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Asturies : les « gueules noires » en première ligne

Dans l’agenda médiatique, il y a le tweet de Valérie Trierwieller et la défaite raide de la Royal en rade de La Rochelle. Dans l’agenda des gens, il y a plein de choses : le désastre écologique en cours dans le delta du Niger, le mouvement de nos cousins Québécois, la Grèce… Et, pour moi, la grève des mineurs des Asturies dans le nord de l’Espagne. Ce mercredi 20 juin, elle en est à son 22e jour. Puisqu’on en parle bien peu dans les journaux et sur les télés de l’Hexagone, je m’en vais modestement tenter de vous dire ce qui se déroule au-delà des Pyrénées.

En fonction des directives de l’Union européenne sur la libéralisation de tous les marchés, les états européens doivent cesser leurs aides à différents secteurs industriels, pour maintenir la « concurrence libre et non faussée ». Genre. En conséquence directe, les gouvernements espagnols Zappatero puis Rajoy aujourd’hui continuent de couper les vivres à l’industrie minière du charbon, très importante dans les Asturies, la région nord-est de l’Espagne. L’état espagnol diminue de 60 % le montant de ses aides à l’industrie du charbon. Après des coupes de 300 millions d’euros l’an passé, ce sont 111 millions qui sont encore retranchés aux aides publiques en 2012. La fermeture des mines de charbon, programmée pour 2018, pourrait donc intervenir plus tôt, condamnant les 8 000 mineurs encore en activité et les quelque 30 000 salariés dont l’activité dépend des charbonnages.

La brutalité de la mesure a entraîné une vive réaction des mineurs asturiens qui, bien que rejoints dans la lutte par leurs camarades de Castille et Léon mais aussi d’Aragon, autant de hauts lieux des luttes ouvrières hispaniques. L’affrontement de classe est violent, les mineurs rendant coup pour coup à la répression. Vendredi 15 juin, des affrontements ont fait 7 blessés. Rajoy semble vouloir, à la manière de Thatcher avec ses propres mineurs en 1984, casser les reins du mouvement ouvrier pour affirmer son pouvoir dans un pays en proie à de vives tensions économiques et sociales.

C’est donc toute la population asturienne qui s’implique dans la lutte. Mardi 19 juin, les femmes de mineurs se sont rendues au sénat espagnol pour faire entendre leurs voix. Elles ont été reçues… avec des coups. Le pouvoir a tenté de leur interdire la parole. Elles ont été évacuées par la force de la chambre haute du parlement de Madrid. Pourtant, comme elles le scandaient : « Nous sommes des mineurs, pas des terroristes ». Le bras de fer semble parti pour durer. Et c’est bien l’avenir de toute une région qui est en jeu.

J’en parle presque d’expérience. De l’âge de 9 ans à l’âge de 22 ans, j’ai vécu dans le nord du Tarn, à proximité immédiate du bassin minier de Carmaux, rendu célèbre par Jean Jaurès qui en était le député. En 1991, sous l’autorité de Dominique Strauss-Kahn, secrétaire d’Etat à l’Industrie de mémoire et donc tutelle des Charbonnages de France, le gouvernement social-démocrate a décidé la fermeture de la mine découverte de Carmaux, scellant la mort économique du Tarn-nord. J’ai très précisément en mémoire les images que j’ai glanées, tout jeune journaliste à l’hebdomadaire de la fédération départementale du PCF que j’étais. Je me souviens, devant le Pont neuf à Albi, cette rangée de CRS aux regards inquiets confrontés aux mineurs torses nus, barre à mine à la main, casque sur la tête, prêts à en découdre. Je me souviens le déploiement de forces policières dans toute la ville, ma ville, et moi circulant à mobylette pour éviter les barrages de flics.

On a perdu. Et, malgré un parc d’attraction sur l’ancienne mine découverte, malgré le développement du tourisme, malgré les aides à la reconversion, malgré… malgré… le nord de mon département à moi, celui auquel je reste attaché, ne s’en est jamais vraiment remis. C’est que la mine structurait la vie autant que l’activité. A l’école Jean-Jaurès, dans le quartier de la Madeleine à Albi, soit à 30 kilomètres de Carmaux, on parlait de la mine. A 9 ans ! Mon copain de classe Maxime était le fils du maire de Cagnac-les-Mines… Vous voyez ?

Donc, je peux fort bien comprendre ce que vivent les Asturiens. Je vous renvoie d’ailleurs à la lecture de la lettre d’un mineur de cette région, publiée sur le site Mille babords. Cela dit, nos camarades ont aussi de l’expérience dans la lutte. Y compris la plus dure. En 1934, deux ans avant l’élection du Frente Popular, une grève insurrectionnelle a marqué les Asturies. C’est à cette époque qu’apparaît le sigle UHP pour Unios Hermanos Proletarios (« Unissez-vous frères prolétaires »). Ce sigle, qui revient en vogue dans son berceau, constituait un appel à l’unité, qui sera suivi d’actes. Le mouvement ouvrier espagnol des années 30, profondément divisé entre UGT (centrale qui réunissait communistes et socialistes) et CNT (anarcho-syndicalistes), pour les syndicats ; PSOE (social-démocrate), PCE (communistes) et FAI (fédération anarchiste espagnole), se retrouvera au coude à coude, derrière les barricades, pour se défendre face aux agressions de la droite réactionnaire appuyée par l’armée et la police.

Toute ressemblance avec ce qui est en cours en ce moment même dans ce nord de l’Espagne qui m’a vu cheminer l’été 2011 n’est pas fortuite. L’UGT et les CCOO (Commissions ouvrières, proches de Izquierda unida) se retrouvent unies. Les mineurs observent à 100 % le mot d’ordre de grève unitaire. C’est un mouvement exemplaire à la fois dans ses raisons : le refus de l’austérité imposée par Bruxelles, et dans sa forme.

Bonus info : Pour suivre le mouvement des mineurs espagnols, le fil de Monabone75 sur twitter

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Bonus vidéo : Test Dept and The South Wales Striking Minors Choir « Comrades In Arms »

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Le Front de gauche a les mains libres

C’est ce qu’il y a de bien avec la constance en politique. Pendant des années, nos positions politiques sont restées minoritaires et éparpillées entre divers groupuscules dans ou en marge des partis qui bénéficient de la mansuétude des médias commerciaux. Mais le discours ne variant pas, il commence à être pris en compte par un nombre croissant de citoyens. Puis, un évènement amène l’ensemble de ces groupuscules à se fédérer et, là, les minoritaires créent la surprise en devenant la majorité. C’est ce que nous avons réussi en 2005 avec le Traité constitutionnel européen. A la sortie des meetings du Front de gauche de Vierzon et Limoges, j’ai le sentiment que nous sommes en train de renouveler l’expérience avec, en ligne de mire cette fois, rien moins que la prise de pouvoir. Ce n’est pas là le fruit du hasard, notre stratégie vient de loin.

Dans le Cher, on a approché les 6.500 personnes ; les 10.000 dans la préfecture de la Haute-Vienne. Dans ces deux rassemblements d’éducation populaire politique, nombreux étaient les socialistes, y compris encartés. Pourtant, les baronnets locaux du parti autoproclamé « sérieux » * n’ont ménagé leur peine ni dans l’une ni dans l’autre des villes pour tenter de retenir « leurs » adhérents. A Limoges, ils ont recouvert les affiches de notre meeting en fin de matinée. Il nous aura suffi de quatre camarades et d’une heure pour réparer ce qui ne peut être que le fruit d’une stupidité individuelle. Pour tenter de garder les militants PS à la maison, feu la gauche de ce parti a poussé plus loin : elle a organisé une réunion avec le député emmanuelliste de la Creuse Michel Vergnier. Ca a tant bien fonctionné que je ne compte plus le nombre de personnes que, dans le Zénith, les camarades me signalent comme « encarté PS », « militant PS », quand ce ne sont pas des conseillers municipaux.

La veille à Vierzon, c’est un secrétaire de l’union départementale CFDT qui me demande son chemin pour gagner le parc des expos où  vont parler Jean-Luc Mélenchon et Marie-George Buffet. Ce n’est pas rien non plus tant, entre le TCE et nos positions respectives sur les retraites, les rapports entre le Front de gauche et la centrale dirigée par François Chérèque ne sont pas des plus simples… Au final, notre constance politique, cela fait juste dix ans que nous répétons les mêmes choses en boucle au risque de nous voir comparés à des vieux 33 tours usés autant que mon maxi de Ne ver Let Me Don par Depeche Mode, nous a rendu crédibles et dignes de confiance.

Ce n’est pas rien quand les repères se brouillent. Pardon… quand, syndrome de Fukuyama oblige (« le communisme est mort, le capitalisme a gagné, l’histoire est finie », les idéologues capitalistes et sociaux démocrates s’unissent – sans s’en rendre compte ? – pour brouiller les repères. Nous minorités devenues enfin visibles par l’efficacité du Front de gauche, apparaissons donc comme un point fixe auquel se raccrocher dans la tempête. Et bientôt, nous tiendrons la barre du navire après lui avoir imprimé le cap. Ce que nous faisons déjà entre reprise même tronquée de nos positions, recyclage de notre vocabulaire, référence permenante à nous. Heureusement que nous ne sommes qu’une candidature de diversion, de division, au service de Sarkozy, autre (rayer les mention inutiles).

Bref. Nous sommes le point fixe qui agglomère le rassemblement, j’en parlais encore hier. Nous avons la capacité à l’être en raison de notre cohérence. En 2005, non au TCE ; non au traité de Lisbonne en 2007 ; ni et au Mécanisme européen de stabilité en 2012. Nous avons également refusé  la directive rail ainsi que tous les autres oukases de la pensée inique. En sus du fait de pouvoir nous regarder dans la glace, cette persistance dans la même direction nous permet d’avoir les mains libres pour construire l’alternative. Nous ne sommes tenus par aucun engagement pris de concert par le parti populaire européen et le parti des « sérieux » européens. Le seul engagement qui nous lie les main reste le mandat que nous a confié le peuple. Ah, oui : cela porte le doux nom de démocratie.

Ce qui vaut pour le cadre européen vaut, bien évidemment, pour le reste. Nous allons pourtant devoir faire des compromis, avec nous-mêmes. Comme sur d’autres sujets, il faut prévenir, dire les choses clairement et honnêtement pour que nul ne se sente floué. Ainsi, nous répétons qu’il faut achever dans les urnes le sarkozisme à l’agonie. Quel que soit le cas de figure. C’est une simple mesure de salubrité publique. Nous disons aussi que, vu qu’Hollande ne peut pas nous faire perdre, nous proposerons des postes de ministres au parti « sérieux » ainsi qu’aux verts – sauf à l’amère, évidemment – dans le gouvernement de transition qui travaillera jusqu’à ce que l’assemblée constituante ait mené à bien ses travaux. Cette manière de faire : prévenir, dire ce que l’on va faire, c’est aussi cela qui nous donne les mains libres.

Au final, dans ce Limousin Terre de Gauche, où j’ai commencé à militer de manière organisée, il y a eu les premiers pas d’une méthode. Qui peut aller plus loin encore, vu comment le Front de Gauche est en passe de se dépasser lui même. Sur ce point, je veux juste préciser que ce n’est pas rien ce qu’a fait notre candidat lors du meeting de Limoges. Il a appelé à la création, partout, de comités locaux du Front de Gauche. Mais je lui laisse la parole, citée parLe Populaire du Centre, quand il revient sur la genèse de Limousin Terre de Gauche, qui élargit le socle de base aux camarades du Nouveau Parti Anticapitaliste ès qualité :

« A l’époque, il y avait beaucoup de scepticisme au sein même du front de gauche au niveau national. Moi, j’étais certain que c’était la bonne recette. Christian Audouin a su accepter le verdict de ses camarades sans orgueil obstiné.  Il y avait le risque que les socialistes appliquent la méthode du gros bâton, ce qui est leur façon ordinaire de traiter les autres. Ils ont pensé qu’ils allaient imposer leurs élus. Passer en force, exactement comme aujourd’hui. Ils se sont fracassés. Et c’est ce qui leur pend au nez si j’arrive à réunir les conditions du choix politique à gauche. »

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* Quand même, à quoi pensent les communicants du Parti « sérieux » ? Pour le provincial que je suis et resterai toujours, soit dit en passant le coeur de cible du Batave, « sérieux », ça renvoie à notaire. Et, sérieusement, qui voudrait, Sand y être obligé, confier ses intérêts à un notaire ?

Bonus HADOPI : Ivan Smagghe « Programme Commun Nustalgie (Is Mash)« , courtesy of mes potes de Rizome Corp (c)

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Bonus vidéo : MC5 « Kick Out The Jams »


En route vers Vierzon, en route vers l’insurrection

Je suis ce mardi 3 avril matin dans le train direction Vierzon avec Juliette Prados et Damien, « mon petit ». Nous allons enchaîner deux meetings : Vierzon donc puis Limoges. Nous en profitons pour débrieffer après l’enthousiasme du dimanche à Grigny, avec le Front de gauche des quartiers populaires pour Damien et moi, à Montreuil pour un apéro de la révolution citoyenne pour Juju. Nous avons beau, elle et moi, militer dans le même  comité, nos tâches respectives nous tiennent assez éloignés.

Évidemment, le sondage qui place le Front de gauche à 15% – et surtout confirme le précédent qui noua plaçait devant la châtelaine de Montre tout – nous met en joie. Il confirme ce que nous vivons sur les multiples terrains où nous pouvons intervenir. Ce sondage montre aussi la vanité des coups que nous portent pėle mêle certains éléphants du parti dit « socialiste » sur le retour, les verts vides, Lutte ouvrière et Laurence Parisot. N’étant point encore familier avec la tablette depuis laquelle j’écris, vous voudrez bien me pardonner l’absence de liens.

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Vanité de ces coups portés puisqu’ils nous renforcent et n’ont d’autre effet que d’offrir à quelques vedettes du déjà temps jadis de voir leur nom dans la presse. Quand le grand chamboule tout politique initié par l Front de Gauche est prêt de porter ses fruits, on se console comme on peut. Nous, nous pofitons de ces presque deux heures de train pour nous reposer et reprendre le fil de la perspective. Laquelle a pour beau nom « insurrection citoyenne ».

Elle grandit de meeting en meeting, de rencontres sur les marchés en assemblées citoyennes, au comptoir des cafés, au rythme des claviers sur les réseaux sociaux. Elle est partout et se répand parmi le peuple, profitant de l’abri que nous offrent journalistes et commentateurs : ils ne voient qu’une chose, « Mélenchon fait la meilleure campagne ». C’est vrai… Continuez à ne voir que cela, à croire que nous faisons de la politique à l’ancienne avec négociations sur un coin de table à la fin. Ça fait nos affaires. Le proverbe le dit bien : « pour vivre heureux, vivons cachés ». Sous vos yeux bouchés par l’habitude, à l’abri de vos certitudes, nous construisons la révolution.

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Ah bien sûr, nous jouons d’apparence le jeu gentillet de l’élection à quatre tours : 22 avril, 6 mai, 10 et 17 juin. Nous ne discutons pas cette règle, à quoi bon… Nous nous contentons de marquer des buts contre le capital et tous ses serviteurs. Pour ce faire, nous menons la bataille culturelle en faisant de chacune de nos rencontres avec la nôtres – ce peuple que tous invoquent avec plus de véhémence qu’il s’en trouve loin – un grand moment d’éducation populaire politique. Nous semons la graine de l’action consciente dans le combat de classes qui est en cours. Nous distribuons à tous ceux que noua rencontrons des arguments comme nos anciens distribuaient les fusils aux citoyens à Paris en 1871, à Barcelone en 1936, dans la forêt de Tronçais en 1943.

Je l’ai déjà dit sous d’autres formes. Mais, au point où nous sommes rendus, là où commence l’affrontement final avec le candidat extrême des droites, il fallait le redire. Nous vous aurons prévenus. Nous jouons certes avec vos règles, messieurs les bien-pensants. Mais pour en faire tout autre chose que ce que vous attendez de nous. Tant mieux si notre arrivée au pouvoir – inéluctablement’ c’est ce qui se prépare – provoque une vague d’exil fiscal : chaque déserteur verra son entreprise saisie pour être rendue à ses légitimes propriétaires, les salariés. Tant mieux si Parisot et Nicolas le petit font campagne commune contre les syndicats, cela nous motivera encore plus pour mener victorieusement la grève générale qui suivra notre victoire dans les urnes, préalable indispensable à la victoire finale qui aura lieu dans la rue.

Voilà mon petit point d’étape personnel avant d’arriver à Vierzon. Personne ne pourra dire que nous vous avons pris par traîtrise.

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Bonus vidéo : Rage Against The Machine « Take The Power Back »


Est-ce que vous avez compris à présent ?

A tout le moins, nul ne pourra dire que nous n’avons pas prévenu. Cette marche du Front de Gauche, conclue par le meeting de la Bastille, donne le ton. Nous avons lancé l’insurrection citoyenne, l’insurrection civique. L’affluence à la Bastille, ce 18 mars, était celle des soirs de victoire de la gauche. Et, pourtant, nous n’en sommes encore qu’au début de la campagne électorale officielle. Le décor est planté, nous vous avons fait la démonstration de notre force.

Oui, nous étions plus de 100 000. A mon poste, tenant la corde dans le carré de tête, j’ai pu voir les trottoirs remplis de monde de Nation à Bastille. Au-delà de la nuée des journalistes, il y avait des nôtres devant nous… C’est cela d’offrir un outil politique aux inorganisés, aux non-militants, à ceux qui étaient loin de l’action citoyenne : ils n’ont pas l’habitude des cortèges. Devant… Derrière… Sur les côtés… Du moment qu’ils sont là, ils se fichent bien de l’importance d’un cortège ordonné, de l’impact que cela a sur chacun. Et, peut-être, ont-ils raison dans le fond. C’est, comme l’écrit l’ami José, « le grand fracas ».

Oh ! Bien sûr… Parmi les dizaines de milliers d’amis montés de leurs provinces, il y avait pas mal de militants habitués à nos rassemblements. Ils y étaient même majoritaires, très largement. Quand la SNCF fait payer plein pot le billet, faut avoir le militantisme sérieusement arrimé pour se dire « on y va quand même ». Petit plaisir personnel : cela m’a permis de revoir les camirades (contraction d’ami et de camarade) de Besançon : Emmanuel, le Mexicain et les autres.

Place de la Nation, vers 12h30...

Donc, oui : de Province, ce sont surtout des militants encartés qui sont arrivés sur ce lieu de convergence de toutes les révolutions : la place de la Bastille. Mais pour les Franciliens, changement de donne. Là, ce sont les citoyens que l’on dit lambda qui sont venus en masse. Nous autres militants de Paris et de ses banlieues, quel que soit le logo sur notre carte, sommes minoritaires. Je m’en rends compte en faisant mes tours de sécurité. Pas de badges ni d’autocollants… ou alors trop. Et ces regards surpris, comme épatés de leur propre présence, de l’importance de cette présence.

Il y a là une jeunesse nombreuse, souriante, rigolarde, fière de son tour joué aux bien-pensants. Quelques heures plus tard, en rentrant vers chez moi, je la croiserai – plus qu’enthousiaste – sur les trottoirs, dans les couloirs du métro, se ruant vers le RER qui la ramènera dans ses quartiers. Elle a l’insolence crasse de ceux qui n’ont peur de rien. Et elle nous incarne bien, cette jeunesse de banlieue. Tout autant que ces couples, finalement sans âge à force d’avoir des âges trop différents. Ils se tiennent par la main, par la taille ou juste par le regard. Ils s’embrassent en écoutant le discours de leur candidat. Parce que, oui ! Notre projet est porté par l’Amour. Cet amour qui nous amène à proclamer le droit du sol intégral : « Tu nais ici, tu es Français ! » Cet amour de soi et des autres, c’est le Front de Gauche en chair et en os. Ce sont ces familles venues en nombre, les enfants batifolant sur la place, ravis.

Le Front de Gauche, ce dimanche 18 mars, c’est aussi une marche des fiertés. Fierté retrouvée pour l’allocataire du RSA que les oligarques qualifient d’« assisté » quand ce sont eux qui bénéficient le plus des largesses de l’argent public. Fierté de ces couples homosexuels qui n’ont pas à endurer le regard réprobateur des bas du front. Fierté de ces salariés de Fralib, accueillis en triomphe par l’assemblée de Bastille et qui lèvent haut l’étendard du combat de classes. Fierté de ces militants communistes qui n’ont plus à subir le mépris condescendant des éléphanteaux du Parti dit socialiste.

Nous sommes fiers d’être ceux que nous sommes ! Insolents ! Rebelles ! Le drapeau rouge à la main ! Le bulletin de vote entre les dents! Vous avez raison de trembler, de trépigner de rage messieurs Raffy et Barbier. Nous sommes dangereux. Nous ne sommes plus la gentille variable d’ajustement au service de l’hégémonie social-démocrate. Ce temps est révolu. Nous sommes l’insurrection qui vient, la vague rouge qui va laver les plages de votre confort acquis sur la sueur des autres.

A tout le moins, vous ne pourrez pas dire que nous n’avons pas prévenu. Est-ce que vous avez bien compris à présent ?

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Bonus images et sons et mots : le billet d’Annie sur penseelibre.fr : Quelques photos 18 mars Bastille, j’y étais.

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Bonus vidéo : HK & Les Saltimbanques « On lâche rien » (Live at La Bastille, 18 mars 2012) forcément..


Si tu (voeux) quelque chose en 2012, prend-le !

Nathanaël Uhl

"L'Insurrection" par Daumier

 

Voici ce que je vous souhaite pour la nouvelle année.

 

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Bonus vidéo : Ministère des Affaires Populaire (MAP) « Appelle-moi camarade (feat. Kenny Arkana) »


La Commune de Paris, mon livre en chantier

Comme d’aucuns auront pu le deviner, je m’intéresse particulièrement à la Commune de Paris. Ce blog tient son nom du journal que Jules Vallès a créé pendant cette période, ô combien importante pour la gauche de transformation sociale. Le Cri du Peuple est aussi une série de bande dessinée avec Tardi au crayon et Jean Vautrin au scénario. Sachez aussi que je prépare en ce moment même un ouvrage sur la Commune de Paris qui, si je tiens mes délais, et je vous prends à témoin que je le ferai, sortira aux éditions Bruno Leprince le 18 mars 2012. Bon, faudra que ma production soit de qualité pour que Bruno l’accepte mais je vais faire de mon mieux.

Vive la Commune de Paris

Un hommage aussi

Oui donc. Encore un livre sur la Commune de Paris. Si jamais il pouvait y en avoir trop. L’an passé, avec les commémorations du 140e anniversaire de l’insurrection parisienne, plusieurs ouvrages ont paru sur ce sujet : des témoignages jusqu’à la réédition de L’Année terrible de Pierre Milza. Le constat que le grand historien dresse dans sa propre introduction a plus qu’alimenté l’envie d’écrire ce petit opuscule. En substance, Pierre Milza explique que chacun a sa propre Commune, jusqu’à la droite qui y voit le sursaut national et populaire de défense de la patrie… En 2011, Bertrand Delanoë a lui aussi donné à voir ce moment révolutionnaire, sous un angle bien parisien.

Fort bien, diront les optimistes. Pour ma part, en tant qu’auteur de ce livre à venir, je ne me réjouis pas de la manière bien consensuelle, voire œcuménique, dont tout un chacun s’arroge la Commune de Paris. Je considère que les mots, et les moments, ont un sens. L’oublier, ou pire consciemment mélanger tout à l’avenant, contribue à une seule chose : alimenter le syndrome de Fukuyama(1) . « Le communisme est mort, le capitalisme a gagné, l’histoire est finie », avait-il déclaré après la chute du bloc soviétique. C’est là une vision orientée, politique même, que de tenter de faire dire aux événements autre chose que ce qu’ils portaient en eux. Cette manière de faire a été mise sur le devant de la scène par le président Nicolas Sarkozy avec la « réhabilitation » de Guy Mocquet ou, plus récemment encore, par Marine Le Pen qui tente de s’approprier la figure, à défaut de la pensée, de Jean Jaurès.

Il s’agit là d’une volonté délibérée de brouiller les repères dans le cadre d’une stratégie politique assumée. Au final, l’enjeu n’est que de faire croire que droite et gauche sont, peu ou prou, la même chose. Que l’extrême-droite peut faire du social autant que la gauche se montrer « gestionnaire loyal du capitalisme » selon le mot de Léon Blum lors de sa prise de fonction comme président du conseil en juin 1936. Au mieux, dans le cas de Blum, un camp aspire à rassurer l’autre ; au pire, dans le cas de Marine Le Pen, il s’agit de se faire passer pour ce que l’on n’est pas. Le citoyen peut se laisser gruger, plus facilement encore à l’ère du zapping politico-médiatique.

Voilà en quelques mots pourquoi je me suis lancé dans ce pari fou. Un peu poussé aussi par les réactions amicales et fraternelles consécutives à la formation que j’ai présenté sur le sujet dans le cadre du « Remue Méninges à gauche » cet été. Evidemment, si vous avez des réactions, elles seront les bienvenues.


(1) Du nom du conseiller du président des Etats-Unis Georges Bush Sr.