Archives de Tag: front contre front

Au charbon avec Mélenchon – 3e épisode

Suite des Chroniques du Hamster sur la campagne de Mélenchon et Poly dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais.

* * *

On a beau être une tête dure, « a men’ donné », il faut se faire une raison, je ne vais pas attendre qu’un gouvernement de gauche digne de ce nom remette le service public ferroviaire sur les bons rails et je me résigne à passer le permis. C’est une des leçons de la campagne, j’ai pu constater une fois encore à quel point le réseau express régional est mis à mal. Suppressions de trains, retards et le manque de personnel pour informer les usagers, choses qui contribuent au quotidien à privilégier la voiture comme moyen de transport par défaut dans la région. Ajoutez la météo capricieuse et grisâtre, et vous comprendrez pourquoi j’envisageais le temps fort de la journée avec appréhension. Manifester un jour de fête des mères en prime, plutôt risqué. Précision, ce n’est pas l’œuvre du régime de Vichy. Elle a été officialisée en France en 1928, et inscrite au calendrier en 1941.

Il est déjà temps de repérer le parcours de la marche. On part du puits Dahomey pour se rendre à travers les cités ouvrières jusqu’aux bureaux de la compagnie à Billy-Montigny. Une bonne heure de marche soutenue, sans compter les deux haltes prévues sur le parcours. Au même moment la scène sur laquelle se tiendra le meeting à la fin de la marche est en cours de montage, tandis que des militants s’affairent à draper de rouge les murs, arbres et grilles de l’imposant bâtiment qui abritait autrefois les bureaux de la compagnie des mines. L’équipe des colleurs d’affiches s’assure que sur le parcours on ne trouve plus trace de la pollution visuelle de l’héritière de Montretout et de ses amis aux crânes rasés.

Une intense activité militante, réalisée avec sérieux par des bénévoles qui ont confectionné des dizaines de pancartes colorées qui seront portées par la foule quelques heures plus tard. Un premier car se gare, des camarades de la région parisienne qui arrivent, des militants qui viennent apporter leur aide et d’autres qui vont assurer le service d’ordre. Il y aura bien une poignée de cars de la région, mais bien moins nombreux que ce que fantasme l‘extrême-droite vociférant contre une « invasion » venue de toute la France. Le lendemain, la même extrême-droite minimisera l’événement pour dénombrer « 800 personnes ».

Le temps passe vite, la restauration sera expédiée, tandis que la rue qui longe l’ancien carreau de la mine se remplit. Des ballons, rouges, les pancartes sont distribués, le cortège s’organise : derrière la banderole du Front de Gauche, on retrouve les cortèges d’entreprises (Samsonite, Française de mécanique, collectif de précaires). Puis suivent les mineurs marocains, la CGT, les associations antiracistes (Sos Racisme, Mrap) et le cortège féministe du Front de Gauche. Les sans-papiers sont également présents.

Avant que la marche ne s’ébranle, Jean Luc Mélenchon, accompagné par Sonia – arrière-petite-fille d’Emilienne Mopty -, dépose une gerbe de fleurs au pied du monument commémorant la grève des mineurs de 1941. Émilienne Mopty, résistante, avant pris la tête des manifestations de femmes durant la grève, à Hénin-Liétard le 29 mai et Billy-Montigny le 4 juin. La grève atteindra son apogée les jours suivants, 100 000 mineurs cesseront le travail. L’occupant allemand constatant une grève quasi totale sur le bassin minier, la répression sera féroce. Les autorités suspendent les salaires, mais aussi les cartes de ravitaillement. Des centaines de mineurs seront arrêtés et condamnés aux travaux forcés, cent d’entre eux fusillés. Émilienne sera arrêtée l’année suivante, torturée et finalement exécutée.

Et le cortège pour l’humain d’abord s’élance en musique. Une foule chaleureuse et festive, et surtout nombreuse : 3 000 selon la police, 4000 pour la Voix du Nord, 6 000 pour le Front de Gauche. Quoi qu’il en soit, c’est un succès qui marche, à la mémoire de celles et ceux qui ont eu le courage de se soulever. Au-delà de l’hommage rendu, c’est aussi une manifestation revendicative, contre l’austérité et pour revendiquer de nouveaux droits. Toutes ces choses que le Parti dit Sérieux a oubliées depuis longtemps.

L’accueil des habitants est chaleureux et certains se joignent à la marche. On arrive enfin devant les anciens bureaux de la compagnie, les stands accueillent les manifestants. Un village militant aux allures de fête de l’Huma. C’est enfin le temps des discours sur la scène, Bruno Troni, candidat du Front de Gauche dans la circonscription voisine, Michelle Demessine, Martine Billard et enfin Jean Luc Mélenchon. La dernière ligne droite de la campagne s’annonce.

Nota bene : toutes les photos, sauf celle de la stèle, sont de Rémy Blang, mon ami Mosellan et bien plus 🙂

———————————

Bonus vidéo : Chanson en hommage à Emilienne Mopty

Publicités

Dans le Nord Pas-de-Calais, le FN tombe le masque

Merci pour cette image Jean-Michel

Quand le Front national prend peur, les digues sautent, le discours sur la « normalisation » disparaît et les bons vieux réflexes reprennent le dessus. J’avais eu l’info par le téléphone rouge ce matin au réveil, me demandant ce que j’allais en faire. On a pas mal discuté avec les amis et puis Ariane Walter a craqué le morceau sur son agoravox. Alors, oui, hier soir – mardi 29 mai – à Phalempin, au cœur de la 6e circonscription du Nord, la voisine directe de la 11e circonscription du Pas-de-Calais, une quinzaine de militants d’extrême-droite ont reproduit les actes de leurs aînés nazis en « bordelisant » une réunion publique du Front de Gauche. Le sang-froid des camarades a permis que nul ne soit blessé.

Le rêve secret des partisans de Marion Anne Perrine ?

Pendant deux heures, j’ai pensé qu’il ne fallait pas écrire sur ce sujet. Parce qu’il pouvait laisser croire que les fachos avaient gagné l’espace de quelques heures. Mais, après réflexion, l’incident est trop grave et mérite d’être porté sur la place publique. Il montre bien que les fascistes qui soutiennent la « vague bleu Marion Anne Perinne » sont entrain de perdre pied face à l’offensive républicaine que mène le Front de Gauche. A la peur de se voir battus, ils répondent par la violence. On connaît le cycle. Donc, non, le F-Haine n’a pas changé. Derrrière un vernis refait flambant neuf, il s’agit toujours des mêmes. Ceux qui répondent aux arguments à coups de barre à mine. Ceux qui fracassent les locaux des organisations syndicales ou des forces de gauche. Ceux qui intimident quand on tentent de convaincre.

Quelques jours plus tôt, la 11e circonscription du Pas-de-Calais a vu la distribution d’un tract anonyme avec la photo de Jean-Luc Mélenchon, un extrait de son discours de Marseille et un « votons Mélenchon ». En bas de page, une calligraphie dans un style arabe mais, après vérification, sans sens puisqu’écrit de gauche à droite quand l’arabe s’écrit de droite à gauche. Ce tract, pour lequel l’équipe du Front de Gauche a porté plainte, semble bien émaner des proches de Marion Anne Perrine Le Pen. Steeve Briois, animateur du F-Haine à Hénin-Beaumont et secrétaire général du Parti, ne nie même pas le faits, si j’en crois l’article de Marianne.

Ce genre de manip’ est clairement destinée à remobiliser l’électorat de base du FN, les plus racistes, les plus hargneux envers l’étranger, ceux qui lâchent leurs chiens contre nos camarades. C’est que la Marine est proche de couler au vu de la campagne méticuleuse autant que joyeuse que nous, le Front de Gauche, menons face à elle. Il n’y a qu’à relire la précédente Chronique du Hamster, son récit d’une Marion Anne Perrine Le Pen parcourant le marché à la course, dans une nuée de caméras, pour s’éclipser bien vite et, de l’autre côté, le temps lent des discussions, des poignées de main, des échanges, des blagues de Mélenchon avec ses électeurs. Pour les nostalgiques de l’Algérie française, de l’Indochine et autres billevesées chères à l’extrême-droite, la messe est dite. Elle est funèbre. Et la rage reprend le dessus.

Je les ai connus, les mêmes, à Vitrolles quand nous étions entrain de porter l’estocade mortelle au couple Mégret. Des membres de la sécurité du MNR, qui a préparé la ligne politique actuelle de Marion Anne Perrine Le Pen, passaient le temps à rouer de coups les militants de Ras l’Front et autres activistes de gauche. Comme de juste, ils s’en prennent à ceux de leurs adversaires qu’ils trouvent les plus dangereux politiquement. Est-ce au parti dit « sérieux’ » qu’ils s’attaquent aujourd’hui ? Allons, c’est méchant de ma part. Le PS ne s’en prend pas au FN, juste à Mélenchon et au Front de Gauche. C’est comique de voir les sociaux-démocrates verser dans la ligne kominternienne 3e période.

Enfin, cessons de tergiverser. Et j’arrête de me faire plaisir, promis. Nous allons voir jusqu’où le FN va savoir se tenir. S’il en est capable. Selon mes sources, le staff de campagne de Marion Anne Perrine Le Pen est en train de rameuter le ban et l’arrière-ban des extrêmes-droites du nord et du nord-Quiévrain. En jeu, la tenue du bal populaire du Front de Gauche à Villeneuve-d’Asq avec l’ami Ugo Bernalicis. Et, surtout, la marche du 3 juin dans la 11e circonscription. Est-ce que, malgré les caméras, les nervis du Bloc identitaire, des solidaristes et autres groupuscules fascistes, vont être capables de se tenir calme ? On verra bien.

Quoi qu’il puisse en coûter, si les masques tombent, à tout le moins la vérité sera rétablie. Relooké ou pas, le F-Haine aime à flirter avec les fafs.

——————

Bonus vidéo : Blink 182 « Violence »


Au charbon avec Mélenchon – 2e épisode

La campagne sur la 11e circonscription du Pas-de-Calais a atteint son rythme de croisière. Le local qui abrite le QG de campagne à Hénin-Beaumont est désormais tapissé de tableaux permettant de suivre les initiatives quotidiennes, le nombre d’inscrits, les tractages… Rien n’est laissé au hasard, les cartes des communes, nombre de boîtes aux lettres par ville. C’est un déploiement minutieux auquel on assiste, et c’est ce que l’on retrouve d’ailleurs dans la plupart des campagnes législatives menées par le Front de Gauche.

Ce matin les équipes s’activent pour diffuser sur le marché d’Hénin-Beaumont. On prépare les tables, les équipes se répartissent, les « mélenchanteurs » arrivent, parmi lesquels Romain Jammes. Le service d’ordre va s’assurer que le marché sera fréquentable pour éviter une mauvaise rencontre avec l’héritière de Montretout et ses sbires. Hé oui, n’en déplaise aux rédacteurs en chef avides de confrontation sanglante et de bataille rangée pour faire péter l’audimat, nous passons le mot aux journalistes reporters d’images présents, ils n’auront pas ce que veulent leurs employeurs parisiens. On laisse la fille-à-papa traverser le marché au pas de course, bien entourée par des caméras. Les militants se sont placés aux points de passages les plus importants du marché, et l’on constate assez vite qu’on trouve plus de stands qui vendent des fraises de Phalempin que de présence militante de l’extrême droite.

Photo de l’ami Rémy Blang

Avis aux amateurs, la barquette de fraise locale oscille entre 3,50 € et 4,95 €. Passons sur les péripéties de la main invisible du marché sur la fraise. Jean-Luc Mélenchon arrive, et l’on voit une tout autre pratique politique à l’œuvre. On prend son temps, on discute avec les gens. Il n’y a pas le moindre intérêt à traverser tout le marché au pas de course (encore moins au pas de l’oie – Note du rédac chef). On constate encore une fois, comme à Libercourt la veille, que l’accueil est plutôt chaleureux. Il est déjà temps de se restaurer. Mais avant cela, nous nous rendons à la salle située à Courrières où va se tenir le meeting du jour.

L’équipe technique s’affaire pour installer la décoration et surtout mettre en place la sonorisation et l’éclairage.

Photo de l’ami Remy Blang

Dehors, une équipe de collage s’assure que l’affichage soit aux couleurs du Front de Gauche. L’appel de l’estomac se fait plus pressant, on a tous de bonnes adresses locales. Pour ma part, j’ai suivi les conseils de l’ami Jean-Jacques, un QG approprié, La Belle Anglaise, un décor sympathique digne d’un pub, des portraits de guitaristes de blues légendaires, des ballons ovales qui trônent derrière le comptoir. En prime, la bière est fraîche et la nourriture vaut le détour.

Autre détour, par la gare de Lens pour récupérer Benoît Schneckenburger, et retour à la salle : des militants de tous âges finissent de décorer la salle aux couleurs du Front de Gauche. Il est temps de réunir l’équipe du service d’ordre pour un briefing rapide. Hommes et femmes expérimentés et débutants du Réseau Gracchus Babeuf sont présents. L’occasion de rappeler que c’est une tâche militante parfois ingrate mais nécessaire pour que nos initiatives se déroulent le mieux possible. Rien à voir avec les clichés qui ont la vie dure sur les gros bras, il s’agit simplement d’être en capacité de se protéger, une tradition du mouvement ouvrier née un siècle plus tôt.

Photo de l’ami Rémy Blang

La salle se remplit doucement, beaucoup flânent sur la pelouse en attendant les orateurs. L’animation musicale à l’extérieur permet de patienter. D’autres vont faire le plein de céréales au bar. Le meeting commence, devant plusieurs centaines de personnes, Hervé Poly fait une brève intervention. C’est au tour du camarade à la cravate rouge. Jean-Luc Mélenchon revient sur ces questions locales qui méritent une réponse nationale et évoque le cas du procès de Samsonite où seul le Front de Gauche était présent pour soutenir les salariés. D’ailleurs, sur les questions sociales, on attend toujours que la tête de gondole de l’extrême droite, ou le candidat qui fait voter les morts, se montrent. Mais il est tellement plus facile de persifler auprès d’organes de presse complaisants sur la couleur du parachute que de défendre les salariés !

Le discours de Jean-Luc Mélenchon est comme d’habitude dense et intense. Il évoque tant de choses, de la catastrophe de Courrières à la première Convention collective de branche négociée dans le bassin minier, berceau du mouvement ouvrier. Enfin, il évoque la prochaine étape publique le 3 juin, une marche qui partira du puits Dahomey pour se rendre à Billy-Montigny, sur le modèle de celle menée par la résistante communiste Émilienne Mopty en mai-juin 1941, pendant les grèves des mineurs. Le meeting s’achève déjà, Jean-Luc Mélenchon prend le temps de répondre aux nombreuses sollicitations puis tout le monde se disperse en attendant de se revoir très vite à la prochaine étape. Dans les corons comme partout ailleurs, on ne lâche rien !

 

—————————–

Bonus vidéo : Silmarils « Va y avoir du sport »

 


UMPFN : le point Godwin, c’est maintenant !

Billet court à la manière de Gauchedecombat.

Au début, c’est une pub sur facebook qui attire mon attention. Avec le joli logo qui est le sien, l’Union pour une Majorité pétainiste (UMP) lance un étonnant : « La Résistance, c’est maintenant ». Je me dis, quand même, ils sont pas gonflés. J’attends d’ailleurs toujours les chars de l’armée russe. Mais je me suis laissé dire qu’ils avaient été retenus : le 7 mai, ils étaient de célébration de « l’élection » du grand ami de Nicolas le petit, Vladimir Poutine. Je fais quand même une petite recherche internet et… Je tombe sur ça, le site de campagne d’Arnaud Barroux, candidat UMP dans la circonscription Evry-Sud en Essonne. Photo please :

Notez la symbolique : un enfant seul, au milieu d’une mer agitée, tenant en main le drapeau de la France. Il semble demander de l’aide. Aide que, je suppose, l’organisation qui m’est apparue immédiatement après dans les résultats de recherche va lui apporter, puisque « la résistance c’est (eux) » . Là encore, photo please !

Etonnant, non ? La Liberté guidant le peuple… Rien moins. En pleine mythologie de la révolution ouvrière de juin 1848, pas les journées bourgeoises de février de la même année. Nous sommes encore et toujours dans cette fameuse « triangulation », ou l’art de s’approprier les thèses voire l’imaginaire de son adversaire politique.

Je suis ébahi par l’art consommé de la communication qu’il faut avoir pour oser ce genre de choses. Néanmoins, j’accorde un double point Godwin à l’UMPFN sur ce coup.

——————————–

Bonus vidéo : Modeselektor « This (feat. Thom Yorke) »


Vitrolles pour comprendre Hénin-Beaumont

Pour commencer ce billet, une fois n’est pas coutume, je veux me rendre agréable à l’héritière de Montretout. Depuis des années, elle est affublée d’un quolibet qui la rend vague. Aussi, j’entends lui restituer son patronyme en entier : Marion Anne Perrine Le Pen, née à Neuilly-sur-Seine, résidant au manoir de Montretout à Saint-Cloud. Héritière, de manière indirecte, de la fortune de M. Lambert, patron décédé des cimenteries éponymes. Voilà, je pense qu’une injustice est réparée : Marine, c’est vraiment trop « peuple » quand on a une aussi belle ascendance. A l’heure où nous nous battons pour que la classe ouvrière retrouve ses symboles, je veux contribuer à ce que la grande bourgeoisie, dont est issue la Le Pen, retrouve les siens. Voilà donc le retour de Marion Anne Perrine Le Pen.

Les vrais parents politiques de Marion Anne Perrine née Le Pen

Ceci étant posé, je veux revenir à ce qui n’est pas la propriété de Marion Anne Perrine héritière millionnaire Le Pen : Hénin-Beaumont et la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Beaucoup s’émeuvent des hauts scores de la châtelaine, fière défenseure des intérêts du capital, dans une circonscription éminemment ouvrière, puisque nous sommes là au cœur du bassin minier. Qui s’intéresse à l’histoire du mouvement ouvrier connaît ces noms : Carvin, Wingles, Noeux-les-Mines… Ce sont sites de hautes luttes sociales, de combats à mort avec le fascisme appuyé, comme de juste, par le grand patronat minier. Alors, que vient faire l’héritière de Montretout dans ce pays noir (de charbon) et rouge (du sang des ouvriers) ? Je vous propose, pour comprendre, un détour par Vitrolles, à l’opposé géographique de Hénin.

La ville de Vitrolles a été prise par l’extrême-droite, incarnée par Catherine Mégret, en 1997. Pourtant, cette cité, connue à l’époque pour sa plateforme logistique et son équipe de hand-ball, est un fief socialiste de longue date. Le maire en est Jean-Jacques Anglade. On croise de tout à Vitrolles à l’époque. Et pourtant, la ville va s’offrir à cette tendance de l’extrême-droite qui se voit, déjà, en fer de lance d’une droite autant recomposée que décomplexée. Ce n’est pas le moindre des paradoxes de la Le Pen que celui-ci : près de 14 ans après la scission qui donnera naissance au Mouvement national républicain, Marion Anne Perrine a repris et fait triompher, au sein du Front national, la ligne initiée par Bruno Mégret.

Mais comment Vitrolles a donc pu basculer dans le camp de celles et ceux qui défendent la « préférence nationale » au point de créer une prime pour les « bébés français » ? La responsabilité du parti dit « sérieux » n’est pas mince dans cette histoire. Sur sa fin, le « système Anglade », du nom de celui qui est le maire socialiste jusqu’en 1997, mêle arrogance, clientélisme, affairisme. Jean-Jacques Anglade c’est : gestion opaque, goût démesuré pour la comm’ et ce qui n’est pas encore le « bling bling », plus des démêlées avec la justice dont une mise en examen pour fausse facture… Ah… il y aurait des similitudes avec l’état du Parti dit « sérieux » dans le Pas-de-Calais ? Ah bon…

La comparaison peut ne pas s’arrêter là. Nous sommes dans deux départements où, selon la croyance populaire, dès le moment où elle est floquée du poing et de la rose, une chèvre peut être élue. Dans les Bouches-du-Rhône comme dans le Pas-de-Calais, le seul obstacle à l’élection c’est le petit baron d’à côté qui peut aussi prétendre à la légitimité des urnes. Les aspirations des citoyens, trouver des solutions à leurs problèmes de tous les jours, là n’est pas l’important puisque, à la fin, ils voteront pour vous. Du coup, on peut se permettre de promettre à qui un emploi, à qui un logement, en échange de quelques voix. Et, pour financer tout cela, quelques belles factures sur-dimensionnées. Peu importe…

Or, parfois, les électeurs, même pauvres, ont envie qu’on s’occupe d’eux – vraiment. Or, parfois, les électeurs, même pauvres, aiment avoir des élus sans casserole. Or, parfois, les électeurs, même pauvres, aspirent à ce que les élus qui les représentent leur permettent de rester dignes. Il y a de la morale, dans l’aspiration des électeurs, même pauvres. Or, l’incapacité du Parti dit « sérieux » à faire le ménage, dans les Bouches-du-Rhône comme dans le Pas-de-Calais, va détourner certains de leurs supporteurs. Et, « puisque tout est pourri », autant filer la clé de la baraque à ceux qui ne les ont jamais eues. C’est ainsi que Catherine Mégret arrive à l’hôtel de ville de Vitrolles en 1997. Ouvrant une parenthèse d’un peu plus de cinq ans, au cours de laquelle l’extrême-droite montrera son vrai visage. Elle est, encore plus que d’autres, capable de se mettre hors la loi. Pour en avoir le détail, je vous suggère la lecture du blog de mon ami Didier Hacquart, avec qui j’ai eu le plaisir et l’honneur de militer, quand nous avons ramené Vitrolles dans le giron de la République.

Donc voilà un bref rappel historique qui permet de mieux comprendre pourquoi il est essentiel, pour la gauche, d’être elle-même – « sans complexe et sans casserole ». Ce n’est qu’à partir de ce moment-là que les militants peuvent à nouveau refaire de la politique et poser les vraies questions : qui a fermé les mines, l’immigré ou le banquier ? Pourquoi on ne trouve plus de boulot, parce que c’est le voisin qui l’a pris ou parce que la financiarisation de l’économie transforme l’être humain en variable d’ajustement ultime ?

Au final, ma conclusion est bien celle-là : si nous sommes contraints d’aller porter le fer en première ligne une nouvelle fois face à l’extrême-droite, c’est bien parce que le parti dit « sérieux » a failli. Comme à Vitrolles, il a connu la débâcle : l’état-major a refusé de prendre ses responsabilités et de mener le nettoyage de ses propres positions. C’est une faillite morale autant que politique qui nous met en première ligne, quand nous aurions pu nous contenter de nous occuper de nous mêmes. Mais, une fois de plus, nous sommes incapables de nous satisfaire de gérer nos bons résultats électoraux : nous sommes habités par l’esprit de responsabilité politique.

—————————–

Bonus vidéo : Massilia Sound System « Ma Ville est malade »


Retour sur la raclée du FN en Seine-Saint-Denis

Il y a eu de bonnes nouvelles dans cette campagne présidentielle. D’abord, oui, on a viré Nicolas le petit. Le geste de salubrité publique a été fait, et nous y avons toute notre part. Il y a aussi autre chose que je veux mettre en lumière, maintenant que j’ai un tout petit peu de temps. Le Front national, qui avait misé gros dans ce département, a essuyé un sacré revers en Seine-Saint-Denis. Certes, la millionnaire de Montretout y obtient 72 335 voix et 13,55 % des suffrages, ce qui est déjà beaucoup. Mais, comparons avec 2002 : l’extrême-droite avait alors obtenu 80 106 voix et 20,41 % des votes. J’ajoute les voix de Bruno Mégret à celles de Jean-Marie Le Pen. Personne n’y verra d’inconvénients, j’espère.

Avant ce scrutin majeur, le Front national n’avait pas masqué ses ambitions. Le parti de la famille Le Pen s’appuyait sur un score moyen de 17 % aux élections cantonales de 2011 pour justifier ses rêves d’arriver en seconde position. Je vais citer le responsable du FNJ dans mon département, Laurent Gervais :

« Le 93 est un laboratoire pour le FN. Il y a tous les terreaux qui peuvent être favorables à notre électorat : forte délinquance, islamisme, misère sociale… Depuis un an, on s’est mis au travail dans le département, il peut donner des résultats importants. Avec une équipe solide, je pense même que le 93 peut devenir la première fédération. »

Diviser, mentir, faire haïr : le vrai visage du F-Haine

Par ailleurs, les responsables frontistes voulaient faire croire que de plus en plus d’habitants « se disent séduits par le discours populiste de Marine Le Pen », sa dénonciation des riches et du « système ». « Sur le terrain », Gilles Clavel, animateur départemental du FN, avait annoncé à la presse que « le discours de Marine Le Pen passe de mieux en mieux auprès de ces habitants » dans la mesure où cette dernière serait « très sensible à ce qui se passe dans les banlieues ». Enfin, le FN avait annoncé vouloir jouer la division entre les Séquano-Dyonisiens, jouant la carte des pavillons contre les tours.

Au final, la Seine-Saint-Denis n’a pas cédé aux sirènes de l’extrême-droite. Cette dernière est même en sérieux repli. Si la formation d’extrême-droite se maintient, en apparence, au niveau du score de Le Pen père 2002, avec une progression par rapport aux régionales 2010, c’est essentiellement dû au basculement d’une partie de l’électorat sarkoziste vers la candidate du F-Haine. Les glissements assumés du discours de Nicolas le petit – « rien n’était factice », nous a-t-il rappelé au soir de sa défaite – ont autorisé autant que justifié ces transferts de voix. Le FN obtient d’ailleurs son plus haut score, 19,90 % des voix, à Montfermeil, ville dont le maire UMP, Xavier Lemoine, s’est illustré par des propos très proches de ceux du FN.

Si le Front national maintient quelque ancrage dans mon beau département, c’est essentiellement auprès des classes dites « moyennes » qui craignent de se voir prolétariser : fonctionnaires, agents de maîtrise, petits commerçants, vivant dans les zones pavillonnaires et les centre-villes en cours de mutation. Ce n’est pas nouveau. Mais, même là, l’implantation frontiste marque le pas.

En revanche, les quartiers populaires, que prétendaient représenter l’héritière de Montretout, se sont refusés à la haine. Ces « pauvres », ces abandonnés des politiques libérales ou social-libérales, n’ont pas abdiqué leur dignité. A Montreuil, dans le très quartier populaire de Montreau-Le Morillon, à l’école Daniel-Renoult, la Le Pen arrive en 4e position sans même franchir la barre des 10 %. Il faut savoir que, dans ma ville de cœur, l’extrême-droite disposait d’une élue municipale de 2001 à 2008. Ce constat a amené un ami blogueur à évoquer le « mystère du vote FN en Seine-Saint-Denis ». En guise de début d’explications, je vais livrer ma modeste contribution.

Je pense, en premier lieu, que dans les quartiers populaires, il reste – malgré tout – une vraie vie sociale, appuyée sur un tissu associatif dense, qui permet aux habitants de se côtoyer, de faire des choses ensemble, donc de se connaître. Je continue à dire que, dans la situation de pauvreté extrême dans laquelle sont plongés bon nombre de ces quartiers, la question du pouvoir d’achat et de l’emploi demeure prioritaire par rapport aux enjeux construits artificiellement de religions ou autres préjugés racistes. A contrario, l’isolement propre à la vie en pavillon facilite le repli sur soi et le rejet de l’autre qui en découle.

Enfin, je continue de penser que la campagne du Front de Gauche, qui a fait le pari de l’intelligence, a contribué grandement à redonner à la classe ouvrière sa fierté et sa dignité. En la replaçant au cœur de la vie politique ; en lui rendant son rôle moteur dans le combat de classes hier, aujourd’hui et demain ; en lui redonnant une voie et sa voix, nous avons fait œuvre utile. Une classe qui se retrouve, c’est une classe qui n’a plus peur. C’est là une des raisons fortes de la défaite du F-Haine dans mon département.

—————————–

Bonus vidéo : Boikot « No Pasaran »


Le 4 mai à Stalingrad à quoi bon ?

Et oui, demain, nous autres amis et camarades du Front de Gauche, avons rendez-vous vendredi 4 mai à 18h30 place Stalingrad à Paris, pour un meeting contre Nicolas Sarkozy. « A quoi bon ? », dirons certains. Nous avons déjà expliqué pourquoi nous utiliserons le bulletin de vote imprimé François Hollande pour foutre Nicolas le petit dehors. Est-ce donc bien utile de faire de la retape pour quelqu’un qui n’aura en tête, dès le 7 mai, que de nous foutre sur la gueule ? Rien que ces deux questions valent que je m’y arrête.

En premier lieu, nous n’avons attendu personne pour combattre politiquement le Front national. Au vu de la campagne de Nicolas le petit, je maintiens que notre stratégie de « front contre front » doit désormais englober l’Union pour une majorité pétainiste (UMP). Il a démontré que les convergences idéologiques qu’il affiche avec l’héritière de Montretout ne sont ni tactiques ni conjoncturelles. Elles sont apparues dès sa campagne de 2007. Il a eu alors l’intelligence de faire accroire qu’il ne s’agissait que d’un moyen pour siphonner les voix du F-Haine, la réalité a montré que le mal était plus profond. Il appartient donc au Front de Gauche de poursuivre son combat contre la droite extrême.

Il est clair, par ailleurs, que nous ne faisons pas campagne contre Sarkozy de la même manière que le candidat du Parti dit « sérieux ». Lui annonce vouloir « convaincre les électeurs du FN ». Son discours sur l’immigration, sa « fermeté » sur les questions liées à l’ordre, ses propos sur la dette témoignent qu’il entend disputer à Nicolas le petit cet électorat. Lequel lui répond, en substance, « on votera pour toi parce qu’on a plus à gagner avec le PS qu’avec l’UMP. Toi président, c’est Marine dans 5 ans ». Le message passe mal, mais Solférino doit brouiller l’écoute. Nous, au Front de Gauche, nous considérons plutôt que, pour assécher le vote Front national, il faut en extirper les causes profondes. Je les ai exposées dans une note précédente, je n’y reviens donc pas.

C’est ce discours d’éducation populaire, de responsabilisation, que nous entendons porter demain. A côté de la campagne du parti dit « sérieux ». Ce sera aussi important que ce dernier se rappelle qu’il n’est propriétaire d’aucune voix au soir du second tour. Surtout pas des nôtres. De la même manière, en nous prononçant pour un bulletin de vote précis, nous évitons l’amalgame avec la consigne donnée par l’autre défenseure du lebensraum. Oser la clarté, assumer le clivage, c’est pour nous illustrer le profond respect que nous éprouvons à tout instant pour notre peuple. Tant pis si cela irrite certains de mes très proches amis qui militent pour le parti dit « sérieux ».

Ce dernier pourra bien mettre en œuvre une stratégie d’éradication aux élections législatives. Peu me chaut. Avec le Parti de Gauche, et d’autres camarades comme ceux de la FASE ou Convergences et Alternatives, nous réclamons une ligne d’autonomie totale vis à vis du PS. Nous n’entendons pas, comme c’est le cas pour Europe Ecologie-Les Verts, devoir notre survie politique, à de minables accords signés sur le coin d’une table au bistrot rue de Solférino. C’est parce que notre ligne politique est utile aux habitants de ce pays ; c’est parce qu’elle est rassembleuse en donnant des repères ; c’est parce qu’elle est nécessaire face à la crise politique, économique, sociale et morale, que les citoyens nous accordent leurs suffrages. C’est aussi parce que nous leur donnons toute leur place, au sein des assemblées citoyennes du Front de Gauche, qu’ils se sentent à leur tour utiles et impliqués, que nous avons rassemblé 4 millions d’électeurs.

Photo : Stéphane Burlot

Nos « amis » du parti dit « sérieux » peuvent bien y venir, avec leur candidature cannibale comme à Tremblay-en-France. Nous relevons le gant, nous faisons le pari de l’intelligence face aux notables avides de pouvoir. Voilà ce qui rend nécessaire, utile, indispensable même ce rassemblement du 4 mai. A vous y voir les amis !

——————-

Bonus vidéo : Portishead « Hunter »


Front contre front, démonstration du vote nécessaire

Depuis le 22 mars au soir, depuis qu’Annie a rendue l’info publique, il est difficile de cacher sa joie. Ce sondage qui nous place en troisième position, avec 14 % des intentions de vote est enthousiasmant. Je n’y accorde pas plus de foi que cela mais je m’intéresse à la dynamique manifestée par les intentions de vote déclarées. Le passage de notre candidat, Jean-Luc Mélenchon, dans l’émission Des Paroles et des actes a permis au Front de Gauche de franchir une première étape. Visiblement, le rassemblement extraordinaire de la Bastille, dimanche 18 mars, nous permet – tous ensemble – d’en passer une nouvelle.

C’est d’autant plus important que ce sondage, pour la crédibilité qu’on lui accorde entre marge d’erreur et corrections des résultats bruts, a été réalisé en plein drame paroxystique : les tueries de Toulouse et Montauban sont de celles qui ouvrent la voie au pire. Nous semblons, avec le Front de Gauche, y échapper. Je regardai, de retour du boulot un peu tard jeudi soir, 55 rue du Faubourg Saint-Honoré sur Itélé. Le journaliste du Figaro et Joseph Macé-Scaron, de Marianne, ont été obligés de souligner la cohérence de notre positionnement collectif et sa décence. Je veux voir là un élément d’explication quant à la manière dont nous avons été entendus par nos concitoyens.

Au-delà de ce factuel, ce qui m’intéresse particulièrement dans la dynamique mise en lumière par cette nouvelle enquête sur les intentions de vote, c’est qu’elle nous place devant le Front national. La candidature de l’héritière millionnaire se tasse depuis des jours. Aujourd’hui, nous lui passerions devant. Ça, c’est un événement politique ! Un vrai !

Il sanctionne positivement notre ligne d’affrontement systématique, le fameux « front contre front ». En ne laissant rien passer des immondes propos de la châtelaine de Montretout ; en travaillant à dévoiler le fond de son programme, ses incohérences et ses outrances ; en acceptant la confrontation la plus brutale, nous avons réussi. La lumière de la pédagogie, menée notamment par les amis Alexis Corbière, qui le paie au prix fort, et Laurent Mafféis, produit sur la valseuse de Vienne le même effet que la lumière du jour sur les vampires. L’électorat ouvrier, le vote populaire, dont elle se prévalait à hauteur de « 40 % », comme une prophétie auto-réalisatrice, a fondu comme neige au soleil à mesure qu’apparaît la nature profonde de serviteur zélé du capital qu’est celle du FN.

Nous n’allons pas nous en tenir là. Nous allons poursuivre ce qui n’est pas une tactique électorale mais le fond de notre combat, depuis des années. Je me rappelle, du temps de l’association Pour la République Sociale déjà, nous menions des ateliers de lecture sur le programme du Front national. Avec la campagne électorale en cours, à l’échelle de tout le pays, nous amplifions ce travail d’éducation populaire. C’est dans notre ADN politique que d’aller affronter le pire produit de la crise économique, sociale, politique, morale dont a besoin le capitalisme pour se régénérer en permanence.

Las, ce qui apparaît au grand jour, depuis l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy, c’est que nous devons mener la bataille « front contre front » sur… deux fronts. Les propos et les propositions de l’UMP flirtent ouvertement et consciemment avec celles de l’extrême-droite. Mon excellent camirade Stéphane l’a démontré sur son blog. Je vous suggère d’aller y jeter un œil. De toutes les façons, ce porteur des valises du MEDEF, ce laquais des riches, ce thuriféraire du « choc des civilisations », ce destructeur méthodique du contrat social issu de la Résistance et de la libération qu’est Nicolas Sarkozy – et son absence symptomatique de programme publié (des fois qu’on puisse lui faire le coup du vampire à lui aussi) – reste plus que jamais notre principal adversaire. Dans le camp de la droite dure, entre droite extrême et ultra-libéralisme, il est le porteur du vote utile.

Forts de notre dynamique, que ce soit sur le plan du pacte citoyen que nous proposons avec L’Humain d’abord ou sur le plan des valeurs, c’est désormais évident : le vote nécessaire contre la droite, sous toutes ses formes, c’est le Front de Gauche.

Front contre front

—————————————-

Bonus vidéo : Svinkels « Front contre Front »


Toulouse, l’Islam et les Juifs

Bon, pendant que les officiers de la police judiciaire constatent officiellement le décès du journalisme français, il faut revenir sur le fond de ce qui se dit autour des atrocités commises à Toulouse et à Montauban. C’est vital pour notre capacité à vivre ensemble, en paix, dans ce pays. Parce que la fille à papa, l’infâme qui a troqué le noir et argent pour le Marine, a quand même osé. Elle a osé parler, sous couvert de « fondamentalisme musulman », de l’antijudaïsme supposé de l’Islam. Ce simple fait, qui tente de semer les germes de la haine et de la division entre Français pratiquant des religions différentes, mérite bien le terme de «charognards» pour la qualifier, elle et son parti. Mais elle en a rajouté en précisant qu’il était « musulman avant d’être Français ».

Il faut tout de même savoir deux trois petites choses. En premier lieu, contrairement aux religions chrétiennes, il n’y a pas d’antijudaïsme théologique dans l’Islam. Chez les Chrétiens, les Juifs sont « coupables » d’avoir assassiné Jésus Christ. Au nom de ce « crime » supposé, les ghettos, les pogroms et les conversions forcées seront justifiées par les prêtres tout au long des siècles jusqu’à ce que la deuxième guerre mondiale et le massacre systématisé, industrialisé, méthodique des Juifs n’amènent les opinions publiques à s’émouvoir de ce que des individus soient détruits en raison de leur religion. Je passe rapidement sur le fait que les Européens de confession juive, « impurs » par essence, ne peuvent exercer des métiers nobles comme le travail de la terre qu’ils risqueraient de « souiller ». Ce qui les amènera à exercer, quand ils en ont les moyens (ce qui est le cas d’une toute petite minorité), le commerce de l’argent, puisque c’est aussi « impur » pour les Catholiques.

Dans l’Islam, qui procède du même livre initial que Juifs et Chrétiens, il n’y a pas de chose semblable. Les hébraïques sont considérés comme le « peuple élu ». Dans les pays où la religion musulmane domine, les Juifs vivent certes dans des quartiers séparés. Nous sommes au Moyen-Âge n’est-ce pas. Mais ces quartiers ne sont pas enclos dans des murailles et il n’y a pas de couvre-feu ni de signe distinctif pour les israélites. En passant, c’est le très chrétien roi français Louis IX, dit « Saint-Louis », qui a créé l’ancêtre de l’étoile jaune… Mais revenons aux rapports entre musulmans et juifs sur la base de la théologie et à partir des faits historiques.

La rouelle de Louis IX ancêtre de l'étoile jaune

Quartiers séparés donc mais pas d’interdit professionnel. Au contraire même. Les principaux chefs politiques, quand ils sont de confession musulmane, s’entourent très volontiers de conseillers aux croyances différentes des leurs. Ce fait se vérifiera pendant des siècles, jusqu’à Hassan II qui, tout « commandeur des croyants » qu’il soit, choisira pendant un temps un premier ministre de confession hébraïque. Juste parce qu’il a les compétences adéquates. Je ne verserai pas l’angélisme jusqu’à dire qu’entre Juifs et Musulmans tout a toujours été au mieux dans le meilleur des mondes. Une religion monothéiste est, par essence, excluante, cherchant à prendre le pas sur les autres. C’est ainsi que le christianisme a éradiqué le paganisme en Europe ainsi qu’en Amérique du Sud puis a tenté de ce faire en Afrique.

Aujourd’hui, on veut nous faire croire à un affrontement entre Juifs et Musulmans, affrontement historique dont je viens, brièvement, de montrer qu’il n’en est rien. Dans la sphère d’influence française, il y a une raison historique aux tensions entre personnes de confession juive et celles croyant en Allah. Elle a nom « décret Crémieux ». Ce décret, pris en 1870, accorde aux personnes de confession hébraïque vivant en Algérie la nationalité française. Les Musulmans, eux, se verront doter d’un « statut de l’indigène » qui a le mérite de les différencier des animaux, sauf à ce qu’ils fassent expressément la demande d’une nationalité française qui leur est rarement accordée. Je sais, j’ai l’ironie acide parfois. En tout état de cause, on parle là d’un acte politique, un décret pris par le gouvernement français, pour séparer deux populations qui vivaient selon les mêmes règles auparavant.

Dans le fond, il n’y a pas de conflit judéo-musulman et surtout pas sur des bases religieuses. Il n’y a pas plus de conflit entre Juifs et Arabes. Ce qui existe, depuis le début de 20e siècle, c’est un conflit territorial entre Israéliens et Palestiniens. C’est totalement différent. Et, dans ce drame du 21e siècle, la religion n’a valeur que d’alibi ou de cache-sexe. Je présente mes excuses à mes lecteurs croyants pour ce qui peut heurter leurs convictions, mais ce sont les miennes.

Enfin, je ne peux conclure dans parler des salafistes puisqu’il semble que l’à présent décédé tueur de Toulouse se revendiquait de cette idéologie. Dire que le salafisme est un avatar de l’Islam, c’est aussi insultant que d’expliquer que Civitas représente une part des Catholiques, en termes de croyance je veux dire. Le salafisme, comme l’intégrisme catholique ou les fondamentalistes juifs, ne sont pas des croyants. Ce sont d’abord des politiques. Des personnes qui croient que la loi de leur Dieu, souvent vue de manière étroite, exclusive et dominatrice, doit s’appliquer à tous les êtres humains. Ils pensent que la loi pervertie qu’ils prêtent à leurs dieux doit devenir la loi de la cité, politique en grec ancien.

Parce que j’ai trop de respect pour celles et ceux qui croient, ne comptez pas sur moi pour les injurier en les réduisant au rang d’extrémistes quelle que soit la partie du Livre qu’ils revendiquent.

—————————–

Bonus vidéo : MC 900 Ft Jesus « Truth Is Out Of Style »


Montebourg, la LDJ et le front de la haine

C’est assez connu, enfin je crois, je n’ai aucune espèce de considération pour l’homme politique nommé Arnaud Montebourg. Je l’ai déjà sciemment éreinté dans ces colonnes. Cependant, je veux aujourd’hui le défendre. J’ose espérer que la plupart de mes lecteurs savent qu’avec sa compagne, il a été pris à partie, dans la nuit de mardi à mercredi, par des petits fachos. Cette agression témoigne que, si le Front national aurait changé d’atours pour tenter de se rendre respectable, thèse que nous sommes certains à combattre, ses partisans, dont je ne sais s’ils sont dûment encartés ou pas, n’ont pas changé. Je vous renvoie à la note de l’ami JesuisCethomme, alias Gauche de combat, pour connaître le détail des faits.

Ce qui motive ma prise de clavier en soutien de Montebourg, c’est le communiqué odieux de la Ligue de Défense Juive suite à ce qui est bien plus grave qu’un simple incident de campagne. L’extrême-droite sioniste prend le temps d’expliquer : « Le pro-Palestinien Montebourg se fait agresser par des hooligans ». Déjà, le titre laisse pantois et peu de place à la sympathie pour ses auteurs. Plus loin, cet avatar du Betar rentre dans le détail :

« Montebourg souhaite l’expulsion des juifs de Jérusalem. Il a déclaré : « Les provocations d’Israël et de son gouvernement extrémiste, les appuis dont ils disposent et notamment, malheureusement excessivement aux Etats-Unis (…)… C’est à l’Europe et à la France de prendre l’initiative pour faire pression sur Israël ». Naturellement nous n’avons jamais entendu Mr Montebourg condamner les Palestiniens pour leur enseignement de la haine antijuive dans les écoles de Ramallah ou de Gaza. (…) Montebourg ne fait pas partie des amis de la communauté juive française ou d’Israël.
C’est un extrémiste qui hier soir l a rencontré d’autres fanatiques.
Il va de soit que la LDJ condamne les agresseurs racistes se réclamant de « Le Pen » mais nous n’allons tout de même pas amener notre soutien à un ennemi d’ Israel. »
(Les fautes de frappe et d’orthographe sont d’origine)

J’estime la « condamnation » des « agresseurs racistes » est prononcée du bout des lèvres et, de ce simple fait, inacceptable. D’autant plus quand est mise entre guillemets le fait qu’ils « se réclament de « Le Pen » ». Face à une agression physique, où le racisme et l’anti-judaïsme a été caractérisé autant que les incitations à la haine raciale, nul ne peut mégoter son soutien au député de la Saône-et-Loire et à sa compagne. La LDJ ose le faire.

Ce faisant, elle montre son vrai visage. Quelle que soit la religion dont elles se réclament, les extrême-droites avancent main dans la main. Leurs intérêts sont liés. Elles s’entretiennent mutuellement. Des sbires fascisants se réclamant de Le Pen, ou de Brasillach ou de Mussolini, font le jeu du Betar et de la LDJ, autant qu’ils peuvent faire le lit des extrémistes musulmans. Au demeurant, ils poursuivent tous un but commun : débarrasser le territoire qu’ils revendiquent comme leur de l’autre. L’autre étant avant toute chose le démocrate, le républicain, l’athée, celle et celui qui refusent que la religion soit instrumentalisée à des fins politiques, celle et celui qui défendent l’idée d’une nation riche de sa diversité.

Dans cette affaire, la LDJ a bien montré qu’elle est l’alliée objective des petits fascistes aux crânes rasés et aux méthodes brutales. Ensemble, ils construisent le Front de la haine. Ce n’est pas nouveau, certes. J’ai eu l’occasion, dans ma vie militante, de croiser des néo-païens qui se réclamaient ouvertement du nazisme défendre une alliance objective avec les salafistes contre les Juifs. Aujourd’hui, les adeptes de la France blanche et « épurée » des Musulmans, pour lesquels ils manifestent une haine obsessionnelle, ont trouvé leurs meilleurs défenseurs dans une condamnation hypocrite exprimée par l’organisation sioniste par excellence.

Et bien, nous ne lâcherons pas Arnaud Montebourg devant cette meute de chiens enragés. Quelles que soient nos oppositions politiques avec lui, il ne sera pas dit que le Front de Gauche laisse la rue aux fascistes de quelque religion que ce soit. Plus que jamais, face au front de la haine, le front de gauche prendra et tiendra la rue. Y compris physiquement.

Le sionisme c'est ça. Vous avez besoin d'une traduction ?

Bonus HADOPI : Télécharge gratuitement Ambusquad « La Guerre du feu (feat. Pili Pili) »

——————————————–

Bonus vidéo : Bad Religion « Shattered Faith »