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Dans le Nord Pas-de-Calais, le FN tombe le masque

Merci pour cette image Jean-Michel

Quand le Front national prend peur, les digues sautent, le discours sur la « normalisation » disparaît et les bons vieux réflexes reprennent le dessus. J’avais eu l’info par le téléphone rouge ce matin au réveil, me demandant ce que j’allais en faire. On a pas mal discuté avec les amis et puis Ariane Walter a craqué le morceau sur son agoravox. Alors, oui, hier soir – mardi 29 mai – à Phalempin, au cœur de la 6e circonscription du Nord, la voisine directe de la 11e circonscription du Pas-de-Calais, une quinzaine de militants d’extrême-droite ont reproduit les actes de leurs aînés nazis en « bordelisant » une réunion publique du Front de Gauche. Le sang-froid des camarades a permis que nul ne soit blessé.

Le rêve secret des partisans de Marion Anne Perrine ?

Pendant deux heures, j’ai pensé qu’il ne fallait pas écrire sur ce sujet. Parce qu’il pouvait laisser croire que les fachos avaient gagné l’espace de quelques heures. Mais, après réflexion, l’incident est trop grave et mérite d’être porté sur la place publique. Il montre bien que les fascistes qui soutiennent la « vague bleu Marion Anne Perinne » sont entrain de perdre pied face à l’offensive républicaine que mène le Front de Gauche. A la peur de se voir battus, ils répondent par la violence. On connaît le cycle. Donc, non, le F-Haine n’a pas changé. Derrrière un vernis refait flambant neuf, il s’agit toujours des mêmes. Ceux qui répondent aux arguments à coups de barre à mine. Ceux qui fracassent les locaux des organisations syndicales ou des forces de gauche. Ceux qui intimident quand on tentent de convaincre.

Quelques jours plus tôt, la 11e circonscription du Pas-de-Calais a vu la distribution d’un tract anonyme avec la photo de Jean-Luc Mélenchon, un extrait de son discours de Marseille et un « votons Mélenchon ». En bas de page, une calligraphie dans un style arabe mais, après vérification, sans sens puisqu’écrit de gauche à droite quand l’arabe s’écrit de droite à gauche. Ce tract, pour lequel l’équipe du Front de Gauche a porté plainte, semble bien émaner des proches de Marion Anne Perrine Le Pen. Steeve Briois, animateur du F-Haine à Hénin-Beaumont et secrétaire général du Parti, ne nie même pas le faits, si j’en crois l’article de Marianne.

Ce genre de manip’ est clairement destinée à remobiliser l’électorat de base du FN, les plus racistes, les plus hargneux envers l’étranger, ceux qui lâchent leurs chiens contre nos camarades. C’est que la Marine est proche de couler au vu de la campagne méticuleuse autant que joyeuse que nous, le Front de Gauche, menons face à elle. Il n’y a qu’à relire la précédente Chronique du Hamster, son récit d’une Marion Anne Perrine Le Pen parcourant le marché à la course, dans une nuée de caméras, pour s’éclipser bien vite et, de l’autre côté, le temps lent des discussions, des poignées de main, des échanges, des blagues de Mélenchon avec ses électeurs. Pour les nostalgiques de l’Algérie française, de l’Indochine et autres billevesées chères à l’extrême-droite, la messe est dite. Elle est funèbre. Et la rage reprend le dessus.

Je les ai connus, les mêmes, à Vitrolles quand nous étions entrain de porter l’estocade mortelle au couple Mégret. Des membres de la sécurité du MNR, qui a préparé la ligne politique actuelle de Marion Anne Perrine Le Pen, passaient le temps à rouer de coups les militants de Ras l’Front et autres activistes de gauche. Comme de juste, ils s’en prennent à ceux de leurs adversaires qu’ils trouvent les plus dangereux politiquement. Est-ce au parti dit « sérieux’ » qu’ils s’attaquent aujourd’hui ? Allons, c’est méchant de ma part. Le PS ne s’en prend pas au FN, juste à Mélenchon et au Front de Gauche. C’est comique de voir les sociaux-démocrates verser dans la ligne kominternienne 3e période.

Enfin, cessons de tergiverser. Et j’arrête de me faire plaisir, promis. Nous allons voir jusqu’où le FN va savoir se tenir. S’il en est capable. Selon mes sources, le staff de campagne de Marion Anne Perrine Le Pen est en train de rameuter le ban et l’arrière-ban des extrêmes-droites du nord et du nord-Quiévrain. En jeu, la tenue du bal populaire du Front de Gauche à Villeneuve-d’Asq avec l’ami Ugo Bernalicis. Et, surtout, la marche du 3 juin dans la 11e circonscription. Est-ce que, malgré les caméras, les nervis du Bloc identitaire, des solidaristes et autres groupuscules fascistes, vont être capables de se tenir calme ? On verra bien.

Quoi qu’il puisse en coûter, si les masques tombent, à tout le moins la vérité sera rétablie. Relooké ou pas, le F-Haine aime à flirter avec les fafs.

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Bonus vidéo : Blink 182 « Violence »

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UMPFN : le point Godwin, c’est maintenant !

Billet court à la manière de Gauchedecombat.

Au début, c’est une pub sur facebook qui attire mon attention. Avec le joli logo qui est le sien, l’Union pour une Majorité pétainiste (UMP) lance un étonnant : « La Résistance, c’est maintenant ». Je me dis, quand même, ils sont pas gonflés. J’attends d’ailleurs toujours les chars de l’armée russe. Mais je me suis laissé dire qu’ils avaient été retenus : le 7 mai, ils étaient de célébration de « l’élection » du grand ami de Nicolas le petit, Vladimir Poutine. Je fais quand même une petite recherche internet et… Je tombe sur ça, le site de campagne d’Arnaud Barroux, candidat UMP dans la circonscription Evry-Sud en Essonne. Photo please :

Notez la symbolique : un enfant seul, au milieu d’une mer agitée, tenant en main le drapeau de la France. Il semble demander de l’aide. Aide que, je suppose, l’organisation qui m’est apparue immédiatement après dans les résultats de recherche va lui apporter, puisque « la résistance c’est (eux) » . Là encore, photo please !

Etonnant, non ? La Liberté guidant le peuple… Rien moins. En pleine mythologie de la révolution ouvrière de juin 1848, pas les journées bourgeoises de février de la même année. Nous sommes encore et toujours dans cette fameuse « triangulation », ou l’art de s’approprier les thèses voire l’imaginaire de son adversaire politique.

Je suis ébahi par l’art consommé de la communication qu’il faut avoir pour oser ce genre de choses. Néanmoins, j’accorde un double point Godwin à l’UMPFN sur ce coup.

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Bonus vidéo : Modeselektor « This (feat. Thom Yorke) »


Vitrolles pour comprendre Hénin-Beaumont

Pour commencer ce billet, une fois n’est pas coutume, je veux me rendre agréable à l’héritière de Montretout. Depuis des années, elle est affublée d’un quolibet qui la rend vague. Aussi, j’entends lui restituer son patronyme en entier : Marion Anne Perrine Le Pen, née à Neuilly-sur-Seine, résidant au manoir de Montretout à Saint-Cloud. Héritière, de manière indirecte, de la fortune de M. Lambert, patron décédé des cimenteries éponymes. Voilà, je pense qu’une injustice est réparée : Marine, c’est vraiment trop « peuple » quand on a une aussi belle ascendance. A l’heure où nous nous battons pour que la classe ouvrière retrouve ses symboles, je veux contribuer à ce que la grande bourgeoisie, dont est issue la Le Pen, retrouve les siens. Voilà donc le retour de Marion Anne Perrine Le Pen.

Les vrais parents politiques de Marion Anne Perrine née Le Pen

Ceci étant posé, je veux revenir à ce qui n’est pas la propriété de Marion Anne Perrine héritière millionnaire Le Pen : Hénin-Beaumont et la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Beaucoup s’émeuvent des hauts scores de la châtelaine, fière défenseure des intérêts du capital, dans une circonscription éminemment ouvrière, puisque nous sommes là au cœur du bassin minier. Qui s’intéresse à l’histoire du mouvement ouvrier connaît ces noms : Carvin, Wingles, Noeux-les-Mines… Ce sont sites de hautes luttes sociales, de combats à mort avec le fascisme appuyé, comme de juste, par le grand patronat minier. Alors, que vient faire l’héritière de Montretout dans ce pays noir (de charbon) et rouge (du sang des ouvriers) ? Je vous propose, pour comprendre, un détour par Vitrolles, à l’opposé géographique de Hénin.

La ville de Vitrolles a été prise par l’extrême-droite, incarnée par Catherine Mégret, en 1997. Pourtant, cette cité, connue à l’époque pour sa plateforme logistique et son équipe de hand-ball, est un fief socialiste de longue date. Le maire en est Jean-Jacques Anglade. On croise de tout à Vitrolles à l’époque. Et pourtant, la ville va s’offrir à cette tendance de l’extrême-droite qui se voit, déjà, en fer de lance d’une droite autant recomposée que décomplexée. Ce n’est pas le moindre des paradoxes de la Le Pen que celui-ci : près de 14 ans après la scission qui donnera naissance au Mouvement national républicain, Marion Anne Perrine a repris et fait triompher, au sein du Front national, la ligne initiée par Bruno Mégret.

Mais comment Vitrolles a donc pu basculer dans le camp de celles et ceux qui défendent la « préférence nationale » au point de créer une prime pour les « bébés français » ? La responsabilité du parti dit « sérieux » n’est pas mince dans cette histoire. Sur sa fin, le « système Anglade », du nom de celui qui est le maire socialiste jusqu’en 1997, mêle arrogance, clientélisme, affairisme. Jean-Jacques Anglade c’est : gestion opaque, goût démesuré pour la comm’ et ce qui n’est pas encore le « bling bling », plus des démêlées avec la justice dont une mise en examen pour fausse facture… Ah… il y aurait des similitudes avec l’état du Parti dit « sérieux » dans le Pas-de-Calais ? Ah bon…

La comparaison peut ne pas s’arrêter là. Nous sommes dans deux départements où, selon la croyance populaire, dès le moment où elle est floquée du poing et de la rose, une chèvre peut être élue. Dans les Bouches-du-Rhône comme dans le Pas-de-Calais, le seul obstacle à l’élection c’est le petit baron d’à côté qui peut aussi prétendre à la légitimité des urnes. Les aspirations des citoyens, trouver des solutions à leurs problèmes de tous les jours, là n’est pas l’important puisque, à la fin, ils voteront pour vous. Du coup, on peut se permettre de promettre à qui un emploi, à qui un logement, en échange de quelques voix. Et, pour financer tout cela, quelques belles factures sur-dimensionnées. Peu importe…

Or, parfois, les électeurs, même pauvres, ont envie qu’on s’occupe d’eux – vraiment. Or, parfois, les électeurs, même pauvres, aiment avoir des élus sans casserole. Or, parfois, les électeurs, même pauvres, aspirent à ce que les élus qui les représentent leur permettent de rester dignes. Il y a de la morale, dans l’aspiration des électeurs, même pauvres. Or, l’incapacité du Parti dit « sérieux » à faire le ménage, dans les Bouches-du-Rhône comme dans le Pas-de-Calais, va détourner certains de leurs supporteurs. Et, « puisque tout est pourri », autant filer la clé de la baraque à ceux qui ne les ont jamais eues. C’est ainsi que Catherine Mégret arrive à l’hôtel de ville de Vitrolles en 1997. Ouvrant une parenthèse d’un peu plus de cinq ans, au cours de laquelle l’extrême-droite montrera son vrai visage. Elle est, encore plus que d’autres, capable de se mettre hors la loi. Pour en avoir le détail, je vous suggère la lecture du blog de mon ami Didier Hacquart, avec qui j’ai eu le plaisir et l’honneur de militer, quand nous avons ramené Vitrolles dans le giron de la République.

Donc voilà un bref rappel historique qui permet de mieux comprendre pourquoi il est essentiel, pour la gauche, d’être elle-même – « sans complexe et sans casserole ». Ce n’est qu’à partir de ce moment-là que les militants peuvent à nouveau refaire de la politique et poser les vraies questions : qui a fermé les mines, l’immigré ou le banquier ? Pourquoi on ne trouve plus de boulot, parce que c’est le voisin qui l’a pris ou parce que la financiarisation de l’économie transforme l’être humain en variable d’ajustement ultime ?

Au final, ma conclusion est bien celle-là : si nous sommes contraints d’aller porter le fer en première ligne une nouvelle fois face à l’extrême-droite, c’est bien parce que le parti dit « sérieux » a failli. Comme à Vitrolles, il a connu la débâcle : l’état-major a refusé de prendre ses responsabilités et de mener le nettoyage de ses propres positions. C’est une faillite morale autant que politique qui nous met en première ligne, quand nous aurions pu nous contenter de nous occuper de nous mêmes. Mais, une fois de plus, nous sommes incapables de nous satisfaire de gérer nos bons résultats électoraux : nous sommes habités par l’esprit de responsabilité politique.

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Bonus vidéo : Massilia Sound System « Ma Ville est malade »


Retour sur la raclée du FN en Seine-Saint-Denis

Il y a eu de bonnes nouvelles dans cette campagne présidentielle. D’abord, oui, on a viré Nicolas le petit. Le geste de salubrité publique a été fait, et nous y avons toute notre part. Il y a aussi autre chose que je veux mettre en lumière, maintenant que j’ai un tout petit peu de temps. Le Front national, qui avait misé gros dans ce département, a essuyé un sacré revers en Seine-Saint-Denis. Certes, la millionnaire de Montretout y obtient 72 335 voix et 13,55 % des suffrages, ce qui est déjà beaucoup. Mais, comparons avec 2002 : l’extrême-droite avait alors obtenu 80 106 voix et 20,41 % des votes. J’ajoute les voix de Bruno Mégret à celles de Jean-Marie Le Pen. Personne n’y verra d’inconvénients, j’espère.

Avant ce scrutin majeur, le Front national n’avait pas masqué ses ambitions. Le parti de la famille Le Pen s’appuyait sur un score moyen de 17 % aux élections cantonales de 2011 pour justifier ses rêves d’arriver en seconde position. Je vais citer le responsable du FNJ dans mon département, Laurent Gervais :

« Le 93 est un laboratoire pour le FN. Il y a tous les terreaux qui peuvent être favorables à notre électorat : forte délinquance, islamisme, misère sociale… Depuis un an, on s’est mis au travail dans le département, il peut donner des résultats importants. Avec une équipe solide, je pense même que le 93 peut devenir la première fédération. »

Diviser, mentir, faire haïr : le vrai visage du F-Haine

Par ailleurs, les responsables frontistes voulaient faire croire que de plus en plus d’habitants « se disent séduits par le discours populiste de Marine Le Pen », sa dénonciation des riches et du « système ». « Sur le terrain », Gilles Clavel, animateur départemental du FN, avait annoncé à la presse que « le discours de Marine Le Pen passe de mieux en mieux auprès de ces habitants » dans la mesure où cette dernière serait « très sensible à ce qui se passe dans les banlieues ». Enfin, le FN avait annoncé vouloir jouer la division entre les Séquano-Dyonisiens, jouant la carte des pavillons contre les tours.

Au final, la Seine-Saint-Denis n’a pas cédé aux sirènes de l’extrême-droite. Cette dernière est même en sérieux repli. Si la formation d’extrême-droite se maintient, en apparence, au niveau du score de Le Pen père 2002, avec une progression par rapport aux régionales 2010, c’est essentiellement dû au basculement d’une partie de l’électorat sarkoziste vers la candidate du F-Haine. Les glissements assumés du discours de Nicolas le petit – « rien n’était factice », nous a-t-il rappelé au soir de sa défaite – ont autorisé autant que justifié ces transferts de voix. Le FN obtient d’ailleurs son plus haut score, 19,90 % des voix, à Montfermeil, ville dont le maire UMP, Xavier Lemoine, s’est illustré par des propos très proches de ceux du FN.

Si le Front national maintient quelque ancrage dans mon beau département, c’est essentiellement auprès des classes dites « moyennes » qui craignent de se voir prolétariser : fonctionnaires, agents de maîtrise, petits commerçants, vivant dans les zones pavillonnaires et les centre-villes en cours de mutation. Ce n’est pas nouveau. Mais, même là, l’implantation frontiste marque le pas.

En revanche, les quartiers populaires, que prétendaient représenter l’héritière de Montretout, se sont refusés à la haine. Ces « pauvres », ces abandonnés des politiques libérales ou social-libérales, n’ont pas abdiqué leur dignité. A Montreuil, dans le très quartier populaire de Montreau-Le Morillon, à l’école Daniel-Renoult, la Le Pen arrive en 4e position sans même franchir la barre des 10 %. Il faut savoir que, dans ma ville de cœur, l’extrême-droite disposait d’une élue municipale de 2001 à 2008. Ce constat a amené un ami blogueur à évoquer le « mystère du vote FN en Seine-Saint-Denis ». En guise de début d’explications, je vais livrer ma modeste contribution.

Je pense, en premier lieu, que dans les quartiers populaires, il reste – malgré tout – une vraie vie sociale, appuyée sur un tissu associatif dense, qui permet aux habitants de se côtoyer, de faire des choses ensemble, donc de se connaître. Je continue à dire que, dans la situation de pauvreté extrême dans laquelle sont plongés bon nombre de ces quartiers, la question du pouvoir d’achat et de l’emploi demeure prioritaire par rapport aux enjeux construits artificiellement de religions ou autres préjugés racistes. A contrario, l’isolement propre à la vie en pavillon facilite le repli sur soi et le rejet de l’autre qui en découle.

Enfin, je continue de penser que la campagne du Front de Gauche, qui a fait le pari de l’intelligence, a contribué grandement à redonner à la classe ouvrière sa fierté et sa dignité. En la replaçant au cœur de la vie politique ; en lui rendant son rôle moteur dans le combat de classes hier, aujourd’hui et demain ; en lui redonnant une voie et sa voix, nous avons fait œuvre utile. Une classe qui se retrouve, c’est une classe qui n’a plus peur. C’est là une des raisons fortes de la défaite du F-Haine dans mon département.

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Bonus vidéo : Boikot « No Pasaran »


Bienvenue dans l’ère de la contre-révolution

Après l’analyse de l’événement politique de ce premier tour de l’élection présidentielle, je veux bien sûr parler du score du Front de Gauche, il faut revenir sur la seconde ligne force de ce moment politique : la recomposition, par l’extrêmisation, de la droite. Beaucoup ont été choqués par les 18 % de l’héritière de Montretout. Ayant vécu et milité dans les Bouches-du-Rhône, ayant participé à la reprise de Vitrolles aux Mégret, je l’ai été dans une moindre mesure. Mais il ne faut pas s’arrêter là, au risque de se planter comme le fait encore François Hollande avec sa pseudo analyse sur la « colère sociale ». Ce qui est en train de se passer sous nos yeux, c’est ce qu’annonce depuis longtemps l’ami Stéphane : la fusion idéologique du Front national et de l’UMP sarkoziste. Sur la base de valeurs et d’analyses désormais communes, ils ont rassemblé 45 % des électeurs.

Arrêtons de parler de vote contestataire concernant le FN. C’est un vrai vote d’adhésion. Les électeurs frontistes, je ne parle pas même des militants, veulent voir Marine Le Pen au pouvoir. Et pour cela, ils entendent bien s’en donner les moyens. Un sondage paru dans Les Echos de ce mercredi 25 avril donne quelques clés. Comme on le sait depuis plusieurs mois, l’électorat UMP veut un accord sur les législatives avec le FN. Plus surprenant, pour les anti-Le Pen de base, 59 % des électeurs de Marine Le Pen souhaitent un accord avec l’UMP. C’est désormais possible au vu des convergences idéologiques entre les deux pôles de la nouvelle droite.

Ces convergences ont été mises en lumière par les interventions successives de Marine Le Pen puis de Nicolas Sarkozy au soir du premier tour de l’élection présidentielle. Les mots sont quasiment décalqués les uns sur les autres, au point que l’on a pu croire que Nicolas le Petit a copié puis collé les maux de la millionnaire pour écrire son discours. Nous assistons là à l’aboutissement d’une longue bataille idéologique initiée dans les années 1970 par la Nouvelle droite. Celle-ci définissait ainsi ses buts :

« Agir sur les mentalités de nos contemporains pour accélérer dégoût et mal vivre propres à notre modernité, que l’on désigne habituellement sous le terme de « morosité » et qui nous apparaissent comme des maux beaucoup plus profonds et constitutifs qu’un simple pessimisme occasionnel né d’un reflux de l’Histoire. Il s’agit en effet – très précisément – de l’échec absolu de l’aventure républicaine et de toutes ses retombées morales et socio-politiques qui grèvent notre avenir à court et moyen termes et obscurcissent notre horizon individuel et collectif. Aussi devons-nous accentuer ce délabrement des êtres et des choses qui aboutira nécessairement à un état pré-révolutionnaire favorable à l’éclosion de la morale néo-droitiste, c’est-à-dire à la résurgence d’une humanité aristocratiste. Nous voulons que notre avenir nous ressemble, et qu’il ait des couleurs éclatantes (sic). »

C’est très précisément ce qu’ont fait les penseurs du sarkozisme en accentuant les divisions entre Français, en s’acharnant à morceler le corps social, en s’attaquant aux corps intermédiaires avec conscience et méthode. La mise à sac du compromis politique républicain issu de la Résistance, le fameux programme du Conseil national de la Résistance, a été l’objectif de l’UMP du nain hystérique. En cela, elle partage un objectif majeur avec le Front national. Elle partage aussi bien des « principes » : les racines « chrétiennes » de la France, le rejet des musulmans sous couvert de « laïcité », l’aspiration au repli sur soi nationaliste… Les « cadres » de la Nouvelle droite se retrouveront, à la fin des années 80, autant à droite, notamment au sein de Démocratie libérale, qu’à l’extrême-droite. Ils se sont pour ainsi dire répartis les cibles pour y faire progresser leurs idées et mener une bataille culturelle au sens Gramscien du terme.

Le cheminement de l’UMP vers les thèses de la Nouvelle droite a été long, tant la survivance de l’influence chiraco-gaulliste a été longtemps un rempart aux rapprochements idéologiques entre la droite et son extrême. Mais Nicolas le petit avec sa garde rapprochée issue du groupuscule d’extrême-droite Occident : Longuet, Devedjian, Novelli va conquérir la machine électorale UMP et en redéfinir le projet politique sur le long terme. La théorie du « choc des civilisations » en devient le cœur ; elle est accompagnée d’une réécriture de l’histoire de France et d’un projet de recomposition de l’ensemble de la société française. C’est la version française de la révolution conservatrice, ou de la contre-révolution si on veut, menée par Thatcher en Grande-Bretagne, Reagan puis Bush Jr aux Etats-Unis, Umberto Bossi et Gianfranco Fini en Italie.

En parallèle, dans les pas d’un Bruno Mégret qui a été exclu du FN pour ces raisons, l’héritière du « détail de l’histoire » va décapiter la vieille garde frontiste regroupée autour de Bruno Gollnisch pour transformer le F-Haine en machine à conquérir le pouvoir. Le corpus idéologique reste le même mais les aspects les plus clivants sont estompés, les provocations sont bannies. Toute ressemblance avec l’évolution du Mouvement social italien (regroupements des nostalgiques de Mussolini) en Alliance nationale de Gianfranco Fini n’est pas due au hasard. L’objectif est la conquête du pouvoir. Les convergences politiques avec le sarkozisme, la bataille culturelle que ce dernier a menée, autorisent en effet les gars de la Marine à rêver d’une revanche sur la France des lumières.

Regardons bien les comportements en termes de vote pour comprendre que les électeurs du FN et de l’UMP viennent du même camp idéologique. Depuis 2007, le bloc électoral UMP-FN reste globalement stable. Il n’a varié que de 70 000 voix entre le premier tour de 2007 et celui de 2012. Au fur et à mesure des scrutins intermédiaires entre ces deux moments clés, nous avons pu mesurer le lent glissement des électeurs sarkozistes vers la Le Pen. Glissement idéologiquement autorisé par les propos des flingueurs du président bientôt sorti : Hortefeux, Guéant et consorts ; glissement politique alimenté par le transfuge du FN puis du MNJ (Mégrétiste) Guillaume Peltier ; glissement généré aussi par les déceptions engendrées par des mesures jugées trop « libérales » en matière économique et sociale. S’ajoute à cela le parfum de scandale, qui marqua la fin du septennat giscardien et qui revient en vogue, de Takkieddine et le Karachigate à l’affaire Woerth-Bettencourt qui n’en finit jamais. Il sonne le glas de la « République irréprochable ». D’où le déchainement de l’UMP, du « cancer de l’assistanat » cher à Laurent Wauquiez jusqu’à « l’effraction » de François Baroin. La panique est elle que l’Elysée permet au ministre des transports Thierry Mariani de livrer au journal fascisant Minute l’exclusivité de la pétition de la Droite populaire contre le droit de vote aux étrangers.

L’UMP et le FN ont aussi en commun la même cible première, celle avec laquelle « tout se jouerait », cette fameuse création idéologique qui porte le nom de « classes moyennes ». Ce morceau du corps social se sent aujourd’hui fragilisé et se radicalise. Comme je l’ai déjà écrit, il s’agit là d’une mécanique que l’historien Pierre Milza a longuement décortiquée dans ses ouvrages consacrés à la montée des fascismes. Face à la menace de prolétarisation dont elles se sentent victimes, les dites « classes moyennes » trouvent dans les partis fascistes les moyens pour rétablir un ordre qu’elles estiment naturel : leur « supériorité » supposée en termes économiques, sociaux et culturels, sur le prolétariat.

Il y a donc bien 45 % des électeurs qui ont choisi la contre-révolution cette année. Ce n’est pas rassurant. Mais pourquoi la France resterait à l’écart d’un mouvement qui frappe toute l’Europe, et pas forcément des pays arriérés. Le même processus est à l’œuvre en Italie, je l’ai dit ; en Hongrie ; en Belgique ; aux Pays-Bas ; au Danemark… Voilà donc ce à quoi nous avons à faire. En tenir compte, c’est se donner les moyens de lutter, politiquement, idéologiquement, culturellement contre ce projet de société. Continuer à donner du crédit à la thèse de la « colère sociale », c’est se tromper lourdement.

Bonus HADOPI : Uman « Bleu Marine » disponible en free download

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Bonus vidéo : Pop Will Eat Itself « Ich Bin Ein Auslander »


Anti-syndicalisme : la preuve par TFE

Ce mardi 13 mars midi, je serai à Amiens – par la pensée. En chair et en os, je serai plutôt prêt à partir pour Clermont-Ferrand où je vais aider à la préparation du meeting de Jean-Luc Mélenchon qui a lieu le lendemain. Saleté : je n’ai pas encore le don d’ubiquité. Je serai à Amiens donc, pour soutenir le camarade syndicaliste CGT Mickaël Prince. Je n’avais pas vraiment fait attention à cette sordide affaire de harcèlement et d’attaque contre les libertés syndicales, jusqu’à ce que les amis de Fakir me sollicitent via facebook. Facebook où je devrais être plus attentif aux publications de mes ami-e-s : ma chère Marie-Laure Darrigade, animatrice du Parti de Gauche dans le département voisin, n’a cessé de publier sur ce sujet. Voilà donc une sorte d’auto-critique publique qui m’amène à aller plus loin que la reprise de l’article de mes amis de Fakir.

Photo courtesy of Fakir

En effet, Mickaël Prince est poursuivi en justice. Son tort ? Il est délégué syndical CGT dans une entreprise que je ne connais que trop bien : les Transports frigorifiques européens (TFE). Plus jeune, j’étais responsable de la rubrique Economie et social pour les Bouches-du-Rhône dans le quotidien La Marseillaise. A cette époque, 1997-1998, plusieurs grèves dures ont touché les chauffeurs routiers, qui ont mis en place des barrages aux abords du centre logistique de Vitrolles, à l’époque dirigée par la maire Front national Catherine Mégret. TFE était évidemment implanté sur ce centre logistique. Et, pour faire sauter les barrages mis en place par les grévistes, ils ont fait appel aux nervis du FN, puis du MNR de Mégret.

« Vitrolles: les gros bras de Mégret (extrait d’article de presse de l’époque)

A Vitrolles (Bouches-du-Rhône), trois membres de la municipalité FN dirigée – officiellement – par Catherine Mégret ont été mis en examen, le 12 décembre 1997, pour «complicité de violences en réunion avec arme et préméditation» et «complicité de destruction et de dégradation de biens appartenant à autrui». Les faits remontent au mois de novembre 1997, lors de la grève des routiers. Dans la nuit du 4 au 5, vers 3 h 30, un commando d’une dizaine d’hommes vêtus de noir, cagoulés et armés de battes de base-ball attaquent le piquet de routiers grévistes du carrefour de l’Anjoly. Le matraquage fait trois blessés et des dégâts matériels. L’opération vise à couvrir la sortie de plusieurs camions de la société Transports frigorifiques européens (TFE), obligés d’emprunter à contresens une bretelle d’autoroute pour rejoindre la RN 113. L’affaire fait grand bruit, mais personne ne soupçonne, alors, la municipalité de Vitrolles. Un mois plus tard, la brigade criminelle du SRPJ de Marseille place pourtant en garde à vue trois proches de Bruno Mégret: Gilles Lacroix, adjoint au maire chargé des actions de proximité et de la vie associative; Patrick Bunel, chargé de mission à la sécurité; et Yvain Pottiez, employé des services sociaux. Tous nient avoir participé au commando. »

Vous comprendrez aisément que ma curiosité soit piquée quand j’ai lu le nom de cette triste boîte dans l’affaire Mickaël Prince. Vous comprenez aussi que l’antisyndicalisme ne soit pas une nouveauté chez ces « messieurs » de TFE, même si la boîte appartient aujourd’hui à un autre groupe. Je viens donc au cas de Mickaël, convoqué ce mardi 13 mars devant le tribunal pour « contrefaçon ». C’est là le dernier avatar d’une guerre sourde que mène la direction contre notre camarade Mickaël. De quoi est-il accusé ? Je cède la parole à l’Union départementale CGT de la Somme :

« La CGT aurait repris, détourné et posté sur YouTube une chanson de la multinationale qui vantait les joies de l’alcool. Le véritable objectif est de faire craquer le responsable syndical. Tous les motifs sont bons. A l’entretien pour le licenciement, on lui a expliqué qu’on en était là parce que Chaulnes, dans le groupe, est devenu « le village des irréductibles Gaulois ». À Paris, dans le bureau du directeur, y a une carte de France, Chaulnes est marqué en rouge. »

Un site marqué au fer rouge ? Comment se fait-ce ? La clé est à chercher du côté de chez Fakir et de ses journalistes d’investigation. Ils rappellent que la direction de TFE Chaulnes a proposé de l’argent – 40 000 euros – à Mickaël Prince, pour qu’il parte. La suite est là :

« Mais pourquoi ils sont prêts à raquer pour te faire partir ?
– Parce qu’aujourd’hui, à Chaulnes, on a plus de 50 % de syndiqués CGT. Ils ne peuvent plus nous coller des mises à pied à leur guise. On a obtenu le taux horaire le plus haut du groupe. Les conditions de travail, niveau sécurité pour le personnel, c’est parmi les meilleures. Les transporteurs travaillent sur quatre jours. On s’est aperçus qu’on nous avait grugés des RC, des « repos compensateurs », et on a regagné cinq jours par personne. En plus, les gars de Chaulnes se déplacent à Cergy-Pontoise pour aider les copains, on se déplace à Rennes, et ça, ça ne leur plaît pas. Ils craignent un effet boule de neige. C’est moins cher d’acheter le délégué syndical. »

Voilà quelques raisons pour soutenir Mickaël dans son combat.

Bonus militant : je m’abonne à Fakir

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Bonus vidéo : T. Raumschmiere « Monster Truck Driver »


Montebourg, la LDJ et le front de la haine

C’est assez connu, enfin je crois, je n’ai aucune espèce de considération pour l’homme politique nommé Arnaud Montebourg. Je l’ai déjà sciemment éreinté dans ces colonnes. Cependant, je veux aujourd’hui le défendre. J’ose espérer que la plupart de mes lecteurs savent qu’avec sa compagne, il a été pris à partie, dans la nuit de mardi à mercredi, par des petits fachos. Cette agression témoigne que, si le Front national aurait changé d’atours pour tenter de se rendre respectable, thèse que nous sommes certains à combattre, ses partisans, dont je ne sais s’ils sont dûment encartés ou pas, n’ont pas changé. Je vous renvoie à la note de l’ami JesuisCethomme, alias Gauche de combat, pour connaître le détail des faits.

Ce qui motive ma prise de clavier en soutien de Montebourg, c’est le communiqué odieux de la Ligue de Défense Juive suite à ce qui est bien plus grave qu’un simple incident de campagne. L’extrême-droite sioniste prend le temps d’expliquer : « Le pro-Palestinien Montebourg se fait agresser par des hooligans ». Déjà, le titre laisse pantois et peu de place à la sympathie pour ses auteurs. Plus loin, cet avatar du Betar rentre dans le détail :

« Montebourg souhaite l’expulsion des juifs de Jérusalem. Il a déclaré : « Les provocations d’Israël et de son gouvernement extrémiste, les appuis dont ils disposent et notamment, malheureusement excessivement aux Etats-Unis (…)… C’est à l’Europe et à la France de prendre l’initiative pour faire pression sur Israël ». Naturellement nous n’avons jamais entendu Mr Montebourg condamner les Palestiniens pour leur enseignement de la haine antijuive dans les écoles de Ramallah ou de Gaza. (…) Montebourg ne fait pas partie des amis de la communauté juive française ou d’Israël.
C’est un extrémiste qui hier soir l a rencontré d’autres fanatiques.
Il va de soit que la LDJ condamne les agresseurs racistes se réclamant de « Le Pen » mais nous n’allons tout de même pas amener notre soutien à un ennemi d’ Israel. »
(Les fautes de frappe et d’orthographe sont d’origine)

J’estime la « condamnation » des « agresseurs racistes » est prononcée du bout des lèvres et, de ce simple fait, inacceptable. D’autant plus quand est mise entre guillemets le fait qu’ils « se réclament de « Le Pen » ». Face à une agression physique, où le racisme et l’anti-judaïsme a été caractérisé autant que les incitations à la haine raciale, nul ne peut mégoter son soutien au député de la Saône-et-Loire et à sa compagne. La LDJ ose le faire.

Ce faisant, elle montre son vrai visage. Quelle que soit la religion dont elles se réclament, les extrême-droites avancent main dans la main. Leurs intérêts sont liés. Elles s’entretiennent mutuellement. Des sbires fascisants se réclamant de Le Pen, ou de Brasillach ou de Mussolini, font le jeu du Betar et de la LDJ, autant qu’ils peuvent faire le lit des extrémistes musulmans. Au demeurant, ils poursuivent tous un but commun : débarrasser le territoire qu’ils revendiquent comme leur de l’autre. L’autre étant avant toute chose le démocrate, le républicain, l’athée, celle et celui qui refusent que la religion soit instrumentalisée à des fins politiques, celle et celui qui défendent l’idée d’une nation riche de sa diversité.

Dans cette affaire, la LDJ a bien montré qu’elle est l’alliée objective des petits fascistes aux crânes rasés et aux méthodes brutales. Ensemble, ils construisent le Front de la haine. Ce n’est pas nouveau, certes. J’ai eu l’occasion, dans ma vie militante, de croiser des néo-païens qui se réclamaient ouvertement du nazisme défendre une alliance objective avec les salafistes contre les Juifs. Aujourd’hui, les adeptes de la France blanche et « épurée » des Musulmans, pour lesquels ils manifestent une haine obsessionnelle, ont trouvé leurs meilleurs défenseurs dans une condamnation hypocrite exprimée par l’organisation sioniste par excellence.

Et bien, nous ne lâcherons pas Arnaud Montebourg devant cette meute de chiens enragés. Quelles que soient nos oppositions politiques avec lui, il ne sera pas dit que le Front de Gauche laisse la rue aux fascistes de quelque religion que ce soit. Plus que jamais, face au front de la haine, le front de gauche prendra et tiendra la rue. Y compris physiquement.

Le sionisme c'est ça. Vous avez besoin d'une traduction ?

Bonus HADOPI : Télécharge gratuitement Ambusquad « La Guerre du feu (feat. Pili Pili) »

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Bonus vidéo : Bad Religion « Shattered Faith »


#FrontContreFront

A l’évidence, la campagne électorale : présidentielle et législatives, est entrée dans une nouvelle phase. Les lignes forces se clarifient, les oppositions se marquent. Deux camps politiques opposés dominent le débat : le Front de Gauche face au Front national. J’ai écrit pourquoi Jean-Luc Mélenchon a raison de dire « à la fin, ce sera eux contre nous ». J’ai eu tort de croire que la fin arriverait dans quelques années…

Depuis quelques semaines, les camarades du Front de Gauche sont engagés dans un combat au corps à corps avec les frontistes. Notre spécialiste de la question, Alexis Corbière a publié plusieurs articles sur le sujet et publie aujourd’hui même un nouvel ouvrage qui fera date, Le Parti de l’étrangère ; Laurent Mafféis a rédigé un livre démontant les Cinq Mensonges du Front national ; l’ami Despasperdus explique en quoi le FN n’est pas une fatalité… Mon géographe d’ami Nicolas Lambert, lui, fait la démonstration que « Voter FN ne sert à rien ». Sur la blogosphère, le Front de gauche tient la tranchée. Sur le terrain, aussi !

Vincent Adami face à Marine Le Pen

L'image qui symbolise la campagne présidentielle 2012

La journée d’hier est particulièrement révélatrice ! Elle se focalise dans l’Est de la France, terre de mission du Front national. La Le Pen y est allé, hier, pour tenter de flirter avec les ouvriers de l’usine PSA de Montbelliard. Et bien, les camarades du Front de Gauche, Vincent Adami en tête, l’en ont physiquement empêché. Je vous renvoie chez l’ami JesuisCethomme pour le récit complet de l’affrontement.

Le soir, dans ces terres ouvrières dont les militants frontistes s’arrogent, avec arrogance, la possession, Mélenchon tient meeting devant 3 000 personnes, chiffres livrés par le directeur du Palais des sports de Metz. Là, il lance « l’opération nettoyage » contre le FN. Dans la même ville, en novembre, la châtelaine de Montretout avait rassemblé 800 personnes… Fin de la séquence.

Milliardaires de père en fille

Ce matin, j’ai entendu sur RMC que cette journée du mercredi 18 janvier produit déjà des effets et que les militants d’extrême-droite montent le ton leur tour. A l’image de ce candidat aux législatives dans le Puy-de-Dôme, qui se présente comme un conducteur routier et accuse Jean-Luc de toucher « 42 500 euros par mois ». Ils ont compris qui est leur ennemi, qui ne lâchera pas un pouce de terrain devant eux.

Notre stratégie est là, au grand jour : c’est Front contre Front. D’abord, l’explication : le désossage d’une idéologie corporatiste dont les premiers bénéficiaires restent à jamais les membres de l’oligarchie dont fait partie la rentière exilée à Nanterre pour cause de « nouvelle ligne ». Les camarades sont précis, ils cherchent les textes, les écrits du Front national, les situent dans le contexte politique du temps. Deuxio : l’affrontement.

Nous tiendrons la rue

Mis à part les partisans des différentes extrêmes-droites réunies dans cette fédération de la haine qu’est le Front national, il y a dans les membres du Front national des gens qui sont contre le système. Des personnes exaspérées par les conséquences de la lutte des classes à l’œuvre depuis des décennies et qui constatent que la gauche traditionnelle, celle qui se baptise ainsi en tous les cas, les a abandonnés. Ceux-là ne donnent aucune prise aux discours moralisateurs sur le thème « le FN c’est mal ». Ils en ont ras-le-bol tout simplement. A ceux-là, pas la peine de parler par périphrases. Il faut faire la démonstration physique que nous sommes les meilleurs combattants contre le capitalisme.

Alors, oui : à chacun son prosélyte Front national. Ne lâchons rien ! Traquons-les partout ! Ne leur laissons plus aucun espace d’expression sans qu’ils ne nous trouvent en face. Et si la phrase choc ne suffit pas, le poing dans la gueule, lui, saura convaincre.

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Bonus vidéo : Melissmell « Aux Armes » – Merci à Esprit critique pour la découverte


Face à Marine, il ne reste à Sarko que la crise

Les dernières mésaventures de la gauche ont remis à l’ordre du jour la tentation du vote utile. Il est vrai que la sensibilité générale à laquelle je me rattache a connu, en quelques mois, l’euphorie de la victoire assurée pour arriver aujourd’hui à une sorte d’abattement collectif. Mais, à qui veut bien prendre le temps de regarder les choses avec lucidité – ce qui n’est pas chose aisée, je le reconnais – c’est du côté de la droite qu’est l’affolement. Le risque est lourd pour elle que, comme le prophétise Le Pen père depuis des années, les électeurs viennent à « choisir l’original plutôt que la copie ».

la droite a peur

Mais repartons des gauches pour commencer cette réflexion. L’enchaînement de l’été jusqu’à l’automne : la primaire d’Europe Ecologie-Les Verts, le Remue Méninges à gauche, la primaire socialiste a vu la gauche dans toutes ses sensibilités renforcée, rassemblée même quoi qu’il en ait été des petites phrases. Je rassemble les trois séquences parce que l’électeur, loin de partager et encore plus loin de s’intéresser à nos querelles byzantines, nous classe tous dans le même camp. La large victoire de François Hollande a donné l’image d’un Parti socialiste assumant sa cohérence : « Tout pour la victoire, qu’importe le projet ».

S’en est suivi l’épisode affreux de l’accord législatif entre les écolos et les socialos, cacophonie durable qui laisse à l’électorat un goût trouble dans la bouche et le sentiment que c’est reparti comme en 2002. La proclamation de candidature de Chevènement parachevant un tableau assombri au moins autant que le ciel d’automne.

Je ne partage rien avec François Hollande. J’ai même eu l’occasion dans ces colonnes d’exprimer ce que j’analyse de l’évolution dernière du Parti socialiste. Mais je suis d’accord avec lui lorsqu’il indique à ses proches, après la primaire, qu’il va avoir un trou médiatique et sondagier. C’est assez récurrent et stigmatise non un vrai recul, plutôt un rééquilibrage après une période de surexposition. Le vrai cafouillage autour de l’accord PS-Verts va finir par profiter, quoi qu’en pense mon excellent camarade Romain Jammes, au parti de la rue de Solférino. Quand il y a une querelle au sein de la sensibilité sociale-démocrate, c’est toujours au gros auquel elle profite. Vu que, dans le cas présent, les camarades d’Eva Joly lui tirent dans le dos, Flamby n’a qu’à attendre que le chamallow vert soit grillé pour le déguster.

Le Front de Gauche, pour sa part, se construit loin des projecteurs et participe de l’élan d’une gauche combattante, combattive, assumant sa radicalité. Loin des écrans télé, le Front de Gauche arpente le terrain, existe sur les marchés, mène ses porte-à-porte, est à la porte des usines autant que des agences de Pôle Emploi. Bref, il vit son bonhomme de chemin et grandit sans prendre au bloc social-démocrate avec lequel il ne partage que l’ambition de battre la droite. Un électeur du Front de Gauche n’est pas un électeur PS de moins, c’est un électeur de gauche de plus. Sans la candidature Mélenchon, il serait resté à la maison, n’en déplaise aux belles personnes.

Dans ce contexte, morose pour les sociaux-démocrates à cette heure et uniquement à cette heure, la droite ne s’y trompe pas. Comme le stigmatisait un hashtag sur twitter en octobre, c’est #UMPanique en ce moment. Le premier témoignage concret de cette débandade demeure la guerre ouverte entre Dati et Fillon en vue des législatives à Paris. Un camp sûr de gagner ne s’amuse pas à se genre de bêtise. Quand on en vient à en découdre pour une circonscription en platine, c’est que l’heure est grave. La peur est là qui tenaille le ventre : il faut se mettre à l’abri qu’on soit premier ministre ou qu’on s’appelle Dati. Mais à quoi tient cette panique à bord ? Tout simplement au fait que Sarkozy pourrait bien être absent du second tour de la présidentielle si la dite crise ne se poursuit pas.

Dessin de Loïc Faujour

Encore une fois, c’est le Cassandre de la droite, François Fillon himself qui a ouvert les vannes à l’hystérie collective à droite. Il a évoqué cette perspective, en creux, dès mars 2011. Il tentait alors de battre en brèche les candidatures « de division », notamment celle de Borloo. Message reçu, le héraut des centristes s’est couché platement. On attend en revanche Morin pour dimanche et l’éternel revenant Bayrou, le Chevènement bis, a annoncé hier soir sa candidature. Et de trois donc, pour la droite. Plus Marine Le Pen !

Il faut reconnaître à Fillon qu’il comprenait bien le message envoyé par une partie de l’ancien électorat UMP à l’occasion du scrutin cantonal de l’époque. Des pans entiers de l’électorat de droite s’en sont allés grossir la vague « bleu Marine », sanctionnant durablement les promesses non tenues du « Président du pouvoir d’achat ». Un sondage en date d’avril 2011, commandité par Le Parisien a accrédité l’hypothèse alarmiste du premier sinistre.

Depuis, force est de constater que la Len Pen a engrangé de nouveaux renforts. Le parfum de scandale, qui marqua la fin du septennat giscardien, revient en vogue, de Takkieddine et le Karachigate à l’affaire Woerth-Bettencourt qui n’en finit jamais. Il sonne le glas de la « République irréprochable ». D’où le déchainement de l’UMP, du « cancer de l’assistanat » cher à Laurent Wauquiez jusqu’à « l’effraction » de François Baroin. La panique est elle que l’Elysée permet au ministre des transports Thierry Mariani de livrer au journal fascisant Minute l’exclusivité de la pétition de la Droite populaire contre le droit de vote aux étrangers.

Las, cette outrance, loin de ramener les brebis au bercail sarkoziste, finit de faire sauter les digues construites par Chirac et consorts pour marquer une différence de fond entre la droite et l’extrême-droite. Pour machiavélique qu’il ait été, le Jaquot avait compris une chose : à trop flirter avec les thèmes d’extrême-droite, c’est à elle que l’on rend service. Il ne reste aujourd’hui, pour sauver la Sarkozie en péril, que l’aggravation de la crise et un troisième plan d’austérité. On prie qu’il arrive avant février ?

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Bonus vidéo: N.A.S.A. « Way Down (Dan Sena Remix) »