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PSA : un milliard pour fermer Aulnay, les salariés paient encore l’addition

Le communiqué que nous avons écrit pour le Parti de Gauche de Seine-Saint-Denis

 

Comme nous l’avons dénoncé depuis le mois de février 2012, le groupe PSA vient de confirmer son « plan de restructuration » d’un montant d’un milliard d’euros. Ce plan entérine la fermeture du site PSA d’Aulnay-sous-Bois, condamnant ses 3 300 salariés directs et les quelque 7 000 travaillant dans la sous-traitance. Au total, ce sont 10 000 emplois que le groupe va supprimer dans le monde.

Le groupe, qui rassemble les constructeurs automobiles Citroën et Peugeot, a certes vu ses bénéfices diminuer de 48 % entre 2010 et 2011, pour un bénéfice net final de 588 millions d’euros. PSA utilise la baisse de rendement pour les actionnaires pour justifier un plan d’austérité de 800 millions d’euros en octobre 2011, revalorisé à un milliard d’économie en ce début d’année 2012.

Mais de quoi parlons-nous ? Est-ce que PSA perd de l’argent ? Non, il gagne 588 millions d’euros après impôts ! Ce n’est pas rien, tout de même. Voici quelques autres chiffres émanant de la direction, qui témoignent de la bonne santé de PSA :

· Record historique du chiffre d’affaire : près de 60 milliards avec une progression de 6,9 % ;

· Bénéfice net positif à + 588 millions ;

· Résultat opérationnel à 1,3 milliard.

Ceci alors que nous sommes en période de crise, c’est connu. Ce faisant, PSA, désormais allié du groupe américain General Motors, s’inscrit dans la logique capitaliste : détruire l’emploi pour accroître ses bénéfices boursiers. Certes le marché automobile s’est contracté en Europe. La généralisation des politiques d’austérité qui cassent le pouvoir d’achat et l’emploi sont les premières responsables de cette situation.

Pour autant, PSA ne diminuera pas ses capacités de production. Au contraire, il les délocalisera dans des pays où la « marchandise humaine » coûte moins cher, où les normes environnementales sont moins drastiques. Qu’importe si, pour faire revenir la production dans les pays où elle peut être « consommée », il faut encore aggraver notre empreinte carbone. Il faut juste se rappeler que, sur un modèle courant de berline, le « coût du travail », sans mis en avant par le MEDEF et sa courroie de transmission politique l’UMP, ne représente qu’entre 15 et 18 %.

Le Parti de Gauche de Seine-Saint-Denis, comme il l’a fait à plusieurs reprises depuis la première fuite sur ce plan de liquidation, était encore aux côtés des salariés d’Aulnay-sous-Bois ce jeudi 12 juillet, à l’issue du comité central d’entreprises.

Ils sont rappelé notre revendication de longue date : une planification écologique permettrait d’envisager très sérieusement la construction de modèles respectueux de l’environnement. Il est possible de s’orienter dès maintenant dans ce sens pourvu que la direction le veuille. Pour cela, elle doit activer son centre de recherche et proposer pour Aulnay la fabrication d’une nouvelle voiture répondant aux exigences de l’époque.

Enfin, le Parti de gauche réclame une loi d’urgence proclamant un droit de véto des représentants syndicaux dans les Comités d’entreprise et l’interdiction immédiate des licenciements boursiers soit votée le plus vite possible.

Le Parti de Gauche Seine-Saint-Denis

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Bonus vidéo : Buzzcocks « Fast Cars »


Guerre de classes dans les Asturies

Dedicado a mi hermano José Angel

Il y a des matins comme ce matin. Tranquille, tu commences à jeter un œil à ta tweetlist dans le RER, en pensant à l’Ecosse, au morceau d’Editors que tu dois écouter… Vaguement, tu te fais le programme de la journée. Ecrire sur les kolkhozes (la note inachevée), préparer un texte sur la Commune de Paris et l’autogestion. Puis, d’un coup, c’est le ventre qui se serre et les yeux qui commencent à piquer. La camarade Monabone75 tient toujours, dans l’indifférence quasi générale, le compte rendu quotidien de la grève des mineurs espagnols. Et tu te rends compte que c’est l’enfer que connaissent nos camarades ibères.

La nuit qui vient de se dérouler, entre le lundi 9 et le mardi 10 juillet, a juste été le moment de scènes de guerre dans les Asturies. Le village de La Pola de Lena, haut lieu de la lutte minière, a connu l’irruption de la Guardia Civil, de triste mémoire espagnole. La vidéo que je vous conseille de regarder, malgré sa mauvaise qualité, est sans appel : ce sont bien des tirs à balles réelles que l’on entend, auxquels vont répondre des barricades. Ces incidents, qui font suite à d’autres affrontements notamment la semaine passée, interviennent au moment même où les mineurs venus des Asturies mais aussi du Léon, et rassemblés dans la Marcha negra, arrivent à Madrid. La manœuvre du gouvernement de droite dirigé par Rajoy est limpide : frapper les familles pendant que les mineurs sont loin, pour les détourner de leurs objectifs.

C’est d’autant plus essentiel pour les dirigeants du Partido Popular, la droite dure héritière du franquisme, que, malgré une propagande éhontée, la popularité de la lutte des mineurs ne se dément pas. Du coup, il faut vraiment tuer cette lutte populaire et de classe. Toute ressemblance avec le conflit des mineurs britanniques contre Margaret Thatcher n’est pas fortuite. Encore moins due au hasard. A toutes fins utiles, puisque bon nombre d’entre-vous vont être en vacances, je vous suggère, si ce n’est déjà fait, de lire GB84 de David Piece sur le sujet. Vous verrez, sous couvert de (un peu de) fiction, que les conservateurs se sentent en guerre avec la classe ouvrière et qu’ils sont prêts, pour parvenir à leur fin, à utiliser des méthodes militaires.

Pendant ce temps-là, notre camp défile, chante, manifeste, mène la lutte pacifiquement. Même si les mineurs espagnols peuvent parfois utiliser des moyens plus en rapport avec une lutte pour la survie. Un jour, peut être, faudra-t-il songer à lutter à armes égales contre l’oligarchie et la droite revancharde. En effet, Rajoy et de sa clique du Partido Popular, qui se revendiquent du « centre réformiste », ont quand même un lien avec Franco. Pas seulement parce que le fondateur du PP, Manuel Fraga, en fut le ministre. Fraga était aussi l’héritier politique désigné du caudillo. Et, entre cette droite-là et les mineurs, il y a un vieux contentieux qui date, au plus tôt, de 1934, je l’ai déjà évoqué.

En Espagne, la contestation agissante est bien plus répandue que dans notre bel hexagone. A l’été 2011, j’ai passé une quinzaine de jours dans le nord de ce pays. Outre que j’ai noté un nombre incroyable d’inscriptions politiques sur les murs, j’ai croisé à plusieurs reprises, en plein mois d’août, des rassemblements d’indignés. L’Espagne, c’est aussi le pays de l’anarcho-syndicalisme de masse. La CNT n’est plus aussi puissante qu’elle l’était dans les années 30, avec plus d’un million de membres, mais elle garde encore son impact au sein de la classe ouvrière consciente. Dans ce contexte, pour la droite au pouvoir à Madrid, casser les reins des mineurs a une vocation symbolique. Si la réaction parvient à défaire cette corporation hautement symbolique, ce serait un message clair envoyé à l’ensemble des forces de progrès hispaniques.

C’est bien ce que nous a montré l’expérience anglaise. Les mineurs britanniques ne s’y trompent pas qui soutiennent massivement le mouvement de leurs homologues d’outre-Pyrénées.

Bonus militant :                         

Signez l’Appel de soutien à la lutte des mineurs espagnols

(À signer via cette adresse : yoapoyoalamineria@gmail.com)

Le combat des mineurs en défense de leurs emplois constitue un exemple de lutte, de combativité et d’auto-organisation qui doit être soutenu par l’ensemble de la classe ouvrière, par la gauche et par les mouvements sociaux.
L’impact de ce combat est en train de susciter une solidarité qui s’étend à tous les secteurs et dans toutes les régions. Il inspire tous ceux et toutes celles qui luttent en ce moment pour s’opposer aux attaques incessantes contre les droits sociaux et les droits des travailleurs.
Il faut résoudre les problèmes des bassins miniers et il faut commencer à les résoudre dès maintenant, avec des objectifs à court et moyen terme. A court terme, il est nécessaire de défendre tous les emplois pour éviter l’aggravation de la tragédie sociale que subissent depuis des années les familles des travailleurs dans ces régions. A moyen et long terme, il est nécessaire d’avancer des alternatives d’emploi réelles dans les secteurs énergétiques non polluants qui permettent de sortir de la crise sans hypothéquer l’avenir des travailleurs.
Au cours de ces dernières années de reconversion, les fonds publics destinés à cette fin ont été dilapidés et utilisés au profit d’une petite minorité. Mener une enquête sur leur affectation précise et établir les responsabilités, c’est le premier pas nécessaire afin d’ouvrir un véritable processus qui impulse un nouveau modèle productif, généré et contrôlé par ceux et celles d’en bas. Un nouveau modèle productif qui soit au service des besoins sociaux de la majorité et respectueux envers notre planète.
Tandis qu’ils sauvent les banques et les banquiers, l’austérité retombe sur les épaules des travailleurs qui se voient forcés de lutter pour défendre leur avenir. Les mineurs nous montrent le chemin que doivent suivre les autres secteurs en lutte. Nous voulons leur exprimer notre soutien et nous lançons un appel pour élargir leur exemple. Il en va de notre avenir.

PREMIERS SIGNATAIRES : Alfonso Sastre, écrivain et dramaturge ; Willy Toledo, acteur ; Eva Sastre Forest, éditions Hiru ; Rafael Xambó, professeur de sociologie, Université de Valencia ; Carlos Gómez Gil, sociologue et professeur de l’Université d’Alicante ; José Ramón González Parada, sociologue et directeur de la revue Esbozos ; Salvador López Arnal, collaborateur à Rebelión et El Viejo Topo ; Jerónimo Aguado Martínez, paysan ; Juan Ramón Capella, professeur de philosophie du droit, de morale et de politique ; Miguel Riera, directeur de El Viejo Topo ; Joxe Iriarte Bikila, écrivain et membre de Gorripidea ; Santiago Álvarez Cantalapiedra, directeur de la revue Papeles de relaciones ecosociales y cambio global ; Olga Rodríguez, journaliste et écrivaine ; María Trinidad Bretones, professeure d’économie, Université de Barcelone ; Esther Vivas, activiste et journaliste ; Santiago Alba Rico, essayiste et philosophe.

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Bonus vidéo : Class War « Class War »