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La gauche pour de bon, l’écologie pour de vrai, la république pour tous

En ces temps où les mots sont vidés de leur sens, bataille idéologique aidant, il n’est pas inopportun de se préoccuper de tenter de redéfinir ce qu’est une politique publique de gauche au niveau des collectivités territoriales. Bien que jacobin de culture et marxiste de formation, ce qui m’attire vers le centralisme, je considère aujourd’hui – alors que mon Parti – le Parti de Gauche – apporte sa pierre à la refondation doctrinale de la gauche – que l’expérience de terrain peut aider à reconstruire ce corpus idéologique dont nous sommes tous en quête.

L’enjeu n’est plus aujourd’hui de « gérer » les collectivités locales. Je fais partie de ceux : militants, agents, élus, qui ont l’ambition de participer à la reconstruction des solidarités républicaines, à l’heure où les tenants du libéralisme, au pouvoir, s’acharnent à vider l’Etat de son sens autant que de ses capacités d’intervention au profit des citoyens. Nous avons l’ambition d’aider l’habitant à s’émanciper en devenant pleinement lui-même. Nous tenons déjà là les deux bouts de la corde : l’enjeu collectif, avec la solidarité, l’enjeu individuel, au travers de l’émancipation ; l’un alimentant l’autre de manière dialectique.

C’est pour cela que nous sommes attachés à la prééminence de la commune, comme fondement de l’organisation républicaine de la France. Il ne s’agit pas, pour nous, de passéisme ou de nostalgie. Nous affirmons, bien au contraire, la modernité de la commune comme creuset du vivre ensemble mais aussi, et surtout, de la résistance. L’Histoire nous rappelle que c’est toujours de la commune que sont nés les grands mouvements émancipateurs : de la Grande Révolution de 1792-1793 au Front Populaire, en passant par les Communes de 1871 : Paris bien évidemment, mais aussi Lyon et Marseille, pour ne citer que celles-ci. C’est là la raison fondamentale de notre opposition résolue à la réforme des collectivités locales présentée par le gouvernement, sur la base du rapport de la Commission Balladur. Enfin, repartir de la commune, c’est aussi repartir du réel, un réel qui conditionne notre vision politique.

Dans ce cadre, le premier objectif demeure de permettre aux citoyens de se dégager des aliénations que constituent le travail, la consommation, les déplacements que génèrent ces deux premiers éléments, pour qu’ils puissent se consacrer à eux-mêmes autant qu’à ce qui les entoure : l’environnement, les autres, la ville… autant d’éléments de socialisation, de solidarité et d’émancipation, j’y reviens. C’est dans ce cadre précis que nous envisageons le concept de ville lente, puisque le temps est devenu un enjeu majeur, au même titre que les conditions économiques et sociales. Nous n’opposons pas ces dimensions, bien au contraire.

En matière sociale, le premier devoir d’une collectivité demeure de faire vivre la solidarité, en renforçant le lien social mais aussi en mettant en œuvre des services au prix le plus bas, voire tendant vers la gratuité. C’est aussi lutter contre l’idéologie dominante en refusant de concéder au secteur marchand des pans entiers de l’action publique mais bien au contraire, en réintégrant dans le secteur public tout ce qui peut l’être. De fait, en sanctuarisant tout ce qui peut l’être hors du domaine marchand, nous offrons un gain substantiel en termes économiques à nos concitoyens. Ils sont protégés des effets de la spéculation inhérents à la marchandisation galopante.

J’ai eu l’occasion de le dire et de l’écrire déjà, pour nous l’enjeu est de concourir à l’émancipation du citoyen. Or, pour arriver à l’émancipation, il faut du temps : temps pour l’accès à la culture ; pour la vie sociale, affective, amicale ; pour l’implication citoyenne. Et ce temps est devenu, pour la plupart d’entre-nous, la variable d’ajustement en raison du temps croissant consacré aux déplacements domicile-travail, à la consommation… C’est pourquoi nous nous proposons de repenser l’urbanisme pour réduire l’importance de ces temps là, que nous jugeons aliénants, pour ralentir la ville.

Et nous considérons que, pour ralentir la ville, il faut la densifier. Par densifier la ville, il ne s’agit pas de favoriser l’étalement urbain ou le bétonnage mais bien de permettre à la Ville d’assumer l’ensemble de ses fonctions : développement économique pour créer des emplois qui profiteront aux habitants ; habitat pour assumer et réaliser la mixité sociale ; services publics pour répondre aux besoins premiers des citoyens : culture, sports et loisirs ; espaces de nature préservés pour un cadre de vie amélioré. Mais je n’oublie pas qu’une des fonctions premières de la ville demeure l’apprentissage de la vie sociale. D’où toute l’importance des équipements publics, qui sont à la fois des lieux de services, de rencontre donc de lien social. Ils constituent autant de traits d’union entre les différentes parties du territoire.

Pour autant, si nous défendons une ville intégrée avec l’ensemble de ses fonctions, nous rejetons l’idée d’une ville autarcique et refermée sur elle-même. Nous avons trop souffert de cette conception de quartiers autosuffisants, en vogue dans les années 1970, qui, finalement, confinent aujourd’hui à la ghettoïsation, les différentes facettes de la crise économique inhérente au capitalisme étant passées par là. Je fais partie de ceux qui militent donc pour une ville ouverte sur ses semblables, qui concourt au brassage, à la circulation des Hommes comme des idées. Cela suppose une nouvelle architecture des transports en commun ainsi que la gratuité de ces déplacements pour inciter à ne plus utiliser sa voiture. L’accélération des transports que génère leur massification (RER, tram-train, etc.) permet de ralentir le rythme de vie en libérant du temps. Nous y sommes toujours.

Densifier la ville donc pour maîtriser les espaces, les affecter au mieux de leurs caractéristiques aux diverses fonctions urbaines : voici l’enjeu. Dans ce cadre, il convient de se doter des outils réglementaires nécessaires à la maîtrise foncière, jusqu’au droit de préemption, notamment pour lutter contre la spéculation, les marchands de sommeil ou leur équivalent économique. Il est aussi essentiel de fixer des objectifs en termes de répercussion pour les citoyens lorsque les agents et les élus territoriaux négocient l’implantation d’une entreprise sur notre territoire. N’hésitons pas à parler de densité d’emplois à l’hectare.

Par ailleurs, mes camarades et moi défendons une vision clairement écologique de la Ville. C’est aussi ce point qui nous amène à défendre un urbanisme dense. Je n’ai donc pas peur de dire que moins les bâtiments, quelle que soit leur rôle (habitat, service, économie), auront d’emprise au sol, mieux nous pourrons intégrer les diverses fonctionnalités urbaines dans le respect de notre environnement commun. En effet, moins d’emprise signifie moins de sol imperméabilisé et donc une vie de ville plus en phase avec la nature. Dans ce cadre, il faut réfléchir sérieusement à une révision, pour le moins, de l’idéologie très sarkoziste de la « France des propriétaires ». Bien que figurant comme revendication des Révolutionnaires de 1789, prenons en compte le contexte, je ne crois pas que la propriété immobilière individuelle participe au bien commun. Ce, même si, aujourd’hui, l’aspiration de nos amis, voisins, parents parfois, pousse dans ce sens.

Pour revenir à la vision de l’action publique que je défends, et que des élus mettent en œuvre , elle relève de la planification, dans chacune des quatre fonctionnalités que j’ai déjà identifiées ; laquelle planification a une ambition écologique. Par planification, nous entendons des choses simples : anticiper les besoins, prévoir les étapes, tenir le calendrier. Il ne s’agit pas de remettre à l’honneur le Gosplan, loin s’en faut, mais de se doter d’une méthode rigoureuse, tant l’action publique, aujourd’hui, nécessite fermeté dans la conviction mais aussi rigueur dans l’exécution.

Cette ambition, avec un outil privilégié et une méthode définie, nécessite toutefois une condition tant, en apparence, elle peut apparaître comme contraignante pour le citoyen. Cette condition a pour nom l’éducation populaire. Le rôle militant des élus, avant même la construction de la ville, demeure d’être un éducateur du peuple, c’est-à-dire l’amener à prendre conscience des enjeux, à s’approprier les ambitions collectives, à prendre à bras le corps les contradictions pour les résoudre. Cela nécessite un travail intense de débat, de confrontation, dans une relation de proximité avec le plus grand nombre de citoyen. Notre conception de l’élu est aux antipodes de la culture dominante qui réclame des élus gestionnaires, à l’hyper technicité, mais retranchés dans leur tour d’ivoire. Nous avons suffisamment confiance à la technicité des agents territoriaux, à leur attachement aux territoires sur lesquels ils interviennent autant qu’ils y vivent, pour savoir que la première tâche des élus est de se rendre disponibles pour le débat citoyen, qui précède et conditionne l’émancipation. Dès lors que le citoyen peut y consacrer du temps…

Au final, notre pensée est articulée autour de trois piliers d’égale importance : la gauche pour de bon, l’écologie pour de vrai, la République pour tous. C’est là le sens de notre contribution au débat en cours sur la nature de l’action publique, son rôle, son but.

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Autour des législatives, à propos du PS, c’est quoi le Front de Gauche ?

Quand je vous dis que les militants sont des êtres humains comme les autres, faut me croire. Hier, nombre d’entre-nous ont laissé libre cours à leur colère. Ou, tentant de la refouler, ont manqué s’empoigner avec des amis, des camarades. Je ne suis pas une exception, mes échanges en commentaires avec Raoul, fidèle lecteur, ont bien failli tourner vinaigre. Heureusement, nous avons eu tous l’intelligence de ne pas céder à la tentation du « bourre pif » qu’il soit de mots ou de maux. Bref, la lecture des résultats du Front de Gauche aux législatives et leurs conséquences : désistement républicain notamment, ont été l’occasion d’exprimer la frustration légitime par rapport à des résultats que nous sommes beaucoup à considérer comme n’étant pas à la hauteur des enjeux.

Je fais mien ce constat. J’aurais aimé que nous maintenions le score de 10 % aux législatives et que nous gagnions des députés. Las, et ce n’est pas la faute des médias, pas celle du parti dit « sérieux », pas celle du peuple, il n’en sera pas ainsi. J’ai déjà donné ma part critique de notre responsabilité dans cette affaire. Par ailleurs, beaucoup a été écrit sur les raisons diverses qui expliquent ce score médiocre quoi qu’en progression par rapport à ce qui est comparable. Je ressens, à titre personnel, dans ces analyses contradictoires, des visions différentes voire divergences du projet politique Front de Gauche. Pour que nous compreniez ma propre analyse, je crois qu’il est utile que je vous précise donc quelle est ma vision du Front de Gauche.

Et, pour bien me faire comprendre, je vais partir de ce que nous ne sommes pas : le parti socialiste, ses alliés ou ses partenaires. Au risque de décevoir certains de mes lecteurs, le PS n’est pas (encore ?) de droite. Le PS constitue la droite de la gauche. J’en veux pour preuve que la très grande majorité des électeurs se réclamant de la gauche ont voté pour ce parti. Ah, bien sûr : nous pouvons convoquer tous nos penseurs, nos idéologues, les faits même ! pour expliquer le contraire. Mais les faits sont têtus : le peuple souverain a décidé que le parti dit « sérieux » se situe dans le camp de la gauche. Nous mêmes nous lui donnons raison, en expliquant que nous ne sommes pas les adversaires du PS mais que nous lui disputons le leadership à l’intérieur de la gauche.

Nous avons vocation à prendre le pouvoir, donc à assumer notre engagement électoral à tous les niveaux. Pour passer devant le PS et l’amener en position de vassalité politique vis à vis de nous. Jusqu’au moment où, ayant mené à bien le travail d’éducation populaire politique et de conscientisation, nous n’aurons plus besoin de lui. Nous estimons que, pour parvenir à ce résultat, nous devons assumer une ligne d’autonomie conquérante vis à vis du PS. Ce qui exclut toute participation à un gouvernement social-démocrate mais qui ne signifie pas faire le jeu de la droite. Nous l’avons dit, je suis d’accord avec ce point : « On ne mènera pas la révolution citoyenne sous un gouvernement de droite ». Parce qu’une victoire électorale de la droite est une défaite idéologique pour la gauche. Les mots ont un sens.

De cela procède quelques conséquences très pratiques, qu’il faut assumer même quand la colère brouille la conscience et obscurcit la vision. C’est bien pour cela que, malgré mes propres rancœurs et celles exprimées par d’autres, j’ai trouvé la ressource pour expliquer le pourquoi et la nature du désistement républicain, quitte à me faire qualifier, à mots couverts, de social-traître par quelques lecteurs amicaux. Pendant qu’ailleurs d’autres de mes camarades me qualifient de gauchiste. Joie ineffable de l’exposition. Si je n’en voulais pas, je n’avais qu’à pas ouvrir ce blog. Mais passons sur mon ressenti personnel. Là n’est pas la question.

Je reviens donc sur ce qui est, pour moi, militant parmi d’autres, le fond. La vision que j’ai exposée de nos rapports avec le parti dit « sérieux » pose des marqueurs de différenciation avec les partis d’extrême-gauche. Nous ne considérons pas, en effet, le PS comme l’ennemi de la classe ouvrière. Si c’est ce que vous cherchez au Front de Gauche, vous avez frappé à la mauvaise porte.

Je veux aussi redire que nous avons vocation à prendre le pouvoir pour mener la rupture avec le capitalisme. En ce sens, nous sommes révolutionnaires et c’est pour cela que nous appelons à la révolution citoyenne, parce que nous voulons tenter une révolution démocratique et pacifique. Nous sommes aussi prêts à mener nos ruptures par le moyen de réformes porteuses de radicalité concrète. Dans cette construction politique nouvelle, nous dépassons le faux antagonisme entre réforme et révolution, rappelant que tous les moyens sont bons pour réaliser la transformation radicale de la société. C’est ce que nous allons imposer dans le débat, à grande échelle, dans les années à venir.

Pour autant, le Front de Gauche va-t-il, doit-il, attendre sagement les prochaines échéances électorales pour mesurer son influence agrandie (ou pas) ? Ce serait bien mal nous connaître. Nous ne sommes pas du genre à attendre sagement qu’on nous donne l’autorisation de parler. Comme l’explique Jean-Luc dans sa dernière note, nous profiterons de chaque occasion pour faire grandir l’insurrection citoyenne, dans un processus dialectique qui articule, en conscience, la rue et les urnes :

« (Citant l’analyse du journal La Croix – NDA 🙂 « Sans groupe à l’assemblée Jean-Luc Mélenchon cherchera à transformer plus que jamais l’alliance en une force au service de l’insurrection citoyenne. » En tous cas il est exact que c’est bien ce que, peu ou prou, j’ai l’intention de proposer avec la direction du Parti de gauche à tout le parti pour son prochain congrès. Car certes, nous participons à la mascarade actuelle, et nous respectons sa conclusion parce que nous sommes républicains et que nous nous soumettons à la loi et à la Constitution aussi longtemps que le peuple ne l’aura pas changée lui-même. Pour autant, ce serait une lourde faute d’en attendre davantage que ce que nous en voyons déjà. C’est-à-dire un monstrueux déni de démocratie. Jugez plutôt. Si nous étions représentés à l’assemblée (…) à la proportionnelle des voix gagnées à ce premier tour, nous serions quarante-trois députés du Front de Gauche! On sait ce qu’il en sera en réalité. Surtout quand, par-dessus le marché, le parti dominant, le PS, consacre l’essentiel de ses forces à tenter d’écraser ses partenaires pour avoir la majorité absolue tout seul. Pourquoi faire ? Pour être certain de pouvoir rendre impossible de cette façon toute forme de débat sur les décisions qui viendront d’en haut ! Mais le débat aura lieu. Et bien plutôt qu’on ne le croit chez les importants. Ailleurs et autrement puisque nous n’avons pas le choix. »

Chaque mobilisation sociale, chaque lutte, chaque coin de trottoir deviendra notre lieu d’expression autant que celui à partir duquel nous poursuivrons la construction de notre force politique. S’il faut assumer une franche explication avec les militants du parti dit « sérieux », nous en serons. S’il faut dessiller les yeux des citoyens sur la nature des décisions prises par l’Union européenne, nous le ferons. S’il faut qu’on s’explique entre nous sur la cohérence, les objectifs et les structures à mettre en place, nous mènerons ce travail de saine explication.

Cela dit, en passant, le Front de Gauche ne constitue pas une auberge espagnole. A mon sens et à mon sens uniquement. On ne vient chez nous pas sur un point, en oubliant le reste. Non ! Nous avons construit patiemment, au départ comme une alliance d’appareils c’est vrai, un projet politique que nous mettons aujourd’hui à la disposition de qui veut. Mais nous n’en changerons pas l’objet pour vous faire plaisir. Si vous voulez un front de gauchistes, allez voir ailleurs. Pour l’heure, nous avons comme préoccupation de poursuivre notre homogénéisation en intégrant vraiment les camarades qui nous ont rejoint pendant la campagne des présidentielles : la Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique, Convergences et Alternatives, le Parti Communistes des ouvriers de France, République et socialisme, Femmes Egalité, les citoyens qui nous ont rejoints en comprenant la nature de notre projet.

Nous allons continuer à nous construire avec des moyens d’expression politique plus réduits qu’avant parce que le parti dit « sérieux » a profité de la démobilisation d’une frange de nos électeurs pour nous éradiquer là où il le pouvait. Cela fait partie du jeu. Comme nous aspirons à terme à nous passer des sociaux-démocrates, je comprends fort bien qu’ils tentent de faire de même avec nous tant qu’ils en ont l’opportunité. Las, je crois ce coup raté. Les têtes dures que nous sommes vivent à l’image de la mauvaise graine : elles repoussent sans cesse et se multiplient. A bon entendeur…

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Bonus vidéo : Pop Will Eat Itself « Preaching To The Perverted »