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Chroniques montreuilloises : 13e épisode

Dimanche 23 septembre
12h03 : Dominique Voynet personnel à « Président » (mode sms)

François, je te l’avais dit : Cécile est une nulle, elle ne tient rien ! Ce n’était pas le bon choix. Moi, tu me connais, je suis sûre. Et mon bilan comme ministre de l’Environnement est excellent.

Lundi 24 septembre
10h24 : Jean-Marc Ayrault à Dominique Voynet personnel (mode sms)

Dominique… On attend le verdict dans le procès Erika demain. JMA

10h26 : Dominique Voynet à dircab (mode sms)
Fais-moi adopter une motion de soutien au traité à la con, là, jeudi. TTU !

10h27 : Dircab à « l’amère » (mode sms)
Mais Dominique, le parti a voté contre ce week-end…

10h30 : Dominique Voynet à dircab (mode sms)
T’es con ou quoi ? J’ai pas été claire ? Fais-moi passer cette motion, le reste c’est mes oignons !

Comme souvent à Montreuil, les choses se règlent par textos. C’est toujours pratique quand on n’aime pas la ville qu’on dirige. Mais en l’occurrence, ce jeudi 27 septembre au soir lors du conseil municipal, l’amère devrait faire proposer une motion de soutien au gouvernement et au Traité de stabilité, de coordination et de gouvernance en Europe. Ce, alors que son propre parti a voté contre à une nette majorité le week-end écoulé. Que Le Monde ait demandé la démission de ses camarades ministres semble peu lui chaloir. A dire le vrai, ce n’est pas la solidarité de parti qui l’étouffe.

Les élus se reconnaissant dans le Front de Gauche ont, eux, déposé un vœu pour manifester l’opposition de la Ville de Montreuil au traité austéritaire. Il y aurait donc deux motions différentes au conseil. Sauf que… Sauf que l’amère a demandé aux élus Front de Gauche de « se rapprocher des auteurs de la motion (favorable au TSCG) pour élaborer une position commune ». Comme si le lapin pouvait s’entendre avec la carpe. Ou le fond politique s’accorder avec de basses manœuvres politiciennes en vue de récupérer un maroquin ministériel…

On attend, toujours sur le fond, des prises de position de l’amère et de ses amis sur la situation de PSA et la fermeture du site d’Aulnay. Juste parce que 200 salariés employés par des sous-traitants de Peugeot-Citroën bossent à Montreuil. Je dis ça, je dis rien… Cela répondrait aux injonctions de l’adjointe à l’amère déléguée aux personnes âgées. Icelle a fait circuler un « billet d’humeur », dont j’ai cru au départ qu’il était un « billet d’humour ». Pour ne pas que vous me traitiez d’aguicheur, je vous en communique la conclusion :

« Nous avons été élu(e)-s pour construire une nouvelle réponse mêlant emploi, solidarité, environnement et démocratie renforcée. Oui à l’innovation sociale, environnementale, démocratique…  
Oui aux investissements permettant la relocalisation de l’économie et la mise en valeur des savoir-faire locaux.
Oui à la construction de logements sociaux et privés
Oui à la rénovation thermique de tous les logements, publics et privés.
Oui à un aménagement du territoire équilibré avec des services publics bien répartis.
C’est le nouveau cap que nous avons proposé lors de la campagne municipale de 2008, nous avons été élu(s)-e pour toutes ces raisons !
Un Montreuil plus meilleur, plus solidaire et écologique ! (sic) »

A tout le moins, on connaît déjà le programme d’Europe Ecologie – Le Vide pour 2014. Comme Sarkozy 2012 était le premier détracteur de Sarkozy 2007-2011, EELV 2014 sera donc le premier opposant à l’amère 2008-2013.

Le Cri du peuple à la fête de l’Huma

Pendant ce temps-là, j’ai rencontré le député fictif sur le stand du PCF Montreuil à la Fête de l’Huma. Il m’en a appris de belles. Notamment, « je te donne un scoop Nathanaël » : « Pour 2014, je ne m’interdis rien ». Fleur Pellerin appréciera. L’amère aussi. Le député, lui, apprécie la bière, le rouge plus que le blanc et les gros cigares. Quand je vous dis que c’est un jeune comme les autres.

Et tiens, pour conclure, messieurs du cabinet : ce n’est pas très gentil d’avoir voulu me faire endosser la responsabilité des tracts injurieux, que j’avais dénoncés ici même, ayant circulé à l’encontre du député fictif pendant la campagne des législatives. J’assume de flirter avec la ligne jaune mais je ne verse jamais dans la diffamation. Vous êtes bien placés pour le savoir si je me remémore une discussion téléphonique avec Yves Miramont (« Miracon » selon l’amère) que j’alertais sur des accusations ignobles dont faisait l’objet la rouquine. Je saurai m’en souvenir.

Le choc des titans : le député fictif face au Cri du peuple

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Bonus vidéo : OTH « Requiem pour un démon » (dédicace à @Quibuzzqui)


Réinclure les quartiers populaires dans la ville

A la fin du mois d’août, avec un certain nombre de camarades et d’amis, nous avons publié Terres de Gauche, abécédaire des radicalités concrètes. J’y signe deux contributions. Je vous ai déjà fait partager la première sur les Kolkhozes, j’ai aussi écrit sur la question des quartiers populaires vus d’un point de vue urbanistique. A toutes fins utiles, l’ouvrage Terres de gauche, abécédaire des radicalités concrètes est disponible sur commande auprès des éditions Bruno Leprince.

 

Les quartiers populaires, qui sont aujourd’hui ravalés aux périphéries de la France, constituent l’avenir de nos villes. Bâtis à plat ou en hauteur, ils concentrent une population certes précaire la plupart du temps mais créative, ingénieuse, solidaire. Rien de durable ne se bâtira sans les quartiers populaires. Au contraire même, c’est bien grâce à eux que nous pourrons construire l’avenir de nos villes. Cela nécessite juste de réinscrire ces quartiers dans nos villes et de leur rendre l’attractivité qu’ils méritent.

Depuis des décennies, les quartiers populaires sont envisagés comme des problèmes. Problème de précarité économique et sociale des habitants, problèmes du bâti, problème de l’inclusion de ces quartiers souvent périphériques (mais pas uniquement) dans le tissu urbain. Nous raisonnons bien rarement en termes d’atouts dès lors qu’il s’agit des quartiers populaires. Alors que !

Mais revenons sur ce qui définit un quartier populaire. Ce n’est pas, malgré l’imagerie véhiculée par les médias, le bâti. Il est des quartiers populaires à plat (habitat collectif de faible hauteur, bientôt zones pavillonnaires) ou en hauteur (« cités » HLM voire même résidences locatives privées ou encore co-propriétés comme c’est le cas avec Grigny II en Essonne) ; des quartiers populaires périphériques ou en cœur de noyau urbain (la Goutte d’Or à Paris). Le bâti n’est pas forcément un élément identifiant. Ce qui marque le quartier populaire demeure sa population : une population bien souvent paupérisée ou en voie de l’être, précaire la plupart du temps. Elle a cru à l’habitat populaire comme zone de transition vers la propriété immobilière individuelle et se retrouve, la crise passant, coincée dans un cul de sac. L’autre souci bien concret auquel sont confrontés nos concitoyens vivant dans les quartiers populaires reste qu’il s’agit souvent de zones à fonction unique : l’habitat. Quasiment pas d’activité génératrice d’emploi, des commerces en voie de disparition, des services publics qui quittent la place. On pourrait résumer d’une caricaturale « la République n’y est plus représentée que par les voitures de police et l’école élémentaire ».

Pourtant, les quartiers populaires ce sont, avant tout, des lieux de solidarité, des lieux où l’on se connaît et où l’on partage la même vie. Ce qui explique le score souvent bas du Front national dans ces endroits. Ce sont aussi les lieux de créativité, d’inventivité, d’ingéniosité. Quand les associations ne bénéficient plus de fonds publics que sur appel à projet, il faut trouver les voies et moyens pour faire autant, voire mieux, avec moins. Ce lien social fonctionne, encore et c’est souvent la dernière chose qui marche vraiment, notamment parce que la solidarité joue. L’implication active des citoyens compense les carences de l’action publique quand les municipalités démissionnent, étranglées par la baisse des dotations d’Etat. Cette participation effective, quoi que non théorisée, explique souvent la fierté d’appartenance au quartier que l’on retrouve souvent.

L’enjeu est donc clairement posé de réinclure ces quartiers dans la ville. Les pistes qui suivent sont non exhaustives mais indispensables.

 

Pour les quartiers populaires périphériques, qui sont le cas majoritaire, il convient en premier lieu de les rouvrir sur la ville, au moyen de nouvelles circulations mixtes : circulations douces, transports en commun, voiries nouvelles… L’Agence nationale de rénovation urbaine, dont il faut obtenir un nouvel engagement tant budgétaire qu’en termes de qualité (c’est notre revendication d’un ANRU 2), peut soutenir des projets de cette nature.

Se pose au même niveau la question de la mixité. Mixité sociale, bien entendu et même si elle ne se décrète pas, suscitée par la réhabilitation lourde d’un bâti souvent prévu pour ne durer que 25 à 30 ans ou des constructions neuves notamment en vue de l’accession sociale à la propriété. Là encore, l’ANRU soutient ce genre de démarches.

Mais il faut surtout, pour rendre nos quartiers populaires attractifs pour des populations nouvelles, reconquérir la mixité de fonction. C’est à dire ajouter à la fonction de logement celle de services de proximité (incluant le petit commerce), notamment des services publics ; celle d’activité, comme la création d’un hôtel d’entreprises par la Communauté d’agglomération Les Lacs de l’Essonne à la Grande Borne ; celle d’espace de vie partagé, qui passe par la restauration des espaces publics. Ce dernier point relève d’un enjeu majeur puisqu’il contribue à rappeler à chaque citoyen que, tout locataire qu’il soit, par le biais de l’impôt direct et indirect, il est co-propriétaire de l’espace dans lequel il évolue. Cette prise de conscience participe pleinement de la démarche émancipatrice qui est la nôtre.

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Bonus vidéo : Beirut « La Banlieue »


PSA ou la collaboration de casse

C’était hier matin, à Bercy. Le ministère de la régression improductive recevait le gratin de la presse pour présenter le rapport commis sur la situation de PSA par l’expert dit « indépendant » Emmanuel Sartorius. Le dit rapport valide « la fermeture d’une ligne de production » sans trancher véritablement entre Madrid et Aulnay-sous-Bois. Il va un peu plus loin même : « Le plan de restructuration n’est malheureusement pas contestable ». La messe est dite, donc, et Pierre Moscovici n’a pas à regretter d’avoir assisté aux libations organisées par PSA pour le centenaire de l’usine de Sochaux.

Oh bien sûr ! On pourra regretter que l’ingénieur des Mines Sartorius « n’a pas réalisé d’audit financier spécifique du groupe PSA » ou encore qu’elle « n’a pas eu accès à d’autres informations que celles qui sont publiques » (sic). De toutes les façons, comme les appels au « patriotisme industriel » n’ont pour vocation que de calmer le populo, à quoi bon faire un travail sérieux ? Je comprends fort bien, dans ce cadre, le coup de colère de mon ami Rock n’ Rouge sur son blog. Et j’en profite pour le rassurer : oui, le Front de Gauche continuera à faire ce qu’il a à faire sur cette triste affaire.

Parce que c’est juste un scandale que ce projet de fermeture du site PSA d’Aulnay, comme l’est le projet de suppression de 10 000 emplois au sein du groupe. Je l’écrivais dès février 2012, ce dossier est exemplaire de la manière dont se comporte le capitalisme aujourd’hui. Le rapport Sartorius pointe, pour faire bonne mesure, des erreurs de gestion voire des « erreurs de stratégie ». La première d’entre-elles serait le maintien d’une surcapacité de production. « Les raisons conjoncturelles tiennent d’abord à la dépendance de PSA au marché européen (58 %de ses ventes). Ce marché est la seule zone du monde où la tendance à long terme est au mieux à la stabilité des immatriculations ». Comme le souligne l’Huma d’aujourd’hui, le rapport ne pose pas une seule question sur la responsabilité des politiques austéritaires qui dézinguent le pouvoir d’achat dans cette situation. Mais passons…

Il y a quand même un point magistral chez Sartorius. Il relève en effet qu’en avril 2011, il est décidé de verser 450 millions d’euros aux actionnaires sous forme de dividendes ou de rachat d’actions. « (Cette décision) a privé le groupe de ressources financières commensurables aux plans d’économie que PSA a du mettre en œuvre fin 2011 et 2012. » Pour faire bon poids, en 12 ans, ce sont 6 milliards (!) d’euros qui ont été distribués sous une forme ou une autre aux actionnaires. Faut-il voir là un début d’explication à ce que me glisse un salarié de PSA Aulnay au téléphone ? Selon lui, le projet de fermeture du site d’Aulnay remonte à 2005. Je pense que nous aurons bientôt l’occasion d’étayer cette hypothèse par quelques preuves concrètes. Sur le site du Front de Gauche en Goële, on peut lire déjà : « Ceci c’est confirmé en mai 2008 avec la destruction de la chaine de production montage1, PSA justifiait  la suppression de la moitié des chaines de montage pour des raisons de compactage, optimisation de l’outil industriel, libération de surface non exploitable et bien sûr d’une surproduction de l’outil industriel en bref toujours le même type de discours. »

Donc, en douze ans, six milliards ont quitté la sphère de l’investissement et des salaires des ouvriers pour aller engraisser les actionnaires de PSA. C’est bien ça l’essentiel. Ça fait juste 500 millions d’euros par an, notez bien. Une paille. J’ai raté ma vie et je n’aurai pas de rolex. Mais, désolé, je n’ai pas assez de tunes pour acheter des actions PSA. Trêve de plaisanterie. J’attends avec impatience le contre-rapport commandé par le Comité central d’entreprise annoncé pour fin novembre. J’espère que celui-là ne se sera pas contenté des informations publiques. Et qu’il ne suivra pas la ligne politique du gouvernement.

C’est drôle quand même de voir comment Montebourg a tourné sa veste. Début juillet, il pérorait avec véhémence contre la famille Peugeot, responsable de tous les maux. Depuis, c’est contre les syndicalistes « irresponsables » (en substance) qu’il vitupère. De la collaboration de casse à la collaboration de classe, il n’y a qu’un pas. Qu’il a franchi. De son côté, le résident de la République, ou le squatteur de l’Elysée comme vous voulez, se propose de « réduire l’ampleur des suppressions d’emploi ». Merci, c’est gentil. Rien que pour le bassin d’emploi d’Aulnay, on touche les 10 000 familles. La réduction c’est combien ? 234 ? Oh, j’entends d’ici les cris d’orfraie des « camarades » du parti « dit sérieux » : « Et vous ? Bande de révolutionnaires en salon, qu’avez-vous à proposer ? Vous hurlez avec les loups ! Vous faites le jeu de la droite mais vous ne proposez rien ! » Blah. Blah. Blah.

Mais que si ! Les syndicats ont déjà fait des propositions de revenir sur la recherche et le développement, de s’orienter vers la production de véhicules « verts » ou, à tout le moins, hybrides répondant et aux besoins du marché et aux impératifs environnementaux si bien défendus au gouvernement par… personne (désolé, j’ai cherché mais pas trouvé). Donc, je reprends ma phrase : répondant aux impératifs environnementaux si bien défendus en dehors du gouvernement par le Front de Gauche. Allez… J’aurai – malheureusement – l’occasion d’y revenir bientôt.

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Bonus vidéo : Bruce Springsteen « We Take Care Of Our Own »


A Montreuil, le Front de Gauche, cette belle feuille blanche

Ce qui est bien avec les vacances, c’est que cela permet la prise de recul et, par là, la prise de conscience sur des événements passés même si récents. On ne s’en rend pas compte, forcément, tout de suite mais, au fil des discussions, les évidences prennent corps. Ainsi pour le Front de Gauche à Montreuil, que j’assimile désormais à une belle page blanche. Oh ! Nous avons des fondations solides, un projet national affirmé, un programme : L’Humain d’abord. Des militants. Mais, à Montreuil, nous avons la chance d’avoir l’avenir pour nous. Je m’explique.

La séquence ouverte en 2008 par la défaite de la gauche aux élections municipales est close avec la défaite de Jean-Pierre Brard aux élections législatives. L’histoire se conclut de manière triste pour un élu qui n’a jamais démérité et a contribué, au contraire, à transformer Montreuil, faisant passer cette ville dans l’ère de la modernité. Certes, le bonhomme avait ses défauts mais j’assume d’avoir dit devant caméra à son sujet : « Jean-Pierre, c ‘était probablement une calotte glaciaire sur la vie politique locale. Aujourd’hui, en revanche, nous assistons à la dérive des icebergs jusque dans la vie sociale et en matière d’urbanisme ». Je ne retire aucun de ces mots. Je regrette cependant que le nouveau député ne justifie, par ses atermoiements sur le TSCG par exemple (contrairement à ce qu’il avait annoncé par voie de presse, il « hésite » à présent entre le non et l’abstention), les qualificatifs peu amènes dont je l’ai déjà affublé.

Sur la page blanche du Front de Gauche, il y a donc à construire, en référence au programme L’Humain d’abord, « Montreuil d’abord ». Nous avons la chance de ne plus être otages des ambitions personnelles, des destins nationaux rêvés, des luttes intestines autant que fratricides. Face à la personnalisation qu’incarne l’amère, personnalisation outrancière qui constitue sa seule planche de salut éventuel, il nous appartient de créer cette équipe, l’addition des talents, nécessaires pour reconstruire une ville saccagée, mise en pièces, par l’incurie des élus de la majorité et de l’amère en premier lieu. J’ai confiance, parce que nous ne sommes pas prisonniers d’un passé désormais révolu : nous y parviendrons sans mal.

Nous y parviendrons d’autant mieux que les composantes historiques du Front de Gauche montreuillois ne peuvent plus se regarder le nombril. L’arrivée des camarades de la Gauche anticapitaliste, l’irruption des citoyens qui demandent des comptes autant qu’ils exigent de pouvoir s’impliquer durablement dans le processus politique, nous empêchent heureusement de nous adonner à nos jeux favoris. Nous allons donc pouvoir finir de construire un projet politique pour notre ville, un programme d’actions et de mobilisations, des outils d’éducation populaire. Bref, tenir la feuille de route d’un Front de Gauche qui assume la richesse de sa diversité.

Et qui assume son ambition, localement comme nationalement, de faire la nique à la social-démocratie verte ou rose, en menant le débat, la confrontation, en mettant en lumière les clivages. Parce que non ! On ne gère pas la ville de la même manière selon que l’on soit dit « socialiste », ver vide ou Front de Gauche. Nous différons sur bien des aspects et c’est tant mieux ! La réaffirmation de clivages est vivifiante pour la démocratie. C’est TINA (« there is no alternative ») qui détourne les citoyens des urnes. Pas la radicalité ! En ouvrant une perspective radicalement différente, elle permet au contraire de ramener dans le giron du débat des gens qui s’en étaient détourné. Rien que pour cela, je peux me féliciter du rôle du Front de Gauche dans les douze mois écoulés.

L’autre aspect positif de notre passé récent, c’est l’affirmation d’une cohérence. Sans me gausser outre mesure, vous savez bien que ce n’est pas du tout le genre de la maison, il est assez stupéfiant de comparer la manière dont deux villes dites « socialistes » sont gérées. On passe du jour à la nuit et souvent de la nuit à l’ennui. Idem pour les villes dirigées par Europe Ecologie-Le Vide. Qu’on regarde Montreuil, par exemple, qu’on compare à Bègles et qu’on rigole. A tout le moins, au Front de Gauche, nous poussons les marqueurs d’un projet politique adaptable aux situations locales mais dont l’identification est simple.

Mais ne grillons pas les étapes, avant les municipales, nous avons bien des urgences à affronter. Le TSCG en premier lieu, je l’ai évoqué. Nous avons rendez-vous le 30 septembre et les Montreuillois qui ont dit majoritairement « non » à l’ancêtre de ce traité d’austérité sauront se mobiliser une nouvelle fois pour obtenir un référendum. Il y a l’avenir du Centre hospitalier intercommunal André-Grégoire qui nous mobilise aussi, comme nous avons su le faire dans l’unité déjà, même si c’est sans succès, contre la fermeture du Centre municipal de santé du Bas-Montreuil… Finalement, je vais peut être revenir sur mes mots : en matière de casse des services publics, l’amère assume une forme de cohérence. Mais trêve de méchanceté, la question des Rroms ou celle des sans papiers aussi nécessite notre implication.

Sur ces points, n’ayez crainte. Représenté par une seule ou plusieurs de ses composantes, en bloc ou de front – nous sommes fiers de notre diversité, de notre multiplicité -, le Front de gauche sera à sa place. En première ligne du combat. Drapeau(x) en avant.

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Bonus vidéo : Swift Guad « La Montreuilloise »


A Montreuil, le Front de Gauche lance le débat sur l’urbanisme

A Montreuil aussi, c’est l’heure de la rentrée politique. Outre les nombreuses réunions d’appareil qui se succèdent, les diverses composantes du Front de Gauche multiplient les initiatives. Même si chacun y va de la sienne, ce fleurissement de rencontres contribue à l’animation du débat politique en ce mois de septembre. Que mille fleurs éclosent, disait l’autre. Nous, au Front de Gauche, on a l’esprit et la pratique écologique. Donc, on ne va se priver de suivre ce conseil. Parmi les différents rendez-vous, il y en a un sur lequel j’attire votre attention. Notamment parce que je m’y exprimerai sur les questions liées à l’urbanisme, tachant d’exposer quelle est notre vision – en général – de cette composante importante d’une politique publique locale.

Cette réunion publique a lieu lundi 10 septembre à 19h30 dans la salle Franklin.

Ce sont mes amis du Rassemblement de la Gauche citoyenne de Montreuil dont les conseillers municipaux Danièle Creachcadec et Gaylord Le Chequer qui m’ont invité à venir présenter les options politiques que je défends et que j’ai eu l’occasion de préciser dans ces colonnes comme dans mes contributions à l’ouvrage collectif Terres de Gauche, abécédaire des radicalités concrètes. Je crois savoir que l’ouvrage sera en vente ce soir-là, soit dit en passant.

Pour préciser l’objet de ce débat, je m’efface derrière mes hôtes d’un soir, parce que leur invitation fixe bien les choses et surtout révèle une approche dans laquelle je me retrouve pleinement :

« L’urbanisme est souvent présenté aux citoyens comme une question technique. Pour beaucoup, c’est l’affaire des spécialistes, des promoteurs, des techniciens, des architectes, urbanistes, etc. Quant aux élus eux-mêmes, l’urbanisme est souvent pour eux synonyme d’une bureaucratie tatillonne.
Absent des débats démocratiques et politiques, l’urbanisme ne fait parler de lui qu’à l’occasion de crises et de confrontations comme celle née de l’adoption du Plan Local de l’Urbanisme de Montreuil aujourd’hui annulé par décision du tribunal administratif.
Pourtant, l’urbanisme ne se réduit pas à la seule question de la production de logements. Il s’agit aussi d’emplois, d’équipements, de services publics, etc. Bref, d’un cadre de vie conçu et imaginé pour rendre une ville toujours plus accueillante, plus solidaire, plus durable.

La finalité est donc de construire une société et pour cela il est nécessaire que la population participe, que des associations s’en mêlent et que la démocratie soit au cœur de la démarche. »

Il y a peu à rajouter. En somme, l’urbanisme c’est le choix politique des moyens de circulation, de répartition des surfaces, pour vivre ensemble. J’ai eu l’occasion d’écrire que, pour moi, une ville doit répondre à quatre fonctions majeures : logement, emploi, services publics, espaces partagés. Chaque fonction nécessite des espaces pour sa mise en œuvre, sachant que la superficie d’une ville est contrainte. On ne peut pas l’étendre à l’infini. Il convient donc d’opérer des choix. Dans l’allotissement des sols mais aussi dans le mode de construction priorisé dans chaque type de fonction.

Chaque type de construction a des avantages et des inconvénients. Les constructions en hauteur nécessitent moins d’emprise au sol et permettent une densification, notamment en termes de logement mais aussi d’activités économiques, moins « consommatrice » d’espace. Pourtant, ce type de bâtiment n’est guère du goût du public en ce moment, quand il a l’occasion de s’exprimer.

Or, ces choix, fondamentaux pour pouvoir vivre ensemble dans un projet et un espace partagé, sont fondamentaux. Ils nécessitent, comme l’appellent de leurs vœux les élus Front de Gauche que sont Gaylord et Danièle, une appropriation par les citoyens et donc un débat démocratique. Si possible serein. Avec cette réunion publique, les amis du RGC lancent les bases théoriques de ce débat. Je suis heureux qu’ils le fassent tant l’urbanisme reste souvent le mal aimé du débat public. Je suis aussi touché qu’ils m’aient invité pour en parler avec vous.

Je rentrerai donc plus dans le détail des conceptions qui m’animent en tant que technicien de l’action publique locale et en tant que militant. Entendons-nous bien cependant, quoi qu’il en soit, je ne rentrerai pas dans le détail de l’urbanisme montreuillois, si ce n’est en réponse à vos questions. Là n’est pas notre propos partagé avec les organisateurs. Le temps viendra bien assez vite pour que nous écrivions ensemble l’urbanisme que nous voulons, ensemble, sur cette page blanche qu’est le Front de Gauche à Montreuil après les élections législatives.

A lundi ?

Un ami de longue date

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Bonus vidéo : 93 Lyrics « Laisse Crâner »


PSA Aulnay : où sont les « irresponsables » ?

A Aulnay-sous-Bois, du côté de l’usine PSA, c’est la rentrée aujourd’hui. Après des congés et une semaine de chômage technique. Vous avez pu suivre, ici et , que le site est bel et bien menacé de fermeture en 2014, condamnant les salariés de PSA, ceux de la sous-traitance et leurs familles. C’est dans ce climat que les PSA ont repris le chemin de leur boîte ce 4 septembre au matin, pendant que leurs bambins prenaient, eux, la direction de l’école.

J’ai suivi, sur les chaînes d’absence d’info, cette reprise. J’ai écouté le camarade Jean-Pierre Mercier, délégué CGT, expliquer les mesures prises par la direction : renforcement des équipes de vigiles, « sécurisation » d’un bâtiment pour éviter les éventuelles séquestrations de cadres, directives pour faire considérer tout dépassement du temps de pause ou toute discussion hors des temps prévus pour comme du « temps de grève ». Un arsenal préventif aux relents… que vous voudrez bien qualifier de vous-mêmes. Et qui a bien dû coûter quelques centaines de milliers d’euros. Mais, c’est bien évidemment d’une réaction violente des syndicalistes que le pouvoir en place tient à prévenir le bon téléspectateur.

Dans cette mission, l’inénarrable Arnaud Montebourg, déjà étrillé dans ces colonnes, justifie pleinement le mal que j’en dis en appelant les syndicats à « faire preuve de responsabilité économique ». Pour être sûr de se bien faire comprendre, il en a rajouté : « Les syndicats doivent penser à tous ceux qui restent, les 100 000 salariés de Peugeot ». Ce sont bien évidemment les syndicalistes qui envisagent de délocaliser leur outil de travail au motif que les bénéfices de PSA sont orientés à la baisse par rapport à l’exercice précédent. Ce sont bien évidemment les syndicalistes qui condamnent dix milles (!) personnes au chômage dans un département qui a déjà connu plus que son comptant de plans de licenciements. Putain, Arnaud ! La décence, ça te dérange à ce point-là ? A tout le moins, il est en cohérence avec les courbettes qu’il a prodiguées au lobby ultra-minoritaire mais patronal appelé le MEDEF.

N’attendant rien de Montebourg, j’escomptais questionner Moscovici, son supérieur du Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie avec lequel, parmi d’autres blogueurs, j’avais rendez-vous hier soir. J’ai en mémoire quelques chiffres. PSA n’a réalisé que 588 millions d’euros de bénéfices mais va dépenser un milliard d’euros (!) pour fermer Aulnay. D’un autre côté, le Crédit Immobilier de France, la banque bien connue (si, si, cherchez bien) se voit offrir la garantie de l’Etat à hauteur de 20 milliards d’euros. On peut donc impunément saigner l’industrie automobile française, mettre à mort 10 000 personnes, tant que les banques sont sauvées. A cette question, Moscovici ne répondra pas. Une urgence l’a contraint à annuler notre rendez-vous collectif. Je ne lui en tiens pas grief, le seul souci reste que ma liste de question s’allonge de jour en jour.

Pour en revenir à la situation de PSA, qui est accessoirement en délicatesse avec le fisc espagnol, les résultats se seraient aggravés depuis la publication des chiffres pour 2011. On parle de 800 millions d’euros de perte. Soit. Là, effectivement, on peut parler de problème économique. On peut aussi se rappeler que les propositions des organisations syndicales, ces « irresponsables » (sous entendu de Montebourg), visant à réorienter la production en direction de modèles écologiques, ou hybrides à tout le moins, sont toujours restées lettre morte. Plutôt que d’investir pour faire évoluer sa gamme, en tenant compte des aspirations citoyennes à des véhicules plus respectueux de l’environnement, PSA a préféré rester campé sur la production de voitures à moteur diesel et n’a cherché la diversification que dans les marchés émergents où le groupe a construit des usines.

Bienvenue dans le merveilleux monde du capitalisme. Là où l’être humain n’est qu’une variable d’ajustement comme tant d’autres. La rentrée des amis de PSA me laisse un goût amer. L’inanité des discours gouvernementaux me laisse sans voix, bien que sans surprise. Pour chacun d’entre-nous, l’heure est au choix : se mobiliser aux côtés des salariés d’Aulnay ou renoncer, comme l’a déjà fait le parti « dit sérieux ».

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Bonus vidéo : Jane’s Addiction « The Riches »


La gauche pour de bon, l’écologie pour de vrai, la république pour tous

En ces temps où les mots sont vidés de leur sens, bataille idéologique aidant, il n’est pas inopportun de se préoccuper de tenter de redéfinir ce qu’est une politique publique de gauche au niveau des collectivités territoriales. Bien que jacobin de culture et marxiste de formation, ce qui m’attire vers le centralisme, je considère aujourd’hui – alors que mon Parti – le Parti de Gauche – apporte sa pierre à la refondation doctrinale de la gauche – que l’expérience de terrain peut aider à reconstruire ce corpus idéologique dont nous sommes tous en quête.

L’enjeu n’est plus aujourd’hui de « gérer » les collectivités locales. Je fais partie de ceux : militants, agents, élus, qui ont l’ambition de participer à la reconstruction des solidarités républicaines, à l’heure où les tenants du libéralisme, au pouvoir, s’acharnent à vider l’Etat de son sens autant que de ses capacités d’intervention au profit des citoyens. Nous avons l’ambition d’aider l’habitant à s’émanciper en devenant pleinement lui-même. Nous tenons déjà là les deux bouts de la corde : l’enjeu collectif, avec la solidarité, l’enjeu individuel, au travers de l’émancipation ; l’un alimentant l’autre de manière dialectique.

C’est pour cela que nous sommes attachés à la prééminence de la commune, comme fondement de l’organisation républicaine de la France. Il ne s’agit pas, pour nous, de passéisme ou de nostalgie. Nous affirmons, bien au contraire, la modernité de la commune comme creuset du vivre ensemble mais aussi, et surtout, de la résistance. L’Histoire nous rappelle que c’est toujours de la commune que sont nés les grands mouvements émancipateurs : de la Grande Révolution de 1792-1793 au Front Populaire, en passant par les Communes de 1871 : Paris bien évidemment, mais aussi Lyon et Marseille, pour ne citer que celles-ci. C’est là la raison fondamentale de notre opposition résolue à la réforme des collectivités locales présentée par le gouvernement, sur la base du rapport de la Commission Balladur. Enfin, repartir de la commune, c’est aussi repartir du réel, un réel qui conditionne notre vision politique.

Dans ce cadre, le premier objectif demeure de permettre aux citoyens de se dégager des aliénations que constituent le travail, la consommation, les déplacements que génèrent ces deux premiers éléments, pour qu’ils puissent se consacrer à eux-mêmes autant qu’à ce qui les entoure : l’environnement, les autres, la ville… autant d’éléments de socialisation, de solidarité et d’émancipation, j’y reviens. C’est dans ce cadre précis que nous envisageons le concept de ville lente, puisque le temps est devenu un enjeu majeur, au même titre que les conditions économiques et sociales. Nous n’opposons pas ces dimensions, bien au contraire.

En matière sociale, le premier devoir d’une collectivité demeure de faire vivre la solidarité, en renforçant le lien social mais aussi en mettant en œuvre des services au prix le plus bas, voire tendant vers la gratuité. C’est aussi lutter contre l’idéologie dominante en refusant de concéder au secteur marchand des pans entiers de l’action publique mais bien au contraire, en réintégrant dans le secteur public tout ce qui peut l’être. De fait, en sanctuarisant tout ce qui peut l’être hors du domaine marchand, nous offrons un gain substantiel en termes économiques à nos concitoyens. Ils sont protégés des effets de la spéculation inhérents à la marchandisation galopante.

J’ai eu l’occasion de le dire et de l’écrire déjà, pour nous l’enjeu est de concourir à l’émancipation du citoyen. Or, pour arriver à l’émancipation, il faut du temps : temps pour l’accès à la culture ; pour la vie sociale, affective, amicale ; pour l’implication citoyenne. Et ce temps est devenu, pour la plupart d’entre-nous, la variable d’ajustement en raison du temps croissant consacré aux déplacements domicile-travail, à la consommation… C’est pourquoi nous nous proposons de repenser l’urbanisme pour réduire l’importance de ces temps là, que nous jugeons aliénants, pour ralentir la ville.

Et nous considérons que, pour ralentir la ville, il faut la densifier. Par densifier la ville, il ne s’agit pas de favoriser l’étalement urbain ou le bétonnage mais bien de permettre à la Ville d’assumer l’ensemble de ses fonctions : développement économique pour créer des emplois qui profiteront aux habitants ; habitat pour assumer et réaliser la mixité sociale ; services publics pour répondre aux besoins premiers des citoyens : culture, sports et loisirs ; espaces de nature préservés pour un cadre de vie amélioré. Mais je n’oublie pas qu’une des fonctions premières de la ville demeure l’apprentissage de la vie sociale. D’où toute l’importance des équipements publics, qui sont à la fois des lieux de services, de rencontre donc de lien social. Ils constituent autant de traits d’union entre les différentes parties du territoire.

Pour autant, si nous défendons une ville intégrée avec l’ensemble de ses fonctions, nous rejetons l’idée d’une ville autarcique et refermée sur elle-même. Nous avons trop souffert de cette conception de quartiers autosuffisants, en vogue dans les années 1970, qui, finalement, confinent aujourd’hui à la ghettoïsation, les différentes facettes de la crise économique inhérente au capitalisme étant passées par là. Je fais partie de ceux qui militent donc pour une ville ouverte sur ses semblables, qui concourt au brassage, à la circulation des Hommes comme des idées. Cela suppose une nouvelle architecture des transports en commun ainsi que la gratuité de ces déplacements pour inciter à ne plus utiliser sa voiture. L’accélération des transports que génère leur massification (RER, tram-train, etc.) permet de ralentir le rythme de vie en libérant du temps. Nous y sommes toujours.

Densifier la ville donc pour maîtriser les espaces, les affecter au mieux de leurs caractéristiques aux diverses fonctions urbaines : voici l’enjeu. Dans ce cadre, il convient de se doter des outils réglementaires nécessaires à la maîtrise foncière, jusqu’au droit de préemption, notamment pour lutter contre la spéculation, les marchands de sommeil ou leur équivalent économique. Il est aussi essentiel de fixer des objectifs en termes de répercussion pour les citoyens lorsque les agents et les élus territoriaux négocient l’implantation d’une entreprise sur notre territoire. N’hésitons pas à parler de densité d’emplois à l’hectare.

Par ailleurs, mes camarades et moi défendons une vision clairement écologique de la Ville. C’est aussi ce point qui nous amène à défendre un urbanisme dense. Je n’ai donc pas peur de dire que moins les bâtiments, quelle que soit leur rôle (habitat, service, économie), auront d’emprise au sol, mieux nous pourrons intégrer les diverses fonctionnalités urbaines dans le respect de notre environnement commun. En effet, moins d’emprise signifie moins de sol imperméabilisé et donc une vie de ville plus en phase avec la nature. Dans ce cadre, il faut réfléchir sérieusement à une révision, pour le moins, de l’idéologie très sarkoziste de la « France des propriétaires ». Bien que figurant comme revendication des Révolutionnaires de 1789, prenons en compte le contexte, je ne crois pas que la propriété immobilière individuelle participe au bien commun. Ce, même si, aujourd’hui, l’aspiration de nos amis, voisins, parents parfois, pousse dans ce sens.

Pour revenir à la vision de l’action publique que je défends, et que des élus mettent en œuvre , elle relève de la planification, dans chacune des quatre fonctionnalités que j’ai déjà identifiées ; laquelle planification a une ambition écologique. Par planification, nous entendons des choses simples : anticiper les besoins, prévoir les étapes, tenir le calendrier. Il ne s’agit pas de remettre à l’honneur le Gosplan, loin s’en faut, mais de se doter d’une méthode rigoureuse, tant l’action publique, aujourd’hui, nécessite fermeté dans la conviction mais aussi rigueur dans l’exécution.

Cette ambition, avec un outil privilégié et une méthode définie, nécessite toutefois une condition tant, en apparence, elle peut apparaître comme contraignante pour le citoyen. Cette condition a pour nom l’éducation populaire. Le rôle militant des élus, avant même la construction de la ville, demeure d’être un éducateur du peuple, c’est-à-dire l’amener à prendre conscience des enjeux, à s’approprier les ambitions collectives, à prendre à bras le corps les contradictions pour les résoudre. Cela nécessite un travail intense de débat, de confrontation, dans une relation de proximité avec le plus grand nombre de citoyen. Notre conception de l’élu est aux antipodes de la culture dominante qui réclame des élus gestionnaires, à l’hyper technicité, mais retranchés dans leur tour d’ivoire. Nous avons suffisamment confiance à la technicité des agents territoriaux, à leur attachement aux territoires sur lesquels ils interviennent autant qu’ils y vivent, pour savoir que la première tâche des élus est de se rendre disponibles pour le débat citoyen, qui précède et conditionne l’émancipation. Dès lors que le citoyen peut y consacrer du temps…

Au final, notre pensée est articulée autour de trois piliers d’égale importance : la gauche pour de bon, l’écologie pour de vrai, la République pour tous. C’est là le sens de notre contribution au débat en cours sur la nature de l’action publique, son rôle, son but.

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Athènes, Aulnay, Madrid, voyage dans le nouvel âge capitaliste

Clairement, on ne lâche rien. Après, c’est sûr que le week-end du 14 juillet n’est guère propice aux mouvements de masse. Nous nous sommes malgré tout retrouvés à une cinquantaine devant l’ambassade d’Espagne à Paris. A titre personnel, j’étais heureux d’y retrouver mi hermano José Angel et ma bande de potes dont Arthur Fontel et le petit Pierre d’Evry, qui n’est encarté nulle part. Bref… Même s’il y avait bien d’autres personnes, nous étions tout de même dans l’entre soi. A Bordeaux, Fanfan me dit qu’ils étaient une centaine. Comme quoi, tout le monde ne se met pas en vacance.

En même temps, il faut le dire : ça tombe comme à Gravelotte. Référent sur l’action pour le Parti de Gauche, j’ai eu à mettre en lumière la cohérence entre ce qui se passe à Madrid, à Athènes et à Aulnay-sous-Bois. Il y a deux cohérences en fait : l’une tient à la nature du capitalisme dans son nouvel âge, l’autre tient à l’adaptation de l’Union européenne à ce nouvel âge.

En clair, depuis quelques années, le capitalisme est entrée dans une phase où la production de richesses physique, dans les pays occidentaux, rapporte bien moins que la spéculation boursière et les dividendes liés à la généralisation de l’actionnariat. L’accumulation de richesses, dont l’oligarchie s’approprie l’essentiel, ne passe désormais plus par la production de biens matériels dans la vieille Europe. Les fortunes se bâtissent mieux, selon les critères de la classe possédante, au travers des profits financiers.

C’est dans ce cadre qu’il faut lire la fermeture de l’usine PSA d’Aulnay ainsi que la suppression de quelque 8 000 postes de travail en France. A contrario, PSA se développe fort bien au Maghreb et au Brésil, où les marchés émergents et la montée en puissance d’une « classe moyenne » structurée, alliée à la faiblesse des salaires offerts aux ouvriers, maintiennent débouchés économiques et plus-values importantes. Ce qui n’est pas le cas en France. Dans l’hexagone, le secteur d’activité qui rapporte le plus au groupe PSA reste le secteur financier… Dans un pays où l’on compte 600 000 véhicules individuels pour un million d’habitants, sauf à développer des automobiles adaptées à la demande en moyen de locomotion propre, il n’y a rien à attendre d’un point de vue capitalistique.

Mais la recherche, ça coûte cher et ne rapporte qu’à long terme. Pendant ce temps, les actionnaires doivent se contenter de la portion congrue et d’un bénéfice qui, pour confortable qu’il soit, n’atteint pas les rendements attendus. Exit donc la production automobile. C’est de la même manière qu’en Espagne on liquide l’extraction charbonnière. « Au nom de la concurrence libre et non faussée », qui aboutit à une spécialisation géographique des activités du capital. La suppression des aides publiques aux charbonnages espagnols intervient au moment même où le Partido Popular au pouvoir entérine un plan d’austérité de 65 milliards d’euros en échange de 100 milliards de prêts concédés par la Banque centrale européenne en vue de recapitaliser le secteur bancaire ibérique. On voit bien la concordance des mesures : arrêt d’une activité de production d’un côté, remise en état du bras armé de la finance outre Pyrénées. La « crise » a bon dos. Des milliers d’Espagnols l’ont encore clamé dans les rues madrilènes dimanche 15 juillet. Que se jodan !

Derrière le plan d’austérité, c’est bien la construction d’un nouveau modèle économique et social qui est mis en œuvre à marche forcée par Rajoy et Bruxelles. Si vous voulez avoir un aperçu de ce que produit ce genre de mutation, il faut faire un trajet de plusieurs centaines de kilomètres pour se rendre en Grèce. Dans ce pays-ci, l’Union européenne a posé clairement la donne : en finir avec les services publics, liquider le patrimoine commun à la population en privatisant tout ce qui peut l’être. La dette a bon dos. L’essentiel est de préserver le secteur bancaire, source des profits futurs, qu’importe si le peuple doit crever et même plus à petit feu. L’Italie est, avec l’Espagne, la prochaine sur la liste. Le Portugal arrive juste après.

C’est que le projet politique a désormais vocation à s’étendre. Il finalisera les mutations de fond (appelées « réformes structurelles », dans la novlangue bruxelloise) des sociétés européennes. On le trouvera entre les lignes du Mécanisme européen de stabilité (MES) et du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’union économique et monétaire (TSCG). Au cas où les gouvernements démocratiquement élus viendraient à vouloir s’émanciper du cadre politique fixé par les Commissaires européens, il est acté que les lois de finances, celles qui fixent les budgets des états, devront passer par la case « validation » à Bruxelles avant même que d’être débattues par les élus des nations… Si ce n’est pas se donner les moyens d’imposer son dogme idéologique, cela y ressemble pas mal.

Interviewé par une télévision espagnole

Ce sont là mes quelques réflexions du week-end, suite aux conversations que j’ai eues avec l’ami Perceval45 et Danièle Obono, mon amie de Convergences et Alternatives. C’est aussi ce que j’ai résumé lors de mon intervention devant l’ambassade d’Espagne. Je vais tâcher d’y revenir plus en détails à la rentrée, tant je me rends compte que mon propos, déjà ébauché dans une note précédente, exige d’être approfondi.

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Bonus vidéo : Fermin Mugurruza « Sindikatua »


PSA : un milliard pour fermer Aulnay, les salariés paient encore l’addition

Le communiqué que nous avons écrit pour le Parti de Gauche de Seine-Saint-Denis

 

Comme nous l’avons dénoncé depuis le mois de février 2012, le groupe PSA vient de confirmer son « plan de restructuration » d’un montant d’un milliard d’euros. Ce plan entérine la fermeture du site PSA d’Aulnay-sous-Bois, condamnant ses 3 300 salariés directs et les quelque 7 000 travaillant dans la sous-traitance. Au total, ce sont 10 000 emplois que le groupe va supprimer dans le monde.

Le groupe, qui rassemble les constructeurs automobiles Citroën et Peugeot, a certes vu ses bénéfices diminuer de 48 % entre 2010 et 2011, pour un bénéfice net final de 588 millions d’euros. PSA utilise la baisse de rendement pour les actionnaires pour justifier un plan d’austérité de 800 millions d’euros en octobre 2011, revalorisé à un milliard d’économie en ce début d’année 2012.

Mais de quoi parlons-nous ? Est-ce que PSA perd de l’argent ? Non, il gagne 588 millions d’euros après impôts ! Ce n’est pas rien, tout de même. Voici quelques autres chiffres émanant de la direction, qui témoignent de la bonne santé de PSA :

· Record historique du chiffre d’affaire : près de 60 milliards avec une progression de 6,9 % ;

· Bénéfice net positif à + 588 millions ;

· Résultat opérationnel à 1,3 milliard.

Ceci alors que nous sommes en période de crise, c’est connu. Ce faisant, PSA, désormais allié du groupe américain General Motors, s’inscrit dans la logique capitaliste : détruire l’emploi pour accroître ses bénéfices boursiers. Certes le marché automobile s’est contracté en Europe. La généralisation des politiques d’austérité qui cassent le pouvoir d’achat et l’emploi sont les premières responsables de cette situation.

Pour autant, PSA ne diminuera pas ses capacités de production. Au contraire, il les délocalisera dans des pays où la « marchandise humaine » coûte moins cher, où les normes environnementales sont moins drastiques. Qu’importe si, pour faire revenir la production dans les pays où elle peut être « consommée », il faut encore aggraver notre empreinte carbone. Il faut juste se rappeler que, sur un modèle courant de berline, le « coût du travail », sans mis en avant par le MEDEF et sa courroie de transmission politique l’UMP, ne représente qu’entre 15 et 18 %.

Le Parti de Gauche de Seine-Saint-Denis, comme il l’a fait à plusieurs reprises depuis la première fuite sur ce plan de liquidation, était encore aux côtés des salariés d’Aulnay-sous-Bois ce jeudi 12 juillet, à l’issue du comité central d’entreprises.

Ils sont rappelé notre revendication de longue date : une planification écologique permettrait d’envisager très sérieusement la construction de modèles respectueux de l’environnement. Il est possible de s’orienter dès maintenant dans ce sens pourvu que la direction le veuille. Pour cela, elle doit activer son centre de recherche et proposer pour Aulnay la fabrication d’une nouvelle voiture répondant aux exigences de l’époque.

Enfin, le Parti de gauche réclame une loi d’urgence proclamant un droit de véto des représentants syndicaux dans les Comités d’entreprise et l’interdiction immédiate des licenciements boursiers soit votée le plus vite possible.

Le Parti de Gauche Seine-Saint-Denis

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Bonus vidéo : Buzzcocks « Fast Cars »


Chroniques montreuilloises : 11e épisode

« C’est un roman d’amitié qui commence », disait la chanson dans les années 80. A lire les courtoisies que tweete l’amère au député fictif, c’est la lune de miel entre la rouquine et Hammadi. Elle a honoré de sa présence le banquet républicain organisé par le nouveau député de Montreuil-Bagnolet le 7 juillet. Un banquet où « 500 personnes (étaient) prévues » mais dont nous n’aurons aucune photo d’ensemble, juste quelques plans serrés. Je sais comment faire croire qu’il y a du monde quand c’est un plantage. C’est même mon métier, ou une partie. Bref, entre l’amère et son député, c’est l’amour. Comme aux premiers jours d’avril 2008, entre elle et Mouna Viprey.

Tout n’était alors que joie, félicité, bons sentiments. Sauf pour celles et ceux qui savaient lire entre les lignes. Je me souviens, dans cette salle des fêtes où était réuni le personnel communal, le propos de Mouna : « Je suis première adjointe chargée de l’enfance avec vocation à avoir une délégation plus générale ». Nous étions quelques uns à comprendre « j’ai vocation à être maire bis ». Bis repetita aujourd’hui avec le député fictif qui a bien l’intention d’être maire, quelque part. En témoigne ce savoureux tract distribué dans toutes les boîtes à lettres de la circonscription, dans lequel il écrit, sans vergogne :

« Je rencontrerai rapidement l’ensemble des élus locaux, quelle que soit leur sensibilité politique, pour faire le point sur les dossiers urgents et préparer les bases d’un travail efficace dans votre seul intérêt. (…) Je présenterai prochainement l’équipe qui sera à mes côtés pour porter le changement et défendre nos territoires. »

Pour mémoire, un député est censé élaborer et voter les lois. C’est pour que les nouveaux députés puissent pleinement réaliser ce mandat que le parti dit « sérieux » s’est (s’était ?) engagé sur le non cumul des mandats. Quel besoin, pour écrire les lois, de vouloir rencontrer les élus locaux et défendre « nos territoires » ? A moins que… Non ? Le député de fiction voudrait-il se pose en maire de fiction ? D’où son appel pressant au rassemblement ? Mais non, ce n’est que du mauvais esprit. Razzy H. est tout entier concentré sur son mandat de parlementaire. Et ce n’est pas parce que de mauvaises langues l’affubleraient d’une relation supposée particulière aux choses d’argent qu’il faudrait voir un lapsus révélateur dans la phrase suivante, extraite elle aussi du tract distribué en toutes boîtes :

« Je siégerai dès cette semaine à l’Assemblée nationale, qui tiendra ensuite une cession (sic) extraordinaire ».

Comme je suis gentil, je ne traduirai pas par « député à céder ». Parce que des bails à céder, sur Montreuil, il y en a quelques uns. C’est même l’heure des manœuvres immobilières pour qui en a les moyens. L’info n’a fait pas grand bruit, mais le tribunal administratif a cassé la délibération instaurant le Plan local de l’urbanisme (PLU). Ce texte réglementaire définit les règles d’urbanisation de la commune et notamment les zones où l’on peut construire mais aussi la manière dont on peut construire. Grosso modo, pour qui sait lire un PLU, on peut savoir si la part belle est faite aux promoteurs ou aux habitants, les intérêts des deux sont difficilement conciliables. Il faut se souvenir sur ce sujet des propos de Jacques Archimbaud, directeur du cabinet de l’amère d’alors, qui dévoilait en février 2010, dans les colonnes de L’Express, la stratégie urbaine d’Europe Ecologie-Le Vide à Montreuil :

« Notre atout, c’est qu’un quart de l’espace public demeure à l’abandon. Des logements seront construits sur ce foncier libre. Cela augmentera les prix de l’immobilier et éloignera les couches les plus populaires vers les 2e et 3e couronnes. Mais certains y trouveront leur compte, vendant leur pavillon à des bobos avec une grosse plus value. »

Cette petite citation éclaire les grandes orientations du PLU de l’amère que vient de casser le Tribunal administratif. Je vous renvoie à la déclaration de mon ami Gaylord Le Chequer qui a bien montré les enjeux de cette décision qui empêche, heureusement, que Montreuil ne soit à vendre. Mais je ne résiste pas au plaisir de citer les propos de Pierre Mathon, ancien responsable des Verts du 93 et d’Île-de-France :

« Le PLU […]instaure un zonage qui permettra à des propriétaires privés et publics de bétonner, de morceler et de défigurer, de manière irréversible, l’espace des murs à pêches, lui faisant perdre son identité et son intérêt. Il faut ensuiteengager une véritable concertation. […]Il serait pour le moins paradoxal qu’une mairie Verte ne prenne pas ces dispositions, contraignant ainsi les écologistes à combattre son projet d’urbanisation des Murs à pêches comme nous avons combattu celui de Jean-Pierre Brard. »

A celles et ceux qui me rétorqueront « que proposez-vous à la place ? », je vous invite à lire ma contribution, un peu théorique certes mais que je me ferais grand plaisir de décliner en pratique localement dès lors que les squatteurs de l’hôtel de ville auront quitté les lieux.

C’est la crise du logement : cette belle demeure datant de 1935 est en partie squattée, notamment au 1er étage.

Bon, il est temps de conclure cette petite chronique sur une note un peu drôle, pour vous souhaiter bonnes vacances. Vous avez sûrement noté que le dénommé Alain Callès est conseiller municipal « délégué à la lutte contre les discriminations ». C’est un vrai enjeu politique, surtout dans une ville aussi métissée et populaire que l’est Montreuil. On peut donc se féliciter que ce soit un ancien président du Mouvement contre le racisme et l’amitié entre les peuples qui ait en charge ce dossier. Peut-on se féliciter que ce dernier publie par deux fois sur un site qui a tenté en 2010, avec le Bloc Identitaire, d’organiser un apéro pinard saucisson dans mon quartier, la Goutte d’or ?

Allez, bonnes vacances !

Bonus copain : retrouvez la sélection juin 2012 des Montreuillois de Rizome Corp (c)

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Bonus vidéo : The Sex Pistols « Holidays In The Sun »