Mensch @ Le Point Ephémère, Paris, 2012 september 19th – live report et entretien

Ca commence par une reprise électrisée et hypnotique de She’s Lost Control. Le duo guitare-basse, soutenue par une boîte à rythmes épaisse comme un marteau pilon , crée l’atmosphère qui va au petit poil pour que cette relecture personne de LE hymne passe comme une lettre à la poste. Vous êtes au Point Ephémère, mardi 19 septembre 2012. Vous regardez Mensch. Vous êtes vivants. Vale Poher, la chanteuse, un peu moins qui souffre d’une extinction de voix. Carine Di Vita, la bassiste, la supplée en entretien.

Carine : C’est clair que la basse en avant et la boîte à rythmes, ça évoque illico les années 80. Pourtant, on n’écoute pas que de ça. Loin s’en faut. Nous sommes plus influencées par des choses assez actuelles.
Vale (dans un souffle) : Pour la programmation des rythmiques, je me sens plus inspirées par des trucs comme Pantha Du Prince, Gui Boratto, The Foals ou LCD Soundsystem.
Carine : A priori, oui, nous mettrons peut être un peu plus de synthés, de machines, dans nos compositions à venir. Mais, en même temps, nous tenons à jouer, à garder cette base instrumentale. C’est de là d’où nous venons.

La scène, c’est leur lieu de prédilection à ce duo. Entre deux titres, Vale et Carine échangent un sourire discret, de ceux qu’il faut être au premier rang pour apercevoir. Le miracle du live opère encore. Vale puise au fond d’elle même pour délivrer un chant qui est bien plus séduisant que celui de Bonnie Tyler. Le son, âpre, proche de l’émeri, n’est probablement pas celui qu’elles souhaiteraient mais il me convient foutrement. Ça racle, ça cogne. Les paysages lancinants que dessine le duo se prête bien à ces aspérités sonores. D’autant que, à la basse, comme on dirait « à la base », il y a ce foutu groove sorti de nulle part. Un groove martial, certes, propice à la transe.

Carine : Transe ? J’ai vu que tu mentionnais ça dans ton article. Je ne sais pas trop. C’est très marqué électro comme sensation. Je ne trouve pas que cela nous corresponde.
Vale : Si, moi, quand je chante, par moments, je me sens comme en transe.
Moi : Par transe, je pense plus à des sensations liées au chamanisme, aux danses tribales d’Afrique noire. Pas du tout à l’électro.
Vale : Il y a un ethnologue qui a écrit, de mémoire : « la transe, c’est l’expression mélancolique de la danse ». Vu comme ça, ça me va.

Ce climat prend place bien vite. Les premières mesures de Mistery Train (Of Life) résonnent que, déjà, le bassin se prend d’une subite volonté d’indépendance, commençant à remuer sur cette rythmique de plomb striée d’autant d’éclairs à six cordes. Swim Swim lui succède accentuant cette féroce envie de se remuer en tous sens. « Let’s Dance To Die », chante Vale. L’invitation est claire.

Vale : Tu sais, en fait, pour nous, c’est de la « dance » ce que nous créons. On ne revendique pas du tout le côté sombre qu’on nous colle sur le dos. Et, quand tu écoutes les paroles de morceaux dansants, c’est pas toujours marrant, c’est même parfois assez glauque. Féla Kuti, par exemple…
Carine : Ou Michael Jackson. Mais ce côté sombre peut bien se marier avec la danse. En fait, nous, nous faisons de la pop. (Elle sourit)
Moi : A ce sujet, j’ai vu New Order à la fête de l’Huma.
Carine : New Order, c’est le groupe qui a su évoluer tout le temps, se réinventer, se remettre en question.

Par moments, le duo se prête à des expérimentations qui prêtent le flanc aux amalgames rapides. La version live de Kraut Ever sonne rudement martiale. Plus encore que sur album, avec ses rythmiques algorithmes et ses guitares stries qui rayent l’acier que j’ai dans le cerveau. Etonnemment, c’est la basse et la voix qui égaient ce titre en forme d’exercice de style. Goliath, que mon ami François considère comme le sommet de ce premier album, sonne sacrément plus balancé en concert. Après une intro assez mid tempo, le titre grimpe en puissance, guitare acérée et ronde en alternance (oui, oui!). Comme si ce titre contrepied avait gobé un cachet d’ecsta. La danse, on vous dit. Et la réinterprétation. Tout le temps.

Carine : Oui, on prépare une sortie pour le printemps 2013. Nous allons ressortir l’album en double vinyle. Le second sera la version remixée de l’album. Ca fait plaisir d’ailleurs que tu apprécies le remix qu’a fait Manvoy de Saint-Sadrill sur Mistery Train. C’est un morceau dont on parle trop peu.
Vale : Tu as raison, c’est le titre qui rend fou. (Elle sourit)
Carine : Et, si, nous avons déjà fait un remix pour Mansfield Tya, sur le titre Cavalier. Tu devrais les écouter, ça te plaira sûrement.

Le concert, court pour cause de première partie, se termine sur un inédit encore sans titre. Il est appelé New sur la setlist. Un beau final, froid et remuant en même temps. Carine et Vale s’affairent à virer leur matériel de la scène pour laisser la place à King Tuff. Ensuite, elles iront assurer la vente de leurs disques et autre merchandising. Avant de reprendre la route pour une tournée qui se monte au fil des jours. Gardez un œil sur leur site, des fois que vous ayez la chance de les voir près de chez vous.

Bonus live : Mensch « She’s Lost Control » (live @ Rennes, l’Antipide, Nov. 19th 2011)

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Bonus vidéo : Mensch « Kraut Ever » (live in NYC)

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TSCG, ce sont les autres qui en parlent le mieux

Ceci, comme dirait Magritte, n’est pas une note de blog. Le flot de l’actualité me submerge de réflexions contradictoires et j’ai peu la tête à coucher sur l’écran de mon (puis de vos) ordinateur(s) des états d’âme. Aussi, je vais m’effacer pour donner la voix aux copains. C’est que l’heure est grave ! Le traité sur la stabilité, la convergence et la gouvernance est à l’ordre du jour. On en a beaucoup causé à la fête de l’Humanité. Alors, pour commencer, prenons quelques minutes pour savoir ce que c’est que ce fichu traité en vidéo :

 

Sur le blog l’Art et la manière, qu’il co-écrit avec Florian, Romain nous en a touché deux mots dès la fin août :

« Ah qu’il était beau ce traité préparé par Sarkozy. La promesse électorale (pourquoi je m’évertue à m’y référer alors que tout le monde sait que c’est de la connerie)… donc cette promesse c’était de renégocier ce pacte notamment en y intégrant un volet « croissance ». Evidemment, nous, sales gauchistes, on n’était pas très contents. Mais la réalité s’est révélée encore pire puisque que les négociations sont quasi-inexistantes et que ladite croissance ne fait l’objet que d’un ridicule pourcent d’investissement qui ne fera pas longtemps illusion. Le fond du traité, lui, est intact : austérité, austérité et… austérité. Puis si vous n’êtes pas content un arsenal répressif est prévu pour les pays récalcitrants. « What else ? » diraient les financiers. »

Alors, il a semblé que le résident de l’Elysée et son collègue de Matignon auraient renégocié le TSCG pour le faire passer dans les rangs des députés godillots… heu.. sérieux. L’ami Gauche de combat en rit encore, jaune. Ce qui, pour ce rouge et vert, la fout mal. Il s’en est ému avant de prendre ses congés bien mérités :

« François Hollande et Jean-Marc Ayrault appellent leurs troupes à ratifier le traité budgétaire européen, pourtant négocié par Nicolas Sarkozy avec Angela Merkel (que toute la gauche – dont les socialistes – avait tant critiqué), et cela sans passer par l’assentiment des français. Vive la démocratie. Pour s’en défendre, dans le Journal du dimanche, Jean-Marc Ayrault a déclaré que « l’ajout d’un volet croissance au traité imposé par Hollande «a fait bouger les lignes ». Cela en fera rire plus d’un, et la saillie de Mélenchon sur le sujet est pertinente, par delà l’humour   : «Quelles lignes, quelles pages, quels mots, quelles virgules, la couleur du papier : Rien! ». Et dire que Hollande s’était posé en combattant des marchés financiers… On voit bien aujourd’hui que d’aucunes mauvaises langues avaient raison de prétendre qu’il le faisait avec un sabre de bois. »

Je conçois que, malgré la vidéo ci-dessus, vous avez du mal à comprendre de quoi il s’agit concrètement. Le mieux encore reste de se plonger dans le texte. Et c’est l’ami Nico, de la Rénovitude, qui se l’est procuré. En voici le premier chapitre :

« TITRE I

OBJET ET CHAMP D’APPLICATION

Article 1

1. Par le présent traité, les parties concontractantes conviennent, en tant qu’Etats membres de l’Union européenne, de démolir le pilier économique de l’Union économique et monétaire en adoptant un ensemble de chaînes destinées à étouffer l’activité, rendre encore plus obscure la gouvernance de la zone euro, en soutenant ainsi la réalisation des objectifs de l’Union européenne de désarmer les états, réduire les politiques de justice sociale et dégommer les services publics.
2. Le présent traité s’applique intégralement aux parties concontractantes dont la monnaie est l’euro sans aucun moyen de recours des peuples composant les dites parties concontractantes. Il s’applique également aux autres parties concontractantes, dans la mesure et selon les conditions prévues à l’article 14, c’est dire que vous n’avez pas le choix. »

Le reste est à lire sur la Rénovitude, par ici.

Ah oui… ça mate, n’est-ce pas ? C’est que le TSCG, à la fin, c’est bien le Traité d’une saloperie carrément généralisée, comme le dit si bien Syd. A l’appui de cette thèse, laquelle pourrait apparaître simpliste à nos « amis » du parti dit « sérieux », voici un extrait du vrai traité qu’A Gauche pour de vrai s’est goinfré, enfin de celui qui n’a pas été traduit en français de tous les jours :

Sur la base de la coordination des politiques économiques définie dans le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, les parties contractantes s’engagent à œuvrer conjointement à une politique économique qui favorise le bon fonctionnement de l’Union économique et monétaire et qui promeut la croissance économique grâce au renforcement de la convergence et de la compétitivité. À cette fin, les parties contractantes entreprennent les actions et adoptent les mesures nécessaires dans tous les domaines essentiels au bon fonctionnement de la zone euro, en vue de réaliser les objectifs que constituent le renforcement de la compétitivité…”

Finissons-en là. Il n’y a d’autre chose à faire que de signer la pétition « Non à l’austérité perpétuelle en Europe ». Elle est claire et simple :

« En imposant l’austérité à marche forcée, le Pacte budgétaire menace de plonger l’Europe dans la récession et le chômage de masse. Il va priver les États de moyens indispensables pour sortir de la crise sociale et environnementale. Pour mieux rassurer les créanciers et les spéculateurs, il place l’austérité au-dessus de la démocratie. Nous vous demandons de rejeter ce Traité d’austérité, et de permettre ainsi de rouvrir le débat pour réorienter l’Europe. »

Ah si ! Il y a autre chose à faire encore : aller manifester le 30 septembre à Nation !

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Bonus vidéo : Family Affair Project « Saturation »

 

 

 


Papa, maman, Staline et moi

Au départ de cette note que je tourne depuis quelque temps, il y a cette interpellation sur twitter, rapport à l’avatar du moment du compte du blog. Genre : « C’est une blague ton avatar ? Ou bien ? » Donc, je ne vais pas me justifier. C’est pas le genre de la maison. Mais je vais sauter sur l’occasion, comme la vérole sur le bas clergé, pour évoquer Oncle Joe et exposer mes quelques vérités sur ce sujet. Je ne vais parler que d’Oncle Joe et de ses continuateurs, pas de l’état d’avancée économique et sociale de feu l’Union soviétique. Cela précisé suite à une discussion tatillonne avec Arthur Fontel.
Je précise aussi que dire la vérité sur Staline ne consiste pas, en creux, à réhabiliter Trotsky. Son tour viendra bientôt.

Au départ, évidemment, c’est une blague. Et peu me chaut que vous ne goûtiez pas cet humour. Ma maman, femme admirable ô combien (coucou M’man), m’a appris, dès tout petit, qu’il fallait rire de tout. C’est même à cela que l’on reconnaît l’intelligent. Quand quelqu’un commence à restreindre le droit à l’humour, la restriction du droit à penser par soi-même ne se tapît pas loin. Et, derrière, la dictature de la pensée unique avance, masquée certes, mais progresse. Ça, c’est pour la première partie. La plus courte.

Vient ensuite papa. Quand j’ai adhéré au Parti communiste français, en 1988, quinze jours après mon inscription à la faculté d’histoire de Limoges (j’avais réalisé le combo magique : UNEF-SE, UEC, PCF en moins de deux semaines), je le lui ai annoncé. J’étais assez fier de moi : le fils de syndicaliste Cédétiste, nourri à Marx, Mao et autres joyeusetés très « soixante-huitardes » et plus si affinités, reprenait le flambeau de la lutte des classes. Las, je ne savais pas que papa appartenait au camp de la social-démocratie canal habituel et que l’anticommunisme était sa seconde passion. Plutôt que de me faire un grand sermon, papa m’acheta donc le petit livre de Julian Gorkin Les Communistes contre la révolution espagnole. Dans ce volume ô combien précieux se dessine la tragédie de la 2e Républicaine espagnole et se livrent au grand jour les assassinats de trotskistes, anarchistes et autres déviationnistes par la police stalinienne.

De là naît ma passion pour la naissance des partis communistes en Europe essentiellement. Je m’en vais la nourrir, en féru d’histoire que je suis, de moult lectures, des plus orthodoxes aux plus déviantes. Furet ne me fait pas peur. Aussi quand, dans les années 1995-1996 (z’avez vu l’ellipse ?), je lis dans l’Huma que l’armée rouge, commandée alors par le « camarade » Staline himself, « serait peut être responsable des massacres d’officiers polonais à Katyn » (le conditionnel est de l’Huma et d’époque), mon sang de Polak ne fait qu’un tour. S’en suit une engueulade homérique avec Pierre, secrétaire fédéral du PCF de l’Allier et pourtant un bon copain. C’est que je sais que la direction du Parti Communiste polonais est liquidée en 1937 pour son opposition au futur « petit père des peuples » mais aussi parce qu’elle est trop juive.

Je n’ai pas eu besoin de lire les chefs d’œuvre des frères Vaïner, à commencer par L’Evangile du bourreau, pour prendre conscience de l’antijudaïsme pragmatique de Staline et de sa (petite car régulièrement décimée) garde rapprochée. J’ai compris depuis un bail que Béria, lui, est un bouffeur de juif dans le fond. Mais il n’y a pas que cela. Le système stalinien, qui atteint son paroxysme quand l’URSS a gagné la guerre à mort contre les nazis, est un système dictatorial, aux tendances totalitaires, qui n’a absolument rien à voir – de près ou de loin – avec le communisme. On peut arborer les oriflammes frappées des faciès de Lénine et Marx sans être un communiste. Quelqu’un parmi vous considère-t-il la Corée du Nord comme un régime authentiquement communiste ? Ce serait aussi absurde que de considérer le parti dit « sérieux » comme un parti socialiste au sens historique du terme.

Or, donc, cela m’amène à ma vraie réflexion de fond, politiquement s’entend. Au risque de décevoir mes amis trotskistes, qui croient encore que la Révolution d’Octobre 1917 se reproduira demain, dès lors que l’on considère le « communisme de guerre » et la « Nouvelle Politique économique » (la NEP) puis la prise de pouvoir par Staline, le communisme tel qu’envisagé par Marx n’a aucune historicité. Je conçois que les quelques badernes réactionnaires biberonées à la glose de Stéphane Courtois en tireront quelque tristesse. Le renégat Courtois a perdu son statut d’historien avec son Livre noir du communisme dès lors qu’il a tenté de faire exister quelque chose qui n’a aucune traduction historique. C’est ballot mais c’est ainsi.

Voilà donc pour Staline. Le « petit père des peuples » n’a rien à voir avec le communisme. Et je me souviens, en guise de conclusion, d’un épisode albigeois. En 1991, j’étais rédacteur en chef de l’hebdomadaire de la fédération du Tarn du PCF. Cette année-là, les derniers nostalgiques de ce « socialisme de caserne » qu’était le régime dit soviétique ont tenté un putsch. Dont l’échec n’a eu d’effet que de permettre la prise de pouvoir de cet alcoolique d’Eltsine et des ex apparatchiks vrais héritiers de Staline dans l’exercice du pouvoir. La déroute des nostalgiques de la dictature m’a fait sauter de joie. Enfin, la chute définitive de ce qu’il restait du bloc de l’Est mettait fin à la confusion mentale. Nous allions pouvoir construire le communisme et le proclamer sans honte, sans craindre l’amalgame. Je ne parle pas ici du recul en matière de niveau de vie qu’ont subi les habitants des pays de feu le bloc de l’Est. Je croyais que c’était clair mais on m’a dit qu’il fallait préciser.

Je reste convaincu de l’objectif mais j’ai bien peur d’avoir fait preuve d’un peu trop d’enthousiasme. Visiblement, il y a encore des crétins pour croire que l’URSS était vraiment un pays communiste. Il y a du boulot, moi je vous le dis.

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Bonus vidéo : The Weathermen « Poison (12″ Mix) »


The Pogues @ l’Olympia, Paris, 2012 september 12th – live report

Par Benoît (@Mc_Chouffe)

 

“And maybe that was dreaming and maybe that was real[1]

 

On a tous un certain nombre de concerts mythiques à voir avant de mourir. Et quand on a moins de 30 ans et une prédilection pour les années 70-80, c’est  pas forcément gagné. Johnny Thunders, Stiv Bators et Ian Curtis sont morts ; les Ramones sont décimés et, de toutes façons, depuis qu’ils avaient viré DeeDee, ils ne méritaient même plus ce nom ; Morrissey et Marr sont sans doute en froid pour 5 siècles, au bas mot… Il y a certes New Order qui assure encore comme au premier jour (mais l’ami Nathanaël en parle beaucoup mieux que moi), ou Lemmy, qui est tout simplement invulnérable, mais faut bien dire que la plupart de mes héros ne sont plus.

Et puis il y a les Pogues.

Pour resituer en deux mots : un gamin élevé dans la culture irlandaise débarque à Londres et y découvre le punk naissant. Rapidement il fonde son groupe qui répondra au doux nom de The Nipple Erectors (puis Nips). Ce goût pour les noms de groupes subtils lui restera, d’ailleurs. Ils sortent quelques 45 tours honnêtes mais tout cela ne va pas très loin.

L’histoire débute véritablement quand ce jeune punk prend une décision fondamentalement… punk. Il va former un groupe de musique irlandaise. À l’époque où le synthé semblait être l’avenir du Rock, monter un groupe qui jouera du banjo, de l’accordéon, de la flûte et de la guitare sèche c’était… comment dire ? Complètement absurde / dément / surréaliste  / crétin (vous pouvez cocher plusieurs cases).

Mais Shane MacGowan est un grand malade. Il fonce. Toujours classe, les gars se baptisent Pogue Mahone (« kiss my ass » en gaélique), puis simplement The Pogues. Entre 85 et 90, ils sortent 5 albums. Tous comportent des morceaux fantastiques mais les 2e et 3e (Rum, Sodomy and the Lash et If I Should Fall From Grace With God) sont tout simplement prodigieux, et je vous garantis qu’on les écoutera encore dans un petit millier d’années.

Leur succès est énorme, alors même que la majeur partie de leur public, des punks notamment, n’a sans doute jamais entendu de musique irlandaise, et n’en écoutera sans doute jamais d’autre. Mais l’ami Shane, qui écrit, compose et chante la plupart des titres, apprécie un tout petit peu trop le whiskey, la Guinness, la cocaïne, et tout plein d’autres trucs qui ne rentrent pas dans la composition des endives au jambon. Ses compères finissent donc par le virer en 1991. Seulement les Pogues sans Shane MacGowan c’est un peu comme les Ramones sans DeeDee, ou même plutôt, comme le E-Street Band qui aurait enregistré des albums sans Springsteen. Et de son côté, Shane ne parviendra jamais à réitérer le miracle des Pogues. Désormais, il sera une cible privilégiée pour les tabloïds qui adorent annoncer sa mort à intervalles réguliers[2].

Ca fait donc des années que je rêve de voir les Pogues au complet. D’autant qu’ils se reforment régulièrement, pour un ou deux concerts. Seulement l’idée de voir Shane dégueuler dans un micro ne me réjouit pas vraiment et faut bien dire que c’est un peu à ça que ressemblaient ces prestations ces dernières années. Shane est fini. Shane MacGowan n’est plus qu’un type un peu timbré qui fut un jour un IMMENSE musicien.

Et puis finalement, je tente quand même le coup. C’est quitte ou double : voir le groupe qui a si souvent réussi à balayer un coup de déprime en quelques mesures, ou être certain d’avoir constamment en tête l’image d’un naufrage humain à chaque fois que je réécouterai les Pogues.

Une bonne première partie avec The Moorings qui ne partaient pourtant pas gagnants : un groupe alsacien de musique irlandaise en première partie des Pogues. Ils se permettent même de finir sur une reprise des maîtres qui tient carrément la route et enflamme le public.

Le groupe tarde un peu à se pointer : par trois fois on pense qu’ils vont arriver… et puis non. Là je m’dis direct que Shane ne se pointera plus, que Spider va chanter à sa place… Mais l’Homme arrive, titubant. Heureusement que le pied de micro est là pour le maintenir debout. Là on craint à nouveau le pire, et honnêtement, y a quand même de bonnes raisons.

Ca démarre sur un classique (il y en a tellement !) : Streams of Whiskey. Et là, LA voix de Shane MacGowan ! La vraie, celle de sa jeunesse, celle qui a transcendé la musique traditionnelle irlandaise : puissante, rugueuse. Une voix qui peut vous tordre les tripes et vous donner envie de danser en même temps. Les putains de Pogues !!!

La setlist[3] est une litanie de titres mythiques, pour la plupart tirés des trois premiers albums :

Streams Of whisky
If I Shall Fall From Grace With God
The broad majestic shannon
Greenland whale fisheries
A Pair of brown eyes
Tuesday morning
Kitty ???
The sunny side of the street
Thousands are sailing
Repeal of the licensing laws
Lullaby of London
The Body of an American
Young Ned of the hill
Boys from county hell
Dirty old town
Bottle of smoke
The sick bed of Cuhulainn
Sally Mac Lenanne
Rainy night in Soho
Irish rover
The star of the county down
Poor paddy
Fairytale of New York
Fiesta

Shane s’éclipse parfois, le temps d’un titre chanté par Spider Stacy ou Terry Wood (l’excellent Young Ned of the hill), ou d’un instrumental. La première fois, on craint de ne plus le revoir avant un bout de temps, et puis on comprend le manège en se disant qu’ils ont bien raison de le laisser reprendre son souffle (ou re remplir son verre) de temps en temps.

Lorsqu’on entend If I Shall Fall From Grace With God, on se dit que quelques mesures suffiraient aux Pogues pour soulever le peuple irlandais et coloniser toute l’Angleterre. Mais ils s’arrêteraient certainement dans le premier pub en bas de la colline pour picoler, brailler Greenland Whale Fisheries à s’en faire péter les cordes vocales, ou valser sur Sally Mac Lennane. Entre nous, c’est pas du Carla Bruni, hein ! Pour chanter des trucs pareils faut quand même être en pleine possession de ses moyens vocaux.

Il y eut aussi le fabuleux Boys from the County Hell. Intro morriconienne puis une urgence rare qui n’empêche pas Shane de décrire en quelques secondes toutes les facettes de sa vie et du monde qui l’entoure : cuite mémorables ; hargne du punk qui finit par se faire le patron ; les joies simples : les tox, les macs et les putes, la haine des militaires, re re re cuites…

Et puis le lot de classiques et chansons folkloriques transcendés par un groupe exceptionnel parce que plus humain qu’aucun autre. Dirty Old Town, par exemple. Qui mieux que les Pogues peut chanter l’amour rencontré dans une ville industrielle du Royaume Uni ? Ce ne sont pas des reprises mais des appropriations pures et simples. Scandaleuses même. Qui peut penser, après les avoir entendus interpréter Dirty Old Town, que la chanson n’a pas été écrite par un irlandais ?

Je crois qu’ils ont dû jouer à peu près tous mes titres préférés. Ce Body Of An American, par exemple, qui ne figurait même pas sur le pressage d’origine de Rum, Sodomy and the Lash ! Là on donne dans l’émotion à deux titres : ce morceau génial qui commence sur un rythme plutôt lent accompagnant un enterrement, et dégénère assez vite sur la joyeuse beuverie qui suit. Le genre d’enchainement qui en dit long sur les déboires et la force du peuple irlandais. Et puis on y parle d’un départ pour les USA, des guerres menées par des types qui n’ont rien à y faire, et de l’espoir de retourner un jour au pays. Émotion encore parce que cette chanson tient un vrai rôle dans The Wire. LA série. Chaque fois qu’un flic est tué en service, une veillée funèbre se tient au pub du coin, le mort est étendu en uniforme sur le billard, et après l’éloge funèbre prononcé une pinte de bière à la main, tout le monte entonne Body Of An American[4] et ça se finit sans doute comme dans la chanson.

Sur Fairytale Of New York, Shane finit même par lâcher son pied de micro pour valser sous la neige avec la remplaçante de la regrettée Kirsty MacColl. Ici encore, il est question d’amour et de haine, et d’addictions en tous genres.

On vit même Spider Stacy délaisser sa flute pour s’emparer de son instrument préféré (pour être honnête, je ne suis pas sûr qu’il l’apprécie tant que ça, mais tout est possible avec cette bande de tarés). Et notre homme de se frapper frénétiquement la tête à grands coups de plateau de bistrot… Etre un Pogue c’est un sacerdoce.

Ce qu’il faut comprendre c’est qu’on n’a pas simplement assisté à la reformation d’un groupe mythique. Un groupe qui 30 ans après est toujours capable de réitérer le miracle. Ce qu’on a vu ce soir-là c’est un grand-père, un pote, qu’on avait enterré y a plus de 10 ans et qui est de retour. Bien sûr il ne pogote plus. L’a plus vingt ans. Mais il est capable de boire des coups avec vous toute la nuit en vous racontant des histoires hallucinantes.

Shane est de retour. Toujours sur le fil du rasoir, mais il peut de nouveau faire ce dont lui seul est capable : réveiller cet animal que sont les Pogues. Tiens le coup Shane. Tu tiens ta revanche.

 

Merci à l’ami Nathanaël pour l’honneur qu’il me fait en m’invitant en ces lieux, j’en suis ému.
(T’as fini tes conneries Benoît ? C’est moi qui suis super content !)

 

Crédits photos : AG & me.

 


[1] The Pogues, Boys from County Hell (Red Roses For Me).

[2] Un jour vous paierez pour ça bande de raclures.

[3] La fiabilité n’est pas totalement garantie, mais il semble qu’elle soit rigoureusement identique à celle de la veille.

[4] NDLR : s’il m’arrive un truc, vous savez quoi faire

 

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Bonus vidéo : The Pogues « Irish Rover »

 

Bonus extraball : extrait de la série « The Wire »


Ma fête de l’Huma, notre fête de l’Humain

Dur de résumer trois jours de fête de l’Huma en quelques mots. Pourtant, cette fête-ci, particulièrement, doit être racontée. Pour celles et ceux qui n’étaient pas là, pour le message qu’elle porte. Parce qu’elle nous donne rendez-vous dans moins de deux semaines, désormais, à Paris pour la manifestation nationale exigeant un référendum sur le TSCG. Ce fichu traité a bien été au cœur de tous les débats, formels comme informels. L’ami Syd d’A Gauche pour de vrai en a réalisé un résumé en vidéo que je vous conseille de regarder. Et pas seulement parce qu’il m’a interviewé aux côtés d’autres.

Photo par José Angel

Donc, commençons par là : il y avait Syd et plein d’amis. La Fête de l’Huma c’est d’abord ce moment de convivialité, celui au cours duquel tu fraternises avec tout un chacun. Mais aussi où tu retrouves tes potes perdus de vue – ou pas. C’est sûr qu’à coup de perrier et de boisson capitaliste brune à bulles, j’attire moins la convivialité que mes amis à la moustache moussue blanche. Heureusement, un bon nombre ne me laissera pas tomber voire viendra me chercher quand j’aurai accompli mes tâches militante

Ah… Ben ouais les gars. Quand on est militant, on milite à la Fête de l’Huma. Même mi hermano n’a pas pu résister malgré ses bonnes décisions. Donc, pour moi ce sera service d’ordre le samedi, sept heures durant avec une pause à la Savoie pour la fondue avec mon « fils ». Lequel en profite pour griller mon bro’ Dareljedid sur le badge provoc’ qui me va bien. SO et c’est pas de la tarte quand, vers 17h30, Jean-Luc prend la parole pour une carte blanche sur la Révolution citoyenne. Pendant une heure, vite devenue une heure trente, notre co-président (au Parti de Gauche) prend le temps d’expliquer ce concept, l’implication citoyenne, la démocratie en ce qu’elle a de révolutionnaire, l’Amérique du Sud, le TSCG. C’est le temps où l’avenue Pablo-Picasso est bouchée pire que le périph’ à 6 heures du soir. Faut veiller au matériel, histoire que les auditeurs ne prennent pas un haut-parleur sur la tête. Faut garder un œil sur les gens, aux alentours, des fois qu’il y ait un malaise sous ce cagnard.

Avant et après, c’est plus cool. Je discute avec les amis venus de loin. Il y a Romain, Simon et Laura, Rudy, Stéphane mon presque voisin du 18e, Nico et Syd venus en famille tous les deux… La liste est longue. Bien longue. Sous mes yeux, Gabriel Amard fait un tabac en mettant en lumière les agissements en eaux troubles de la Lyonnaise qui a tenté de lui faire la peau. Bref, une nouvelle fois, le stand du Parti de Gauche tient bien sa place dans la fête. Pas évident, à la base : si désormais nous sommes bien ancrés dans ce paysage du parc départemental de La Courneuve, ce n’est jamais facile pour un stand non PCF de se faire sa place. Et notez que nous n’avons pas encore quatre ans d’existence en tant qu’organisation.

SO donc mais je trouve un moment pour un petit plaisir. Stop. Contexte. C’est mon cher ami David qui a la charge de la programmation musicale du stand et de l’organisation des concerts qui en rythment la vie. David, c’est la discrétion même. Et l’efficacité. Avec peu de moyens (lire plus haut et ajoutez à la jeunesse de notre parti le fait qu’on n’a pas une tune en caisse en fait), il parvient à offrir une scène qui a de la gueule. Croyez-vous que ça le fasse sourire ? Il tire un peu la gueule, oui, qui trouve que le son n’est pas assez bon. Il court, il vole. Et lâche, tout de même : « Au fond, Nath, c’est quand même que du bonheur ». Quand tu milites ami lecteur, même la tâche la plus ingrate prend du sens. La mener à bien rend donc content. C’est aussi simple que ça. T’es pas convaincu ? L’an prochain, viens et fais l’expérience.

Je zappe au dimanche matin. Si vous m’avez cherché au stand du PG c’était raté. Pour moi, cette matinée était très politique. Et j’ai passé du temps sur tous les stands qui comptent pour Montreuil. Celui qui arborait encore l’an passé les couleurs de la FASE a grandi et abrite désormais aussi Convergence et Alternative, les Alternatifs, l’association des Communistes unitaires, les nouveaux venus de la Gauche Anticapitaliste. Puis, direction Montreuil. Evidemment. L’apéro des forces de gauche, ça ne se rate pas. Contrairement au débat sur PSA auquel je voulais participer mais que, SO en sous-effectif aidant, j’ai dû rater. En passant, il y a avait vraiment trop d’entreprises en lutte présentes à la fête… En fait, non. Il n’y en avait pas trop. C’est juste que, parfois, je voudrais croire que le changement c’est maintenant. Il ne le sera que si nous décidons de nous en mêler. La vraie leçon de cette fête de l’Huma.

Au final, pour reprendre mon fil, à la Fête de l’Huma, faut pas prévoir grand-chose surtout si tu es militant. Parce que tu ne tiens jamais ton programme. Mais les contreparties sont tellement fortes que ce n’est pas grave du tout. Et puis, je ne vais pas me plaindre. J’ai vu New Order.

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Bonus vidéo : Patti Smith « Gloria » (live @ Fête de l’Huma 2012)


New Order @ Fête de l’Humanité, 2012 september 14th – Live report

C’est LE concert qui m’a décidé à sortir de chez moi ce vendredi, malgré un mal de ventre qui me tordait les entrailles. Direction donc la Fête de l’Huma où je retrouve ma bande. Pour rien au monde, je n’aurais pu louper New Order sur scène. Evidemment, c’est le moment qui divise, qui clive même. Il y a ceux qui – d’abord – aiment Joy et supportent la bande de Barney parce qu’ils en sont l’émanation ; il y a ceux qui ne peuvent envisager New Order sans Peter Hook, désormais en froid avec ses anciens potes ; il y a moi qui aime New Order, sans aucune restriction, sans limite. Et qui entame donc ce live report avec la boule au ventre, intimidé, comme le fan que je suis.

Le lieu d’abord : la grande scène de la Fête de l’Huma, à laquelle j’ai pu m’habituer avec l’apéritif. L’ambiance. Il y a moins de monde que pour le set précédent, comme si on avait changé totalement de public. Puis, les voilà qui rentrent sur scène. Exit Hookie, remplacé par un bassiste plus jeune mais qui maîtrise fort bien sa quatre cordes, capable d’ajouter de la distorsion, à ses accords. Autre innovation, Barney Summer et les deux autres (comme ils se sont baptisés un temps) ont recruté un guitariste supplémentaire. Le son y gagne forcément en ampleur. En énergie. A côté de moi, Pierre remue la tête : « C’est pas possible que des vieux de 60 berges pas loin dégagent plus de patate que Shakaponk ». Benoît, lui, on ne l’entendra plus. Dès les premiers accords de la guitare magique de Bernard, il est parti dans un autre monde.

L’autre monde c’est une sorte de passage en revue des différentes incarnations de New Order. Sans limite, sans prise de tête. Un indice ? Isolation, titre méconnu mais emblématique de Joy Division, est réinterprété dans une version quasi dansante. Là, c’est sûr, le Rizome Corp a frôlé la crise d’apoplexie. Moi, je souris, stupidement. Heureux. Barney et ses potes ont donc décidé, n’ayant plus rien à prouver, de s’amuser. Il donne le tempo en esquissant, dès qu’il n’a plus sa guitare à la main, quelques pas de danse. Lui aussi sourit. Certes, il n’aura jamais le charisme de Ian Curtis et, oui bien sûr, la présence physique de Hookie manque bien dans ce concert pas banal.

Blue Friday (c) Stéphane Burlot

Photo (c) Stéphane Burlot

Alors va pour des morceaux remixés en live. True Faith est délivré avec 10 bpm, au bas mot, de plus que sur album. Les nappes de claviers lorgnent résolument du côté de l’électro. Enchaînement avec un Perfect Kiss dopé aux stéroïdes dans une approche très Kiss Of Death. Les rythmiques machinales montent, montent, montent… percutées par des boucles de synthés hypnotiques. La foule répond hurlements, mouvements du corps destructurés, transe. On ferme les yeux, on est dans la Hacienda (le club créé par New Order au mitan des années 80). Et si, dans la foule, il pouvait demeurer des doutes, déboule la 15e révision de Blue Monday. Là, il n’y a plus de mot, s’il y a en eu jamais un jour.

Les titres s’enchaînent. Les retouches transforment les morceaux que l’on connaît par cœur mais qu’il faut écouter  secondes avant de les reconnaître. Le jeune gratteux se la joue métalleux. Je ne lui en tiens pas rigueur. Bizarre Love Triangle respire presque la joie. Il n’y a, finalement, que le final Love Will Tear Us Apart, qui sonne dispensable. C’est définitif, j’adore New Order bien plus que Joy Division. Las, une heure et des brouettes, le concert est clos. Le métro nous attend. Pour une fois, je ne me jette pas sur mon baladeur mp3. La mémoire sonore du concert m’accompagne jusque chez moi.

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Bonus vidéo : New Order « 586 » (live @ Fête de l’Humanité)

 

 

 


Manic Monday : Editors « In This Light And On This Evening »

Dimanche, fin d’après-midi, la Fête de l’Huma dans les jambes. La meilleure moitié de moi-même me prend par la main pour que je sorte de ma torpeur ; direction le marché ou, plutôt, la terrasse mitoyenne du Bar de l’Olive. Pour une fois, je n’y retrouve pas de camarades. Mais les accords que je connais. Cette voix. Cette ambiance. Sombre à la limite de l’oppressant.

Editors.

Les souvenirs émergent d’un concert exceptionnel au Bataclan avec Julien, mon Julien. Il y a ce son, qui cligne de l’œil aux années 80 évidemment ; ces guitares rageuses en alternance avec des rickenbackers aériennes. Une arrogance so english. Une ligne de basse juste énorme et des claviers qui vrillent. Seul le soleil qui tarde à se coucher me gêne.


This Is PIL, LE album

Il ne sera pas dit que j’aurais traité cette chronique à la légère. Depuis mardi, ce This Is PIL, 9e opus de la bande menée par John Lydon, n’a pas quitté mes lecteurs. Ca faisait bien longtemps que je n’avais pu me goinfrer un album dix fois d’affilée. En général, je ressens vite le besoin de passer à autre chose. Là, non. Faut dire que PIL, c’est une sorte de monument dans le panorama musical dans lequel j’évolue. Il y a d’abord John Lydon donc, ex Johnny Rotten, frontman de feu les Sex Pistols, le premier boys band britannique de l’histoire. Ou presque.

Pour faire bon poids, pour comprendre John Lydon, il faut lire So Foot. Les Inrocks du ballon rond l’ont interviewé. Il y a quelques punchlines bien senties qui rappelle que le fils de prolos grandi à Finsbury Park (un quartier genre… la Grande Borne d’aujourd’hui qui serait près du stade d’Arsenal) n’a rien perdu de sa conscience de classe. Ah… Ouais… OK. Une précision ami lecteur : je ne fais pas de fixation ; ce n’est pas de ma faute si, souvent, les univers musicaux qui me parlent sont aussi créés par des artistes engagés ! C’est peut être une question de cohérence. Tu vas voir.

Le premier morceau de cet album, dont il porte le nom d’ailleurs, débute comme une sorte de meeting avec son « This Is PIL », scandé, à mi-chemin entre slogan et incantation, sur fond de batterie tellurique, de basse lourde (du genre qui fait vibrer la membrane de ton casque), de guitares qui daignent un peu aérer cette transe. Premier contact avec le « chant » de Lydon. Un chant, jamais très juste mais on s’en fout ; quelque part entre spoken word, poésie urbaine et invocation chamanique. La « PIL Zone » dont il est question est une Londres révolue, ruinée par les banquiers et financiers de la City. La ville revendiquée déboule dès One Drop. Avec sa gouaille de Londonneer, Lydon met les points sur les i : « We Come From Chaos, You Cannot Change Us ». Lui, surtout, vous ne le changerez pas.

Vous pouvez transformer Highbury Park en Emirates Stadium, il défend sa classe ouvrière envers et contre tous. « (Arsenal maintenant) c’est le temps des clients et de Disneyland. La social-démocratie et le tatchérisme n’aiment rien tant que détruire la culture ouvrière. » En quelque sorte, cet album est le cri des prolos du nord de Londres qui, avec les dents, s’accrochent encore à leur quartier. « I Will Not Drown », beugle-t-il sur Deeper Water, le titre qui me rend fou. « Je ne me noirai pas ! » Entendu que cette eau profonde reste bien la déferlante tsunami de la finance. Ce morceau, avec ses guitares tour à tour aériennes (la Rickenbacker quoi), cristallines, vrombissantes ; son mid tempo lancinant ; son ambiance angoissante mais aussi rageuse, justifie à lui seul l’achat de cet album.

Mais il y a d’autres morceaux de bravoure qui méritent que tu leur jettes mieux qu’une oreille attentive. Terra-Gate, subtiles accélérations dans un titre ô combien déroutant… Human reboucle avec la revendication sur un fond tout en mid tempo cassé à coups de soli de gratte assumant la filiation punk de la bande. Certes, il ne reste de l’original PIL que le chanteur. Mais le guitariste Lu Edmonds a tenu la six cordes dans The Damned (excusez du peu) et le batteur Bruce Smith est rescapé du combo The Slits. Pied de nez aux conservateurs du genre, le bassiste et homme des machines Scott Firth a commis avec les Spice Girls. Eu égard aux rapports ambigus qu’entretient John Lydon avec l’industrie commerciale du disque (note que cet opus est autoproduit), c’est une sacrée revanche.

Voilà donc This Is PIL. L’album. Comme j’aurais écrit LE album.

 

 

PIL This Is (PIL Official Ltd/Differ-Ant)

1.  This Is PiL
2.  One Drop
3.  Deeper Water
4.  Terra-Gate
5.  Human
6.  I Must Be Dreaming
7.  It Said That
8.  The Room I Am In
9.  Lollipop Opera
10. Fool
11. Reggie Song
12. Out of the Woods

Le site official de PIL est là.

 

Bonus soundcloud : PIL Lollipop Opera (Radio Edit)

 

 

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Bonus vidéo : PIL Deeper Water (live Southbank Centre London )


Chroniques montreuilloises : 12e épisode

Et oui, c’est le moment pour votre feuilleton favori de reprendre sa diffusion. Oh ! Je me passerais bien, parfois, de cet exercice qui me grime par trop en pamphlétaire cruel alors que je ne suis qu’amour et gentillesse, dans le fond. Las, il sera dit, jusqu’au bout, que l’amère ne m’aura jamais laissé un instant de répit. Chaque jour qui passe donne matière à un nouvel écrit. A bien y réfléchir, il ne me manque que le temps et l’envie pour transformer ces Chroniques en quotidien. Amis du cab, ne paniquez pas : j’ai d’autres choses à faire, je garderai notre rendez-vous des conseils municipaux.

Oui, il y a conseil municipal ce soir avec un point unique à l’ordre du jour : l’adoption du Plan local de l’urbanisme (PLU) modifié suite à l’arrêt du tribunal administratif qui l’a retoqué. Qu’on se rassure, il n’y aura pas de débat. En l’occurrence, nous l’avons mené, nous autres, ce débat et pas plus tard que lundi 10 septembre salle Franklyn. Je me demande s’il peut y avoir vote. Si j’en crois les élus Renégats socialistes montreuillois, le PLU nouveau est adopté depuis sa rédaction. La preuve en image est là :

Cette photo a été prise lundi 10 septembre, le conseil a lieu ce jeudi 13 septembre

Il y a urgence, pensez-vous. Les « projets » de l’amère seraient bloqués si cette procédure d’urgence n’était pas mise en œuvre. En français : ces projets – comme le parc aquatique écolo-destructeur – ne verraient pas le jour avant 2014, comme prévu, donc manquerait au bilan sur lequel celle qui va encore se prendre une avoinée compte se faire réélire. Il y a donc urgence et Toutpetitjean, maître ès jésuitisme, développe une rhétorique totalement absconse sur son site. En substance, la voici : il faut adopter le PLU qu’on n’a pas modifié, on le révisera en discutant avec les habitants après son adoption… Je cède la parole à Gaylord qui explicite sur son site :

« Comble du cynisme, l’élu à la démocratie locale lui-même revendique le fait que les modifications apportées soient « restées mineures pour ne pas avoir besoin de concertation préalable ». Encore plus hallucinant : sur le fond, le même élu reconnaît les imperfections de ce document, en particulier sur le secteur des Murs à Pêches et du Bas Montreuil et d’expliquer non sans rire que c’est la raison pour laquelle il va être nécessaire de réviser le PLU… avant même qu’il ne soit adopté. »

Toutpetitjean est fou ou il se fout de nous. Ce type, élu en charge de la démocratie, veut faire accroire qu’il fera en un an et demi ce qu’il n’a pas fait en quatre ans…

« Mais pourquoi personne ne m’aime ? »

De toutes les manières, il règne un vent bizarre dans les couloirs de l’hôtel de ville. Au courant du mois d’août, j’ai eu un échange de textos assez stupéfiant qu’il me faut vous faire partager :

– « Lui : Heureusement que tu ne bosses plus en mairie, il fait pas bon être franc-maçon dans les services en ce moment. Chasse aux sorcières ?
Moi : Tu déconnes ????
Lui : Heu… sur ce point, je suis un peu à court d’humour.
Moi : Tu tiens ton info d’où ?
Lui : T’inquiètes, mes sources sont sûres et fiables.
Moi : Tu as un témoignage, un document ?
Lui : C’est chaud là. Ecris un truc, et je ferai relire.
Moi : OK. »

Je discutai récemment avec un militant Europe Ecologie – Le Vide, ancien communiste, qui me disait : « J’ai connu ça dans les mairies cocos dans les années 80. Mais là, mes camarades sont vraiment dans le syndrome de la forteresse assiégée. » Je partage l’analyse sans la découvrir, ayant déjà invité l’amère à ne pas avoir peur. D’expérience, je sais que ce syndrome ne permet jamais la victoire électorale.

Du côté des chapelles dites « socialistes », ça ne va guère mieux. Remis, j’’espère, de sa cuite commémorative, le député fictif ne sait plus s’il va voter contre le TSCG ou s’abstenir. Il ne doit pas faire très sérieux pour Solférino puisque c’est la secrétaire d’Etat à l’économie numérique, Fleur Pellerin, qui multiplie les apparitions publiques politiques dans la ville où elle est revenue habiter. Ça en fait du monde sur la corde à linge. A moins que les informations qui me parviennent sur le futur enterrement d’Alexie « qui ? » Lorca ne se révèlent justes.

Fleur à Montreuil ? Pour l’amère, c’est le bouquet

L’année qui vient va être encore drôle. A pleurer.

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Bonus vidéo : The Jam « In The City »

 

 

 


PSA ou la collaboration de casse

C’était hier matin, à Bercy. Le ministère de la régression improductive recevait le gratin de la presse pour présenter le rapport commis sur la situation de PSA par l’expert dit « indépendant » Emmanuel Sartorius. Le dit rapport valide « la fermeture d’une ligne de production » sans trancher véritablement entre Madrid et Aulnay-sous-Bois. Il va un peu plus loin même : « Le plan de restructuration n’est malheureusement pas contestable ». La messe est dite, donc, et Pierre Moscovici n’a pas à regretter d’avoir assisté aux libations organisées par PSA pour le centenaire de l’usine de Sochaux.

Oh bien sûr ! On pourra regretter que l’ingénieur des Mines Sartorius « n’a pas réalisé d’audit financier spécifique du groupe PSA » ou encore qu’elle « n’a pas eu accès à d’autres informations que celles qui sont publiques » (sic). De toutes les façons, comme les appels au « patriotisme industriel » n’ont pour vocation que de calmer le populo, à quoi bon faire un travail sérieux ? Je comprends fort bien, dans ce cadre, le coup de colère de mon ami Rock n’ Rouge sur son blog. Et j’en profite pour le rassurer : oui, le Front de Gauche continuera à faire ce qu’il a à faire sur cette triste affaire.

Parce que c’est juste un scandale que ce projet de fermeture du site PSA d’Aulnay, comme l’est le projet de suppression de 10 000 emplois au sein du groupe. Je l’écrivais dès février 2012, ce dossier est exemplaire de la manière dont se comporte le capitalisme aujourd’hui. Le rapport Sartorius pointe, pour faire bonne mesure, des erreurs de gestion voire des « erreurs de stratégie ». La première d’entre-elles serait le maintien d’une surcapacité de production. « Les raisons conjoncturelles tiennent d’abord à la dépendance de PSA au marché européen (58 %de ses ventes). Ce marché est la seule zone du monde où la tendance à long terme est au mieux à la stabilité des immatriculations ». Comme le souligne l’Huma d’aujourd’hui, le rapport ne pose pas une seule question sur la responsabilité des politiques austéritaires qui dézinguent le pouvoir d’achat dans cette situation. Mais passons…

Il y a quand même un point magistral chez Sartorius. Il relève en effet qu’en avril 2011, il est décidé de verser 450 millions d’euros aux actionnaires sous forme de dividendes ou de rachat d’actions. « (Cette décision) a privé le groupe de ressources financières commensurables aux plans d’économie que PSA a du mettre en œuvre fin 2011 et 2012. » Pour faire bon poids, en 12 ans, ce sont 6 milliards (!) d’euros qui ont été distribués sous une forme ou une autre aux actionnaires. Faut-il voir là un début d’explication à ce que me glisse un salarié de PSA Aulnay au téléphone ? Selon lui, le projet de fermeture du site d’Aulnay remonte à 2005. Je pense que nous aurons bientôt l’occasion d’étayer cette hypothèse par quelques preuves concrètes. Sur le site du Front de Gauche en Goële, on peut lire déjà : « Ceci c’est confirmé en mai 2008 avec la destruction de la chaine de production montage1, PSA justifiait  la suppression de la moitié des chaines de montage pour des raisons de compactage, optimisation de l’outil industriel, libération de surface non exploitable et bien sûr d’une surproduction de l’outil industriel en bref toujours le même type de discours. »

Donc, en douze ans, six milliards ont quitté la sphère de l’investissement et des salaires des ouvriers pour aller engraisser les actionnaires de PSA. C’est bien ça l’essentiel. Ça fait juste 500 millions d’euros par an, notez bien. Une paille. J’ai raté ma vie et je n’aurai pas de rolex. Mais, désolé, je n’ai pas assez de tunes pour acheter des actions PSA. Trêve de plaisanterie. J’attends avec impatience le contre-rapport commandé par le Comité central d’entreprise annoncé pour fin novembre. J’espère que celui-là ne se sera pas contenté des informations publiques. Et qu’il ne suivra pas la ligne politique du gouvernement.

C’est drôle quand même de voir comment Montebourg a tourné sa veste. Début juillet, il pérorait avec véhémence contre la famille Peugeot, responsable de tous les maux. Depuis, c’est contre les syndicalistes « irresponsables » (en substance) qu’il vitupère. De la collaboration de casse à la collaboration de classe, il n’y a qu’un pas. Qu’il a franchi. De son côté, le résident de la République, ou le squatteur de l’Elysée comme vous voulez, se propose de « réduire l’ampleur des suppressions d’emploi ». Merci, c’est gentil. Rien que pour le bassin d’emploi d’Aulnay, on touche les 10 000 familles. La réduction c’est combien ? 234 ? Oh, j’entends d’ici les cris d’orfraie des « camarades » du parti « dit sérieux » : « Et vous ? Bande de révolutionnaires en salon, qu’avez-vous à proposer ? Vous hurlez avec les loups ! Vous faites le jeu de la droite mais vous ne proposez rien ! » Blah. Blah. Blah.

Mais que si ! Les syndicats ont déjà fait des propositions de revenir sur la recherche et le développement, de s’orienter vers la production de véhicules « verts » ou, à tout le moins, hybrides répondant et aux besoins du marché et aux impératifs environnementaux si bien défendus au gouvernement par… personne (désolé, j’ai cherché mais pas trouvé). Donc, je reprends ma phrase : répondant aux impératifs environnementaux si bien défendus en dehors du gouvernement par le Front de Gauche. Allez… J’aurai – malheureusement – l’occasion d’y revenir bientôt.

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Bonus vidéo : Bruce Springsteen « We Take Care Of Our Own »