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A Montreuil, le Front de Gauche, cette belle feuille blanche

Ce qui est bien avec les vacances, c’est que cela permet la prise de recul et, par là, la prise de conscience sur des événements passés même si récents. On ne s’en rend pas compte, forcément, tout de suite mais, au fil des discussions, les évidences prennent corps. Ainsi pour le Front de Gauche à Montreuil, que j’assimile désormais à une belle page blanche. Oh ! Nous avons des fondations solides, un projet national affirmé, un programme : L’Humain d’abord. Des militants. Mais, à Montreuil, nous avons la chance d’avoir l’avenir pour nous. Je m’explique.

La séquence ouverte en 2008 par la défaite de la gauche aux élections municipales est close avec la défaite de Jean-Pierre Brard aux élections législatives. L’histoire se conclut de manière triste pour un élu qui n’a jamais démérité et a contribué, au contraire, à transformer Montreuil, faisant passer cette ville dans l’ère de la modernité. Certes, le bonhomme avait ses défauts mais j’assume d’avoir dit devant caméra à son sujet : « Jean-Pierre, c ‘était probablement une calotte glaciaire sur la vie politique locale. Aujourd’hui, en revanche, nous assistons à la dérive des icebergs jusque dans la vie sociale et en matière d’urbanisme ». Je ne retire aucun de ces mots. Je regrette cependant que le nouveau député ne justifie, par ses atermoiements sur le TSCG par exemple (contrairement à ce qu’il avait annoncé par voie de presse, il « hésite » à présent entre le non et l’abstention), les qualificatifs peu amènes dont je l’ai déjà affublé.

Sur la page blanche du Front de Gauche, il y a donc à construire, en référence au programme L’Humain d’abord, « Montreuil d’abord ». Nous avons la chance de ne plus être otages des ambitions personnelles, des destins nationaux rêvés, des luttes intestines autant que fratricides. Face à la personnalisation qu’incarne l’amère, personnalisation outrancière qui constitue sa seule planche de salut éventuel, il nous appartient de créer cette équipe, l’addition des talents, nécessaires pour reconstruire une ville saccagée, mise en pièces, par l’incurie des élus de la majorité et de l’amère en premier lieu. J’ai confiance, parce que nous ne sommes pas prisonniers d’un passé désormais révolu : nous y parviendrons sans mal.

Nous y parviendrons d’autant mieux que les composantes historiques du Front de Gauche montreuillois ne peuvent plus se regarder le nombril. L’arrivée des camarades de la Gauche anticapitaliste, l’irruption des citoyens qui demandent des comptes autant qu’ils exigent de pouvoir s’impliquer durablement dans le processus politique, nous empêchent heureusement de nous adonner à nos jeux favoris. Nous allons donc pouvoir finir de construire un projet politique pour notre ville, un programme d’actions et de mobilisations, des outils d’éducation populaire. Bref, tenir la feuille de route d’un Front de Gauche qui assume la richesse de sa diversité.

Et qui assume son ambition, localement comme nationalement, de faire la nique à la social-démocratie verte ou rose, en menant le débat, la confrontation, en mettant en lumière les clivages. Parce que non ! On ne gère pas la ville de la même manière selon que l’on soit dit « socialiste », ver vide ou Front de Gauche. Nous différons sur bien des aspects et c’est tant mieux ! La réaffirmation de clivages est vivifiante pour la démocratie. C’est TINA (« there is no alternative ») qui détourne les citoyens des urnes. Pas la radicalité ! En ouvrant une perspective radicalement différente, elle permet au contraire de ramener dans le giron du débat des gens qui s’en étaient détourné. Rien que pour cela, je peux me féliciter du rôle du Front de Gauche dans les douze mois écoulés.

L’autre aspect positif de notre passé récent, c’est l’affirmation d’une cohérence. Sans me gausser outre mesure, vous savez bien que ce n’est pas du tout le genre de la maison, il est assez stupéfiant de comparer la manière dont deux villes dites « socialistes » sont gérées. On passe du jour à la nuit et souvent de la nuit à l’ennui. Idem pour les villes dirigées par Europe Ecologie-Le Vide. Qu’on regarde Montreuil, par exemple, qu’on compare à Bègles et qu’on rigole. A tout le moins, au Front de Gauche, nous poussons les marqueurs d’un projet politique adaptable aux situations locales mais dont l’identification est simple.

Mais ne grillons pas les étapes, avant les municipales, nous avons bien des urgences à affronter. Le TSCG en premier lieu, je l’ai évoqué. Nous avons rendez-vous le 30 septembre et les Montreuillois qui ont dit majoritairement « non » à l’ancêtre de ce traité d’austérité sauront se mobiliser une nouvelle fois pour obtenir un référendum. Il y a l’avenir du Centre hospitalier intercommunal André-Grégoire qui nous mobilise aussi, comme nous avons su le faire dans l’unité déjà, même si c’est sans succès, contre la fermeture du Centre municipal de santé du Bas-Montreuil… Finalement, je vais peut être revenir sur mes mots : en matière de casse des services publics, l’amère assume une forme de cohérence. Mais trêve de méchanceté, la question des Rroms ou celle des sans papiers aussi nécessite notre implication.

Sur ces points, n’ayez crainte. Représenté par une seule ou plusieurs de ses composantes, en bloc ou de front – nous sommes fiers de notre diversité, de notre multiplicité -, le Front de gauche sera à sa place. En première ligne du combat. Drapeau(x) en avant.

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Bonus vidéo : Swift Guad « La Montreuilloise »

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Athènes, Aulnay, Madrid, voyage dans le nouvel âge capitaliste

Clairement, on ne lâche rien. Après, c’est sûr que le week-end du 14 juillet n’est guère propice aux mouvements de masse. Nous nous sommes malgré tout retrouvés à une cinquantaine devant l’ambassade d’Espagne à Paris. A titre personnel, j’étais heureux d’y retrouver mi hermano José Angel et ma bande de potes dont Arthur Fontel et le petit Pierre d’Evry, qui n’est encarté nulle part. Bref… Même s’il y avait bien d’autres personnes, nous étions tout de même dans l’entre soi. A Bordeaux, Fanfan me dit qu’ils étaient une centaine. Comme quoi, tout le monde ne se met pas en vacance.

En même temps, il faut le dire : ça tombe comme à Gravelotte. Référent sur l’action pour le Parti de Gauche, j’ai eu à mettre en lumière la cohérence entre ce qui se passe à Madrid, à Athènes et à Aulnay-sous-Bois. Il y a deux cohérences en fait : l’une tient à la nature du capitalisme dans son nouvel âge, l’autre tient à l’adaptation de l’Union européenne à ce nouvel âge.

En clair, depuis quelques années, le capitalisme est entrée dans une phase où la production de richesses physique, dans les pays occidentaux, rapporte bien moins que la spéculation boursière et les dividendes liés à la généralisation de l’actionnariat. L’accumulation de richesses, dont l’oligarchie s’approprie l’essentiel, ne passe désormais plus par la production de biens matériels dans la vieille Europe. Les fortunes se bâtissent mieux, selon les critères de la classe possédante, au travers des profits financiers.

C’est dans ce cadre qu’il faut lire la fermeture de l’usine PSA d’Aulnay ainsi que la suppression de quelque 8 000 postes de travail en France. A contrario, PSA se développe fort bien au Maghreb et au Brésil, où les marchés émergents et la montée en puissance d’une « classe moyenne » structurée, alliée à la faiblesse des salaires offerts aux ouvriers, maintiennent débouchés économiques et plus-values importantes. Ce qui n’est pas le cas en France. Dans l’hexagone, le secteur d’activité qui rapporte le plus au groupe PSA reste le secteur financier… Dans un pays où l’on compte 600 000 véhicules individuels pour un million d’habitants, sauf à développer des automobiles adaptées à la demande en moyen de locomotion propre, il n’y a rien à attendre d’un point de vue capitalistique.

Mais la recherche, ça coûte cher et ne rapporte qu’à long terme. Pendant ce temps, les actionnaires doivent se contenter de la portion congrue et d’un bénéfice qui, pour confortable qu’il soit, n’atteint pas les rendements attendus. Exit donc la production automobile. C’est de la même manière qu’en Espagne on liquide l’extraction charbonnière. « Au nom de la concurrence libre et non faussée », qui aboutit à une spécialisation géographique des activités du capital. La suppression des aides publiques aux charbonnages espagnols intervient au moment même où le Partido Popular au pouvoir entérine un plan d’austérité de 65 milliards d’euros en échange de 100 milliards de prêts concédés par la Banque centrale européenne en vue de recapitaliser le secteur bancaire ibérique. On voit bien la concordance des mesures : arrêt d’une activité de production d’un côté, remise en état du bras armé de la finance outre Pyrénées. La « crise » a bon dos. Des milliers d’Espagnols l’ont encore clamé dans les rues madrilènes dimanche 15 juillet. Que se jodan !

Derrière le plan d’austérité, c’est bien la construction d’un nouveau modèle économique et social qui est mis en œuvre à marche forcée par Rajoy et Bruxelles. Si vous voulez avoir un aperçu de ce que produit ce genre de mutation, il faut faire un trajet de plusieurs centaines de kilomètres pour se rendre en Grèce. Dans ce pays-ci, l’Union européenne a posé clairement la donne : en finir avec les services publics, liquider le patrimoine commun à la population en privatisant tout ce qui peut l’être. La dette a bon dos. L’essentiel est de préserver le secteur bancaire, source des profits futurs, qu’importe si le peuple doit crever et même plus à petit feu. L’Italie est, avec l’Espagne, la prochaine sur la liste. Le Portugal arrive juste après.

C’est que le projet politique a désormais vocation à s’étendre. Il finalisera les mutations de fond (appelées « réformes structurelles », dans la novlangue bruxelloise) des sociétés européennes. On le trouvera entre les lignes du Mécanisme européen de stabilité (MES) et du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’union économique et monétaire (TSCG). Au cas où les gouvernements démocratiquement élus viendraient à vouloir s’émanciper du cadre politique fixé par les Commissaires européens, il est acté que les lois de finances, celles qui fixent les budgets des états, devront passer par la case « validation » à Bruxelles avant même que d’être débattues par les élus des nations… Si ce n’est pas se donner les moyens d’imposer son dogme idéologique, cela y ressemble pas mal.

Interviewé par une télévision espagnole

Ce sont là mes quelques réflexions du week-end, suite aux conversations que j’ai eues avec l’ami Perceval45 et Danièle Obono, mon amie de Convergences et Alternatives. C’est aussi ce que j’ai résumé lors de mon intervention devant l’ambassade d’Espagne. Je vais tâcher d’y revenir plus en détails à la rentrée, tant je me rends compte que mon propos, déjà ébauché dans une note précédente, exige d’être approfondi.

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Bonus vidéo : Fermin Mugurruza « Sindikatua »


Myriam Martin : pourquoi la Gauche Anticapitaliste rejoint le Front de Gauche

Le Front de Gauche vient encore de grandir. Ce dimanche 8 juillet, dans la foulée de ses prises de positions précédentes, le Gauche Anticapitaliste a décidé de rejoindre ce qui constitue désormais bien le rassemblement de l’autre gauche. Avec ce nouveau départ, c’est aussi la deuxième scission du NPA qui rejoint le Front de Gauche, après les camarades de Convergence et Alternative. La Gauche unitaire, issue de la LCR, a contribué à créer le Front de Gauche en refusant d’intégrer le NPA au moment de sa création. Pour saluer l’arrivée de ces camarades, qui sont les très bienvenus dans leur nouvelle maison, j’ai interviewé Myriam Martin, membre de la direction nationale de la Gauche Anticapitaliste. Avec ses camarades, elle avait déjà participé pleinement à la campagne du Front de Gauche pour les présientielles.

Myriam, que s’est-il donc passé ce fameux dimanche 8 juillet qui restera un moment important pour le Front de Gauche ?
Dans la foulée du texte que nous avions rédigé les 12 et 13 mai derniers, et qui a été voté en assemblées générales dans les départements, nous avons décidé à la grande majorité de rejoindre le Front de gauche. Enfin, quand je dis « grande majorité », ce sont tous les présents qui ont voté pour cette décision. Nous avons vérifié que les conditions que nous avions posées en mai ont été réunies.

Quelles étaient ces conditions, pour nos lecteurs qui ne suivent pas forcément tous vos textes ?
La première, et la plus importante, de nos conditions demeurait la non participation du Front de Gauche, notamment des communistes, à ce gouvernement. Si nous étions quelques uns à considérer que le PCF ne se compromettrait pas, notre histoire amenait quelques méfiances chez les camarades. Le vote des militants du PC, très clair, nous a rassuré. La politique qui commence à se dessiner dans ce gouvernement montre que les communistes ont fait le bon choix. Je crois que la crise économique aussi aide à la clarification. Si on veut, en tant que Front de Gauche ou partie prenante du Front de Gauche, être cohérent, on ne peut pas soutenir ces politiques austéritaires. Les contradictions sont en train d’apparaître. Et je suis contente que le PCF sorte de sa position de subordination, disons les choses, vis à vis du Parti socialiste. En même temps, en 2005, lors du référendum sur le Traité constitutionnel européen, nous défendions déjà des visions convergentes.

Après Convergence et Alternative, vous constituez le deuxième départ organisé du NPA…
Oui mais il ne faut pas que tu oublies tous les camarades qui ont quitté le NPA sur la pointe des pieds, notamment autour des élections régionales.

En quoi les élections régionales ont-elles constitué un moment de clivage aussi important pour vous ?
Il y a deux raisons. La première tient à la question de l’unité, nous avons été nombreux à défendre l’unité de l’autre gauche sur des bases claires à ce moment-là. La manière dont la direction du NPA a géré la question de la candidate voilée a aussi posé problème. Si nous l’avons défendue face aux attaques racistes dont elle a été victime, il faut bien reconnaître que nous avions un problème lié aux questions de laïcité. Les militants du NPA n’ont pas forcément compris, nos électeurs encore moins.

Photo : Stéphane Burlot : http://www.sb-photographies.com/

Sur l’unité, la question centrale à mon sens, les régionales ont été l’occasion de susciter un bel espoir, avec « Limousin Terre de Gauche », qui a connu un vrai succès électoral qui plus est.
Oui, c’est vrai. Mais il faut savoir qu’une partie de la direction du NPA n’a pas reconnu ce succès, ce qui est aberrant. « Limousin Terre de Gauche » constituait un beau rassemblement, du NPA au PCF en passant par le PG et d’autres forces plus locales, dans une parfaite indépendance vis à vis du PS. Elle participe au renouveau de la vie politique et témoigne de la volonté de se saisir de la politique qui anime une partie de notre peuple. En me rendant sur place, j’ai pu mesurer combien nos idées, à l’époque exprimées au sein du NPA, ont pu peser, être prises en compte en termes de propositions et d’action. Depuis qu’ils sont élus, chacun peut mesurer qu’un élu peut être utile, y compris pour les luttes.

Ce n’est pas franchement une découverte, si ? Le NPA, et la LCR avant, a toujours participé aux batailles électorales…
Ce n’est pas si simple. Les camarades de ma sensibilité ont souvent été qualifiés d’électoralisme. Ce que nous défendons c’est que les élections ne sont pas seulement utiles en termes de tribune politique. Un élu c’est aussi quelqu’un qui peut agir concrètement, venir en appui aux luttes sociales, défendre des propositions alternatives…

Aujourd’hui, vous intégrez le Front de Gauche. Le conseil national du Parti de Gauche vous a écrit pour que vous nous rejoigniez. Est-ce resté lettre morte ?
Pas du tout. Nous avons pris connaissance de la lettre d’Eric Coquerel en fin de semaine dernière. Nous l’avons étudiée avec sérieux, lundi 9 juillet au soir lors de notre réunion du groupe d’animation de la Gauche Anticapitaliste. Nous n’avons pas vocation à être la 8e ou 9e organisation du Front de Gauche. Nous venons avec la volonté de participer pleinement à la transformation du Front de Gauche et, plus largement, à la recomposition de la gauche à la gauche du PS. Nous allons discuter très sérieusement de toutes les propositions qui contribuent au rassemblement des gauches anticapitalistes et écosocialistes.

Nous allons donc vous voir aux Estivales du Front de Gauche ?
Tout à fait. Nous nous associons à leur préparation depuis plusieurs semaines. On participera à l’organisation dans la mesure de nos moyens mais nous aurons aussi des intervenants Gauche Anticapitaliste dans les ateliers.

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Bonus vidéo : The Redskins « Lev Bronstein' »


Ayrault version Kâ : « Ayez confiance ! »

« Ayez confiance ! », « faites-moi confiance ! », « votez la confiance »… Tel le serpent du Livre de la jungle de Rudyard Kipling, le nouveau premier ministre nous invite à lui voter une sorte de chèque en blanc ce mardi 3 juillet à l’Assemblée nationale. L’exercice est convenu, qui permet de mesurer les forces en présence. Le parti dit « sérieux » en attend que la majorité soit au garde à vous. Par « majorité », il entend, bien évidemment, l’ensemble de la gauche. Y compris notre groupe de députés Front de Gauche. J’ai déjà expliqué la manœuvre, qui expliquait les appels du pied pressants au Parti communiste pour qu’il rejoigne le gouvernement : il s’agit bien de faire porter la responsabilité de ce qu’il ne faut surtout pas appeler la « rigueur » à l’ensemble des forces progressistes. Exit donc la possible alternative à gauche.

Jean-Marc Ayrault parle aux Français

Pour ce faire, le nouveau locataire du perchoir, le très démocrate Claude Bartolone, n’hésite pas à faire usage de la menace voilée. Estimant que ne pas voter la confiance « c’est toujours grave », il a appelé à « discuter », « car quand un pays est dans la situation qui est celle de la France actuellement, plus nous serons rassemblés et mieux ce serait ». A bon entendeur… Au demeurant, nous avons déjà mesuré dans notre chair ce que signifie « discuter » dans la bouche du capo séquano-dyonisien. On notera qu’il n’est jamais question de politique, d’orientation structurante à l’action gouvernementale mais bien de rapports de pouvoir chez Bartolone.

A croire que le parti dit « sérieux » ne ferait plus de politique ou, à tout le moins, aurait renoncé à ses grandes envolées de campagne sur la « croissance ». L’ardoise du Canada dry de politique austéritaire que nous présentera Ayrault cet après-midi s’élève à 10 milliards d’euros cette année. L’an prochain, ce serait 33 (« dites 33 », clame le docteur) si l’on en croit le membre du parti dit « sérieux » Didier Migaud, président de la Cour des comptes. Notons en passant que le PS ne fera pas de clientélisme électoral : les fonctionnaires ne bénéficieront pas d’une revalorisation du point d’indice (la base de leur traitement), point gelé depuis 3 ans. Mais ne dites pas que le hollandisme est une version rose pâle du sarkozisme, ce serait mal.
Les différences sont grandes ! Enormes même !

En matière de rigueur, sans prononcer le mot, Hollande fait ce que Sarkozy a promis. Après les paroles, les actes. Si cela ne constitue pas une différence de taille, vous êtes mesquins. Ce serait donc à cette démarche qu’il faudrait faire confiance absolument. Le président Didier Migaud précise que cette cure de non-rigueur a pour objectif de « rétablir la crédibilité de la France vis à vis des partenaires européens comme de ses créanciers ». En clair : il appartient aux Français de raquer pour les erreurs de stratégie politique de Sarkozy et Fillon. Sauf qu’il ne s’agit pas d’erreur mais d’une vraie orientation partagée entre le parti dit « sérieux » et l’UMP : hors du capitalisme, il n’y a pas d’avenir ; sans aller plus loin dans l’Europe des marchés financiers et des banques, on ne s’en sortira pas. Y a-t-il une démonstration à l’appui ? Que nenni. Nous sommes dans les mathématiques, cette doxia est un axiome qu’il convient d’accepter. Et puis c’est tout.

Nous autres, du Front de Gauche, avons passé plus d’un an (je ne parle que de la campagne électorale) à démonter cette argumentation. Nous avons démontré, a contrario, que d’autres pistes devaient être explorées. Parmi lesquelles, la relance de la consommation par la hausse conséquente du pouvoir d’achat ; la création d’emplois qui en découle mais que nous pourrions encore accélérer notamment en répondant aux besoins non satisfaits pour des millions d’habitants de ce pays ; en finir avec le diktat de la dette qui n’est qu’une absurdité même dans l’économie capitaliste et dont les Argentins nous ont prouvé que s’asseoir dessus constituait plutôt un mieux pour la plus grande part de la population…

Après avoir dit cela, l’avoir seriné sur tous les tons, il faudrait qu’on oublie notre corps de doctrine pour complaire au sieur Bartolone. Il conviendrait que nous autres nous renions pour qu’Ayrault passe pour le héros de la révolution sociale-libérale. Je cède la parole à Marie-George Buffet, députée de mon département :

« Cet après-midi, je vais m’abstenir lors du vote de confiance. Je fais le faire pour être utile au changement en soutenant d’autres propositions économiques et sociales. La politique d’austérité adoptée dans le nouveau traité européen et mise en œuvre dans les propositions budgétaires vont accentuer le marasme économique, faute d’investissements, ralentir la consommation faute de pouvoir d’achat. »

Voilà, Claude, ta confiance, tu te la mets là où je pense. A toutes fins utiles, ce vote nous situe clairement ! Si nous ne siégeons pas dans l’opposition aux côtés des députés UMPFN que nous avons combattus de toute notre énergie, nous ne sommes pas dans la majorité. Et pour revenir au Kâ Ayrault, j’ai une sainte horreur des serpents.

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Bonus vidéo : The Streets « Going Through Hell (Diplo Remix) »


Soyez dans le coup, quittez le PG !

C’est le dernier gimmick à la mode. Après une séquence électorale complexe, qui se traduit par une augmentation du nombre de voix captées par le Front de Gauche mais aussi une baisse du nombre de ses députés, les rancœurs s’expriment. Les départs se font publics. A tout le moins, profitons de ce que les lumières des caméras sont encore – un peu – braquées sur nous pour donner quelque éclat à des postures individuelles. Donc, Jacques Rigaudiat (il m’a fallu du temps pour savoir qui c’était) quitte le Parti de Gauche. Dans sa foulée, mais sans grand lien, quelques camarades des Bouches-du-Rhône font de même. Il y en a d’autres. Qu’ils se dépêchent, bientôt les médias ne s’intéresseront plus à nous.

C’est assez courant dans la vie des organisations politiques que des militants brisent avec éclat avec leur parti. Nous, au Parti de Gauche, n’avons pas le monopole de ce genre de gestes. C’est encore plus fréquent après des résultats électoraux en apparence décevants. La difficulté à appréhender la réalité nouvelle, le refus « exprimé de longue date » d’une ligne complexe qui allie radicalité concrète d’un côté et vocation majoritaire de l’autre  – les deux jambes d’une marche en avant entamée il y a trois ans et demi seulement -, les ego mal dégrossis autorisent tous les éclats de voix. Tous les « je vous l’avais bien dit ». Notre candidat à la présidentielle et co-président du parti est assez en ligne de mire.

Certains de ces départs seraient justifiés par des « désaccords profonds » avec la ligne du parti. D’autres s’expliqueraient par « l’absence de démocratie ». La plupart demeurent le fait de cadres intermédiaires qui réclament d’être « co-fondateurs » du Parti de Gauche. Moi aussi j’en suis un. J’ai fait partie de ceux qui dès le 8 novembre ont décidé de se mettre en branle pour créer ce parti à durée de vie limitée puis étaient au meeting de l’Île-Saint-Denis. S’il faut exhiber les brevets, je vais étaler les miens. Mais revenons aux faits, ce sont des cadres intermédiaires du Parti qui s’en vont. Au moment que j’ai indiqué : juste après les élections. A croire que les résultats les ont déçus, à croire aussi qu’ils n’ont pas eu ce qu’ils attendaient.

Mais, m’objecterez-vous, certaines de leurs critiques peuvent être justifiées. Mais oui ! Sûrement ! En ce cas, pour les différends quant à la ligne aussi bien que sur le manque de démocratie, je ferais remarquer à mon tour deux trois bricoles. Primo : en tant que cadre du parti, chacun a son rôle à jouer dans le respect de la démocratie interne autant que dans sa mise en œuvre. C’est bien même la première de nos responsabilités que de ce faire. Si nous n’y parvenons pas, balayons devant notre porte. Il est bien facile de dire que les membres de la direction nationale phagocytent les débats, empêchent la libre expression des sensibilités, manœuvrent dans leur coin… C’est bien connu, l’enfer c’est les autres.

Je ne suis pas membre du Bureau national du PG mais j’en connais suffisamment de membres pour attester que les points de vue s’y opposent de manière parfois virulente. Les membres du BN, par ailleurs, ont charge, suite à notre vote, de faire vivre la ligne politique du Parti entre deux congrès. Ce ne sont pas, dans les départements où ils sont impliqués, des barons locaux. En Seine-Saint-Denis, la membre du bureau national qui siège au sein de notre coordination départementale se fait souvent chahuter, son mandat ne la protégeant de rien. Riva, puisque c’est elle dont il s’agit, nous fait profiter des débats et nous informe des propositions émises par l’exécutif politique du parti. Fort bien, nous les discutons tout le temps.

Reste la question de la ligne politique. Elle est et doit être questionnée en permanence mais aussi acceptée tant qu’elle n’est pas réécrite. Pourquoi doit-elle être questionnée ? Parce que c’est sain, parce que rien n’est intangible, parce que notre ligne n’est pas parole d’évangile. Bien sûr, 5 000 militants ayant participé à sa définition peuvent avoir tort. Donc, oui, discutons-la. Mais, respectons-la aussi parce qu’elle est notre règle de vie commune entre deux congrès. Et de congrès justement, il est question. Nous allons tenir le nôtre en mars 2013. Dès la rentrée donc, nous allons commencer à débattre, à travailler, à écrire notre feuille de route partagée pour les trois années à venir. Le tout en contribuant à faire grandir le Front de Gauche aux côtés de nos partenaires.

C’est donc étonnant que des camarades chargés de faire vivre la démocratie dans le Parti se plaignent qu’elle ne soit pas assez respectée et en tirent argument pour nous quitter… Il est assez drôle que des camarades qui questionnent avec raison la ligne du parti ne profitent pas de la période de congrès qui s’ouvre pour faire valoir leur voix légitime et s’en aillent avant. Je ne les accable pas, je constate. Bien sûr, comme toute organisation humaine, nous avons nos travers. Bien sûr, il y a chez nous des petits caciques avides de pouvoir dont il serait opportun de se débarrasser. Bien sûr, nous devons collectivement mieux faire.

Qu’on s’entende bien : chacun a ses motifs légitimes de mécontentement contre son parti. J’ai les miens, par exemple, que j’exprime dans les lieux adéquats et aux moments appropriés. Il y a des fois où je parviens à ce que mes désaccords n’en soient plus parce que le point de vue que je défends est pris en compte. Il y a souvent des fois où je me trouve battu ; le respect de la démocratie m’astreint à l’accepter. J’ai écho, dans des départements, que des petits chefs à plumes font et défont les règles à leur convenance : on saura les remettre à leur place. J’ai en tête que des camarades ont été malmenés sans vraie raison. C’est navrant. Cela dit, je ne céderai pas à la mode du moment et je ne quitterai pas le parti.

J’ai réussi à éviter mon propre gimmick : « Le Parti se renforce en s’épurant ».

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Bonus vidéo : New Order « Here To Stay (Felix Da Housecat remix) »


Homosexualités, féminisme : maman, c’est toujours l’heure des luttes

C’est drôle cette histoire de Gay Pride. Nous y avons rendez-vous samedi. Pendant longtemps, je suis passé à côté. Je ne comprenais pas. Je ne comprenais pas pourquoi. Faut que je vous précise avant que vous ne preniez pour un vieux con d’hétéro réac. Ma maman (coucou, je pense à toi – je sais, je devrais t’appeler, milles excuses) est une féministe de toute éternité. Je crois même que mon premier souvenir militant est lié au féminisme : je l’accompagne tenir une permanence du planning familial à une époque (1974 ?) où elles sont animées par des bénévoles. Aujourd’hui encore, dans sa bibliothèque, on trouve l’intégrale, ou peu s’en faut, des Editions des femmes, pourtant disparues de longue date. Je pense qu’il y a un rapport entre cet engagement qui perdure, qui m’a marqué fondamentalement (la femme que j’aime se félicite bien souvent de cette ascendance et de son rôle sur ma petite personne), et mon rapport à l’homosexualité.

Allez-y pour les jeux d’imagination sexuelle, j’ai tourné ma phrase ainsi pour cela. Bon… ça y est ? On peut revenir aux choses sérieuses ? Merci. Non, non… Le plaisir était pour moi.

Bon… Je disais donc que je vois un rapport très net entre le féminisme de ma maman, la manière dont moi aussi il m’a marqué et le rapport à la différence d’orientation sexuelle. J’ai eu la chance, je le mesure aujourd’hui, de grandir dans un milieu que je vais résumer ainsi : comme mes copains du quartier, on bouffait toujours un peu la même chose : riz, pâtes, patates ; mais, pour les livres, j’avais la chance de n’avoir qu’à tendre la main. Donc, un milieu ouvert intellectuellement parlant. Mes parents ont même tenu la première librairie de bande-dessinées à Albi, rue Sainte-Cécile puis rue Toulouse-Lautrec. Du coup, ma famille côtoyait des gens qui lui ressemblaient : un peu bohèmes, un peu artistes, pas mal cultivés. Il se trouve que, dans le lot, j’ai envie de dire forcément, il y avait des homos.

Du coup, dès tout gosse, des homos j’en ai vus plein. Et ça m’est resté comme ce que cela doit être : un truc tout à fait normal. Grosso modo, moi j’avais quoi ? Dix onze ans ? Les gens étaient gentils avec moi, me prenaient un tantinet au sérieux. Je ne voyais pas ce qu’il y avait de mal à ce que deux hommes s’embrassent. Un tout petit peu plus tard, je me suis rendu compte que mon meilleur copain de l’époque, Sébastien, préférait les garçons. Bon… Ben, c’était mon meilleur copain. On s’est perdus de vue, mais ça n’a aucun rapport avec sa sexualité.

ou « quand je veux », « si je veux » et « avec qui je veux »

Tout ça pour dire que l’homosexualité, comme le partage des tâches et l’égalité des droits entre hommes et femmes, m’a toujours paru naturelle. Du coup, je ne voyais pas pourquoi il fallait combattre pour des choses qui me semblaient relever de la norme. La Gay pride, c’était comme les commissions féministes, des trucs qui n’avaient plus lieu d’être. Jusqu’au jour où j’ai compris le problème. Ma norme n’est pas la règle générale. Et aujourd’hui encore, hommes et femmes, ensemble, doivent lutter pour une vraie égalité des sexes. Et aujourd’hui encore, hommes, femmes et trans sont obligés de se battre pour l’égalité des droits. C’est vraiment trop nul que ma norme ne soit pas celle de tout le monde. Et je vous engage, gentiment, à agréer à mon propos. C’est gentil.

Je suis convaincu qu’il y a une convergence de luttes entre féministes et LGBT. A la fin, il ne s’agit que d’une chose : quels que soient notre sexualité ou notre genre, nous avons les mêmes droits. Et les mêmes devoirs (en république c’est important). C’est aussi une question de rapport à la différence dans une société patriarcale parce que capitaliste, j’insiste sur le lien de causalité ; patriarcale parce que basée sur le rapport de pouvoir. Comme toute société bâtie sur une idéologie, elle a vocation d’universalisme. Le patriarcat n’est qu’une des armes de la domination mais elle exige d’être le référent unique. Si la différence de genres ou la différence de sexualité vient proposer un contre-exemple, elle doit être combattue. Ce n’est pas tout à fait un hasard si les féministes et les militants gay sont de concertles premières victimes de tous les intégristes religieux comme, par exemple, du pouvoir machiste à l’œuvre en Russie.

C’est aussi une question de rapport à son corps au final. Dans la société capitaliste, et donc patriarcale, le corps constitue un outil qui a un rôle particulier à jouer. Pas uniquement pour faire tourner l’appareil de production pour agrandir la richesse des possédants. Le corps de l’homme et de la femme ont pour rôle de reproduire la force de travail au travers des générations à venir ! Donc si, au nom du droit de la femme et de l’homme à disposer de son propre corps, la fonction reproductrice n’est plus mise en œuvre, y a crise. Heureusement, pendant quelques siècles, les religions monothéistes ont mis tout leur poids dans la balance pour prévenir les entorses à la règle.

Aujourd’hui, certes, Dieu est mort. Mais ses suppôts sont encore bien alertes partout dans le monde. Et, finalement, la Gay pride, au même titre que le combat féministe, ont encore de beaux jours devant eux. Malheureusement. Ma norme est pourtant sympa non ?

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Bonus vidéo : Pussy Riot « жжет путинский гламур »


Front de gauche : et si on gagnait le combat de l’unité ?

Pas faux : « L’union est un combat », avait déclaré en son temps Etienne Fajon. Pourtant, nous autres, du Front de Gauche, sommes encore et toujours des ardents défenseurs de l’unité de la gauche. Unité de la gauche radicale dans un premier temps ; unité de l’ensemble de la gauche, y compris la gauche bourgeoise, dans une seconde étape. C’est là le fondement du désistement républicain que j’ai déjà évoqué dans ces colonnes et qui fait tant débat. Je n’y reviens donc pas. Je reviens du conseil national de mon Parti, tenu ce week-end à Saint-Denis. Nous avons confirmé notre feuille de route : l’unité comme moyen privilégié de construire l’alternative.

L’unité constitue une nécessité vitale tant le parti dit « sérieux » tire avantage de nos divisions. Je ne parle pas uniquement d’un point de vue électoral. Chacun pourrait trouver ici et là des illustrations montrant combien la multiplication des candidatures à sa gauche a permis, dans des situations serrées, de passer devant le candidat de la gauche radicale le mieux placé. Je parle plutôt d’un point de vue idéologique. La multiplication des discours proches sur l’analyse autant que sur les propositions, mais agrémentées de « c’est nous les meilleurs », « les autres sont des traîtres », « les purs sont ici »… contribue à démobiliser le peuple de gauche qui attend de nous des solutions plus que des débats à n’en plus finir sur le sexe des anges, les mérites comparés de Trotski et de l’anarcho-syndicalisme, réformisme et révolution… Ces débats sont passionnants mais… Mais il y a le Mécanisme européen de stabilité, la hausse du SMIC qui se fait attendre, des millions de chômeurs…

A l’heure où le Parti dit « sérieux » n’a de priorité que de trouver dix milliards d’euros, privilégiant visiblement la réduction des dépenses que la hausse des recettes, rassembler autour d’un projet novateur, en rupture avec les vieilles lunes du capitalisme, reste notre priorité à nous. Parce que l’unité, c’est le renforcement de l’outil politique utile à la classe ouvrière. Nous avons déjà un Front de Gauche qui rassemble outre ses trois fondateurs : Gauche Unitaire, Parti Communiste, Parti de Gauche ; Convergence et Alternative, la Fédération pour une alternative sociale et écologique, Femmes Egalité, le Parti Communiste des Ouvriers de France, République et socialisme. Le 8 juillet prochain, le courant unitaire du Nouveau Parti Anticapitaliste : la Gauche Anticapitaliste, se prononcera sur sa stratégie. La date m’a été confirmée par Myriam Martin, une de ses animatrices. Selon les écrits de nos camarades, la Gauche Anticapitaliste devrait rejoindre le Front de Gauche. Je me permets de citer des extraits de son analyse publique des législatives :

« Face à la crise et à la menace du FN, il faut, comme en Grèce où le courage et la dignité du peuple ouvrent la voie, rassembler une gauche anti-austéritaire indépendante du PS, qui défende un programme de rupture anticapitaliste, soit utile pour favoriser de puissantes mobilisations et relayer les aspirations populaires par l’action de ses élus.
Le Front de gauche représente un atout pour aller dans ce sens, pour imposer un véritable changement. Le Front de gauche a perdu des députés mais son ancrage est important sur tout le territoire. Il a rassemblé aux Présidentielles et aux Législatives, malgré la pression du vote utile, un score supérieur à celui qu’avaient enregistré séparément les candidats du PCF, de LO et de la LCR en 2007. Sa campagne des présidentielles a levé un espoir à la gauche du PS. En s’élargissant à toute la gauche radicale, en trouvant les moyens d’organiser durablement les forces militantes qui se sont retrouvées en masse dans les meetings de Jean-Luc Mélenchon, il peut concrétiser ces espoirs et renforcer son poids politique.
Tous les anticapitalistes écosocialistes peuvent et doivent se regrouper en son sein. »

Malgré mes relations autrefois orageuses avec la Ligue Communiste Révolutionnaire et sa suite, le NPA, je me réjouis franchement de cette évolution. Et pas seulement parce qu’elle me permet de retrouver des vieux copains. La persistance de groupes éparpillés, qui se présentent les uns contre les autres, ne fait le jeu que du parti qui tente, avec succès jusqu’à présent, d’assurer son hégémonie sur l’électorat de gauche. Le rééquilibrage du rapport des forces à l’intérieur de la gauche, puis son inversion, dépendent de notre capacité commune à dépasser des clivages anciens, des histoires dont l’actualité n’est plus, des différends culturels qui sont plus une richesse qu’un obstacle ; mais qui nous empêchaient de concrétiser la convergence d’analyses sur la lutte des classes et la bataille idéologique en cours.

Reste à se poser une question à l’heure où le Front de Gauche est appelé à faire assaut d’intelligence et de créativité pour accueillir durablement ces milliers de citoyen-ne-s qui n’entendent pas déposer les armes à l’issue de la séquence électorale. Faut-il que nous multiplions les chapelles au sein de ce corps joliment agrandi ? Ou serait-il plus utile de fédérer en trois ou quatre pôles bien identifiés les sensibilités qui l’irriguent et lui donnent sa force ? La lisibilité de nos débats en serait meilleure. Elle permettrait aussi d’éviter que les débats entre organisations ne phagocytent les contributions citoyennes que nous appelons de nos vœux.

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Bonus vidéo : Johnny Cash « You’ll Never Walk Alone »


Explications franches à l’AG du PG Seine-Saint-Denis

Il y a de ces réunions dont chacun ressort rincé. Avec, pour beaucoup, un sentiment de pas assez. Voire même un peu d’amertume. L’assemblée générale du Parti de Gauche en Seine-Saint-Denis, tenue mercredi 20 juin au soir à Bobigny, en fait partie. Elle a été longue ; assez dure, ne le cachons pas ; mais nous mesurerons d’ici un à deux mois le bien qu’elle nous a fait à tous. Parce que, au delà des apparences, Juliette Prados, notre co-secrétaire départementale, a raison de résumer ainsi la soirée : « Plus de 90 militants, un bouillonnement d’idées, d’envie, d’analyses… » A chacun de voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Ju’ a choisi à moitié plein. Et elle a raison.

Premier acquis de cette soirée, les « pégistes » du 9-3 n’ont occulté aucun débat. Aussi douloureux soit-il, dans le département qui voit le parti socialiste arracher deux sièges au Front de Gauche ; le courageux Patrick Braouezec battu au second tour après avoir enfreint la consigne de désistement républicain ; le Front national présent au deuxième tour dans une circonscription. Nous nous sommes dit les choses franchement, pas toujours sans arrière-pensées. Je vais être le plus honnête possible, même s’il s’agit de mon organisation et que j’en suis, comme on dit, un des « cadres ». Moi, je préfère apparatchik, je n’aime pas me cacher derrière la novlangue qui fait plaisir.

Oui, il y a eu des arrière-pensées, elles sourdaient derrière les propos de franche camaraderie. L’un n’empêche pas l’autre. Nous fumes quelques uns à défendre la ligne de notre parti : le désistement républicain et la caractérisation du parti socialiste comme un parti de gauche. Ne nous en déplaise. Il faudra en débattre, entre autres temps, au moment du congrès dans la préparation duquel nous allons rentrer. Mais cette position n’a pas fait l’unanimité hier soir. Pour des raisons qui tiennent tant de la colère conjoncturelle, je le crois, que de la vision plus fondamentale. Il n’est qu’à se rappeler les applaudissements nourris qui ont salué le propos de Thomas, militant aux Lilas : « Arrêtons de caractériser le PS comme un parti de gauche » voire ceux encore plus vifs quand Gildas envoie : « On aurait dû taper aussi fort sur le PS que sur le FN ». Le Thomas que je cite, dans ses commentaires ce matin, exprime une différence de points de vue entre « intervenants de la tribune » et « intervenants de la salle ». Entre supposés chefs d’un côté, donc, et base tout aussi supposée de l’autre.

Je ne suis pas d’accord avec cette vision des choses. Mais l’arrière pensée prend un autre tour quand des camarades sous-entendent que les anciens socialistes que nous comptons au PG seraient bien trop prompts à apporter leur soutien aux candidats du PS, même face au Front national… Là, je vous le dis à titre personnel : ce genre de chose, ça blesse. Vraiment. Je vais vous dire, pour ce qui me concerne : je défends le désistement républicain parce que c’est la ligne du parti et qu’il est de mon rôle de l’expliquer, de la défendre. Mais ne croyez pas que je le fasse de gaîté de cœur. Moi, en vrai, j’aurais adoré que Braouezec casse les reins d’Anauthin, ce petit roquet infect biberonné aux pires manœuvres politiciennes de l’UNEF. Sauf que voilà, on a une ligne et que les éléments nous donnent raison. Braouezec a été battu parce qu’il est arrivé second au premier tour ! Dire cela ne fait pas de moi un social-traître les camarades !

Comme je ne veux pas renvoyer la responsabilité que d’un côté de la salle, il y a aussi des arrière-pensées en retour. J’ai bien entendu des camarades déplorer ces « éclats gauchistes de pureté révolutionnaire ». D’autres se dire qu’on a intérêt à mettre en place des formations pour mettre tout le monde au carré. Voyez… On ne s’ennuie pas en réunion chez nous. C’est que, dans le vrai du vrai, de ce qui fait un militant – et la politique a beau être le plus froid des monstres froids, on n’en reste pas moins Homme en toute circonstance -, nous en avions tous gros sur le cœur depuis des jours, à devoir tourner tout ça tous seuls dans nos têtes… Là, on pouvait se dire les choses entre nous. Sans que cela prête véritablement à conséquence. Voyez, Thomas avec qui je me suis un peu frotté dans les commentaires, on va se voir. Sûrement autour d’un verre, pour échanger. En toute amitié et camaraderie. Parce que nous savons aussi passer par dessus le ressenti une fois qu’il a été exprimé et entendu.

Le débat a aussi été vif concernant le sens même de la ligne « front contre front ». Comme il l’avait déjà expliqué en réunion de coordination départementale, Raouf est revenu sur le sujet, mettant les pieds dans le plat. Mon excellent camarade de Saint-Ouen a lancé : « Le préchi précha Front contre front (sic) a rendu inaudible nos propositions en matière économique et sociale ». Je ne suis pas sûr que la candidature de Jean-Luc dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais n’ait pas été jugée comme « néfaste » par quelques camarades. Sur cette question, cependant, les échanges ont été moins vifs et moins tranchés que sur la question du PS. Je ne sais plus qui a lié les deux cependant, comme je trouve qu’il est bon de le faire : « Le FN c’est l’ennemi de classe, qui gagne à la confusion. Il faut mener les débats clivants pour éclairer le peuple sur les positions de chacun ». Le prochain clivage tournera autour de l’Europe et de l’austérité. Reste la question des moyens que nous nous donnons pour le mener.

C’est à ce moment là que je suis amené à prendre la parole, de concert avec mon ami Axel de Saint-Denis (là où il milite, c’est pas un noble mais s’il a l’âme chevaleresque). Nous avons mandat de la coordination départementale de présenter le détail des résultats électoraux dans notre département. Mission fort bien accomplie par Axel qui me laisse du coup le soin de parler de notre électorat. Je suis obligé de préciser que notre électorat ressemble beaucoup à l’assistance de la réunion du soir. Classes moyennes et classes moyennes supérieures conscientisées. Peu de classes populaires. Je précise qu’un agent de catégorie de la fonction publique ou un chef d’équipe du privé, ce sont déjà des classes moyennes dans la construction idéologique que nous impose la bourgeoisie. Les classes populaires, quand elles se sont portées sur nous à la présidentielle, nous ont délaissés aux législatives soit pour retourner s’abstenir soit en votant PS. Ne nous fermons pas les yeux, on a encore du boulot pour renouer durablement avec ces citoyens-là. J’en arrive donc à faire le lien avec l’éducation populaire politique au plus près des citoyens, que nous avons délaissée depuis trois ans. Et les nouvelles formes de militantisme et de mobilisation que nous, Parti de Gauche, avons apporté au Front de Gauche.

Je sais, je suis pas très amène parfois.

Je n’aurais pas le temps, vue l’heure et vue ma propension à faire long, de revenir sur les rapports internes au Front de Gauche. Mais je pense que le conseil national de ce week-end sera une nouvelle occasion de débattre. La réunion a donc été passionnée et, comme le tweette Stéfanie, « passionnée ». Et elle aura des suites. Notamment en termes de formation. Sauf que chez nous, une formation ce n’est pas pour t’apprendre la vie mais bien pour se donner les moyens de la construire ensemble cette vie.

Bonus copain : télécharge le titre « Rev-Olution » par Family Affair

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Bonus vidéo : Sly and The Family Affair « Family Affair »


Dans les couloirs de la conférence nationale du PCF

Les communistes ont donc tranché : ce sera non au gouvernement ; oui à l’approfondissement du Front de Gauche. Le vote des militants est sans appel. « On a un parti uni », me dit Marie-Pierre Vieu, ma camarade des années UEC Toulouse. Car, oui, j’étais mercredi 20 juin au Palais de la Mutualité à Paris, accrédité presse pour la conférence nationale extraordinaire du PCF. J’y ai retrouvé des vieux complices à l’image de « Mapi », comme nous l’appelons. Des plus récents, même si ça date quand même : Alain Hayot, de nos combats vitrollais. Il y a aussi Lilianne Pierre, conseillère générale de Fontenay-sous-Bois avec qui mes rapports se sont améliorés dans la période Front de Gauche. Bref, je suis allé voir l’état d’esprit de mes camarades du PCF.

D’abord, j’y retrouve Laurent, l’ami d’Ariège, rencontré via twitter. L’ancien membre de la LCR participe à son premier grand raout PCF, qu’il a rejoint il y a neuf mois. L’occasion de lui demander comment il ressort de cette conférence nationale qui avait pour but d’approfondir l’analyse de la séquence entamée fin 2008 avec la création du Front de gauche et conclue par les élections présidentielles et législatives. Au soleil, Laurent rassemble ses esprits, un peu « saoulé » par la succession d’interventions. « Moi, j’étais venu pour faire le point avec mon parti, voir un peu où on en était, collectivement », précise celui qui aime se définir comme membre de la meute, dans le bon sens du terme. Chez les militants, on retrouve ça : le besoin d’appartenir, d’être partie prenante d’un truc plus grand que soi, qui nous rend aussi plus forts.

Laurent a un besoin, qu’il m’exprime net et sans bavure. « Il faut qu’on redéfinisse notre ligne politique, qu’on l’affirme. Les libéraux, eux, sont clairs avec ce qu’ils sont, ce qu’ils défendent. Nous, j’ai pas toujours l’impression. » Et la conférence nationale, de ce point de vue, ne lui a pas refilé la pêche. Faut dire que, à gauche, nos grand-messes de congrès, conférences nationales et autres, ne sont pas des moments de formation mais plutôt d’affirmation. Pourtant, aux terrasses des cafés voisins, ça échange dru, ça débat. Par petits groupes, peut être un peu beaucoup par affinités géographiques. En bref, on se mélange peu.

En cheminant, je retrouve Jean-Charles Nègre, conseiller général de Montreuil. Evidemment, cet homme de l’ombre rechigne à causer dans le poste, préférant s’effacer devant cette « génération Front de Gauche » qui grandit au sein du PCF. Mais on se connaît avec Jean-Charles et il finit par me parler bien que je tienne mon carnet de notes à la main. Il précise, en bon cadre, la nature du vote des communistes : « Les camarades ont validé notre non participation au gouvernement tout en observant une attitude constructive chaque fois que des mesures pourront améliorer le sort des gens. » Et de conclure cette tirade par un sourire comme je les aime chez lui : « En même temps, nous sommes lucides ». Marie-Pierre Vieu complète le propos : « Notre refus d’aller au gouvernement n’est pas une ligne de gauchiste. Nous voulons élargir la dynamique du Front de Gauche pour participer aux « bougés » qui peuvent faire réussir la gauche ».

Côté communistes, on est assez convaincu qu’un nouvel échec du parti qui a concentré le vote majoritaire, même si c’est une majorité relative, de la gauche aurait des conséquences lourdes pour l’ensemble des forces de gauche. Pour autant, Mapi ne cache pas les difficultés : « Il y a un rapprochement entre la social-démocratie et la droite sur la pseudo « nécessité » de l’austérité. Dans ce cadre, le Front de Gauche dérange ». Le PS s’est donné les moyens d’être majoritaire seul, y compris en s’attaquant aux députés Front de Gauche sortant. Résultat des courses : le FDG progresse en voix mais perd quasi 10 députés. L’analyse devra être poursuivie.

Surtout, nos amis communistes veulent mener une réflexion sur les objectifs politiques. « Nous devons rendre crédible l’idée de l’alternative, résume le Toulousain Pierre Lacaze. L’Humain d’abord nous a permis de marquer des points dans cette perspective. Il faut aussi se pencher sur le rapport des forces. » En clair, comment rendre possible le fait que le Front de Gauche devienne demain la composante politique majoritaire à gauche, devant le PS ? Côté cocos, on parle d’abord de renforcement. « 6 000 adhésions pendant la campagne, se félicite Jean-Charles Nègre. Surtout des jeunes. » Et comme les militants communistes sont généreux, ils proposent que toutes les composantes du Front de gauche fassent de même.

Se pose la question du Front de gauche, dans lequel les militants comme Françoise de Noisy-le-Grand « se sent(ent) bien ». Jean-Marc Coppola, l’ancien cheminot marseillais, que j’ai connu patron des communistes des Bouches-du-Rhône, résume les débats à sa manière. « On a bâti ensemble. Aujourd’hui, on a de belles fondations. Il faut aller plus loin. C’est notamment ceux qui sont revenus à la politique grâce au Front de gauche, ceux qui nous ont rejoint dans ces deux campagnes ». Et si le Front de Gauche devenait à la fois le moyen et la fin ? Marie-Pierre Vieu met néanmoins en garde ses propres camarades : « Attention ! Le Front de gauche n’est pas là pour soigner les maux du PCF. Notre parti doit continuer à se transformer ». Premier acquis donc, le Front de Gauche se nourrira des évolutions de chacun.

Maintenant, au-delà des composantes actuelles, comment les militants du PCF voient la place de ces milliers de citoyennes et de citoyens qui se sont impliqués dans nos campagnes mais ne veulent rejoindre aucune organisation ? Mon ami Montreuilllois, Jean-Charles, apporte sa réponse : « L’adhésion individuelle n’est pas une bonne solution. Il faut que nous créions ensemble de nouvelles formes d’implication. Osons le pari de l’intelligence ! » Pour les camarades, l’action sera aussi le moyen de cimenter cette implication. Françoise, l’amie de Noisy qui a participé activement à la campagne de ma Riva, tranche : « Nous avons besoin de mobilisations sur la 6e République, sur les droits des salariés, sur les salaires ». C’est aussi elle qui me file une information essentielle : non content de se prononcer pour la poursuite des assemblées citoyennes, les communistes ont mis au pot commun du Front de Gauche les ateliers législatifs pour associer les citoyens à l’écriture des propositions de loi que porteront les dix députés Front de Gauche. Merci Françoise et à bientôt ! Mes amitiés à Daniel.

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Françoise, c’est la blonde assise à droite de la photo (à gauche de l’orateur donc)

Post scriptum : à l’occasion de cette conférence nationale, j’ai eu un long échange avec Didier Le Reste, sur le Front de gauche en général et le Front des luttes en particulier. Comme cette question me tient à cœur, j’y reviendrai dans une note à part la semaine prochaine.

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Bonus vidéo : Kristin Hersh « Hope (live) »


Approfondir le Front de Gauche ? Le projet d’abord, l’orga ensuite

Je vous l’avais promis, je m’y tiens. Je vais, à la sortie de cette séquence électorale, poser quelques unes de mes réflexions sur le Front de Gauche, sa nature, son évolution. Evidemment, elles n’engagent que moi et ceux qui se les approprient. Tout ça pour dire que je ne suis pas en mission. En fait, rédiger cette note m’aide aussi à préparer mon rapport sur le Parti de gauche dans le Front de gauche, pour l’assemblée générale du Parti de Gauche de Seine-Saint-Denis demain. Et met mes idées au clair pour le conseil national de samedi. En passant, si tout va bien, je serai demain, mercredi, à la conférence nationale extraordinaire du Parti Communiste à la Mutualité, avec mon accréditation presse. Cela dit, venons-en aux faits.

Au départ, le Front de Gauche est une construction d’appareils impliquant Gauche unitaire, Parti Communiste Français et Parti de Gauche. L’alliance électorale a vécu ce pour quoi elle avait créée : les élections européennes de 2009, avec un certain succès d’estime. Nous avons poursuivi l’expérience avec les élections régionales l’année suivante. Avec une nouvelle progression. Je saute par dessus les élections cantonales de 2011 par facilité et parce que ce scrutin était assez anecdotique. Il n’a d’intérêt que de marquer la continuation de la démarche Front de Gauche.

Avec le couplé présidentielles-législatives, le Front de Gauche est entré dans une nouvelle phase. Parce que, en premier lieu, d’autres organisations l’ont rejoint : Convergence et Alternative, la Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique, Femmes Egalité, le Parti Communiste des Ouvriers de France, République et socialisme. Soit un total de huit organisations à présent. Le deuxième événement marquant demeure, à mon sens, l’irruption citoyenne dans la campagne au travers des assemblées éponymes. Aujourd’hui, ces citoyens, au moins une partie d’entre eux, réclament de continuer le travail politique. Sans pour autant adhérer aux organisations qui composent le Front de Gauche. Ils se reconnaissent dans le compromis politique qui a pour nom L’Humain d’abord et n’ont d’envie que de soutenir ce projet politique précis. Fort bien.

Reste donc à pérenniser cet élan d’organisations d’un côté, de citoyens de l’autre. Et se pose la question de la forme : rassemblement informel comme à présent la plupart du temps ; fédération avec adhésion directe ; parti unique ? Se pose en corollaire, j’aurais plutôt tendance à dire en préalable, la question de « pourquoi le Front de Gauche ? ». Il serait peut être utile que chacune des organisations membres du Front de Gauche ainsi que les citoyens qui s’en sentent partie prenante homogénéisent leurs visions de ce projet. Je vais dire ce que je pense : je crois que c’est indispensable de clarifier notre rapport au projet politique du Front de Gauche. Je parle bien de projet, pas de programme puisque nous en avons un.

A ce stade-là, je vais livrer ma vision personnelle de ce projet. Vous n’aurez pas vraiment de surprises puisque j’ai posé ici et là des jalons de cette réflexion. Il faut d’abord que vous sachiez que je suis un partisan du parti unique de la gauche radicale, qui rassemblerait l’ensemble des organisations actuelles et les citoyens non encartés qui se retrouvent dans cette sensibilité. La venue des camarades issus du NPA serait évidemment la bienvenue ; promis, j’ai rangé mon piolet. L’idée consiste évidemment à créer une force politique capable de damer le pion au parti dit « sérieux » au sein de l’électorat pour mener une politique de rupture radicale avec le capitalisme.

La construction dialectique du rapport des forces entre la rue et les urnes constituerait une bonne méthode pour mener cette explication franche avec le PS. Mais il est bien entendu une chose dans mes mots : nous n’avons pas pour but, avec le Front de Gauche, d’être les « gérants loyaux du capitalisme ». Mais bien de l’abattre, pierre par pierre, jusqu’à sa disparition. Dans ma vision personnelle des choses, Die Linke, Syriza, les expériences boliviennes et vénézuéliennes se combinent pour alimenter un nouveau champ des possibles. Sachons enfin que je réfute désormais ce vieux débat à la con entre réformisme et révolution puisque le réformisme historique, celui d’avant Kautsky et Bernstein, se pose bien comme outil d’abolition du capitalisme.

Est passé le temps de la campagne. Riche d’espoirs, facteurs de quelques désillusions : ce n’est pas demain que nous ferons la révolution. C’est net. A gauche, l’électorat nous a préféré qui l’abstention qui le parti dit « sérieux ». Tenons-nous le pour dit. Reste qu’il n’y a aucune fatalité dans cette situation, si tant est que nous acceptons de reprendre les choses à notre base en renouant avec l’éducation populaire politique, travail long et ingrat mais indispensable dans la conscientisation autant que dans la bataille culturelle au sens gramscien du terme. C’est cela le début de la résistance aux lignes forces du capitalisme qui est, en premier lieu, la forme la plus hégémonique d’une vision politique de la société.

La campagne a passé, riche de rencontres, de débats, de confrontations. Et j’en ressors me disant que le parti unique n’est pas pour demain. Et que ce n’est pas grave ! Nous avons, à mon sens, d’autres urgences. En premier lieu, celle qui consiste à lever les ambiguïtés, à clarifier les positions, à mettre à plat les désaccords sur le fond. S’il y en a. Nous avons des histoires à partager, des cultures différentes desquelles s’enrichir, des formes de militantisme à mettre en commun. Profitons de ce que nous sommes relativement peinards jusqu’en 2014 pour élaborer une position politique commune, une feuille de route partagée, au même titre que nous avons réussi à produire un programme partagé. Transformons donc les assemblées citoyennes en collectifs locaux du Front de Gauche pour mener ce nécessaire travail d’explication et de construction. Cela permettra en même temps aux citoyens qui se sont emparés de nous de participer pleinement. En évitant les écueils que nous avons connus avec les collectifs unitaires anti-libéraux.

Je n’ai pas d’idée préconçue sur la question de l’organisation Front de Gauche en elle-même. Sauf que je crois illusoire et même dangereux de vouloir avancer à marche forcée vers le parti unique, Die Linke à la française. Nous brutaliserions bon nombre d’entre les nôtres sans comprendre que l’essentiel est d’abord de finir de lever les défiances réciproques, d’amalgamer les positions en respectant les histoires de chacun. La campagne a permis de progresser de ce point de vue. Il n’y a plus trop de militants PCF gaussant l’incapacité des Pégistes à mener un porte à porte ; lesquels Pégistes ont compris que les camarades de la Gauche unitaire sont des militants sérieux même lorsqu’il s’agit de faire autre chose que produire un texte… J’en passe et des meilleurs. A dire le vrai, nous avions tous nos méfiances, nos doutes, les uns vis à vis des autres. Le fait de militer ensemble, au coude à coude, de prendre les mêmes coups, de savourer les mêmes petits plaisirs… nous a considérablement rapprochés les uns des autres.

Ne perdons pas cet acquis en voulant aller plus vite que la musique. La question des municipales va arriver bien vite. Il serait bon que nous soyons sur la même ligne politique à ce moment-là au risque de tout perdre pour de bon. Dans le fond, je vais vous le dire, que le Front de Gauche disparaisse, je m’en fiche. Ce dont je ne fiche pas c’est de l’existence d’un outil politique au service de la classe ouvrière, qui lui permette de gagner dans ce combat à la vie à la mort qu’est la lutte des classes. J’ai la faiblesse de considérer que le Front de Gauche peut être cette arme qui aidera le peuple à terrasser son adversaire de classe.

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Bonus vidéo : The Damned « New Rose »