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Un kolkhoze pour Terres de Gauche

Nous y voilà ! Il est enfin paru, dans la collection Politique à gauche des éditions Bruno Leprince. Sous la coordination de l’ami Gabriel Amard, nous publions Terres de Gauche, abécédaire des radicalités concrètes. Nous, c’est une vingtaine de camarades et amis, parmi lesquels figure Gilles Clément, le paysagiste bien connu ; Juliette Prados, mon amie montreuilloise ; Corinne Morel-Darleux ; Paul Ariès sur la gratuité ; et tant d’autres. Avec ce petit livre, nous ambitionnons collectivement d’ouvrir des pistes d’action sur les marqueurs qui identifient une politique publique locale comme partie prenante d’une transformation radicale de la société. De quoi alimenter, sur le fond programmatique, la démarche d’autonomie conquérante qui est celle du Front de Gauche aujourd’hui et demain.

Je signe deux contributions, l’une sur les quartiers populaires d’un point de vue urbanistique ; l’autre sur un service public agricole, que nous avons décidé de titrer K comme kolkhoze. Pour vous donner à voir ce que donne notre ouvrage, je publie ci-dessous cette dernière contribution. En espérant que cela vous donne envie de lire les autres. Surveillez vos agendas ou nos blogs respectifs car nous allons certainement tourner un peu partout si nous sommes sollicités pour présenter l’ouvrage ou donner des exposés en fonction des thèmes que nous aurons abordés.

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Au-delà d’un titre provocateur, il s’agit bien de créer un service public agricole dont le but est de produire en circuit court des fruits et légumes en biodynamie, contribuant à une restauration collective de qualité et permettant de mener l’éducation populaire à l’écologie. Ce service public contribue aussi au maintien et au développement tant de la biodiversité, notamment en milieu urbain, qu’au développement de l’emploi.

Il faut revenir à ce qu’est, à la base, un kolkhoze. Il s’agit d’une coopérative destinée à la production agricole pour permettre de nourrir les habitants. Et aussi ceux qui y travaillent. Historiquement, cela n’a pas toujours été le cas, loin s’en faut, ce qui explique le caractère négatif qui accompagne ce mot.

Aujourd’hui, face à la crise qui frappe le monde rural et aux difficultés d’installation des jeunes agriculteurs, la mise en place d’un service public agricole maraîcher et fruitier constitue un débouché potentiel important en matière de développement de l’emploi local et localisé. En outre, cet outil est utile et garde toute sa raison d’être aussi bien en milieu rural qu’en milieu urbain.

Il s’agit bien en effet de mettre en place, sous forme associative ou de régie publique, une production agricole, en circuit court et en biodynamie. Respectant les cycles des saisons, ils feraient la démonstration qu’une agriculture raisonnée est bonne pour la terre autant que pour les êtres humains. Par ailleurs, en milieu urbain particulièrement, il contribuera à la variété d’aménagement des espaces nécessaires à la préservation et à la reconstruction de la biodiversité. Biodiversité indispensable pour le bien être des habitants.

Les fruits et légumes ainsi produits seront destinés à la restauration collective de qualité. Les enfants des écoles maternelles et élémentaires seront les premiers à pouvoir bénéficier d’un service de cette nature. Il aurait en outre l’avantage, en respectant la saisonnalité des productions, de contribuer à l’éducation au goût et à la variété des aliments. Par ce biais, la collectivité maîtresse d’œuvre pourra toucher les parents. Au final, les changements d’habitude alimentaires induits par ce service public agricole contribueront à faire évoluer les modes de consommation dans une démarche plus responsable. C’est donc un moyen de rompre avec les discours culpabilisants qui accompagnent bien souvent l’écologie.

Le premier et principal écueil à la mise en place de ce service public agricole demeure la question de la surface nécessaire à la production : plus de dix hectares au minimum, pour une population supérieure à 20 000 habitants. Il convient donc de la réserver dans le cadre d’un plan d’occupation des sols adapté.

L’établissement public de coopération intercommunale constitue donc, a priori, le bon échelon pour la mise en œuvre d’un tel outil. D’autant qu’il doit s’accompagner d’une cuisine centrale en régie publique directe, ou au moins associative, pour maîtriser totalement la chaîne de production alimentaire de la matière brute (fruits et légumes) au produit transformé.

Certes, un appel d’offres bien maîtrisé et solidement conçu peut contraindre un opérateur privé dans le choix de son approvisionnement mais il n’y a pas de garantie définitive qu’il choisisse forcément le service public local agricole comme fournisseur.

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Bonus vidéo : The Redskins « The Peasant Army (Peel Sessions) »


Densifier la ville pour la ralentir

Cette note est un début d’échanges avec Emancipation urbaine, le blog de Thomas.

La ville d’aujourd’hui se situe au croisement de deux impondérables que les bâtisseurs doivent intégrer : le temps et l’espace. Le temps demeure la priorité de vie de la plupart de nos concitoyens et il demeure l’enjeu de ce début de 21e siècle. Quant à l’espace, il s’agit de l’enjeu collectif premier dans sa maîtrise si tant est que l’on entend construire un avenir durable et soutenable pour tous. C’est dans ce cadre à double entrée que je me situe.

Au début donc était le temps. Pour les citoyens vivant dans les agglomérations urbaines, de Paris comme de Province, dans les villes centres comme dans les banlieues, le temps constitue la préoccupation première. Les temps de trajet entre domicile et travail, le temps que l’on consacre à la consommation, le temps passé à gagner sa vie pour ceux qui ont encore un emploi, tout ce temps file à grande vitesse et diminue de manière exponentielle le temps pour soi. Or, ce temps pour soi demeure le temps de l’émancipation, par la culture, par la vie sociale et amicale, par l’implication citoyenne. Bref tout ce qui concourt à une pleine humanité, hors de l’aliénation consumériste qui domine notre époque. Ce temps concourt de fait à la réussite solidaire dans le sens où un être humain, plein et entier, émancipé, est un Homme réussi et qui participe de la réussite collective.

 

Ralentir les temps aliénants

Pour nous, c’est à dire des militants comme Gabriel Amard, Corinne Morel-Darleux et Yann Abraham, il demeure une priorité que le temps de l’émancipation reprenne une plus grande place. Et c’est pourquoi nous attachons une grande importance à construire une ville qui œuvre au ralentissement des temps aliénants : travail et consommation en particulier. L’urbanisme est le premier outil, la planification notre méthode. Oui, nous entendons planifier les diverses politiques publiques qui contribuent à façonner la ville dans les domaines clés que sont l’économie, l’aménagement urbain, l’environnement. Planifier, c’est anticiper les besoins, définir les moyens, prévoir les étapes, fixer les moyens. Au fond, c’est aussi simple que cela. Un outil et une méthode donc et un défi en forme de paradoxe apparent : pour ralentir la ville, il faut la densifier.

Pourquoi densifier la ville si ce n’est pour lui permettre d’assumer l’ensemble de ses fonctions : développement économique pour créer des emplois qui profiteront aux habitants ; habitat pour assumer et réaliser la mixité sociale ; services publics pour répondre aux besoins premiers des citoyens ; culture, sports et loisirs ; espaces de nature préservés pour un cadre de vie amélioré. Mais je n’oublie pas qu’une des fonctions premières de la commune, et j’utilise le mot à dessein, demeure l’apprentissage de la vie sociale autant que la construction, après cet apprentissage, de modes de vie alternatifs. Quand je parle de mode de vie, dans la cité, je parle évidemment de politique.

Densifier la ville donc, planifier l’action publique, pour maîtriser les espaces, les affecter au mieux de leurs caractéristiques aux diverses fonctions urbaines : voici l’enjeu pour nous. A la Communauté d’agglomération Les Lacs de l’Essonne, nous n’avons pas peur de dire que moins les bâtiments, quelle que soit leur rôle (habitat, service, économie), auront d’emprise au sol, mieux nous pourrons intégrer les diverses fonctionnalités urbaines qui conditionnent le caractère avéré, et non plus rêvé, du lien social. L’urbanisme des années 1960 et 1970 a moins pêché par son intensité que par son inaccomplissement. Des ensembles de logements extrêmement denses ont été construits sans que les donneurs d’ordre ou les financeurs (l’État en premier lieu et singulièrement en région parisienne) ne se préoccupent de l’accompagnement au travers des services de proximité que ce soient les services publics, les commerces, les lieux de loisirs et de culture… Dans combien de nos quartiers de banlieue la puissance publique n’est-elle plus représentée que par les voitures de police et l’école maternelle ? Là est le problème premier, pas dans la hauteur du bâti, à notre sens tout au moins.

Libérer les espaces

Il s’agit en premier lieu de se battre concrètement pour un environnement de qualité, fort des atouts naturels qui caractérisent chaque bassin de vie. L’intensification urbaine permet de préserver ces espaces naturels, source de biodiversité, c’est même la condition pour leur persistance. Nous connaissons trop les dégâts irréversibles causés sur l’environnement par ces immenses zones pavillonnaires ne présentant ni confort ni services ni convivialité. De même, la diminution des emprises de bâti au sol permet de minorer l’importance des surfaces imperméabilisées dont chacun peut mesurer aujourd’hui les nuisances, notamment en termes de gestion des eaux de pluie et eaux usées.

 

En privilégiant les constructions en hauteur à haute qualité environnementale et basse consommation d’énergie, nous libérons les espaces que nous maîtrisons. En assumant une mixité entre logement et locaux à vocation économique, nous entendons réduire les temps de trajets entre domicile et travail pour un nombre croissant de nos concitoyens. C’est là une première réponse à l’enjeu du temps mais aussi à la lutte contre les gaz à effet de serre. Enfin, les espaces libérés par notre maîtrise foncière permettent la construction de nouveaux services publics répondant aux besoins d’une population en croissance : écoles, crèches, maisons de quartier ou MJC.

La puissance publique comme trait d’union

Ces services, mis en œuvre par les collectivités territoriales, constituent les instruments du lien social et participent de la convivialité, une des clés de la vie urbaine. Ils ont aussi vocation à devenir des traits d’union entre les différentes parties de la ville, tant celle-ci n’est jamais une. Même si nous pouvons le regretter parfois, cette multiplicité à l’intérieur de l’espace communal participe de sa richesse, de sa mixité. Il convient néanmoins de se battre pour rouvrir les quartiers, notamment populaires, sur les bassins de vie. Trop souvent, notamment en région parisienne, nous avons à faire à des quartiers enclos sur eux-mêmes, répondant aux utopies urbanistiques des années 70 mais plus en rapport avec les enjeux du temps présent. La Ville bouge, il faut savoir accepter cet état pour ne pas avoir à le subir.

 

Pour autant, si nous défendons, vous le lisez, une ville intégrée avec l’ensemble de ses fonctions, nous rejetons l’idée d’une ville autarcique et refermée sur elle-même. Nous avons trop souffert de cette conception de quartiers autosuffisants, en vogue dans les années 1970, qui, finalement, confinent aujourd’hui à la ghettoïsation, les différentes facettes de la crise économique inhérente au capitalisme étant passées par là. Nous militons donc pour une ville ouverte sur ses semblables, qui permette le brassage, la circulation des Hommes comme des idées. Cela suppose une nouvelle architecture des transports en commun ainsi que la gratuité de ces déplacements pour inciter à ne plus utiliser sa voiture. L’accélération des transports que génère leur massification (RER et TER en province, tram-train, etc.) permet de ralentir le rythme de vie en libérant du temps. Nous y sommes toujours.

Cette ambition, avec un outil privilégié et une méthode définie, nécessite toutefois une condition tant, en apparence, elle peut apparaître comme contraignante pour le citoyen. Cette condition a pour nom l’éducation populaire. Nous considérons que le rôle militant des élus, avant même la construction de la ville, demeure d’être un éducateur du peuple, c’est-à-dire l’amener à prendre conscience des enjeux, à s’approprier les ambitions collectives, à prendre à bras le corps les contradictions pour les résoudre. Cela nécessite un travail intense de débat, de confrontation, dans une relation de proximité avec le plus grand nombre de citoyen. Notre conception de l’élu est aux antipodes de la culture dominante qui réclame des élus gestionnaires, à l’hyper technicité, mais retranchés dans leur tour d’ivoire. Nous avons suffisamment confiance à la technicité des agents territoriaux, à leur attachement aux territoires sur lesquels ils interviennent autant qu’ils y vivent, pour savoir que notre première tâche est de nous rendre disponibles pour le débat citoyen, qui précède et conditionne l’émancipation. Dès lors que le citoyen peut y consacrer du temps…

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Bonus vidéo : Beak> « Welcome To The Machine »


Ecologie pour de vrai : le vote nécessaire, c’est le Front de Gauche

Je vais m’y tenir, parce que c’est là que réside l’important. Je ne parlerai pas, ce mercredi 21 mars au matin, alors que les médias se focalisent sur ce seul sujet du tueur de Toulouse. Les commentaires qui pleuvent ne me feront pas dévier de mon cap. Nous devons dépasser l’événement, prendre le recul nécessaire, nous devons parler de ce qu’il met en cause dans notre capacité à vivre ensemble. J’avais prévu, dans ce cadre, d’écrire sur l’écologie. C’est ce que je vais faire, d’autant que mon ami Gabriel Amard me donne la raison de ce faire.

Je crois vous l’avoir déjà dit, je travaille pour la Communauté d’agglomération Les Lacs de l’Essonne, que Gabriel préside. A ce poste, je peux témoigner de l’engagement sincère, profond, de longue date des élus du Front de Gauche en faveur de l’écologie pour de vrai. Depuis que je suis arrivé dans cet établissement public de coopération intercommunale en mars 2009, j’ai été amené à accompagner des démarches de restauration de la biodiversité en milieu urbain ; l’abandon définitif du recours aux produits phytosanitaires pour l’entretien des espaces verts ; la mise en place de la gestion différenciée ; la sortie du Syndicat des Eaux d’Île-de-France pour créer une régie publique de l’eau ; la création d’un Jardin de la biodiversité ; la mise en place d’une université populaire sur la biodiversité en milieu urbain que nous nommons l’Ecole du jardin planétaire, pour faire lien avec les travaux du paysagiste Gilles Clément.

Aujourd’hui, après avoir participé à l’organisation d’un colloque de « mon » Agglo avec le Sarkophage sur la gratuité des services publics, je suis impliqué dans la création d’une monnaie complémentaire ayant vocation à relocaliser les échanges et donc l’activité, ainsi que dans l’accompagnement de la création d’une ressourcerie. Sous ce dernier vocable se cache les outils nécessaires pour diminuer les déchets à la source au travers de politiques favorisant la réparation des objets. Cela a des conséquences très pratiques puisqu’il faut lutter contre l’obsolescence programmée, au cœur des pratiques productivistes développées par le capitalisme moderne.

Ces actions concrètes ont eu pour vocation d’expérimenter in vivo les réflexions théoriques développées, notamment au sein du Parti de Gauche, en lien avec les courants de la gauche anti-productiviste et objectrice de croissance. Je veux saluer, dans cette jonction, l’importance de mon amie Corinne Morel-Darleux, qui a contribué de manière importante à enrichir notre pensée politique commune. 

C’est grâce à elle, et à d’autres, que nous ne sommes pas des environnementalistes béats. Nous avons conscience de l’empreinte écologique de la France, 5e puissance économique mondiale, et de sa dette écologique en regard des pays du tiers-monde. Pour nous, c’est l’écologie pour de vrai. Elle est forcément politique et assumée comme radicale. Parce qu’elle doit remettre en cause le capitalisme lui-même. Le capitalisme sait s’adapter aux exigences du temps : cela s’appelle le green washing. Le capitalisme vert qui organise le marché des droits à polluer pour trouver de nouvelles sources de profit. Qu’importe si cela se fait sur le dos des pays du tiers-monde. Qu’importe si cela se fait sur le dos des salariés. Nous faisons, nous, la démonstration que les classes populaires ont tout à gagner d’une vraie politique écologique. Cette dernière ne doit pas être la seule préoccupation des classes aisées, bien au contraire.

Aujourd’hui, donc, je suis assez fier de voir le Front de Gauche opposer la « règle verte » à la règle d’or de ceux qui ont accepté le diktat de la finance. Jean-Luc Mélenchon s’est fait le porte-voix de cette « règle verte » lors du meeting de Clermont-Ferrand. Ce texte, qui se traduira en actes concrets dès prise de pouvoir par la voie des urnes, a permis que des militants pour un autre mode de développement, des tenants de l’écologie radicale, des militants de la décroissance et de l’antiproductivisme soutiennent le Front de gauche et son candidat.

Je peux témoigner que, pour ce qui est du Front de Gauche, les actes ont précédé les paroles. Et je ne suis pas surpris du coup, de voir les résultats de la notation des programmes des candidats par la fondation Hubert Reeves, publiés dans 20 Minutes ce matin. Si nous apparaissons comme moins « ambitieux » que la candidate d’Europe Ecologie-Les Verts sur ce domaine, puisque notre préoccupation écologique apparaît comme plus récente aux yeux du grand public, nous apparaissons comme les plus « réalistes » en la matière, des dix candidats. Pour une candidature, celle du Front de Gauche, que d’aucuns qualifient de « romantique », je trouve ça pas mal.

En tous cas, nous avons la preuve par l’exemple : si on est en faveur de l’écologie pour de vrai, le vote nécessaire, c’est le Front de Gauche.

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Bonus vidéo : Duval MC « Bla Bla durable »