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Mensch @ Le Point Ephémère, Paris, 2012 september 19th – live report et entretien

Ca commence par une reprise électrisée et hypnotique de She’s Lost Control. Le duo guitare-basse, soutenue par une boîte à rythmes épaisse comme un marteau pilon , crée l’atmosphère qui va au petit poil pour que cette relecture personne de LE hymne passe comme une lettre à la poste. Vous êtes au Point Ephémère, mardi 19 septembre 2012. Vous regardez Mensch. Vous êtes vivants. Vale Poher, la chanteuse, un peu moins qui souffre d’une extinction de voix. Carine Di Vita, la bassiste, la supplée en entretien.

Carine : C’est clair que la basse en avant et la boîte à rythmes, ça évoque illico les années 80. Pourtant, on n’écoute pas que de ça. Loin s’en faut. Nous sommes plus influencées par des choses assez actuelles.
Vale (dans un souffle) : Pour la programmation des rythmiques, je me sens plus inspirées par des trucs comme Pantha Du Prince, Gui Boratto, The Foals ou LCD Soundsystem.
Carine : A priori, oui, nous mettrons peut être un peu plus de synthés, de machines, dans nos compositions à venir. Mais, en même temps, nous tenons à jouer, à garder cette base instrumentale. C’est de là d’où nous venons.

La scène, c’est leur lieu de prédilection à ce duo. Entre deux titres, Vale et Carine échangent un sourire discret, de ceux qu’il faut être au premier rang pour apercevoir. Le miracle du live opère encore. Vale puise au fond d’elle même pour délivrer un chant qui est bien plus séduisant que celui de Bonnie Tyler. Le son, âpre, proche de l’émeri, n’est probablement pas celui qu’elles souhaiteraient mais il me convient foutrement. Ça racle, ça cogne. Les paysages lancinants que dessine le duo se prête bien à ces aspérités sonores. D’autant que, à la basse, comme on dirait « à la base », il y a ce foutu groove sorti de nulle part. Un groove martial, certes, propice à la transe.

Carine : Transe ? J’ai vu que tu mentionnais ça dans ton article. Je ne sais pas trop. C’est très marqué électro comme sensation. Je ne trouve pas que cela nous corresponde.
Vale : Si, moi, quand je chante, par moments, je me sens comme en transe.
Moi : Par transe, je pense plus à des sensations liées au chamanisme, aux danses tribales d’Afrique noire. Pas du tout à l’électro.
Vale : Il y a un ethnologue qui a écrit, de mémoire : « la transe, c’est l’expression mélancolique de la danse ». Vu comme ça, ça me va.

Ce climat prend place bien vite. Les premières mesures de Mistery Train (Of Life) résonnent que, déjà, le bassin se prend d’une subite volonté d’indépendance, commençant à remuer sur cette rythmique de plomb striée d’autant d’éclairs à six cordes. Swim Swim lui succède accentuant cette féroce envie de se remuer en tous sens. « Let’s Dance To Die », chante Vale. L’invitation est claire.

Vale : Tu sais, en fait, pour nous, c’est de la « dance » ce que nous créons. On ne revendique pas du tout le côté sombre qu’on nous colle sur le dos. Et, quand tu écoutes les paroles de morceaux dansants, c’est pas toujours marrant, c’est même parfois assez glauque. Féla Kuti, par exemple…
Carine : Ou Michael Jackson. Mais ce côté sombre peut bien se marier avec la danse. En fait, nous, nous faisons de la pop. (Elle sourit)
Moi : A ce sujet, j’ai vu New Order à la fête de l’Huma.
Carine : New Order, c’est le groupe qui a su évoluer tout le temps, se réinventer, se remettre en question.

Par moments, le duo se prête à des expérimentations qui prêtent le flanc aux amalgames rapides. La version live de Kraut Ever sonne rudement martiale. Plus encore que sur album, avec ses rythmiques algorithmes et ses guitares stries qui rayent l’acier que j’ai dans le cerveau. Etonnemment, c’est la basse et la voix qui égaient ce titre en forme d’exercice de style. Goliath, que mon ami François considère comme le sommet de ce premier album, sonne sacrément plus balancé en concert. Après une intro assez mid tempo, le titre grimpe en puissance, guitare acérée et ronde en alternance (oui, oui!). Comme si ce titre contrepied avait gobé un cachet d’ecsta. La danse, on vous dit. Et la réinterprétation. Tout le temps.

Carine : Oui, on prépare une sortie pour le printemps 2013. Nous allons ressortir l’album en double vinyle. Le second sera la version remixée de l’album. Ca fait plaisir d’ailleurs que tu apprécies le remix qu’a fait Manvoy de Saint-Sadrill sur Mistery Train. C’est un morceau dont on parle trop peu.
Vale : Tu as raison, c’est le titre qui rend fou. (Elle sourit)
Carine : Et, si, nous avons déjà fait un remix pour Mansfield Tya, sur le titre Cavalier. Tu devrais les écouter, ça te plaira sûrement.

Le concert, court pour cause de première partie, se termine sur un inédit encore sans titre. Il est appelé New sur la setlist. Un beau final, froid et remuant en même temps. Carine et Vale s’affairent à virer leur matériel de la scène pour laisser la place à King Tuff. Ensuite, elles iront assurer la vente de leurs disques et autre merchandising. Avant de reprendre la route pour une tournée qui se monte au fil des jours. Gardez un œil sur leur site, des fois que vous ayez la chance de les voir près de chez vous.

Bonus live : Mensch « She’s Lost Control » (live @ Rennes, l’Antipide, Nov. 19th 2011)

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Bonus vidéo : Mensch « Kraut Ever » (live in NYC)


The Pogues @ l’Olympia, Paris, 2012 september 12th – live report

Par Benoît (@Mc_Chouffe)

 

“And maybe that was dreaming and maybe that was real[1]

 

On a tous un certain nombre de concerts mythiques à voir avant de mourir. Et quand on a moins de 30 ans et une prédilection pour les années 70-80, c’est  pas forcément gagné. Johnny Thunders, Stiv Bators et Ian Curtis sont morts ; les Ramones sont décimés et, de toutes façons, depuis qu’ils avaient viré DeeDee, ils ne méritaient même plus ce nom ; Morrissey et Marr sont sans doute en froid pour 5 siècles, au bas mot… Il y a certes New Order qui assure encore comme au premier jour (mais l’ami Nathanaël en parle beaucoup mieux que moi), ou Lemmy, qui est tout simplement invulnérable, mais faut bien dire que la plupart de mes héros ne sont plus.

Et puis il y a les Pogues.

Pour resituer en deux mots : un gamin élevé dans la culture irlandaise débarque à Londres et y découvre le punk naissant. Rapidement il fonde son groupe qui répondra au doux nom de The Nipple Erectors (puis Nips). Ce goût pour les noms de groupes subtils lui restera, d’ailleurs. Ils sortent quelques 45 tours honnêtes mais tout cela ne va pas très loin.

L’histoire débute véritablement quand ce jeune punk prend une décision fondamentalement… punk. Il va former un groupe de musique irlandaise. À l’époque où le synthé semblait être l’avenir du Rock, monter un groupe qui jouera du banjo, de l’accordéon, de la flûte et de la guitare sèche c’était… comment dire ? Complètement absurde / dément / surréaliste  / crétin (vous pouvez cocher plusieurs cases).

Mais Shane MacGowan est un grand malade. Il fonce. Toujours classe, les gars se baptisent Pogue Mahone (« kiss my ass » en gaélique), puis simplement The Pogues. Entre 85 et 90, ils sortent 5 albums. Tous comportent des morceaux fantastiques mais les 2e et 3e (Rum, Sodomy and the Lash et If I Should Fall From Grace With God) sont tout simplement prodigieux, et je vous garantis qu’on les écoutera encore dans un petit millier d’années.

Leur succès est énorme, alors même que la majeur partie de leur public, des punks notamment, n’a sans doute jamais entendu de musique irlandaise, et n’en écoutera sans doute jamais d’autre. Mais l’ami Shane, qui écrit, compose et chante la plupart des titres, apprécie un tout petit peu trop le whiskey, la Guinness, la cocaïne, et tout plein d’autres trucs qui ne rentrent pas dans la composition des endives au jambon. Ses compères finissent donc par le virer en 1991. Seulement les Pogues sans Shane MacGowan c’est un peu comme les Ramones sans DeeDee, ou même plutôt, comme le E-Street Band qui aurait enregistré des albums sans Springsteen. Et de son côté, Shane ne parviendra jamais à réitérer le miracle des Pogues. Désormais, il sera une cible privilégiée pour les tabloïds qui adorent annoncer sa mort à intervalles réguliers[2].

Ca fait donc des années que je rêve de voir les Pogues au complet. D’autant qu’ils se reforment régulièrement, pour un ou deux concerts. Seulement l’idée de voir Shane dégueuler dans un micro ne me réjouit pas vraiment et faut bien dire que c’est un peu à ça que ressemblaient ces prestations ces dernières années. Shane est fini. Shane MacGowan n’est plus qu’un type un peu timbré qui fut un jour un IMMENSE musicien.

Et puis finalement, je tente quand même le coup. C’est quitte ou double : voir le groupe qui a si souvent réussi à balayer un coup de déprime en quelques mesures, ou être certain d’avoir constamment en tête l’image d’un naufrage humain à chaque fois que je réécouterai les Pogues.

Une bonne première partie avec The Moorings qui ne partaient pourtant pas gagnants : un groupe alsacien de musique irlandaise en première partie des Pogues. Ils se permettent même de finir sur une reprise des maîtres qui tient carrément la route et enflamme le public.

Le groupe tarde un peu à se pointer : par trois fois on pense qu’ils vont arriver… et puis non. Là je m’dis direct que Shane ne se pointera plus, que Spider va chanter à sa place… Mais l’Homme arrive, titubant. Heureusement que le pied de micro est là pour le maintenir debout. Là on craint à nouveau le pire, et honnêtement, y a quand même de bonnes raisons.

Ca démarre sur un classique (il y en a tellement !) : Streams of Whiskey. Et là, LA voix de Shane MacGowan ! La vraie, celle de sa jeunesse, celle qui a transcendé la musique traditionnelle irlandaise : puissante, rugueuse. Une voix qui peut vous tordre les tripes et vous donner envie de danser en même temps. Les putains de Pogues !!!

La setlist[3] est une litanie de titres mythiques, pour la plupart tirés des trois premiers albums :

Streams Of whisky
If I Shall Fall From Grace With God
The broad majestic shannon
Greenland whale fisheries
A Pair of brown eyes
Tuesday morning
Kitty ???
The sunny side of the street
Thousands are sailing
Repeal of the licensing laws
Lullaby of London
The Body of an American
Young Ned of the hill
Boys from county hell
Dirty old town
Bottle of smoke
The sick bed of Cuhulainn
Sally Mac Lenanne
Rainy night in Soho
Irish rover
The star of the county down
Poor paddy
Fairytale of New York
Fiesta

Shane s’éclipse parfois, le temps d’un titre chanté par Spider Stacy ou Terry Wood (l’excellent Young Ned of the hill), ou d’un instrumental. La première fois, on craint de ne plus le revoir avant un bout de temps, et puis on comprend le manège en se disant qu’ils ont bien raison de le laisser reprendre son souffle (ou re remplir son verre) de temps en temps.

Lorsqu’on entend If I Shall Fall From Grace With God, on se dit que quelques mesures suffiraient aux Pogues pour soulever le peuple irlandais et coloniser toute l’Angleterre. Mais ils s’arrêteraient certainement dans le premier pub en bas de la colline pour picoler, brailler Greenland Whale Fisheries à s’en faire péter les cordes vocales, ou valser sur Sally Mac Lennane. Entre nous, c’est pas du Carla Bruni, hein ! Pour chanter des trucs pareils faut quand même être en pleine possession de ses moyens vocaux.

Il y eut aussi le fabuleux Boys from the County Hell. Intro morriconienne puis une urgence rare qui n’empêche pas Shane de décrire en quelques secondes toutes les facettes de sa vie et du monde qui l’entoure : cuite mémorables ; hargne du punk qui finit par se faire le patron ; les joies simples : les tox, les macs et les putes, la haine des militaires, re re re cuites…

Et puis le lot de classiques et chansons folkloriques transcendés par un groupe exceptionnel parce que plus humain qu’aucun autre. Dirty Old Town, par exemple. Qui mieux que les Pogues peut chanter l’amour rencontré dans une ville industrielle du Royaume Uni ? Ce ne sont pas des reprises mais des appropriations pures et simples. Scandaleuses même. Qui peut penser, après les avoir entendus interpréter Dirty Old Town, que la chanson n’a pas été écrite par un irlandais ?

Je crois qu’ils ont dû jouer à peu près tous mes titres préférés. Ce Body Of An American, par exemple, qui ne figurait même pas sur le pressage d’origine de Rum, Sodomy and the Lash ! Là on donne dans l’émotion à deux titres : ce morceau génial qui commence sur un rythme plutôt lent accompagnant un enterrement, et dégénère assez vite sur la joyeuse beuverie qui suit. Le genre d’enchainement qui en dit long sur les déboires et la force du peuple irlandais. Et puis on y parle d’un départ pour les USA, des guerres menées par des types qui n’ont rien à y faire, et de l’espoir de retourner un jour au pays. Émotion encore parce que cette chanson tient un vrai rôle dans The Wire. LA série. Chaque fois qu’un flic est tué en service, une veillée funèbre se tient au pub du coin, le mort est étendu en uniforme sur le billard, et après l’éloge funèbre prononcé une pinte de bière à la main, tout le monte entonne Body Of An American[4] et ça se finit sans doute comme dans la chanson.

Sur Fairytale Of New York, Shane finit même par lâcher son pied de micro pour valser sous la neige avec la remplaçante de la regrettée Kirsty MacColl. Ici encore, il est question d’amour et de haine, et d’addictions en tous genres.

On vit même Spider Stacy délaisser sa flute pour s’emparer de son instrument préféré (pour être honnête, je ne suis pas sûr qu’il l’apprécie tant que ça, mais tout est possible avec cette bande de tarés). Et notre homme de se frapper frénétiquement la tête à grands coups de plateau de bistrot… Etre un Pogue c’est un sacerdoce.

Ce qu’il faut comprendre c’est qu’on n’a pas simplement assisté à la reformation d’un groupe mythique. Un groupe qui 30 ans après est toujours capable de réitérer le miracle. Ce qu’on a vu ce soir-là c’est un grand-père, un pote, qu’on avait enterré y a plus de 10 ans et qui est de retour. Bien sûr il ne pogote plus. L’a plus vingt ans. Mais il est capable de boire des coups avec vous toute la nuit en vous racontant des histoires hallucinantes.

Shane est de retour. Toujours sur le fil du rasoir, mais il peut de nouveau faire ce dont lui seul est capable : réveiller cet animal que sont les Pogues. Tiens le coup Shane. Tu tiens ta revanche.

 

Merci à l’ami Nathanaël pour l’honneur qu’il me fait en m’invitant en ces lieux, j’en suis ému.
(T’as fini tes conneries Benoît ? C’est moi qui suis super content !)

 

Crédits photos : AG & me.

 


[1] The Pogues, Boys from County Hell (Red Roses For Me).

[2] Un jour vous paierez pour ça bande de raclures.

[3] La fiabilité n’est pas totalement garantie, mais il semble qu’elle soit rigoureusement identique à celle de la veille.

[4] NDLR : s’il m’arrive un truc, vous savez quoi faire

 

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Bonus vidéo : The Pogues « Irish Rover »

 

Bonus extraball : extrait de la série « The Wire »


New Order @ Fête de l’Humanité, 2012 september 14th – Live report

C’est LE concert qui m’a décidé à sortir de chez moi ce vendredi, malgré un mal de ventre qui me tordait les entrailles. Direction donc la Fête de l’Huma où je retrouve ma bande. Pour rien au monde, je n’aurais pu louper New Order sur scène. Evidemment, c’est le moment qui divise, qui clive même. Il y a ceux qui – d’abord – aiment Joy et supportent la bande de Barney parce qu’ils en sont l’émanation ; il y a ceux qui ne peuvent envisager New Order sans Peter Hook, désormais en froid avec ses anciens potes ; il y a moi qui aime New Order, sans aucune restriction, sans limite. Et qui entame donc ce live report avec la boule au ventre, intimidé, comme le fan que je suis.

Le lieu d’abord : la grande scène de la Fête de l’Huma, à laquelle j’ai pu m’habituer avec l’apéritif. L’ambiance. Il y a moins de monde que pour le set précédent, comme si on avait changé totalement de public. Puis, les voilà qui rentrent sur scène. Exit Hookie, remplacé par un bassiste plus jeune mais qui maîtrise fort bien sa quatre cordes, capable d’ajouter de la distorsion, à ses accords. Autre innovation, Barney Summer et les deux autres (comme ils se sont baptisés un temps) ont recruté un guitariste supplémentaire. Le son y gagne forcément en ampleur. En énergie. A côté de moi, Pierre remue la tête : « C’est pas possible que des vieux de 60 berges pas loin dégagent plus de patate que Shakaponk ». Benoît, lui, on ne l’entendra plus. Dès les premiers accords de la guitare magique de Bernard, il est parti dans un autre monde.

L’autre monde c’est une sorte de passage en revue des différentes incarnations de New Order. Sans limite, sans prise de tête. Un indice ? Isolation, titre méconnu mais emblématique de Joy Division, est réinterprété dans une version quasi dansante. Là, c’est sûr, le Rizome Corp a frôlé la crise d’apoplexie. Moi, je souris, stupidement. Heureux. Barney et ses potes ont donc décidé, n’ayant plus rien à prouver, de s’amuser. Il donne le tempo en esquissant, dès qu’il n’a plus sa guitare à la main, quelques pas de danse. Lui aussi sourit. Certes, il n’aura jamais le charisme de Ian Curtis et, oui bien sûr, la présence physique de Hookie manque bien dans ce concert pas banal.

Blue Friday (c) Stéphane Burlot

Photo (c) Stéphane Burlot

Alors va pour des morceaux remixés en live. True Faith est délivré avec 10 bpm, au bas mot, de plus que sur album. Les nappes de claviers lorgnent résolument du côté de l’électro. Enchaînement avec un Perfect Kiss dopé aux stéroïdes dans une approche très Kiss Of Death. Les rythmiques machinales montent, montent, montent… percutées par des boucles de synthés hypnotiques. La foule répond hurlements, mouvements du corps destructurés, transe. On ferme les yeux, on est dans la Hacienda (le club créé par New Order au mitan des années 80). Et si, dans la foule, il pouvait demeurer des doutes, déboule la 15e révision de Blue Monday. Là, il n’y a plus de mot, s’il y a en eu jamais un jour.

Les titres s’enchaînent. Les retouches transforment les morceaux que l’on connaît par cœur mais qu’il faut écouter  secondes avant de les reconnaître. Le jeune gratteux se la joue métalleux. Je ne lui en tiens pas rigueur. Bizarre Love Triangle respire presque la joie. Il n’y a, finalement, que le final Love Will Tear Us Apart, qui sonne dispensable. C’est définitif, j’adore New Order bien plus que Joy Division. Las, une heure et des brouettes, le concert est clos. Le métro nous attend. Pour une fois, je ne me jette pas sur mon baladeur mp3. La mémoire sonore du concert m’accompagne jusque chez moi.

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Bonus vidéo : New Order « 586 » (live @ Fête de l’Humanité)

 

 

 


Metric @ Le Trianon, 2012 july 3rd – live report

En vrai, je devrais écrire : Emily Haines. Et vous auriez tout compris. Et cette chronique serait finie.

Mais… Comme mon ami Julien, vous n’êtes pas tous venus voir Metric ce 3 juillet au Trianon, à Paris, dans le cadre de la tournée de soutien au nouvel album Synthetica, le cinquième en dix ans d’existence du gang de Toronto. Et, peut être, certains d’entre-vous ont envie de se replonger dans cette ambiance singulière d’un set qui rappelle que la musique doit être vue et écoutée jouée live. Metric en concert, c’est vraiment mieux que sur CD alors que je dois confesser une sérieuse addiction pour leurs titres studios déjà…

Mais… Il n’y a pas que le charisme renversant de la chanteuse-claviers-guitare-tambourin et sa voix protéiforme, qui passe de la femme enfant nasillarde aux volutes plus rauques et sucrées en fonction de l’émotion qu’elle entend créer. Il y a aussi ces trois mecs autour : guitare, basse, batterie, dont le talent s’exprime quand Emily s’efface derrière les instruments. Il y a un couple rythmique qui structure la transe. Il y a une guitare entre stries électriques et riffs ravageurs qui n’oublie jamais de saluer Thurston Moore et Sonic Youth. Comme sur l’intro de Stadium Love, pourtant pas le titre calibré pour à l’écouter sur album. Certains auront vu ces interminables et merveilleux « Thank You Sonic Youth » en concert. Qu’ils se taisent, je suis jaloux.

Mais… Il y a ce public, conquis d’avance à l’exception d’Arthur Fontel, qui chavire au moindre geste de la chanteuse, laquelle ne lésine pas sur l’énergie déployée. Elle va et vient sur la scène quand elle ne martyrise pas consciencieusement ses claviers (heureux objets…). Elle est cette vague qui vient lécher les mains du premier rang, lequel se retourne littéralement, ravi. Mais… je n’avais pas commencé en écrivant qu’il y a plus qu’Emily Haines dans ce concert ? OK, ça va être dur.

Désolé pour la première partie : le groupe français Concorde, vaillant dans l’effort, présente son premier essai long format d’une pop rock léchée qui mériterait sûrement de revenir sur mon lecteur mp3. Las… Je fais partie de celles et ceux qui sont venus voir Metric. Je les avais quittés en 2010, le visage baigné de larmes de bonheur. Souvenirs très précis d’un set furieux délivré dans l’enceinte de la Cigale. Dans le cadre du voisin Trianon, à la belle acoustique soit dit en passant, j’arrive vierge à nouveau. Bien décidé à trouver ce que j’attends de la musique : ce tsunami d’émotions qui lave tout et me trouve nu comme au jour de ma naissance, les yeux éblouis, le cœur renouvelé. Qui plus est, Synthetica est un peu plus calme que ces prédécesseurs. Donc…

Donc, dès le deuxième morceau de Metric, j’ai les yeux qui piquent. Je pleure sur le troisième. Ça c’est fait. Le rock du quatuor canadien prend aux tripes, entre relents de cet underground qui les a vus émerger au début des années 2000 et mélodies subtiles aptes à séduire les auditeurs les moins familiers de la scène indépendante. La bande d’Emily a ce don pour trouver les gimmicks les plus efficaces sans se départir d’une attitude irréprochable. Évidemment, le charme de la chanteuse, l’usage de claviers, les riffs sales évoquent une autre Marylin sous acide : Debbie Harry. Y a plus dégueu comme héritage, non ?

Et celui-ci ne pèse absolument pas sur les épaules du groupe. Il sait mener son public exactement là où il le veut. Il suffit d’un solo de guitare joliment saturé, d’un déhanché d’Emily, d’une nappe distordue de synthés pour que le public hurle à l’unisson. Et si par mégarde la chanteuse s’empare du tambourin pour scander un titre et là c’est une marée qui claque des mains en cadence. Sur les hymnes que sont Help I’m Alive ou Dead Disco (vont-ils un jour réussir à la jouer deux fois d’affilée de la même manière ? Défi), la salle devient chœur qui reprend du couplet au refrain. La vague Metric s’abat sur ces corps serrés, les prend, les retourne, les rejette… Et recommence. Si par cas il y a avait un peu de mou, comptez sur Emily pour venir taquiner les fans. Effet garanti. L’exécution de Gold Guns Girls me laisse le souffle coupé.

Photo courtesy of Alex (bises)

Elle met littéralement le feu à la scène, portée par des lights qui surlignent parfaitement les ambiances sonores. Le rouge la voit courir, headbanger, crier… Je l’ai déjà écrit, mais la voix d’Emily Haines, c’est quelque chose. A croire qu’il y a trois chanteuses dans ce fichu groupe, tant les tessitures varient au fil non pas des titres mais des changements à l’intérieur des morceaux. Une telle maîtrise, moi, ça me renverse. Et je ne suis audiblement pas le seul.

Faut garder en tête ces images du Gimme Sympathy final, voix et guitare sèche, qui laisse l’audience pantoise, suspendue comme en apesanteur. Metric a joué une bonne heure et demie. Nous a fait passer par quasi tous les états d’émotion possible. Je sèche mes larmes. Heureux.

Le site officiel de Metric est ici.

Metric est sur twitter aussi.

 

Bonus copain : les photos du live de 2009 à La Maroquinerie par mon ami Stéphane Burlot.

Bonus HADOPI : télécharge Metric Collect Call (Tom Wrecks Remix)

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Bonus vidéo : Metric « Help I’m Alive (Live @ Trianon) »

 


Florence and the Machine @ Bataclan, Paris, 2010 feb. 24th – live report

Ceci est une chronique que j’ai écrite, au sortir du concert mentionné dans le titre, pour Métalchroniques, le site de métal de mon ami le Hamster. Je l’exhume en premier lieu parce que j’aime vraiment beaucoup Florence Welsh. Non, il n’y a aucune actualité vraiment liée à la dame ou alors je suis passé à côté en raison des campagnes électorales. Soit dit en passant, je vais revenir à l’actu musicale avec, notamment, le concert de Metric le 3 juillet prochain. Bref, ce qui m’a surtout motivé à ressortir des cartons cette note, c’est le papier de l’ami Oskar K Cyrus que je vous conseille vivement de lire si vous aimez la pop.

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  • Taux de remplissage : full, sold out !
  • Lumières : très travaillées, toutes en demi teintes pour renforcer le climat féerique
  • Son : Le Bataclan sait travailler sa sonorité, peut être un tout petit peu juste quand Florence monte dans les aigus.
  • Moments forts : « Drumming Song » évidemment.

Il y a le monde profane et la vraie vie. Dans la vraie vie, Florence Welch, âme de Florence and the Machine, est une elfe sautillante, à la candeur enfantine. Elle soigne les cœurs et les corps à l’aide de ses mélodies et de sa voix ensorcelante. Dans le monde profane, Florence remplit la petite salle du Bataclan, trois mois avant la date de son concert. Dans la vraie vie, on oublie même la prestation, en première partie, de Sian Alice Group, pourtant un groupe inspiré développant une pop psychédélique habitée. Dans la vraie vie, dès les premières notes de harpe qui introduisent ce show attendu ô combien, une sorte de transe s’empare du public.

 

Florence Welsh

Une foule avec laquelle Florence ne manque pas de communier, dès qu’elle en a l’occasion. Et l’on en vient à oublier qu’elle doit sûrement répéter à chaque fois combien « (nous sommes) un public merveilleux » et qu’elle « (nous) aime ». Sa bouille d’enfant devant un cadeau de Noël inattendu resplendit de sincérité. Et peu importe le business, puisque nous sommes dans la vraie vie. Dès le deuxième morceau, « Kiss With A Fist », l’ambiance est en place. Ce sera épileptique. La voix magique de Florence, épaulée par une batterie tribale jouée principalement sur les toms, se fait tour à tour vague douce sur une plage de sable fin, chevauchée épique dans les plaines gaëliques, tornade qui dévaste tout sur son passage. La foule est entraînée, plie, se détend, explose en rythme.

 Dans cet univers tumultueux et féerique tout autant, les éclats d’une guitare aérienne renforcent la lumière. Cocteau Twins n’est pas très loin. Et pourtant, faire partie de la machine, ne doit pas être toujours très épanouissant tant ce que l’on retient, avant toute chose, c’est la batterie et la voix. Et le jeu de scène ! Florence danse, sautille, se tortille comme une liane. Et se plante dans la set list avec une innocence qui nous amène à en redemander. Et c’est le tellurique « Drumming Song » qui déboule, fracassant l’impression de produit lisse que pouvait laisser l’album à certains. Assurément, Florence et ses Machines ont réécrit les titres, pour les réinterpréter, leur donner enfin toute la puissance qu’on soupçonnait.

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 Les tubes « Dogs Day Are Over » et « Rabbit Heart (Raise It Up) » scandent ce concert sublimé par la taille du Bataclan. C’est une réunion de famille à Stonehenge, une danse sabbatique au milieu de Brocéliande, et pourtant Soho n’est jamais loin. C’est là toute la magie de Florence. Elle nous tient. Et bien.

Bonus militant : télécharge en mp3 Florence And The Machine « Drumming Song (Boy 8-Bit Remix)« 

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Bonus vidéo : Florence and The Machine « Dog Days Are Over » (live)


Bleeding Pigs @ Les Combustibles Paris, 2012 june 7th – live report

 C’est un live report, c’est une nécro. Il y a des trucs comme ça, on n’y peut rien. Ce jeudi 7 juin au soir, j’ai assisté au dernier concert que donneront les Bleeding Pigs, trio punk rock français issu de l’Essonne. C’était aux Combustibles, resto et salle de concerts du 12e arrondissement de Paris. J’en suis venu à les connaître parce que Thomas, le bassiste, est un ami, un camarade. C’est assez drôle aussi, comment la vie passe les plats. Je vais y venir.

Donc, Bleeding Pigs, à la base, c’est un groupe de potes formé au lycée de Mennecy, un de ses projets qu’on monte sans forcément beaucoup d’idées préconçues, genre « on a pas envie de trop se faire chier, si on faisait un groupe ? ». Ils sont trois, ce sera un trio guitare-chant, basse, batterie-chant. Ils ont 15 piges, la rage d’ados à cet âge, donc ils jouent du punk. Sauf que la sauce prend. Et à les voir sur scène, on comprend mieux. Ils ont la patate, comme on dit dans le milieu.

Ce ne sont pourtant pas de vraies bêtes de scène ; à l’arpenter en long, en large et en travers ; sautant partout. Mais ils dégagent une saine énergie. Leur set, première partie oblige, dure à peine trente minutes. Et je les retrouve dehors, tous en sueur. Accessoirement, je me demande si Thomas n’a pas mal aux cuisses à force de tenir la position d’un gratteux métaleux. Je gage que lorsqu’ils se sont formés, à quinze piges, avec l’absence d’inhibition qui caractérise la jeunesse, c’était encore pire.

Bref, ces mômes torchent leurs propres compositions, dans un style qui m’évoquent les heures de gloire du punk rock français : entre OTH, les $hérifs, les Rats… Cette école marquée par le fait de savoir jouer, poser des mélodies accrocheuses, des tempos qui cognent bien. Dommage que le public méconnaisse tant que ça les joies du pogo, je m’en serais bien tapé un hier soir. Le son des Bleeding Pigs est de ceux qui libèrent l’énergie. Un peu aussi comme les combos punks ricains de la côte Ouest, avec cette touche mélodieuse (je me répète, mais c’est voulu) qui évoque à l’ami Arthurfontel, qui m’accompagne dans cette équipée, les meilleures heures de Offspring (true story).

Avec tout ça, assez tôt, le trio du Sud Essonne va commencer à écumer les scènes. Rien qu’en région parisienne, ils dépassent les 100 concerts entre squats, bars, petites salles, lieux éphémères autant qu’alternatifs. Ils vont aussi partir en Province où ils vont côtoyer mon ami Raf d’Attentat Sonore, Raf avec qui nous avons créé en 1989 la première émission de punk, hardcore et redskin (ma touche à moi) de Limoges : Panik sur la bien nommée Radio Trouble Fête. Accessoirement, avec Raf et les potes de fac de l’époque, on a aussi monté un SCALP (pour celles et ceux qui ont l’âge de se souvenir de ces temps héroïques). Voilà qui boucle ma boucle perso d’une époque qui voyait tout juste naître les futurs membres de Bleeding Pigs.

C’est que les trois mômes ont donc rallié, sans forcément s’en rendre compte, la part consciente de la scène punk française. Do It Yourself et absence d’enjeux commerciaux. Leur album, Dionaea Muscipula (nom latin de la plante carnivore la plus répandue sur la planête), est en copyleft et précise : « Ne pas dépenser plus de six euros pour l’achat de ce disque ». L’autoproduction, si elle ne met pas suffisamment en relief la richesse musicale et les textures des voix (notamment quand les choeurs créent l’harmonie) est de belle facture quand on sait que l’ensemble a été enregistré à la maison. Les textes y sont engagés, « comme on l’est en première », précise Thomas sans trop se prendre au sérieux. Y apparaissent néanmoins des préoccupations que je retrouve aujourd’hui chez mon camarade futur urbaniste : la ville, l’écologie, le refus de la marchandisation du monde… Et l’emprisonnement, aussi, celui que l’on peut ressentir lorsque l’on a dix-sept ans, qu’on est pas sérieux, qu’on se sent cloîtré dans sa province ou sa grande banlieue de résidence. C’est chanté gentiment mais, à leur âge, c’était déjà faire preuve d’un engagement que l’on retrouve finalement bien peu dans les productions musicales actuelles.

Voilà donc, la nécro des Bleeding Pigs qui fleure aussi bon la nécro de ma propre fin d’adolescence. Ne serait-ce que pour m’avoir permis de m’y replonger avec délice et sans nostalgie, merci les gars. Et à bientôt d’entendre vos nouveaux projets.

Cadeau de Thomas : téléchargez l’album des Bleedings Pigs « Dionaea Muscipula » en mp3 (encodage 192 kb/s).

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Bonus vidéo : Bleeding Pigs « Il n’y a plus rien (live @ la Miroiterie) »


The Rapture @ Olympia Paris, 2012 april 26th – live report

Ce jeudi 26 avril, j’en ai plein les pattes. Mes genoux me font un mal de chien, j’ai le dos en vrac et mon humeur ferait d’un chat mouillé un modèle de compagnon. Ça s’appelle la vie. Dans ma poche, j’ai le ticket : The Rapture, à l’Olympia s’il vous plaît. Alors, je me force, je me traine, j’y vais. Advienne que pourra.

Je passe sur Citizens !, première partie correcte que j’écoute d’une oreille distraite. Je suis encore trop dans ma journée pour leur prêter l’attention qu’ils méritent. Y aura séance de rattrapage le 7 juin au Point éphémère. Si je suis dans la salle, tout de même, la grande majorité du public, elle, est agglutinée autour du bar, sur les escaliers devant les portes pourtant ouvertes. Ça sent bon la réunion de fans des Rapture. Le combo new yorkais est chiche de ses apparitions, ceci explique sûrement cela. Pourtant, ce sont tout sauf des nouveaux venus. Le premier de leurs quatre albums parus à ce jour, Mirror, est sorti en 1998. Mais c’est bien Echoes¸ en 2003, qui va les faire exploser. Et me les faire connaître, de mémoire grâce à la radio Le Mouv dont on ne dira jamais assez de bien.

21h14. Les premiers accords de In The Grace Of Your Love¸ titre phare de l’album support à cette tournée, explosent dans une Olympia comble. Le public frappe dans les mains, chante les refrains. La communion est immédiate. Il n’y a pas – il n’y aura jamais – de temps morts. La basse, séminale, bourdonne son rythme funk par-dessus une batterie énorme. Si vous ne le savez pas encore, The Rapture c’est en quelque sorte l’enfant prodige né de l’union entre Talking Heads, Gang Of Four et Coldcut. Rien moins. Au début donc était la basse, jouée en slap pour les connaisseurs. Impressionnante de maîtrise et de groove. The Rapture c’est d’abord ce putain de groove qui te tape dans le ventre avant de – lentement – descendre le long de ta colonne vertébrale pour faire bouger ton cul.

Ce qu’il m’arrive au quatrième titre : Gonna Get Myself Into It. Entre funk froid et punk black, plus moyen de résister. C’est bon. Les rythmiques sont dantesques. La salle en fusion. Pas rien d’arriver à faire danser sur ses riffs de guitare qui se font autant des stries déchirant un ensemble de nappes et de beats enveloppant. Mais ça marche, bordel ! Encore plus quand le funk des années 80 et ses claviers solaires repartent à l’assaut. Une à une, les derrières barrières tombent. Les quatre Rapture nous entraînent dans leur sillage, rien ne vient détourner l’attention. Le jeu de scène est minimaliste ; le décor absent, à peine quelques roses vaguement blanches projetées sur le rideau noir. Laisse la musique s’emparer de toi. Plonge dedans comme je le fais.

Il n’y a plus dans le public qu’une masse unie sur House Of Jealous Lovers agressif avec sa guitare glacée sur une basse – toujours elle – plus bourdonnante que jamais. Ses boucles lancées, le clavier se concentre sur ses percussions qui aèrent l’un des tubes du quatuor. Sur le dancefloor qu’est devenu l’Olympia, nous sommes retournés. Même les petites pépètes en tenue recherchée se déhanchent sans plus faire attention aux regards qui se posent sur elles au hasard des mouvements de tête.

Et là, c’est mon moment à moi ami lecteur. Celui auquel je pourrais volontiers consacrer une note de blog entière. C’est Olio. Normalement, je pourrais aussi me contenter de dire ça et tu aurais compris. Je ne vais pas me priver de mon plaisir. Dès les premières notes de synthé, on a compris. Ça va être puissant. Ce sera tout en boucles, nappes, touches électroniques. Le chant est devenu plus encore un son parmi d’autres, en harmonie avec ses scansions électroniques entêtantes. Nous sommes au cœur de la transe. La basse électronique est à la limite de la rupture pendant des stridences donnent des accents mélancoliques à l’ensemble. Olio s’étire, le chanteur se barre en coulisses¸ les claviers et boîtes à rythmes achèvent le rituel chamanique. Je peux mourir. Mais, les New-Yorkais ne veulent pas ! Ca enchaîne cash avec Children, espèce de faux tango porté par des claviers accordéons. Hystérie merveilleuse dans et devant la scène.

Encore deux titres et le tubesque Echoes, hymne par essence de The Rapture, vient clore la premier chapitre de ce concert. Cinq minutes plus tard, le rappel. How Deep Is Your Love est joyeusement déconstruit, réarrangé en direct, avec ce saxo saturé à l’extrême qui déchire la base superbement dance donnée au titre. La bande des quatre martèle ses rythmes, concasse les boucles, fait vrombir la basse. Le public n’en peut plus de bouger en tous sens, hurlant les refrains à l’unisson. C’est juste énorme.

Et c’est juste la fin. Goût de pas assez dans la bouche. Mais j’ai retrouvé le sourire.

Le site web de The Rapture

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Bonus vidéo : The Rapture « Miss You » (live @ l’Olympia, Paris, 26 avril 2012


Nitzer EBB + Depeche Mode @ Palais omnisports Paris Bercy, Paris, 2010, jan. 10th – live report

 

Parmi mes nombreuses perversions, la plus grave est sûrement celle-ci : je suis un fan indécrottable de Depeche Mode. J’ai découvert la bande de Basildon en 1983 et n’ai plus quitté le carré des fans hardcore depuis lors. Pour moi, l’année 2010 fut une année faste qui me permit de les voir deux fois : en juillet au stade de France puis en janvier 2011 à Bercy. Je vous livre ici la chronique de ce dernier concert, chronique écrite pour Métalchroniques, le webzine de mon ami Silvère.

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Un mercredi de janvier, il a plu sur Paris toute la journée, froid, pas mangé, alors ce sera la clope. Mais c’est sûr, pour rien au monde, je n’aurai raté ça : Depeche Mode et Nitzer Ebb en concert. Tu trouves que c’est une drôle d’affiche ? A cause de Nitzer EBB, plutôt electro indus underground, et Depeche Mode, grosse machine commerciale ? Cette affiche-là, garçon, faut que tu le saches : j’ai vu la même en 1987, à Toulouse, lors de la tournée « 101 ». C’est que Depeche Mode a toujours soutenu la scène que l’on a appelé Electro body music, d’autant que pas mal de leurs titres ont influencé la majeure partie des groupes de cette scène. Le tribute album industriel au groupe de Basildon s’appelle d’ailleurs « Children of Depeche Mode ». Mais revenons à nos moutons.

La grande salle de Bercy est comble. Plus une seule place dispo. 20 h pétantes, dans un décor dépouillé (c’est simple, il n’y en a pas), Nitzer Ebb arrive sur scène. Douglas McCarthy a depuis longtemps troqué ses rangers et son bermuda de l’armée anglaise pour le costard noir et la cravate. Mais l’énergie est là, intacte. Et il lui en faut pour bouger 20 000 personnes venues, toutes, pour voir Depeche Mode. 

D’entrée, les trois gars évoluant entre Londres et Los Angeles lancent leurs boucles sur lesquelles ils développent leur rythmique tribale. Et c’est bien là qu’on s’aperçoit que la musique de Nitzer Ebb est avant tout basée sur les percussions. Le rapport est totalement inversé par rapport aux productions actuelles : les beats ne servent pas de support mais constituent l’essence du son des fondateurs de l’Electronic Body Music, les boucles de synthé servent d’arrière-plan.

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Et, là-dessus, Douglas McCarthy se tortille, se déhanche, arpente la vaste scène de long en large pour la plus grande joie de cette minorité du public qui daigne lui accorder une oreille. Sa voix se fait plus gutturale lorsqu’il aborde « Down On Your Knees », titre d’ouverture de «Industrial Complex», nouvel opus de Nitzer Ebb. Ca racle, ça grince, ça cogne. Le son est nickel, autre avantage de bien connaître ceux pour qui on ouvre. Il est rare que la grosse locomotive offre à son « support band » de telles conditions de qualité sonore. Le trio originaire de l’Essex ne s’y trompe pas et passe le cap supérieur avec « My Door is Open »
La revue d’effectif est carré. Le nouvel album s’annonce fort (nous y reviendrons très bientôt). Mais après 40 minutes de show, c’est l’heure de quitter les lieux. Dans des conditions difficiles, surtout en raison de l’attitude du public, Nitzer EBB a rempli sa mission plus que correctement.

Faut dire que lorsqu’on arrive de Moscou ou d’Angleterre ou qu’on a assisté à toutes les précédentes dates françaises du «Tour Of The Universe», on est là que pour le trio mené par Dave Gahan. Pour assister à une sorte de cérémonie païenne, une « Black Celebration » dixit DM, dont le chanteur est le maître et l’objet principal. 

Assurément, un concert de Depeche Mode c’est avant tout cette communion extraordinaire entre Dave Gahan et le public. Alors que retentissent les premiers accords de « In Chains », il lui suffit d’un petit mouvement de bassin pour faire basculer l’intégralité du public, hommes et femmes confondus. La clameur couvre les premiers mots qu’il prononce et la transe débute alors que défilent les images concoctées par Anton Corbjin, grand illustrateur des tournées du groupe depuis des années. A mes côtés, un solide gaillard d’un mètre quatre-vingt dix et cent kilos bien passés ne retient pas ses larmes. Il va chialer la moitié du concert. A côté, ça hurle, ça chante. Tout le temps. Sur un tiers des titres joués ce soir-là, Dave Gahan se passe de chanter les refrains. Tendant le micro à la salle, il se laisse porter par 20 000 gorges qui connaissent les paroles par cœur. C’est ça la communion Depeche Mode. Elle atteint son paroxysme sur les titres cultes que peuvent être, au choix, « Never Let Me Down » ou « A Question Of Time »… Là, Dave Gahan pourrait arrêter de chanter tout court tellement chacun le fait pour lui, avec lui.
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Mais comment se passer de son charisme, de son magnétisme, de cette sensualité animale dont il n’est jamais avare ? Il faut entendre la relecture de « Enjoy The Silence » pour saisir ce qu’il y a de sale dans Depeche Mode, un groupe dont les influences viennent bien autant du Sud profond des Etats-Unis que des banlieues ouvrières de Londres. Comme un pont entre les deux cultures, et qui fait du trio britannique un groupe réellement à part dans le paysage musical depuis pas loin de 30 ans. 
Mais le blues est bien la nouvelle ligne de crête de Depeche Mode, dessinée par la guitare que Martin Gore ne lâche que pour aller chanter trois morceaux. Le petit Martin, que l’on a connu jadis effacé par l’aura de son comparse de chanteur, a pris une sacrée envergure. Sur « Home », il prend son envol, battant des bras pour conduire le chœur du public comme un goéland quittant le pont d’un navire. Bien aidée par la sonorisation décidément super carrée, sa voix a une nouvelle profondeur que l’on goûte sur « Dressed in Black ». 
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Et puis, alors que Martin vient donc de lancer le rappel, vient le moment de l’apothéose. Sur « Stripped » se produit la « Black Celebration ». On y est. Le public chavire. Les larmes coulent sur des visages extatiques. La batterie jouée live achève de donner une épaisseur organique aux sombres mélopées synthétiques. La guitare, elle encore, grince à la limite, maîtrisée, du larsen. Mais elle va se lâcher, façon blues du bayou, pour un « Personnal Jesus » en forme de final démoniaque. Tu en doutais peut être, ami lecteur, mais Depeche Mode est un groupe de rock. Et c’est tout.

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Bonus vidéo : Depeche Mode « Enjoy The Silence (live) »

 


Arctic Monkeys @ Olympia Paris, 2012 feb. 3rd – live report

J’avais laissé les Arctic Monkeys un soir de novembre 2009, après une prestation au Zénith, combo post adolescent aux douilles longues, statique comme caché derrière leurs instruments. Un album, Suck It And See, et 100 dates pour cette seule tournée plus tard, nous avons de nouveau rencart, à l’Olympia cette fois. Première surprise : le set est diffusé en direct sur Arte live web. La salle parisienne, proclamée « Temple du rock » depuis les années 60, est pleine à craquer. Faut dire que l’affiche est alléchante, il y a Miles Kanes en première partie.

Pour ceux qui aiment, et parmi le public elles sont nombreuses, c’est une bonne nouvelle. Moi, je regrette le temps des Rascals, pop psyché plus brute. Les arrangements bien léchés de ce qui est, au final, une brit-pop peine rehaussée d’échos reverb sixties me laissent finalement assez froid. Mais, à côté de moi : Julien, David, Sylvain, Anne-Cécile et son amie ont l’air d’apprécier. Je vais tout de même commencer à m’agiter pour le dernier titre de cette ouverture : rien moins qu’un vrai morceau des Last Shadow Puppets, le combo formé par Miles K. et Alex Turner. Là, on renoue avec cette pop épique, naviguant allègrement entre Enio Moriconne et les Shadows, pour faire court.

Ça me donne l’occasion de commencer à mesurer l’évolution de Sir Alex, préfigurant celle des Singes de l’Arctique. Il a troqué son look de gosse de Sheffield un peu paumé dans le rock business pour une banane et un blouson en cuir cintré qui lui donnent des faux airs d’Eddie Cochran. Plus encore que dans le précédent concert que j’ai vu, on peut ressentir les effets de l’expérience Last Shadow Puppets. Le gars Turner a bien revisité ses classiques. Et les trois autres aussi ont pris de la bouteille.

Last Shadow Puppets on stage

Y a qu’à entendre la puissance de cette basse bourdon qui emplit la salle dès les premières mesures de Don’t Sit Down ‘Cause I Moved The Chair. Le public est cogné en plein foie. Ça hurle, ça crie, ça jette les mains en l’air. Alex Turner s’empare de la scène. Le chanteur guitariste bouge ! Oui, vous avez bien lu : il est vivant et embrase les planches. Sans minorer sa prestation, il n’aura certainement jamais le charisme ravageur d’un Dave Gahan mais, dans sa catégorie, il a bien fendu l’armure. Adieu le gamin, salut le rockeur. Seule sa voix est vraiment reconnaissable. Bon sang, ça fait du bien de le voir jouer au guitariste de métal, par moments, sans charres.

Pour le reste, on ne change pas les recettes qui gagnent. Impeccables de maîtrise, les Arctic Monkeys – articulés autour d’un couple basse-batterie proprement métronome – délivrent un set carré, faisant preuve d’une solide maestria instrumentale. C’est efficace et les faux refrains soulèvent la foule qui les reprend en cœur dès Crying Lightning, plus hymnesque que jamais. Faut le faire quand même, parce que la marque du gang, c’est quand même de délivrer des couplets qui n’en sont pas, de travestir les structures rituelles de la pop pour les malaxer et les régurgiter là où on ne les attend pas.

Des fois, je choisis des photoq quasi nettes

On passera sur le dispensable parce que trop évident The Hellcat Spangled Shalalala pourtant bien porté par ses six cordes diablement psyché pour rebondir sur un Brianstorm plus à tombeaux ouverts que jamais. Ce putain de morceau me fait vraiment penser, physiquement, à la descente de Mulholland drive dans un cabriolet Camaro aux freins déglingués. Ne cherchez plus le public, il est en transes. Si, à Rock en Seine, Alex avait besoin de chauffer la place, là, il lui suffit d’un « hello Parissss » pour que les spectateurs se mettent à sauter partout. En bras de chemise, il va en profiter pour taper la causette, entre vraie complicité et autodérision (« je salue les millions de personnes qui nous regardent sur le net »).

Pour le coup, le set est moins compact qu’auparavant. On prend le temps de se parler, de boire un coup, de souffler. La bouteille, je vous dis. Puis, c’est l’enchaînement fatidique, celui qui vous retourne un Olympia plus en demande qu’un héroïnomane privé de fix depuis dix jours : View From The Afternoon suivi de I Bet You Look Good On The Dancefloor. Question efficacité, il faut relever l’orgue très horror house qui soutient Pretty Visitors,avec ses accents sixties… Je l’ai déjà dit ? Faut croire que cette période musicale marque encore plus les Arctic sur scène que sur album.

Mais après, je reviens à mes amours

Mais le quatuor de Sheffield, dont j’ai déjà évoqué le goût pour l’autodérision, est aussi une bande de potes. Faut voir Alex aller se marrer avec le batteur, ou se la jouer avec son guitariste, à genoux, cambré vers l’arrière dans une attitude qu’on verrait plutôt chez le gratteux d’Iron Maiden. Et puis les potes, ce sont aussi Miles Kane, pour un Little Illusion Machine visiblement prisé par les adolescentes… Et un You and I marqué par la présence physique de Richard Howley. Cette face B de Black Treacle vivra bien toute seule vous verrez !

Je ne peux conclure ce survol d’un concert qui restera dans les mémoires numériques sans mentionner MON coup de cœur à moi : Do Me A Favor, interprété avec brio, délivre en plein ventre sa charge d’émotion rentrée, brisant les dernières (éventuelles) barrières du dernier auditeur qui n’était pas encore en transe. Voilà, c’est fait. Encore deux titres, dont When The Sun Goes Down qui nous permet un joyeux et viril pogo ; rappel. Puis fin. Et là, tu te dis que ceux qui parlent des Arctic comme d’un groupe de filles, ben… ils peuvent continuer à causer. Toi, tu t’en fous. Tu l’as vu ce concert.

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Bonus vidéo : Arctic Monkeys « You And I (feat. Richard Howley) » live at l’Olympia, Paris, le 3 février 2012


The Black Keys @ Zénith Paris, 2012 jan. 25th – live report

Vous avez peut être fini par remarquer, à la longue, je suis loin d’être un intégriste question musiques. Aussi, je cède facilement à la tentation : j’avais très envie de voir le groupe indé à la mode en ce moment, les Black Keys. Sur album, avant le dernier en tous cas, j’ai goûté jusqu’à satiété le son sale, nerveux, mâtiné de blues du duo américain. La tournée de soutien à El Camino, leur septième album en date passant par le Zénith de Paris, était la bonne occasion pour aller vérifier leurs qualités sur scène.

Me voilà donc embarqué, ce mercredi 25 janvier, de retour de Besac où j’avais assisté au meeting de Mélenchon la veille, dans un nouveau bain de foule. Pas tout à fait la même, faut reconnaître. Coincé devant un Zénith sold out depuis des semaines, je côtoie plutôt la branchitude que les militants. Pas grave. Pas grave non plus de zapper la première partie qui ne me laisse aucun souvenir notable.

De toutes façons, je suis venu pour les Black Keys et j’assume. Sur touittère, Citizen Sam me sollicite pour le live tweet du concert, je vais tenter de lui donner satisfaction, d’autant plus que c’est mon carnet de notes pour préparer cette chronique. Ne croyez pas que cela me gène : je ne vais jamais voir un concert, ou si rarement, je vais la plupart du temps écouter un concert. Bref… D’entrée, « Howlin’ For You » : le son explose, entre guitares distordues et rythmiques en plomb, un solide fond de blues pour enrichir ce rock carré.

Le duo s’est enrichi d’un bassiste et d’un organiste, très présents tous deux. L’orgue évolue dans les ambiances psyché vintage avec des accents de farfisa de temps en temps, pour relever le côté boogie bayou. Un exercice d’autant plus aisé que l’essentiel de la set list est contenue dans les deux derniers albums en date : El Camino, déjà évoqué, et l’excellent Brothers qui a beaucoup contribué à la popularisation du duo. Pour autant, la colonne vertébrale des « clés noires » reste le couple guitare – batterie qui structure les chansons, leur insuffle ce groove bien noir, mieux adapté aux bars clandestins enfumés qu’aux grandes salles de concert moderne.

Il faut en convenir, les Black Keys sont la sensation du moment. Du coup, adieu les petites salles. Même si quelques farouches résistants s’acharnent à transformer le Zénith en autre chose, parfumant mon air ambiant d’effluves d’afghan. Grâce leur soit rendue, ils me font oublier ma hargne contre une assistance finalement bien statique. Ce n’est pourtant pas la faute du groupe qui, à défaut de charisme magnétique, occupe correctement la scène. Il n’y a que lorsque le chanteur s’essaie à ressembler à son homologue des Bee Gees (Everlasting Night) que je décroche. Mais je conçois que cela ne concerne que moi, au vu des réactions alentour.

Pour moi, les Black Keys reste ce groupe découvert au travers de leur avatar Blackroc, projet sur lequel ils ont invité de somptueux rappeurs pour coller à leur goût plus que prononcé pour les musiques black. J’en aurais pour mon plaisir deux approches, dans tout le concert. Assez pour ne rien regretter du tout.

Sans temps morts, ou presque (quelques changements de guitares), le show se déroule sans accroc jusqu’à une heure et quarante minutes, rappel inclus. C’est, sous les atours d’un son saturé et gentiment sale, très carré, très pro. Trop ? Ouais. Pour moi, en tous les cas. Mais je ne mégotte pas. Ces gars méritent le détour, ne serait-ce que pour rappeler que, malgré leurs ornementations pop, le rock vient bien du blues.

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Bonus vidéo : The Black Keys « Howlin’ For You » (live Zénith Paris, 25 janvier 2012)