau de la lutte des classes. Las, je ne savais pas que papa appartenait au camp de la social-démocratie canal habituel et que l’anticommunisme était sa seconde passion. Plutôt que de me faire un grand sermon, papa m’acheta donc le petit livre de Julian Gorkin Les Communistes contre la révolution espagnole. Dans ce volume ô combien précieux se dessine la tragédie de la 2e Républicaine espagnole et se livrent au grand jour les assassinats de trotskistes, anarchistes et autres déviationnistes par la police stalinienne.

De là naît ma passion pour la naissance des partis communistes en Europe essentiellement. Je m’en vais la nourrir, en féru d’histoire que je suis, de moult lectures, des plus orthodoxes aux plus déviantes. Furet ne me fait pas peur. Aussi quand, dans les années 1995-1996 (z’avez vu l’ellipse ?), je lis dans l’Huma que l’armée rouge, commandée alors par le « camarade » Staline himself, « serait peut être responsable des massacres d’officiers polonais à Katyn » (le conditionnel est de l’Huma et d’époque), mon sang de Polak ne fait qu’un tour. S’en suit une engueulade homérique avec Pierre, secrétaire fédéral du PCF de l’Allier et pourtant un bon copain. C’est que je sais que la direction du Parti Communiste polonais est liquidée en 1937 pour son opposition au futur « petit père des peuples » mais aussi parce qu’elle est trop juive.

Je n’ai pas eu besoin de lire les chefs d’œuvre des frères Vaïner, à commencer par L’Evangile du bourreau, pour prendre conscience de l’antijudaïsme pragmatique de Staline et de sa (petite car régulièrement décimée) garde rapprochée. J’ai compris depuis un bail que Béria, lui, est un bouffeur de juif dans le fond. Mais il n’y a pas que cela. Le système stalinien, qui atteint son paroxysme quand l’URSS a gagné la guerre à mort contre les nazis, est un système dictatorial, aux tendances totalitaires, qui n’a absolument rien à voir – de près ou de loin – avec le communisme. On peut arborer les oriflammes frappées des faciès de Lénine et Marx sans être un communiste. Quelqu’un parmi vous considère-t-il la Corée du Nord comme un régime authentiquement communiste ? Ce serait aussi absurde que de considérer le parti dit « sérieux » comme un parti socialiste au sens historique du terme.

Or, donc, cela m’amène à ma vraie réflexion de fond, politiquement s’entend. Au risque de décevoir mes amis trotskistes, qui croient encore que la Révolution d’Octobre 1917 se reproduira demain, dès lors que l’on considère le « communisme de guerre » et la « Nouvelle Politique économique » (la NEP) puis la prise de pouvoir par Staline, le communisme tel qu’envisagé par Marx n’a aucune historicité. Je conçois que les quelques badernes réactionnaires biberonées à la glose de Stéphane Courtois en tireront quelque tristesse. Le renégat Courtois a perdu son statut d’historien avec son Livre noir du communisme dès lors qu’il a tenté de faire exister quelque chose qui n’a aucune traduction historique. C’est ballot mais c’est ainsi.

Voilà donc pour Staline. Le « petit père des peuples » n’a rien à voir avec le communisme. Et je me souviens, en guise de conclusion, d’un épisode albigeois. En 1991, j’étais rédacteur en chef de l’hebdomadaire de la fédération du Tarn du PCF. Cette année-là, les derniers nostalgiques de ce « socialisme de caserne » qu’était le régime dit soviétique ont tenté un putsch. Dont l’échec n’a eu d’effet que de permettre la prise de pouvoir de cet alcoolique d’Eltsine et des ex apparatchiks vrais héritiers de Staline dans l’exercice du pouvoir. La déroute des nostalgiques de la dictature m’a fait sauter de joie. Enfin, la chute définitive de ce qu’il restait du bloc de l’Est mettait fin à la confusion mentale. Nous allions pouvoir construire le communisme et le proclamer sans honte, sans craindre l’amalgame. Je ne parle pas ici du recul en matière de niveau de vie qu’ont subi les habitants des pays de feu le bloc de l’Est. Je croyais que c’était clair mais on m’a dit qu’il fallait préciser.

Je reste convaincu de l’objectif mais j’ai bien peur d’avoir fait preuve d’un peu trop d’enthousiasme. Visiblement, il y a encore des crétins pour croire que l’URSS était vraiment un pays communiste. Il y a du boulot, moi je vous le dis.

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Bonus vidéo : The Weathermen « Poison (12″ Mix) »


Ma fête de l’Huma, notre fête de l’Humain

Dur de résumer trois jours de fête de l’Huma en quelques mots. Pourtant, cette fête-ci, particulièrement, doit être racontée. Pour celles et ceux qui n’étaient pas là, pour le message qu’elle porte. Parce qu’elle nous donne rendez-vous dans moins de deux semaines, désormais, à Paris pour la manifestation nationale exigeant un référendum sur le TSCG. Ce fichu traité a bien été au cœur de tous les débats, formels comme informels. L’ami Syd d’A Gauche pour de vrai en a réalisé un résumé en vidéo que je vous conseille de regarder. Et pas seulement parce qu’il m’a interviewé aux côtés d’autres.

Photo par José Angel

Donc, commençons par là : il y avait Syd et plein d’amis. La Fête de l’Huma c’est d’abord ce moment de convivialité, celui au cours duquel tu fraternises avec tout un chacun. Mais aussi où tu retrouves tes potes perdus de vue – ou pas. C’est sûr qu’à coup de perrier et de boisson capitaliste brune à bulles, j’attire moins la convivialité que mes amis à la moustache moussue blanche. Heureusement, un bon nombre ne me laissera pas tomber voire viendra me chercher quand j’aurai accompli mes tâches militante

Ah… Ben ouais les gars. Quand on est militant, on milite à la Fête de l’Huma. Même mi hermano n’a pas pu résister malgré ses bonnes décisions. Donc, pour moi ce sera service d’ordre le samedi, sept heures durant avec une pause à la Savoie pour la fondue avec mon « fils ». Lequel en profite pour griller mon bro’ Dareljedid sur le badge provoc’ qui me va bien. SO et c’est pas de la tarte quand, vers 17h30, Jean-Luc prend la parole pour une carte blanche sur la Révolution citoyenne. Pendant une heure, vite devenue une heure trente, notre co-président (au Parti de Gauche) prend le temps d’expliquer ce concept, l’implication citoyenne, la démocratie en ce qu’elle a de révolutionnaire, l’Amérique du Sud, le TSCG. C’est le temps où l’avenue Pablo-Picasso est bouchée pire que le périph’ à 6 heures du soir. Faut veiller au matériel, histoire que les auditeurs ne prennent pas un haut-parleur sur la tête. Faut garder un œil sur les gens, aux alentours, des fois qu’il y ait un malaise sous ce cagnard.

Avant et après, c’est plus cool. Je discute avec les amis venus de loin. Il y a Romain, Simon et Laura, Rudy, Stéphane mon presque voisin du 18e, Nico et Syd venus en famille tous les deux… La liste est longue. Bien longue. Sous mes yeux, Gabriel Amard fait un tabac en mettant en lumière les agissements en eaux troubles de la Lyonnaise qui a tenté de lui faire la peau. Bref, une nouvelle fois, le stand du Parti de Gauche tient bien sa place dans la fête. Pas évident, à la base : si désormais nous sommes bien ancrés dans ce paysage du parc départemental de La Courneuve, ce n’est jamais facile pour un stand non PCF de se faire sa place. Et notez que nous n’avons pas encore quatre ans d’existence en tant qu’organisation.

SO donc mais je trouve un moment pour un petit plaisir. Stop. Contexte. C’est mon cher ami David qui a la charge de la programmation musicale du stand et de l’organisation des concerts qui en rythment la vie. David, c’est la discrétion même. Et l’efficacité. Avec peu de moyens (lire plus haut et ajoutez à la jeunesse de notre parti le fait qu’on n’a pas une tune en caisse en fait), il parvient à offrir une scène qui a de la gueule. Croyez-vous que ça le fasse sourire ? Il tire un peu la gueule, oui, qui trouve que le son n’est pas assez bon. Il court, il vole. Et lâche, tout de même : « Au fond, Nath, c’est quand même que du bonheur ». Quand tu milites ami lecteur, même la tâche la plus ingrate prend du sens. La mener à bien rend donc content. C’est aussi simple que ça. T’es pas convaincu ? L’an prochain, viens et fais l’expérience.

Je zappe au dimanche matin. Si vous m’avez cherché au stand du PG c’était raté. Pour moi, cette matinée était très politique. Et j’ai passé du temps sur tous les stands qui comptent pour Montreuil. Celui qui arborait encore l’an passé les couleurs de la FASE a grandi et abrite désormais aussi Convergence et Alternative, les Alternatifs, l’association des Communistes unitaires, les nouveaux venus de la Gauche Anticapitaliste. Puis, direction Montreuil. Evidemment. L’apéro des forces de gauche, ça ne se rate pas. Contrairement au débat sur PSA auquel je voulais participer mais que, SO en sous-effectif aidant, j’ai dû rater. En passant, il y a avait vraiment trop d’entreprises en lutte présentes à la fête… En fait, non. Il n’y en avait pas trop. C’est juste que, parfois, je voudrais croire que le changement c’est maintenant. Il ne le sera que si nous décidons de nous en mêler. La vraie leçon de cette fête de l’Huma.

Au final, pour reprendre mon fil, à la Fête de l’Huma, faut pas prévoir grand-chose surtout si tu es militant. Parce que tu ne tiens jamais ton programme. Mais les contreparties sont tellement fortes que ce n’est pas grave du tout. Et puis, je ne vais pas me plaindre. J’ai vu New Order.

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Bonus vidéo : Patti Smith « Gloria » (live @ Fête de l’Huma 2012)


PSA ou la collaboration de casse

C’était hier matin, à Bercy. Le ministère de la régression improductive recevait le gratin de la presse pour présenter le rapport commis sur la situation de PSA par l’expert dit « indépendant » Emmanuel Sartorius. Le dit rapport valide « la fermeture d’une ligne de production » sans trancher véritablement entre Madrid et Aulnay-sous-Bois. Il va un peu plus loin même : « Le plan de restructuration n’est malheureusement pas contestable ». La messe est dite, donc, et Pierre Moscovici n’a pas à regretter d’avoir assisté aux libations organisées par PSA pour le centenaire de l’usine de Sochaux.

Oh bien sûr ! On pourra regretter que l’ingénieur des Mines Sartorius « n’a pas réalisé d’audit financier spécifique du groupe PSA » ou encore qu’elle « n’a pas eu accès à d’autres informations que celles qui sont publiques » (sic). De toutes les façons, comme les appels au « patriotisme industriel » n’ont pour vocation que de calmer le populo, à quoi bon faire un travail sérieux ? Je comprends fort bien, dans ce cadre, le coup de colère de mon ami Rock n’ Rouge sur son blog. Et j’en profite pour le rassurer : oui, le Front de Gauche continuera à faire ce qu’il a à faire sur cette triste affaire.

Parce que c’est juste un scandale que ce projet de fermeture du site PSA d’Aulnay, comme l’est le projet de suppression de 10 000 emplois au sein du groupe. Je l’écrivais dès février 2012, ce dossier est exemplaire de la manière dont se comporte le capitalisme aujourd’hui. Le rapport Sartorius pointe, pour faire bonne mesure, des erreurs de gestion voire des « erreurs de stratégie ». La première d’entre-elles serait le maintien d’une surcapacité de production. « Les raisons conjoncturelles tiennent d’abord à la dépendance de PSA au marché européen (58 %de ses ventes). Ce marché est la seule zone du monde où la tendance à long terme est au mieux à la stabilité des immatriculations ». Comme le souligne l’Huma d’aujourd’hui, le rapport ne pose pas une seule question sur la responsabilité des politiques austéritaires qui dézinguent le pouvoir d’achat dans cette situation. Mais passons…

Il y a quand même un point magistral chez Sartorius. Il relève en effet qu’en avril 2011, il est décidé de verser 450 millions d’euros aux actionnaires sous forme de dividendes ou de rachat d’actions. « (Cette décision) a privé le groupe de ressources financières commensurables aux plans d’économie que PSA a du mettre en œuvre fin 2011 et 2012. » Pour faire bon poids, en 12 ans, ce sont 6 milliards (!) d’euros qui ont été distribués sous une forme ou une autre aux actionnaires. Faut-il voir là un début d’explication à ce que me glisse un salarié de PSA Aulnay au téléphone ? Selon lui, le projet de fermeture du site d’Aulnay remonte à 2005. Je pense que nous aurons bientôt l’occasion d’étayer cette hypothèse par quelques preuves concrètes. Sur le site du Front de Gauche en Goële, on peut lire déjà : « Ceci c’est confirmé en mai 2008 avec la destruction de la chaine de production montage1, PSA justifiait  la suppression de la moitié des chaines de montage pour des raisons de compactage, optimisation de l’outil industriel, libération de surface non exploitable et bien sûr d’une surproduction de l’outil industriel en bref toujours le même type de discours. »

Donc, en douze ans, six milliards ont quitté la sphère de l’investissement et des salaires des ouvriers pour aller engraisser les actionnaires de PSA. C’est bien ça l’essentiel. Ça fait juste 500 millions d’euros par an, notez bien. Une paille. J’ai raté ma vie et je n’aurai pas de rolex. Mais, désolé, je n’ai pas assez de tunes pour acheter des actions PSA. Trêve de plaisanterie. J’attends avec impatience le contre-rapport commandé par le Comité central d’entreprise annoncé pour fin novembre. J’espère que celui-là ne se sera pas contenté des informations publiques. Et qu’il ne suivra pas la ligne politique du gouvernement.

C’est drôle quand même de voir comment Montebourg a tourné sa veste. Début juillet, il pérorait avec véhémence contre la famille Peugeot, responsable de tous les maux. Depuis, c’est contre les syndicalistes « irresponsables » (en substance) qu’il vitupère. De la collaboration de casse à la collaboration de classe, il n’y a qu’un pas. Qu’il a franchi. De son côté, le résident de la République, ou le squatteur de l’Elysée comme vous voulez, se propose de « réduire l’ampleur des suppressions d’emploi ». Merci, c’est gentil. Rien que pour le bassin d’emploi d’Aulnay, on touche les 10 000 familles. La réduction c’est combien ? 234 ? Oh, j’entends d’ici les cris d’orfraie des « camarades » du parti « dit sérieux » : « Et vous ? Bande de révolutionnaires en salon, qu’avez-vous à proposer ? Vous hurlez avec les loups ! Vous faites le jeu de la droite mais vous ne proposez rien ! » Blah. Blah. Blah.

Mais que si ! Les syndicats ont déjà fait des propositions de revenir sur la recherche et le développement, de s’orienter vers la production de véhicules « verts » ou, à tout le moins, hybrides répondant et aux besoins du marché et aux impératifs environnementaux si bien défendus au gouvernement par… personne (désolé, j’ai cherché mais pas trouvé). Donc, je reprends ma phrase : répondant aux impératifs environnementaux si bien défendus en dehors du gouvernement par le Front de Gauche. Allez… J’aurai – malheureusement – l’occasion d’y revenir bientôt.

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Bonus vidéo : Bruce Springsteen « We Take Care Of Our Own »


Chili : ce 11 septembre dont personne ne parle plus

C’était un 11 septembre. Des avions détruisaient des bâtiments. C’était en 1973. C’était au Chili. Le coup d’état militaire, financé par la CIA, allait ouvrir les portes à l’une des dictatures les plus sanglantes qu’ait connue le continent sud-américain. Ce 11 septembre-ci, la démocratie a vraiment été bafouée, humiliée, martyrisée. Ce 11 septembre-ci restera gravé à jamais dans ma mémoire. Et si je maintiens que, dans les médias officiels on n’en parle quasiment plus -hommage à France Culture qui détonne heureusement dans cette atonie -, des gens comme Bernard Langlois, mon complice de chez Bab El Ouest ou mon amie très chère Brigitte ne manquent pas de rappeler le souvenir de cette date symbole.

Pour l’occasion, nul besoin d’en dire plus. La décence et l’humilité exigent que l’on s’efface pour céder la place aux mots de celui qui restera à jamais mon Très Cher Frère, Salvador Allende ; mots prononcés en direct du Palais de la Moneda, siège de la Présidence chilienne :

« Je paierai de ma vie la défense des principes qui sont chers à cette patrie. La honte tombera sur ceux qui ont trahi leurs convictions, manqué à leur propre parole et se sont tournés vers la doctrine des forces armées.

Le Peuple doit être vigilant, il ne doit pas se laisser provoquer, ni massacrer, mais il doit défendre ses acquis. Il doit défendre le droit de construire avec son propre travail une vie digne et meilleure. À propos de ceux qui ont soi-disant « autoproclamé » la démocratie, ils ont incité la révolte, et ont d’une façon insensée et douteuse mené le Chili dans le gouffre. Dans l’intérêt suprême du Peuple, au nom de la patrie, je vous exhorte à garder l’espoir. L’Histoire ne s’arrête pas, ni avec la répression, ni avec le crime. C’est une étape à franchir, un moment difficile. Il est possible qu’ils nous écrasent, mais l’avenir appartiendra au Peuple, aux travailleurs. L’humanité avance vers la conquête d’une vie meilleure.

Compatriotes, il est possible de faire taire les radios, et je prendrai congés de vous. En ce moment des avions sont en train de passer, ils pourraient nous bombarder. Mais sachez que nous sommes là pour montrer que dans ce pays, il y a des hommes qui remplissent leurs fonctions jusqu’au bout. Moi, je le ferai, mandaté par le Peuple et en tant que président conscient de la dignité de ce dont je suis chargé.

C’est certainement la dernière occasion que j’ai de vous parler. Les forces armées aériennes ont bombardé les antennes de radio. Mes paroles ne sont pas amères mais déçues. Elles sont la punition morale pour ceux qui ont trahi le serment qu’ils ont prêté. Soldat du Chili, Commandant en chef, associé de l’Amiral Merino, et du général Mendosa, qui hier avait manifesté sa solidarité et sa loyauté au gouvernement, et aujourd’hui s’est nommé Commandant Général des armées.

Face à ces évènements, je peux dire aux travailleurs que je ne renoncerai pas. Dans cette étape historique, je paierai par ma vie ma loyauté au Peuple. Je vous dis que j’ai la certitude que la graine que l’on a confiée au Peuple chilien ne pourra pas être détruite définitivement. Ils ont la force, ils pourront nous asservir, ils mais n’éviteront pas les procès sociaux, ni avec le crime, ni avec la force.

L’Histoire est à nous, c’est le Peuple qui la fait.

Travailleurs de ma patrie, je veux vous remercier pour la loyauté dont vous avez toujours fait preuve, de la confiance que vous avez accordé à un homme qui fut le seul interprète du grand désir de justice, qui jure avoir respecté la constitution et la loi. En ce moment crucial, la dernière chose que je voudrais vous dire, c’est que la leçon sera retenue.

Le capital étranger, l’impérialisme, ont créé le climat qui a cassé les traditions : celles que montrent Scheider et qu’aurait réaffirmé le commandant Araya. C’est de chez lui, avec l’aide étrangère, que celui-ci espérera reconquérir le pouvoir afin de continuer à défendre ses propriétés et ses privilèges.

Je voudrais m’adresser à la femme simple de notre terre, à la paysanne qui a cru en nous, à l’ouvrière qui a travaillé dur et à la mère qui a toujours bien soigné ses enfants. Je m’adresse aux fonctionnaires, à ceux qui depuis des jours travaillent contre le coup d’État, contre ceux qui ne défendent que les avantages d’une société capitaliste. Je m’adresse à la jeunesse, à ceux qui ont chanté et ont transmis leur gaieté et leur esprit de lutte. Je m’adresse aux Chiliens, ouvriers, paysans, intellectuels, à tous ceux qui seront persécutés parce que dans notre pays le fascisme est présent déjà depuis un moment. Les attentats terroristes faisant sauter des ponts, coupant les voies ferrées, détruisant les oléoducs et gazoducs, face au silence de ceux qui avaient l’obligation d’intervenir. L’Histoire les jugera.

Ils vont sûrement faire taire radio Magallanes et vous ne pourrez plus entendre le son métallique de ma voix tranquille. Peu importe, vous continuerez à m’écouter, je serai toujours près de vous, vous aurez au moins le souvenir d’un homme digne qui fut loyal avec la patrie. Le Peuple doit se défendre et non pas se sacrifier, il ne doit pas se laisser exterminer et se laisser humilier. Travailleurs : j’ai confiance dans le Chili et dans son destin. D’autres hommes espèrent plutôt le moment gris et amer où la trahison s’imposerait. Allez de l’avant sachant que bientôt s’ouvriront de grandes avenues où passera l’homme libre pour construire une société meilleure.

Vive le Chili, vive le Peuple, vive les travailleurs ! Ce sont mes dernières paroles, j’ai la certitude que le sacrifice ne sera pas vain et qu’au moins surviendra une punition morale pour la lâcheté et la trahison. »

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Bonus vidéo : TheSaintCyr « Soft Riot »


A Montreuil, le Front de Gauche, cette belle feuille blanche

Ce qui est bien avec les vacances, c’est que cela permet la prise de recul et, par là, la prise de conscience sur des événements passés même si récents. On ne s’en rend pas compte, forcément, tout de suite mais, au fil des discussions, les évidences prennent corps. Ainsi pour le Front de Gauche à Montreuil, que j’assimile désormais à une belle page blanche. Oh ! Nous avons des fondations solides, un projet national affirmé, un programme : L’Humain d’abord. Des militants. Mais, à Montreuil, nous avons la chance d’avoir l’avenir pour nous. Je m’explique.

La séquence ouverte en 2008 par la défaite de la gauche aux élections municipales est close avec la défaite de Jean-Pierre Brard aux élections législatives. L’histoire se conclut de manière triste pour un élu qui n’a jamais démérité et a contribué, au contraire, à transformer Montreuil, faisant passer cette ville dans l’ère de la modernité. Certes, le bonhomme avait ses défauts mais j’assume d’avoir dit devant caméra à son sujet : « Jean-Pierre, c ‘était probablement une calotte glaciaire sur la vie politique locale. Aujourd’hui, en revanche, nous assistons à la dérive des icebergs jusque dans la vie sociale et en matière d’urbanisme ». Je ne retire aucun de ces mots. Je regrette cependant que le nouveau député ne justifie, par ses atermoiements sur le TSCG par exemple (contrairement à ce qu’il avait annoncé par voie de presse, il « hésite » à présent entre le non et l’abstention), les qualificatifs peu amènes dont je l’ai déjà affublé.

Sur la page blanche du Front de Gauche, il y a donc à construire, en référence au programme L’Humain d’abord, « Montreuil d’abord ». Nous avons la chance de ne plus être otages des ambitions personnelles, des destins nationaux rêvés, des luttes intestines autant que fratricides. Face à la personnalisation qu’incarne l’amère, personnalisation outrancière qui constitue sa seule planche de salut éventuel, il nous appartient de créer cette équipe, l’addition des talents, nécessaires pour reconstruire une ville saccagée, mise en pièces, par l’incurie des élus de la majorité et de l’amère en premier lieu. J’ai confiance, parce que nous ne sommes pas prisonniers d’un passé désormais révolu : nous y parviendrons sans mal.

Nous y parviendrons d’autant mieux que les composantes historiques du Front de Gauche montreuillois ne peuvent plus se regarder le nombril. L’arrivée des camarades de la Gauche anticapitaliste, l’irruption des citoyens qui demandent des comptes autant qu’ils exigent de pouvoir s’impliquer durablement dans le processus politique, nous empêchent heureusement de nous adonner à nos jeux favoris. Nous allons donc pouvoir finir de construire un projet politique pour notre ville, un programme d’actions et de mobilisations, des outils d’éducation populaire. Bref, tenir la feuille de route d’un Front de Gauche qui assume la richesse de sa diversité.

Et qui assume son ambition, localement comme nationalement, de faire la nique à la social-démocratie verte ou rose, en menant le débat, la confrontation, en mettant en lumière les clivages. Parce que non ! On ne gère pas la ville de la même manière selon que l’on soit dit « socialiste », ver vide ou Front de Gauche. Nous différons sur bien des aspects et c’est tant mieux ! La réaffirmation de clivages est vivifiante pour la démocratie. C’est TINA (« there is no alternative ») qui détourne les citoyens des urnes. Pas la radicalité ! En ouvrant une perspective radicalement différente, elle permet au contraire de ramener dans le giron du débat des gens qui s’en étaient détourné. Rien que pour cela, je peux me féliciter du rôle du Front de Gauche dans les douze mois écoulés.

L’autre aspect positif de notre passé récent, c’est l’affirmation d’une cohérence. Sans me gausser outre mesure, vous savez bien que ce n’est pas du tout le genre de la maison, il est assez stupéfiant de comparer la manière dont deux villes dites « socialistes » sont gérées. On passe du jour à la nuit et souvent de la nuit à l’ennui. Idem pour les villes dirigées par Europe Ecologie-Le Vide. Qu’on regarde Montreuil, par exemple, qu’on compare à Bègles et qu’on rigole. A tout le moins, au Front de Gauche, nous poussons les marqueurs d’un projet politique adaptable aux situations locales mais dont l’identification est simple.

Mais ne grillons pas les étapes, avant les municipales, nous avons bien des urgences à affronter. Le TSCG en premier lieu, je l’ai évoqué. Nous avons rendez-vous le 30 septembre et les Montreuillois qui ont dit majoritairement « non » à l’ancêtre de ce traité d’austérité sauront se mobiliser une nouvelle fois pour obtenir un référendum. Il y a l’avenir du Centre hospitalier intercommunal André-Grégoire qui nous mobilise aussi, comme nous avons su le faire dans l’unité déjà, même si c’est sans succès, contre la fermeture du Centre municipal de santé du Bas-Montreuil… Finalement, je vais peut être revenir sur mes mots : en matière de casse des services publics, l’amère assume une forme de cohérence. Mais trêve de méchanceté, la question des Rroms ou celle des sans papiers aussi nécessite notre implication.

Sur ces points, n’ayez crainte. Représenté par une seule ou plusieurs de ses composantes, en bloc ou de front – nous sommes fiers de notre diversité, de notre multiplicité -, le Front de gauche sera à sa place. En première ligne du combat. Drapeau(x) en avant.

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Bonus vidéo : Swift Guad « La Montreuilloise »