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Blog en chantier !

Pour préparer son premier anniversaire, Le Cri du peuple s’octroie un week-end prolongé histoire de se faire une petite beauté. L’année a été rude, il y a quelques petits trucs à réparer. Rien que de la maintenance ordinaire, une ‘tite migration, un ravalement de façade express grâce aux bons soins du docteur Hamster.

Bref, on se met en pause pour mieux vous retrouver dès mardi 2 octobre. Et faire péter l’eau gazeuse naturelle. La ‘tite équipe du blougue vous la souhaite bonne et n’oubliez pas :

samedi à 14h à Aulnay-sous-Bois : meeting unitaire contre la fermeture du site PSA ;

dimanche à 13h30 place de la Nation à Paris : marche contre le TSCG et pour un référendum.

 

Pour celles et ceux qui ne seraient ni à l’une ni à l’autre, à mardi ! Des bisous !

 

 

 

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Bon anniversaire la République !

« La République nous appelle ! » J’espère que ce morceau de phrase sonne familier à l’oreille de certains d’entre-vous. Il est d’actualité puisque nous célébrons, en ce 21 septembre, le 220e anniversair de la Ière République française. C’est en effet au lendemain de la victoire de Valmy sur les Prussiens que les députés de la Convention nationale décident sur proposition de Collot d’Herbois – et à l’unanimité – d’abolir la monarchie et de proclamer la République. La Ière République sera votée et proclamée le lendemain, 22 septembre 1792. Mais l’abolition de la royauté est une date clé dans ce processus.

Ce n’est pas un micro-événement que nous allons commémorer

Vendredi 21 septembre 2012
à 17 heures
Devant le Panthéon à Paris

Si le processus révolutionnaire a été entamé en 1789, avec cette date de la prise de la Bastille, suivie du 4 août – nuit au cours de laquelle sont abolis les privilèges (mais avec possibilité de rachat), la proclamation de la République ouvre un nouveau champ du possible. La monarchie constitutionnelle et la prise de pouvoir par la bourgeoisie sont remises en cause par l’irruption, dans le champ politique, du peuple, notamment parisien. Ce que l’on appelle communément les sans culottes.

Ce peuple aspire à une autre répartition des richesses, une autre organisation du pouvoir. Il va prendre en main ses destinées, à partir du travail de conscientisation et d’éducation populaire politique mené par les clubs, dont le célèbre club des Jacobins. A Paris, les sans culottes et leurs représentants élus, devant la « Patrie en danger », vont s’organiser au sein de la toute première Commune de Paris, ancêtre de celle que j’étudie. Cette Commune va peser sur les débats de la Convention nationale et infléchir les décisions politiques qu’elle sera amenée à prendre.

Par bien des aspects, la Commune de Paris de 1792 à 1794, lorsque la réaction thermidorienne l’abat en même temps que Robespierre et ses amis, est plus radicale que la représentation nationale. C’est qu’à Paris, la confrontation de classes est bien plus violente qu’en Province. Dans les provinces de la jeune République, la guerre civile efface, dans la perception collective, le combat de classe. Il nous est facile, avec deux siècles et plus de recul, d’analyser la guerre civile qui se déchaîne en Vendée, Bretagne ; à Lyon, Marseille, Toulon, comme autant de traductions meurtrières de cette lutte des classes. Dans l’instant politique 1792-1794, il n’en est rien. A leur décharge, Marx n’est pas encore passé par là.

Il n’empêche que le peuple parisien et les provinciaux qui partagent sa vision des choses (il en est) n’entend pas se laisser déposséder d’un processus qui prend enfin en compte ses aspirations et ses besoins. Un certain nombre d’élus de la Commune de Paris, comme Robespierre, sont aussi députés à la Convention nationale et, forts du mandat qu’ils tiennent du peuple, agissent pour faire entendre sa voix.

C’est ainsi que va naître la République une et indivisible puis la déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen dans sa version démocratique, celle dite « montagnarde », qui proclame le droit à l’insurrection.

Comme le disent mes amis du Parti de Gauche Midi-Pyrénées, il s’agit là d’un « document d’importance universelle ». Si la déclaration de 1789 assoit la liberté comme principal droit de l’homme, celle de 1793 met sur le même plan la liberté et l’égalité. Dès l’article 2, c’est même l’égalité qui est placée en tête des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. « Ces droits sont l’égalité, la liberté, la sûreté, la propriété ». Plus importants qu’une simple déclaration abstraite, les droits de l’homme de 1793 font apparaître les droits positifs qui concrétisent les droits naturels : droits sociaux avec des prestations assurées par l’Etat notamment droit à l’éducation, aux subsistances, manger à sa faim, droit au travail, à la santé… Elle reconnaît ainsi pour la première fois dans l’histoire de l’humanité une série de droits économiques et sociaux comme le droit au travail, à l’instruction, aux secours publics (il n’y a ni retraite, ni sécurité sociale à l’époque).

Autre innovation historiquement fondamentale : l’idée de « souveraineté nationale » est précisée sous la forme concrète de la souveraineté populaire (en 1792/1793 les étrangers ont le droit de vote). Le peuple est souverain, il doit prendre lui même son destin en main. Il s’agit d’un système de démocratie semi directe : en partie directe par les Assemblées de base et le référendum, en partie indirecte par l’assemblée élue.

Voilà en quoi cette Ière République mérite qu’on la célèbre aujourd’hui. Quoi qu’imparfait, son contenu est très largement progressiste. Et ouvre des perspectives encore neuves à l’ensemble du mouvement ouvrier. Alors, oui ! Bon anniversaire la République.

Bonus flash back : Le discours prononcé par Jean-Luc Mélenchon à cette occasion est visible ici.

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Bonus vidéo : The Adicts « Viva La Revolution »


Algérie : ma deuxième patrie plurimillénaire a 50 ans

A Cherif (promesse tenue) ;

A Francis, Geneviève et Pierre, les Khattou bros and sis ;

A Jean, évidemment.

 

« Ma patrie est un concept », a écrit Mélenchon dans une de ses multiples œuvres. Je ne peux que souscrire, moi qui suis issu d’une famille recomposée, que je m’attache à reconstruire même. Ce faisant, je me suis choisi un second papa, Jean-François, lequel, en guise de cadeau de bienvenue, m’a légué une deuxième patrie : le pays des pères. Ainsi, je suis ce Français sur six (à peu près) qui a un lien plus ou moins étroit avec l’Algérie, dont nous célébrons aujourd’hui, 5 juillet 2012, le cinquantième anniversaire. Enfin, il s’agit des 50 ans de l’Algérie moderne, indépendante ; Al Djazaïr est riche d’une histoire plurimillénaire dans laquelle apparaît, tiens pour les petits fachos qui viennent me lire, Saint Augustin, père de l’Eglise catholique et Berbère.

Mais revenons à cette histoire d’indépendance. Je vais vous la narrer au travers de ce que je sais de l’histoire de mon « popa ». Il naît en 1941, à Hussein-Dey, dans la banlieue d’Alger. En 1941, l’Algérie est colonisée par la France depuis 111 ans. Dans les quartiers pauvres de la métropole algéroise, sans angélisme, on est aussi pauvre qu’on est « européen », « indigène », « juif ». Petit blanc parmi les autres pauvres, Jean-François garde encore aujourd’hui une proximité avec tous les Kader, Mohamed, Rachid et autres Miloud de la terre. Trop jeune pour mesurer ce qu’il se passe autour de lui, il ne se rappelle guère les massacres du 8 mai 1945. Après un séjour en Allemagne où son père est soldat, il revient continuer à grandir à Bab El-Oued aux côtés des « siens » quel que soit leur prénom.

Sa vie familiale l’amène à quitter le domicile dès ses seize ans et à intégrer la Marine nationale, comme on saute dans la première barque qui passe quand la ville est en flammes. La barque est de métal et l’emmène à Toulon Saint-Mandrier pour faire ses classes. Là, il apprend avec surprise que cette terre, de l’autre côté de la mer, serait son pays. « Non ! Sûrement pas. Ça n’a pas les mêmes odeurs, pas la même lumière, pas la même chaleur, m’a expliqué un soir, fort tard, Jean. Là, j’ai compris que mon pays c’était l’Algérie. » Mais vous avez fait vos comptes vous mêmes : 41 plus 16, nous sommes en 1957. C’est la guerre d’indépendance qui bat son plein depuis trois ans.

Elle cause des morts de trois côtés : Algériens, « Européens » vivant en Algérie (les fameux « pieds noirs »), militaires. Les militants du Front de libération nationale posent des bombes à Alger pendant que d’autres tiennent les maquis. Les mots ont un sens. Les Algériens du FLN sont les résistants de leur pays. En métropole, on les appelle « terroristes », comme l’occupant allemand appelait les camarades de l’Affiche rouge. L’armée française réplique par la torture, la déportation de population, des opérations militaires « ciblées » dont les civils sont les premières victimes comme dans toute guerre, a fortiori quand c’est un conflit de libération.

« Là, j’ai compris que ça allait trop loin, me dit Jean encore un peu plus tard dans la nuit (je dois en être à mon 3e cognac, genre). Vues les violences de part et d’autres, j’ai compris que des gens comme moi n’auraient pas leur place dans la nouvelle Algérie qui allait forcément arriver. » Le temps du déchirement commence. Chez les « Européens », les ultras se sentent trahis par un De Gaulle qui soutient de moins en moins la cause de l’Algérie française. Du coup, l’Organisation armée secrète (OAS) prend de l’ampleur, recrutant chez les irréductibles de la cause. Le conflit s’exporte de l’autre côté de la Méditerranée. Même là, les Algériens sont poursuivis « jusque dans les chiottes ». Leurs soutiens Français y sont victimes de la répression policière. Alors, l’OAS, mon « popa » en sera ou pas ? « Tu sais, je ne suis pas très courageux et puis, la Marine, on est l’arme légitimiste par essence. L’OAS y en a pas dans la Royale. » Ou pas donc.

Arrivent le 19 mars 1962 et les accords d’Evian ; la fin des hostilités de fait ; le référendum sur l’autodétermination le 3 juillet 1962 ; l’indépendance le 5. Jean partira en 1963 avec les derniers militaires français restés, dans le cadre des accords, sur la base aéronavale d’Alger Maison-Blanche. Il est blessé de guerre : mécanicien volant, il a la main ouverte par… une caisse de munitions qui a glissé le long d’une aile de Corsair. Fin de son histoire algérienne. La mienne commence. Sans que je n’ai pas encore eu la chance de mettre les pieds dans mon deuxième pays.

Mon histoire algérienne n’a pas ce nom d’abord. Quand on grandit aux côtés de Rachid, qu’on a 9 ans, qu’on vit dans le même quartier de la Madeleine à Albi (la « petite Espagne »), on ne voit pas d’Algérien mais un Français. Comme nous. Donc mon histoire algérienne commence en bandes-dessinées par l’intermédiaire du trait de Ferrandez. Puis en apprenant que Jean n’est pas né en France. Puis avec l’horrible tata Juliette qui vomit « ces putains d’Arabes qui nous ont volé l’Algérie avec l’aide de ce traître de De Gaulle ». Tata Juliette c’est la tante de Jean, partie comme tant d’autres entre mars et juillet 1962, littéralement une main devant une main derrière, laissant le très peu qu’elle avait sur la rive méridionale du mare nostrum. Elle en a gardé une haine, un racisme viscéral, qui la pousse à insulter mes copains du quartier les rares fois où elle vient chez nous.

(Ellipse) Me voilà à Montluçon en 1994-1995 de mémoire, militant du PCF. Mon copain et collègue Gilles anime le Mouvement de la Paix. Avec la Fédération nationale des anciens combattants Algérie-Tunisie-Maroc, il co-organise la diffusion du film La Guerre sans nom de Bertrand Tavernier. Pas craintif des réactions épidermiques que peut créer cette présence, les passions sont loin d’être éteintes, il invite aussi Alban Liechti et les camarades de l’Association des anciens combattants de la cause anticoloniale. Gilles, retenu par ses obligations professionnelles, me demande d’accueillir et de guider nos intervenants. J’apprends qu’Alban Liechti est cet appelé du contingent, communiste, qui sera enfermé parce qu’il refuse d’aller en Algérie tirer sur les combattants de l’indépendance. Avec les « pieds rouges », dont certains sont restés après le 5 juillet 1962, les communistes ont fini par clarifier leur situation vis à vis de l’Algérie. Mes camarades sont torturés comme Henri Alleg voire exécutés comme Maurice Audin. A leurs côtés, des Chrétiens s’engagent en faveur de l’indépendance algérienne comme l’ancien résistant André Mandouze, rédacteur en chef de Témoignage Chrétien et auteur d’une thèse sur… Saint-Augustin.

Plus récemment, mon histoire algérienne a pris une tournure plus personnellement dramatique. A Marseille, en 2001, grâce à l’ami Alain Barlatier, je me retrouve correspondant de l’association algérienne Rassemblement Action Jeunesse (RAJ) et de son animateur principal Akim Addad. Avec ses camarades, alors qu’Alger accueille le rassemblement annuel de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique, il organise des actions pour interpeller l’opinion publique internationale sur la réalité algérienne. Je vais avoir du boulot : Akim disparaît l’espace de 24 heures après avoir été interpellé par les forces de l’ordre. Je suis le premier prévenu, je dois lancer l’alerte. On envoie des messages partout, aux ambassades de France en Algérie à celle d’Algérie en France, aux parlementaires… Les coups de téléphone avec la femme d’Akim sont plus que quotidiens. On essaie de se rassurer, on se donne des nouvelles. Puis Akim réapparaît. Enfin.

Malgré cet épisode qui doit être marqué quelque part dans un dossier, je sais que j’irai en Algérie. Bientôt. Le temps est venu pour moi de fouler le sol de ma deuxième patrie.

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Bonus vidéo : Björk « Declare Independance »