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Ouais, finalement… Robespierre reviens !

Quand Laurent Mafféis m’a dédicacé l’ouvrage qu’il a co-écrit avec Alexis Corbière de cette manière : « Pour Nathanaël, à toi qui dit déjà depuis longtemps « Robespierre reviens ! » », je me suis dit que mon ami me connaissait bien mal, alors que nous nous côtoyons depuis 2006. Je ne me suis jamais considéré comme robespierriste. Lorgnant plutôt du côté d’Hébert, du communiste primitif Gracchus Babeuf, bref de ceux que Jean-François Vilar nomment Les Exagérés, dans son beau roman éponyme, j’ai toujours tenu Robespierre en défiance. Son austérité me glace, son « culte de l’être suprême » me le rendait suspect.

Et c’est bien là la qualité première de ce Robespierre reviens ! Il rétablit quelques vérités historiques dans ce temps de grande confusion qu’est le nôtre. Ainsi, au fil de la première partie, la plus historique, j’ai appris pas mal de choses. Ainsi, le culte de l’être suprême tel que défendu par Robespierre n’était pas une sorte de théisme abâtardi version philosophie des Lumières mais une mesure d’apaisement dans un pays en proie à la guerre civile. L’Etre suprême c’est une forme de civisme, voire de laïcité avant la lettre dans une période où le concept est loin d’être répandu. Voici ce qu’écrivent les auteurs :

« La reconnaissance de l’être suprême (personnification de la nature – Robespierre revendique l’influence de Rousseau) et de l’immortalité de l’âme vise simplement à affirmer à l’époque un plus petit dénominateur commun entre les pro et les anti déchristianisation. »

(Photo : Stéphane Burlot)

Voici donc un premier « malentendu » historique levé. Il y en a d’autres, dans ces pages ramassées qui fixent le cadre historique. Alexis et Laurent reviennent longuement sur la Terreur et le rôle de Robespierre tentera, avec son (faible) pouvoir institutionnel (il n’est qu’un membre – intermittent – parmi tant d’autres du Comité de salut public) et son (grand) pouvoir politique (il est membre de la Convention, animateur du club des Jacobins où se retrouve la plupart des sans-culottes et élu à la Commune de Paris), de jouer le rôle de modérateur vis à vis de certains de ces camarades. J’apprends, incidemment, que, dès 1790, le fils du Nord Maximilien s’oppose à la peine de mort. Certes, cela ne l’empêchera pas de tolérer, voire de justifier, des exécutions.

Mais, la France est en guerre et civile et extérieure. En Vendée, les royalistes combattent pied à pied ; en Bretagne, la chouanerie populaire menace la patrie ; de partout, les armées étrangères convergent pour écraser et la France et la République. « La Patrie est en danger ! » A situation exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Et, pourtant, contrairement à ce qui se produira pendant la première guerre mondiale, grâce à l’influence de Robespierre, non seulement il n’y aura aucune censure dans la période où il participe à l’exercice du pouvoir mais il n’y aura pas non plus de justice militaire d’exception. Bien sûr, on peut à loisir discuter du fameux principe « la fin justifie les moyens ». Je serais curieux de savoir si, outre Manche, pour les mêmes raisons, la controverse serait aussi violente sur les méthodes employées par Oliver Cromwell.

Parce que, et c’est l’objet de la deuxième partie de cet ouvrage, aujourd’hui il est de bon ton de vouer Robespierre aux gémonies. Mais dans quel but ? L’homme, certes, prête le flanc à la critique, la mienne par exemple. A bien y regarder, Maximilien « l’Incorruptible » incarne au premier chef la Révolution populaire, celle du pouvoir au peuple incarné par les sans-culottes, dans une période historique allant de 1789 à 1799 que, nous autres marxistes, considérons bien souvent comme une révolution bourgeoise. De l’aveu même de ses détracteurs, Robespierre est « le plus connu des révolutionnaires ». Citations à l’appui, Corbière et Mafféis démontent le processus. Dans la lignée du « travail » idéologique entrepris par François Furet, les attaques contre Robespierre sont autant d’attaques contre la Révolution française en elle même et tout ce qu’elle a apporté à notre socle républicain.

En effet, la période qui voit Robespierre associé à l’exercice du pouvoir constitue la période la plus lumineuse, dans le sens où elle est marquée par les Lumières (oui, je parle bien des philosophes des Lumières), de la Révolution française. La Convention dirigée, suite à un vote démocratique, par les députés montagnards, a permis l’irruption du peuple dans la direction des affaires publiques. C’est bien cela que ne pardonneront jamais à Robespierre les tenants de la réaction thermidorienne. S’ils ont guillotiné Robespierre et ses amis sans procès, cela ne les a pas empêchés d’instruire son procès politique post mortem. C’est un procès politique de classe, lancé par les possédants, par la bourgeoisie revancharde autant qu’apeurée qui voyait bien que, au bout de la pensée robespierriste, c’était leur pouvoir qui allait être potentiellement remis en cause. L’UMP ne s’y trompe pas, qui poursuit pour les mêmes raisons, le procès de Robespierre. Il est navrant qu’une frange importante du parti dit « sérieux » s’acoquine avec ce faquin.

Du coup, et puisque les choses en sont là, Laurent me connaît finalement bien. Avec Alexis et lui, je le dis haut et fort : Robespierre reviens ! Je garderai à l’avenir mes critiques pour le cercle de mes amis.

Robespierre reviens ! Par Laurent Mafféis et Alexis Corbière, éditions Bruno Leprince (2012)

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Bonus vidéo : Chorale populaire de Paris « La Carmagnole » (enregistrée en 1936)