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Mensch @ Le Point Ephémère, Paris, 2012 september 19th – live report et entretien

Ca commence par une reprise électrisée et hypnotique de She’s Lost Control. Le duo guitare-basse, soutenue par une boîte à rythmes épaisse comme un marteau pilon , crée l’atmosphère qui va au petit poil pour que cette relecture personne de LE hymne passe comme une lettre à la poste. Vous êtes au Point Ephémère, mardi 19 septembre 2012. Vous regardez Mensch. Vous êtes vivants. Vale Poher, la chanteuse, un peu moins qui souffre d’une extinction de voix. Carine Di Vita, la bassiste, la supplée en entretien.

Carine : C’est clair que la basse en avant et la boîte à rythmes, ça évoque illico les années 80. Pourtant, on n’écoute pas que de ça. Loin s’en faut. Nous sommes plus influencées par des choses assez actuelles.
Vale (dans un souffle) : Pour la programmation des rythmiques, je me sens plus inspirées par des trucs comme Pantha Du Prince, Gui Boratto, The Foals ou LCD Soundsystem.
Carine : A priori, oui, nous mettrons peut être un peu plus de synthés, de machines, dans nos compositions à venir. Mais, en même temps, nous tenons à jouer, à garder cette base instrumentale. C’est de là d’où nous venons.

La scène, c’est leur lieu de prédilection à ce duo. Entre deux titres, Vale et Carine échangent un sourire discret, de ceux qu’il faut être au premier rang pour apercevoir. Le miracle du live opère encore. Vale puise au fond d’elle même pour délivrer un chant qui est bien plus séduisant que celui de Bonnie Tyler. Le son, âpre, proche de l’émeri, n’est probablement pas celui qu’elles souhaiteraient mais il me convient foutrement. Ça racle, ça cogne. Les paysages lancinants que dessine le duo se prête bien à ces aspérités sonores. D’autant que, à la basse, comme on dirait « à la base », il y a ce foutu groove sorti de nulle part. Un groove martial, certes, propice à la transe.

Carine : Transe ? J’ai vu que tu mentionnais ça dans ton article. Je ne sais pas trop. C’est très marqué électro comme sensation. Je ne trouve pas que cela nous corresponde.
Vale : Si, moi, quand je chante, par moments, je me sens comme en transe.
Moi : Par transe, je pense plus à des sensations liées au chamanisme, aux danses tribales d’Afrique noire. Pas du tout à l’électro.
Vale : Il y a un ethnologue qui a écrit, de mémoire : « la transe, c’est l’expression mélancolique de la danse ». Vu comme ça, ça me va.

Ce climat prend place bien vite. Les premières mesures de Mistery Train (Of Life) résonnent que, déjà, le bassin se prend d’une subite volonté d’indépendance, commençant à remuer sur cette rythmique de plomb striée d’autant d’éclairs à six cordes. Swim Swim lui succède accentuant cette féroce envie de se remuer en tous sens. « Let’s Dance To Die », chante Vale. L’invitation est claire.

Vale : Tu sais, en fait, pour nous, c’est de la « dance » ce que nous créons. On ne revendique pas du tout le côté sombre qu’on nous colle sur le dos. Et, quand tu écoutes les paroles de morceaux dansants, c’est pas toujours marrant, c’est même parfois assez glauque. Féla Kuti, par exemple…
Carine : Ou Michael Jackson. Mais ce côté sombre peut bien se marier avec la danse. En fait, nous, nous faisons de la pop. (Elle sourit)
Moi : A ce sujet, j’ai vu New Order à la fête de l’Huma.
Carine : New Order, c’est le groupe qui a su évoluer tout le temps, se réinventer, se remettre en question.

Par moments, le duo se prête à des expérimentations qui prêtent le flanc aux amalgames rapides. La version live de Kraut Ever sonne rudement martiale. Plus encore que sur album, avec ses rythmiques algorithmes et ses guitares stries qui rayent l’acier que j’ai dans le cerveau. Etonnemment, c’est la basse et la voix qui égaient ce titre en forme d’exercice de style. Goliath, que mon ami François considère comme le sommet de ce premier album, sonne sacrément plus balancé en concert. Après une intro assez mid tempo, le titre grimpe en puissance, guitare acérée et ronde en alternance (oui, oui!). Comme si ce titre contrepied avait gobé un cachet d’ecsta. La danse, on vous dit. Et la réinterprétation. Tout le temps.

Carine : Oui, on prépare une sortie pour le printemps 2013. Nous allons ressortir l’album en double vinyle. Le second sera la version remixée de l’album. Ca fait plaisir d’ailleurs que tu apprécies le remix qu’a fait Manvoy de Saint-Sadrill sur Mistery Train. C’est un morceau dont on parle trop peu.
Vale : Tu as raison, c’est le titre qui rend fou. (Elle sourit)
Carine : Et, si, nous avons déjà fait un remix pour Mansfield Tya, sur le titre Cavalier. Tu devrais les écouter, ça te plaira sûrement.

Le concert, court pour cause de première partie, se termine sur un inédit encore sans titre. Il est appelé New sur la setlist. Un beau final, froid et remuant en même temps. Carine et Vale s’affairent à virer leur matériel de la scène pour laisser la place à King Tuff. Ensuite, elles iront assurer la vente de leurs disques et autre merchandising. Avant de reprendre la route pour une tournée qui se monte au fil des jours. Gardez un œil sur leur site, des fois que vous ayez la chance de les voir près de chez vous.

Bonus live : Mensch « She’s Lost Control » (live @ Rennes, l’Antipide, Nov. 19th 2011)

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Bonus vidéo : Mensch « Kraut Ever » (live in NYC)

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Enseignants, « sans papiers », blogosphère, c’est la rentrée

Ce lundi 3 septembre au matin, je ne peux m’empêcher d’éprouver une pensée émue pour mes amis enseignants. J’en compte quelques uns, c’est assez fréquent dans les milieux militants. Pour eux, c’est la rentrée. Les élèves, c’est demain. Evidemment, y a une petite polémique. Ce grand lecteur de Philippe Pétain qu’est Luc Chatel voit dans le dernier discours de Vincent Peillon un « copier coller d’un discours du Maréchal ». Faut connaître son Pétain sur le bout des doigts pour parvenir à taper le point Godwin avec autant de facilité. Mais bon… Là n’est pas mon propos.

Mon propos c’est l’école et le métier de professeur. Lequel va encore se trouver chamboulé avec l’introduction de cours de morale laïque. Oui, évidemment, c’est le dernier avatar en date de l’éducation civique. Parce que, c’est bien connu, il revient à l’Education nationale de prendre en charge – et de régler – tous les dysfonctionnements de la société. C’est simple, faisons un petit tour d’horizon :

– le chômage amène les parents à décrocher du suivi de leurs enfants : va-t-on se battre pour le plein emploi ? non, l’école va régler ça ;
– la télévision banalise la violence qui s’importe en milieu scolaire : va-t-on réfléchir sérieusement au contenu des fictions que l’on propose à nos enfants ? Non, l’école doit régler ça ;
– quelques illuminés affichent le voile intégral comme marqueur d’identité : va-t-on mener un débat serein sur la place de la religion dans notre société ? Non, l’école va prendre en charge cette question aussi.

Pauvre école ! Je pourrais continuer longtemps comme ça tant elle se trouve donc chargée de tous nos maux et doit trouver une réponse à chacun d’entre eux. En apparence en tous les cas. Evidemment, les enseignants ne sont pas du tout formés à cela puisque leur métier reste la transmission du savoir. A la base. Sans d’ailleurs qu’on se questionne sur le sens de cette transmission. Je veux dire, de manière collective. Les profs, eux, se la posent cette question, tout le temps. Les patrons aussi, d’ailleurs. Incidemment, ils ont infusé leur manière de voir dans l’approche « pédagogique » des ministères successifs.

Aujourd’hui, sous les poussées patronales, le but de l’école est devenu, en loucedé, de former des travailleurs. Au départ, son propos était de former des citoyens. La différence n’est pas grande. Elle est énorme. Voilà voilà… C’est clair que ça fout le moral.

Au moins autant que la schizophrénie ambiante dans ce cadavre qu’est la gauche du parti « dit sérieux » dès qu’on en vient à causer du TSCG, ce foutu traité qui nous impose l’austérité ad vitam aeternam. Des fois que vous ne sauriez pas encore, nous manifestons le 30 septembre sur le sujet. Ce sera un dimanche, c’est chouette les manifs le dimanche. Pas d’excuses pour ne pas être là.

A part ça, et puisqu’il s’agit de manif, samedi, j’ai fais ma rentrée politique en quelque sorte. Avec pas loin de 5 000 personnes, nous avons manifesté aux côtés des « sans papiers » pour le 16e anniversaire de l’expulsion de l’église Saint-Bernard. La vidéo réalisée par les camarades du PG atteste de cette réussite. Pour nous autres, militants, une manif c’est deux choses : exprimer un refus ou une exigence (en ce cas, l’exigence de régulariser les « sans papiers » et le refus des rafles) et l’occasion de se retrouver entre nous. On voit les potes, on se donne des nouvelles, on fait des rencontres aussi. Bref, c’était bien. Ca donne un peu d’énergie. Et Marx sait que j’en ai besoin : à croire que je n’ai pas fini de digérer l’année de campagne(s) passée.

Du coup, je vous le dis, je vais finir, tranquillement, par retrouver mon rythme ici et vous parler d’autres choses que de musiques. Vous allez bientôt retrouver les Chroniques montreuilloises qui vous plaisent tant et contribuent tellement à la renommée de ce petit blog. Il y aura peut être un peu plus de foot que l’an passé, vu que j’aime ça sans honte. Et, qui sait, peut être un peu de politique. Accessoirement, je pourrais sûrement déverser mes humeurs sur mon petit exutoire personnel. J’espère que cela ne vous défrise pas trop. Et puis, en toile de fond toujours, vous lirez les potes. Parce que c’est, après l’amour, l’essentiel. C’est fleur bleue, vous trouvez ? Si vous changez la couleur, je prends « fleur rouge » très volontiers.

Allez, je m’en retourne marner. Et tâcher de vous apportez des nouvelles moins nombrilistes et plus enthousiasmantes. Du genre qu’on trouve en filigrane de cette note pondue par le toujours excellent Fight Club du NPA. Parce que s’il fallait compter sur les moines de LO pour se fendre la gueule, on peut toujours attendre la révolution marxiste-léniniste.

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Bonus vidéo : Siekiera « Czerwony Pejzaz »


A samedi, chez moi, avec les « sans papiers »

Si vous habitez en Île-de-France, vous avez – quasi – rendez-vous chez moi samedi 1er septembre. Je sais, je devrais déjà parler du référendum sur le Traité de stabilité européenne, le TCSG… Mais d’autres le font mieux que moi, comme mes amis Romain Jammes ou Alain Bousquet. Je vous invite donc à aller les lire pour en savoir plus sur notre manifestation du 30 septembre. Moi, en ce moment, ce qui me démange, c’est le sort des sans papiers et des Rroms. Et, samedi 1er septembre, à 14h30, nous avons rencart place de la République à Paris pour aller en cortège jusqu’à l’église Saint-Bernard. Il s’agit de se rappeler qu’en 1996, « avec humanité et cœur », le sinistre de l’Intérieur d’alors, digne prédécesseur de l’actuel, envoyait la police avec des haches pour déloger les « sans papiers » réfugiés dans cette maison. Pour se rappeler, vraiment, ce qu’il s’est passé ce 23 août 1996, je vous renvoie à la lecture d’un témoignage poignant.

Si ça me tient tant à cœur, cette question, c’est parce que je n’attendais rien de la nouvelle majorité sociale-libérale sur les questions qui constituent pour moi le centre de l’action politique : pouvoir, capitalisme, redistribution des richesses. Ça fait bien longtemps que j’ai analysé leur renoncement quant à changer la vie. Il n’est qu’à écouter les propos de Montebourg en direction des syndicalistes de PSA… Ou entendre Pierre Moscovici annoncer, royal au bar, une baisse de deux cafés sur un plein (6 centimes par litre) d’essence.

J’ai voté pour virer le nain, ça c’est fait, et pour ceux qui ne pouvaient pas « se défendre » avec les mêmes armes que nous autres : les « sans papiers » et les Rroms essentiellement. Je nourrissais l’espoir que le gouvernement dit « socialiste » les traiterait d’une autre manière. Je ne suis pas totalement amnésique : je garde en tête le mot de Rocard, « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Mais quand même… Il suffisait de pas grand chose pour faire moins pire. Las, le Valls a pas mis le temps pour réfléchir et poursuit l’action de son Guéant de prédécesseur. Fermez le ban, la messe est dite : le changement, c’était du flan.

Il s’agit donc de maintenir le cap : régularisation de tous les « sans papiers », qui ne demandent qu’à bosser – pour la plupart c’est le cas – légalement. Quand on cherche des recettes supplémentaires pour faire tourner la maison France (ah ? Là, ce serait plutôt « on cherche à supprimer des dépenses » ? Comme avant donc ?), ce n’est pas si con que cela de se rappeler que les immigrés légaux, ceux qui ont des papiers donc, « rapportent » 12 milliards d’euros à la collectivité nationale chaque année.

Je ne vais pas en rajouter sur les traditions d’accueil de la France « patrie des droits de l’Homme », tout ça… A la fin, si les gouvernements qui se succèdent depuis la IIIe République avaient mis en œuvre la même politique qu’aujourd’hui en matière de « sans papiers », je vous le dis comme ça en passant : je ne serais certainement pas Français, je ne serais même probablement pas du tout. Et il en va de même pour pas mal d’entre vous amis lecteurs. Pour ce qui me concerne, je préfère me rappeler de la place réservée aux étrangers pendant la Commune de Paris.

« Nombreux sont les étrangers qui participent à la Commune : les travailleurs immigrés, que l’on compte par milliers, surtout Belges et Luxembourgeois, les Garibaldiens et les révolutionnaires qui cherchaient asile dans le pays incarnant les Droits de l’homme. Fait unique dans l’histoire mondiale, plusieurs étrangers occupent une place dirigeante dans le processus révolutionnaire. Un juif hongrois, ouvrier bijoutier, Léo Frankel, siège au Conseil général de la Commune. La commission des élections, le 30 mars 1871, valide ainsi son élection : « Considérant que le drapeau de la Commune est celui de la République universelle ; considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyen aux étrangers qui la servent […], la commission est d’avis que les étrangers peuvent être admis, et vous propose l’admission du citoyen Frankel.. » Léo Frankel est promu ministre du Travail et inspire toute l’œuvre sociale de la Commune. Des généraux polonais, Dombrowski et Wrobleski, assument des commandements militaires. La Russe Elisabeth Dmitrieff dirige l’Union des Femmes. »

Oh ! Pas de nostalgie dans mon propos. Juste la revendication d’une filiation politique et philosophique. Comme le précise mon syndicat, la CGT, il s’agit « de rappeler au gouvernement actuel ses engagements de campagne et faire la preuve que les sans papiers, travailleurs sans papiers, organisations syndicales, associations et collectifs restent encore et toujours mobilisés depuis l’évacuation de l’église Saint Bernard ». Alors, à samedi, j’espère.

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Bonus vidéo : Metroland « The Passenger »

 

 

 


Hommage aux anars espagnols, arrestation des anars français

Décidément, les Staliniens ne sont pas – toujours – ceux que l’on croit. La Commémoration 2012 de la Libération de Paris par les combattants de la 2e Division blindée commandée par le général Leclerc a été l’occasion d’un épisode ô combien malheureux. Outre qu’est régulièrement oublié le soulèvement des Forces Françaises de l’Intérieur dirigé par le camarade communiste Henri Rol-Tanguy, cette année nos camarades anarchistes ont fait les frais de la répression.

Eu égard à l’hommage rendu explicitement aux combattants espagnols de la « nueve », la 9e compagnie, de la 2e DB, – par le président de la République lui même ! – les militants de la Fédération Anarchiste, d’Alternative libertaire et d’autres encore sont venus – exceptionnellement à ma connaissance – rendre hommage aux leurs. C’est que les combattants de la « nueve » étaient pour beaucoup des Républicains espagnols et surtout des anarchistes, survivants de la 26e division républicaine (ex colonne Durutti). Je me permets de vous faire partager le témoignage de Luis Royo, le dernier des Espagnols de la « Nueve » :

« Des Républicains espagnols qui sont entrés dans Paris avec la Nueve, la neuvième compagnie de la deuxième DB, commandée par le capitaine Dronne, il ne reste que moi. Je suis fier de participer au soixantième anniversaire de la libération de la capitale. Pour le cinquantième, personne n’a pensé à nous. Nous n’avons pas été invités aux commémorations. Nous étions alors plusieurs. Maintenant, il ne reste plus que moi. Les autres sont partis sans reconnaissance.
J’avais 17 ans quand j’ai fui le franquisme. Je suis arrivé en France en 1939 par les montagnes à Prats-de-Molo. J’ai été interné sur place puis déplacé au camp d’Agde. Là, des tantes qui étaient installées dans la région sont venues me réclamer. Leurs hommes étaient à la guerre. Elles avaient besoin de bras à la ferme.
Quand il y a eu l’armistice, les autorités françaises n’ont pas voulu renouveler mes papiers. Les gendarmes m’ont donné le choix, l’Espagne, l’Allemagne ou la Légion pour laquelle j’ai opté comme beaucoup d’Espagnols. J’ai déserté pour la France Libre, la 2e DB.
Quand les Américains ont eu consolidé la tête de pont normande nous avons débarqué le 1er août 44 à Omaha Beach. Nous avons nettoyé la poche de Falaise du 7 au 21 août. Le 23, nous avons couché à Arpajon, le 24 neutralisé un char allemand à la Croix de Berny.
Le 25 à Paris, notre bataillon a libéré les Invalides et l’Ecole Militaire. Le 26, nous avons rejoint l’Hôtel de Ville. Puis on a attendu de l’essence au Bois de Boulogne jusqu’au 7 septembre avant de partir vers la Moselle où j’ai été blessé.
Depuis, j’ai un bout de ferraille dans le poumon. j’ai été soigné dans un hôpital américain en Angleterre puis j’ai été démobilisé sans un sou, sans habits, sans logement, sans travail ».

Pour en savoir plus, je vous renvoie à la lecture de cet article assez complet de mes camarades du Parti de Gauche Midi-Pyrénées. Nos amis libertaires ont donc souhaité saluer la mémoire de combattants antifascistes dont ils revendiquent fort justement l’héritage. Pour ma part, la présence de libertaires dans une commémoration organisée par la République, je trouve ça chouette.

Mais voilà ! Les anars étaient venus avec leurs drapeaux. Noirs. Ils se sont vus accuser de « rassemblement interdit », alors que la commémoration était évidemment publique, et d’arborer des « drapeaux non républicains ». Les libertaires ont été pris à partie par la police, qui n’agissait sûrement pas sans ordre. Résultat des courses, quinze militants de la Fédération Anarchiste ainsi qu’un militant d’Alternative Libertaire et deux passantes sont restés quatre heures aux commissariats du huitième et du neuvième arrondissement pour avoir voulu honorer la mémoire des valeureux combattants de la « Nueve ». Moi, sérieux, ça me choque.

Les rapports entre la tendance dans laquelle je me reconnais et les camarades libertaires n’ont pas été souvent marqué du sceau de la fraternité militante. En ce mois d’août où il est de bon ton de saluer la mémoire du « Vieux » (Léon Trotsky) assassiné ce mois de 1940 par Ramon Mercader sur ordre de Staline, je me souviens que ce même « Vieux » a commandé l’Armée rouge qui a massacré les anarchistes ukrainiens regroupés derrière Makhno comme les marins de Cronstadt qui refusaient l’autoritarisme léniniste. Je peux aussi évoquer, moi qui m’intéresse à la guerre d’Espagne, les combats fratricides entre staliniens et anarchistes de 1936 à 1938. Dans ces conflits de famille, les sociaux démocrates étaient toujours restés à l’écart. Jusqu’à ces dernières années.

Il est extrêmement regrettable que, en présence du « président normal », la commémoration de la Libération de Paris ait été marquée, cette année, par des arrestations de militants anarchistes. Pour qui croit à la force des symboles, celui-ci est plus que malheureux qui laisse à croire que, en raison de ses positions politiques, on puisse être exclu de cérémonies républicaines. Je suis sûr qu’une telle mésaventure (veuillez excuser l’euphémisme) n’arriverait pas à des anciens combattants nostalgiques de l’Algérie française.

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Bonus vidéo : Métal Urbain « Anarchie en France »


Athènes, Aulnay, Madrid, voyage dans le nouvel âge capitaliste

Clairement, on ne lâche rien. Après, c’est sûr que le week-end du 14 juillet n’est guère propice aux mouvements de masse. Nous nous sommes malgré tout retrouvés à une cinquantaine devant l’ambassade d’Espagne à Paris. A titre personnel, j’étais heureux d’y retrouver mi hermano José Angel et ma bande de potes dont Arthur Fontel et le petit Pierre d’Evry, qui n’est encarté nulle part. Bref… Même s’il y avait bien d’autres personnes, nous étions tout de même dans l’entre soi. A Bordeaux, Fanfan me dit qu’ils étaient une centaine. Comme quoi, tout le monde ne se met pas en vacance.

En même temps, il faut le dire : ça tombe comme à Gravelotte. Référent sur l’action pour le Parti de Gauche, j’ai eu à mettre en lumière la cohérence entre ce qui se passe à Madrid, à Athènes et à Aulnay-sous-Bois. Il y a deux cohérences en fait : l’une tient à la nature du capitalisme dans son nouvel âge, l’autre tient à l’adaptation de l’Union européenne à ce nouvel âge.

En clair, depuis quelques années, le capitalisme est entrée dans une phase où la production de richesses physique, dans les pays occidentaux, rapporte bien moins que la spéculation boursière et les dividendes liés à la généralisation de l’actionnariat. L’accumulation de richesses, dont l’oligarchie s’approprie l’essentiel, ne passe désormais plus par la production de biens matériels dans la vieille Europe. Les fortunes se bâtissent mieux, selon les critères de la classe possédante, au travers des profits financiers.

C’est dans ce cadre qu’il faut lire la fermeture de l’usine PSA d’Aulnay ainsi que la suppression de quelque 8 000 postes de travail en France. A contrario, PSA se développe fort bien au Maghreb et au Brésil, où les marchés émergents et la montée en puissance d’une « classe moyenne » structurée, alliée à la faiblesse des salaires offerts aux ouvriers, maintiennent débouchés économiques et plus-values importantes. Ce qui n’est pas le cas en France. Dans l’hexagone, le secteur d’activité qui rapporte le plus au groupe PSA reste le secteur financier… Dans un pays où l’on compte 600 000 véhicules individuels pour un million d’habitants, sauf à développer des automobiles adaptées à la demande en moyen de locomotion propre, il n’y a rien à attendre d’un point de vue capitalistique.

Mais la recherche, ça coûte cher et ne rapporte qu’à long terme. Pendant ce temps, les actionnaires doivent se contenter de la portion congrue et d’un bénéfice qui, pour confortable qu’il soit, n’atteint pas les rendements attendus. Exit donc la production automobile. C’est de la même manière qu’en Espagne on liquide l’extraction charbonnière. « Au nom de la concurrence libre et non faussée », qui aboutit à une spécialisation géographique des activités du capital. La suppression des aides publiques aux charbonnages espagnols intervient au moment même où le Partido Popular au pouvoir entérine un plan d’austérité de 65 milliards d’euros en échange de 100 milliards de prêts concédés par la Banque centrale européenne en vue de recapitaliser le secteur bancaire ibérique. On voit bien la concordance des mesures : arrêt d’une activité de production d’un côté, remise en état du bras armé de la finance outre Pyrénées. La « crise » a bon dos. Des milliers d’Espagnols l’ont encore clamé dans les rues madrilènes dimanche 15 juillet. Que se jodan !

Derrière le plan d’austérité, c’est bien la construction d’un nouveau modèle économique et social qui est mis en œuvre à marche forcée par Rajoy et Bruxelles. Si vous voulez avoir un aperçu de ce que produit ce genre de mutation, il faut faire un trajet de plusieurs centaines de kilomètres pour se rendre en Grèce. Dans ce pays-ci, l’Union européenne a posé clairement la donne : en finir avec les services publics, liquider le patrimoine commun à la population en privatisant tout ce qui peut l’être. La dette a bon dos. L’essentiel est de préserver le secteur bancaire, source des profits futurs, qu’importe si le peuple doit crever et même plus à petit feu. L’Italie est, avec l’Espagne, la prochaine sur la liste. Le Portugal arrive juste après.

C’est que le projet politique a désormais vocation à s’étendre. Il finalisera les mutations de fond (appelées « réformes structurelles », dans la novlangue bruxelloise) des sociétés européennes. On le trouvera entre les lignes du Mécanisme européen de stabilité (MES) et du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’union économique et monétaire (TSCG). Au cas où les gouvernements démocratiquement élus viendraient à vouloir s’émanciper du cadre politique fixé par les Commissaires européens, il est acté que les lois de finances, celles qui fixent les budgets des états, devront passer par la case « validation » à Bruxelles avant même que d’être débattues par les élus des nations… Si ce n’est pas se donner les moyens d’imposer son dogme idéologique, cela y ressemble pas mal.

Interviewé par une télévision espagnole

Ce sont là mes quelques réflexions du week-end, suite aux conversations que j’ai eues avec l’ami Perceval45 et Danièle Obono, mon amie de Convergences et Alternatives. C’est aussi ce que j’ai résumé lors de mon intervention devant l’ambassade d’Espagne. Je vais tâcher d’y revenir plus en détails à la rentrée, tant je me rends compte que mon propos, déjà ébauché dans une note précédente, exige d’être approfondi.

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Bonus vidéo : Fermin Mugurruza « Sindikatua »


Metric @ Le Trianon, 2012 july 3rd – live report

En vrai, je devrais écrire : Emily Haines. Et vous auriez tout compris. Et cette chronique serait finie.

Mais… Comme mon ami Julien, vous n’êtes pas tous venus voir Metric ce 3 juillet au Trianon, à Paris, dans le cadre de la tournée de soutien au nouvel album Synthetica, le cinquième en dix ans d’existence du gang de Toronto. Et, peut être, certains d’entre-vous ont envie de se replonger dans cette ambiance singulière d’un set qui rappelle que la musique doit être vue et écoutée jouée live. Metric en concert, c’est vraiment mieux que sur CD alors que je dois confesser une sérieuse addiction pour leurs titres studios déjà…

Mais… Il n’y a pas que le charisme renversant de la chanteuse-claviers-guitare-tambourin et sa voix protéiforme, qui passe de la femme enfant nasillarde aux volutes plus rauques et sucrées en fonction de l’émotion qu’elle entend créer. Il y a aussi ces trois mecs autour : guitare, basse, batterie, dont le talent s’exprime quand Emily s’efface derrière les instruments. Il y a un couple rythmique qui structure la transe. Il y a une guitare entre stries électriques et riffs ravageurs qui n’oublie jamais de saluer Thurston Moore et Sonic Youth. Comme sur l’intro de Stadium Love, pourtant pas le titre calibré pour à l’écouter sur album. Certains auront vu ces interminables et merveilleux « Thank You Sonic Youth » en concert. Qu’ils se taisent, je suis jaloux.

Mais… Il y a ce public, conquis d’avance à l’exception d’Arthur Fontel, qui chavire au moindre geste de la chanteuse, laquelle ne lésine pas sur l’énergie déployée. Elle va et vient sur la scène quand elle ne martyrise pas consciencieusement ses claviers (heureux objets…). Elle est cette vague qui vient lécher les mains du premier rang, lequel se retourne littéralement, ravi. Mais… je n’avais pas commencé en écrivant qu’il y a plus qu’Emily Haines dans ce concert ? OK, ça va être dur.

Désolé pour la première partie : le groupe français Concorde, vaillant dans l’effort, présente son premier essai long format d’une pop rock léchée qui mériterait sûrement de revenir sur mon lecteur mp3. Las… Je fais partie de celles et ceux qui sont venus voir Metric. Je les avais quittés en 2010, le visage baigné de larmes de bonheur. Souvenirs très précis d’un set furieux délivré dans l’enceinte de la Cigale. Dans le cadre du voisin Trianon, à la belle acoustique soit dit en passant, j’arrive vierge à nouveau. Bien décidé à trouver ce que j’attends de la musique : ce tsunami d’émotions qui lave tout et me trouve nu comme au jour de ma naissance, les yeux éblouis, le cœur renouvelé. Qui plus est, Synthetica est un peu plus calme que ces prédécesseurs. Donc…

Donc, dès le deuxième morceau de Metric, j’ai les yeux qui piquent. Je pleure sur le troisième. Ça c’est fait. Le rock du quatuor canadien prend aux tripes, entre relents de cet underground qui les a vus émerger au début des années 2000 et mélodies subtiles aptes à séduire les auditeurs les moins familiers de la scène indépendante. La bande d’Emily a ce don pour trouver les gimmicks les plus efficaces sans se départir d’une attitude irréprochable. Évidemment, le charme de la chanteuse, l’usage de claviers, les riffs sales évoquent une autre Marylin sous acide : Debbie Harry. Y a plus dégueu comme héritage, non ?

Et celui-ci ne pèse absolument pas sur les épaules du groupe. Il sait mener son public exactement là où il le veut. Il suffit d’un solo de guitare joliment saturé, d’un déhanché d’Emily, d’une nappe distordue de synthés pour que le public hurle à l’unisson. Et si par mégarde la chanteuse s’empare du tambourin pour scander un titre et là c’est une marée qui claque des mains en cadence. Sur les hymnes que sont Help I’m Alive ou Dead Disco (vont-ils un jour réussir à la jouer deux fois d’affilée de la même manière ? Défi), la salle devient chœur qui reprend du couplet au refrain. La vague Metric s’abat sur ces corps serrés, les prend, les retourne, les rejette… Et recommence. Si par cas il y a avait un peu de mou, comptez sur Emily pour venir taquiner les fans. Effet garanti. L’exécution de Gold Guns Girls me laisse le souffle coupé.

Photo courtesy of Alex (bises)

Elle met littéralement le feu à la scène, portée par des lights qui surlignent parfaitement les ambiances sonores. Le rouge la voit courir, headbanger, crier… Je l’ai déjà écrit, mais la voix d’Emily Haines, c’est quelque chose. A croire qu’il y a trois chanteuses dans ce fichu groupe, tant les tessitures varient au fil non pas des titres mais des changements à l’intérieur des morceaux. Une telle maîtrise, moi, ça me renverse. Et je ne suis audiblement pas le seul.

Faut garder en tête ces images du Gimme Sympathy final, voix et guitare sèche, qui laisse l’audience pantoise, suspendue comme en apesanteur. Metric a joué une bonne heure et demie. Nous a fait passer par quasi tous les états d’émotion possible. Je sèche mes larmes. Heureux.

Le site officiel de Metric est ici.

Metric est sur twitter aussi.

 

Bonus copain : les photos du live de 2009 à La Maroquinerie par mon ami Stéphane Burlot.

Bonus HADOPI : télécharge Metric Collect Call (Tom Wrecks Remix)

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Bonus vidéo : Metric « Help I’m Alive (Live @ Trianon) »

 


Florence and the Machine @ Bataclan, Paris, 2010 feb. 24th – live report

Ceci est une chronique que j’ai écrite, au sortir du concert mentionné dans le titre, pour Métalchroniques, le site de métal de mon ami le Hamster. Je l’exhume en premier lieu parce que j’aime vraiment beaucoup Florence Welsh. Non, il n’y a aucune actualité vraiment liée à la dame ou alors je suis passé à côté en raison des campagnes électorales. Soit dit en passant, je vais revenir à l’actu musicale avec, notamment, le concert de Metric le 3 juillet prochain. Bref, ce qui m’a surtout motivé à ressortir des cartons cette note, c’est le papier de l’ami Oskar K Cyrus que je vous conseille vivement de lire si vous aimez la pop.

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  • Taux de remplissage : full, sold out !
  • Lumières : très travaillées, toutes en demi teintes pour renforcer le climat féerique
  • Son : Le Bataclan sait travailler sa sonorité, peut être un tout petit peu juste quand Florence monte dans les aigus.
  • Moments forts : « Drumming Song » évidemment.

Il y a le monde profane et la vraie vie. Dans la vraie vie, Florence Welch, âme de Florence and the Machine, est une elfe sautillante, à la candeur enfantine. Elle soigne les cœurs et les corps à l’aide de ses mélodies et de sa voix ensorcelante. Dans le monde profane, Florence remplit la petite salle du Bataclan, trois mois avant la date de son concert. Dans la vraie vie, on oublie même la prestation, en première partie, de Sian Alice Group, pourtant un groupe inspiré développant une pop psychédélique habitée. Dans la vraie vie, dès les premières notes de harpe qui introduisent ce show attendu ô combien, une sorte de transe s’empare du public.

 

Florence Welsh

Une foule avec laquelle Florence ne manque pas de communier, dès qu’elle en a l’occasion. Et l’on en vient à oublier qu’elle doit sûrement répéter à chaque fois combien « (nous sommes) un public merveilleux » et qu’elle « (nous) aime ». Sa bouille d’enfant devant un cadeau de Noël inattendu resplendit de sincérité. Et peu importe le business, puisque nous sommes dans la vraie vie. Dès le deuxième morceau, « Kiss With A Fist », l’ambiance est en place. Ce sera épileptique. La voix magique de Florence, épaulée par une batterie tribale jouée principalement sur les toms, se fait tour à tour vague douce sur une plage de sable fin, chevauchée épique dans les plaines gaëliques, tornade qui dévaste tout sur son passage. La foule est entraînée, plie, se détend, explose en rythme.

 Dans cet univers tumultueux et féerique tout autant, les éclats d’une guitare aérienne renforcent la lumière. Cocteau Twins n’est pas très loin. Et pourtant, faire partie de la machine, ne doit pas être toujours très épanouissant tant ce que l’on retient, avant toute chose, c’est la batterie et la voix. Et le jeu de scène ! Florence danse, sautille, se tortille comme une liane. Et se plante dans la set list avec une innocence qui nous amène à en redemander. Et c’est le tellurique « Drumming Song » qui déboule, fracassant l’impression de produit lisse que pouvait laisser l’album à certains. Assurément, Florence et ses Machines ont réécrit les titres, pour les réinterpréter, leur donner enfin toute la puissance qu’on soupçonnait.

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 Les tubes « Dogs Day Are Over » et « Rabbit Heart (Raise It Up) » scandent ce concert sublimé par la taille du Bataclan. C’est une réunion de famille à Stonehenge, une danse sabbatique au milieu de Brocéliande, et pourtant Soho n’est jamais loin. C’est là toute la magie de Florence. Elle nous tient. Et bien.

Bonus militant : télécharge en mp3 Florence And The Machine « Drumming Song (Boy 8-Bit Remix)« 

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Bonus vidéo : Florence and The Machine « Dog Days Are Over » (live)


Bleeding Pigs @ Les Combustibles Paris, 2012 june 7th – live report

 C’est un live report, c’est une nécro. Il y a des trucs comme ça, on n’y peut rien. Ce jeudi 7 juin au soir, j’ai assisté au dernier concert que donneront les Bleeding Pigs, trio punk rock français issu de l’Essonne. C’était aux Combustibles, resto et salle de concerts du 12e arrondissement de Paris. J’en suis venu à les connaître parce que Thomas, le bassiste, est un ami, un camarade. C’est assez drôle aussi, comment la vie passe les plats. Je vais y venir.

Donc, Bleeding Pigs, à la base, c’est un groupe de potes formé au lycée de Mennecy, un de ses projets qu’on monte sans forcément beaucoup d’idées préconçues, genre « on a pas envie de trop se faire chier, si on faisait un groupe ? ». Ils sont trois, ce sera un trio guitare-chant, basse, batterie-chant. Ils ont 15 piges, la rage d’ados à cet âge, donc ils jouent du punk. Sauf que la sauce prend. Et à les voir sur scène, on comprend mieux. Ils ont la patate, comme on dit dans le milieu.

Ce ne sont pourtant pas de vraies bêtes de scène ; à l’arpenter en long, en large et en travers ; sautant partout. Mais ils dégagent une saine énergie. Leur set, première partie oblige, dure à peine trente minutes. Et je les retrouve dehors, tous en sueur. Accessoirement, je me demande si Thomas n’a pas mal aux cuisses à force de tenir la position d’un gratteux métaleux. Je gage que lorsqu’ils se sont formés, à quinze piges, avec l’absence d’inhibition qui caractérise la jeunesse, c’était encore pire.

Bref, ces mômes torchent leurs propres compositions, dans un style qui m’évoquent les heures de gloire du punk rock français : entre OTH, les $hérifs, les Rats… Cette école marquée par le fait de savoir jouer, poser des mélodies accrocheuses, des tempos qui cognent bien. Dommage que le public méconnaisse tant que ça les joies du pogo, je m’en serais bien tapé un hier soir. Le son des Bleeding Pigs est de ceux qui libèrent l’énergie. Un peu aussi comme les combos punks ricains de la côte Ouest, avec cette touche mélodieuse (je me répète, mais c’est voulu) qui évoque à l’ami Arthurfontel, qui m’accompagne dans cette équipée, les meilleures heures de Offspring (true story).

Avec tout ça, assez tôt, le trio du Sud Essonne va commencer à écumer les scènes. Rien qu’en région parisienne, ils dépassent les 100 concerts entre squats, bars, petites salles, lieux éphémères autant qu’alternatifs. Ils vont aussi partir en Province où ils vont côtoyer mon ami Raf d’Attentat Sonore, Raf avec qui nous avons créé en 1989 la première émission de punk, hardcore et redskin (ma touche à moi) de Limoges : Panik sur la bien nommée Radio Trouble Fête. Accessoirement, avec Raf et les potes de fac de l’époque, on a aussi monté un SCALP (pour celles et ceux qui ont l’âge de se souvenir de ces temps héroïques). Voilà qui boucle ma boucle perso d’une époque qui voyait tout juste naître les futurs membres de Bleeding Pigs.

C’est que les trois mômes ont donc rallié, sans forcément s’en rendre compte, la part consciente de la scène punk française. Do It Yourself et absence d’enjeux commerciaux. Leur album, Dionaea Muscipula (nom latin de la plante carnivore la plus répandue sur la planête), est en copyleft et précise : « Ne pas dépenser plus de six euros pour l’achat de ce disque ». L’autoproduction, si elle ne met pas suffisamment en relief la richesse musicale et les textures des voix (notamment quand les choeurs créent l’harmonie) est de belle facture quand on sait que l’ensemble a été enregistré à la maison. Les textes y sont engagés, « comme on l’est en première », précise Thomas sans trop se prendre au sérieux. Y apparaissent néanmoins des préoccupations que je retrouve aujourd’hui chez mon camarade futur urbaniste : la ville, l’écologie, le refus de la marchandisation du monde… Et l’emprisonnement, aussi, celui que l’on peut ressentir lorsque l’on a dix-sept ans, qu’on est pas sérieux, qu’on se sent cloîtré dans sa province ou sa grande banlieue de résidence. C’est chanté gentiment mais, à leur âge, c’était déjà faire preuve d’un engagement que l’on retrouve finalement bien peu dans les productions musicales actuelles.

Voilà donc, la nécro des Bleeding Pigs qui fleure aussi bon la nécro de ma propre fin d’adolescence. Ne serait-ce que pour m’avoir permis de m’y replonger avec délice et sans nostalgie, merci les gars. Et à bientôt d’entendre vos nouveaux projets.

Cadeau de Thomas : téléchargez l’album des Bleedings Pigs « Dionaea Muscipula » en mp3 (encodage 192 kb/s).

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Bonus vidéo : Bleeding Pigs « Il n’y a plus rien (live @ la Miroiterie) »


Ian Brossat, un nouveau député à la Goutte d’or

Malgré l’épuisement, il a le sourire franc et, comme souvent avec lui, un brin charmeur. Mais ne vous y trompez pas : Ian Brossat est un homme droit et qui va de l’avant. Son propos est clair : donner un nouveau député à cette 17e circonscription de Paris. Le sortant est prévenu : le député-maire ancien ministre Daniel Vaillant, que l’on croise à de (bien rares) occasions pourrait bientôt prendre sa retraite. Ian a une carte dans sa manche : un Front de Gauche uni, combatif et assez exemplaire de ce que nous cherchons à créer. Ce mercredi matin, en attendant Mélenchon pour un arpentage dans le quartier populaire de la Goutte d’or (le mien !), le président du groupe Front de gauche au conseil de Paris répond à toutes les sollicitations.

Il y a peu, il m’a chargé d’un message de soutien aux amis de l’Altergouvernement qui construisaient la gratuité dans l’arrondissement dont il est élu. A ma volonté de respecter l’état d’avancée de son parti sur la question, il me renvoie gentiment non à mes chères et lointaines études mais à sa profession de foi. Il s’engage à présenter une proposition de loi rendant gratuits les premiers mètres cubes d’eau et les premiers kilowatts/heure d’électricité « indispensable à la vie ». Dans la colonne « engagements précis », je peux cocher.

A cocher aussi, la case « je combats le patronat pas qu’en paroles ». Les ascensoristes s’en souviennent, qui l’ont vu plus souvent qu’à leur tour. J’imagine sans peine qu’avec sa silhouette frêle et ses 32 ans à peine sonnés, Ian Brossat ne les a guère intimidés de prime abord. Mais, aujourd’hui, même ce vieux renard de Bertrand Delanoë a appris à se méfier du conseiller de Paris. Il n’y a guère que les « petits », les « sans grade », les « sans voix » nombreux dans la circonscription la plus populaire de Paris qui n’ont rien à craindre de Ian Brossat. Pour tenter d’aider celles et ceux qui ont besoin, j’ai eu à éprouver qu’il était capable de me solliciter un dimanche en début de soirée. En passant, le garçon est homme de parole et efficace. Le panneau JCDecaux qui rendait la traversée au droit du boulevard de la Chapelle a disparu depuis son intervention…

C’est ce Ian Brossat là donc qui reçoit, la bise chaleureuse, Jean-Luc ce mercredi matin au métro Marcadet-Poissonnières. Il a rameuté Marie-Pierre Toubhans, candidate dans la circonscription voisine et laisse bien volontiers sa suppléante, Danièle Obono, devant les caméras. Quand on rassemble à gauche, il y a de la place pour tout le monde. Et Ian a chevillé au corps que le Front de Gauche est la clé pour battre la social-démocratie dans un débat franc et ouvert devant le peuple de gauche. Dans cette circonscription, à cheval entre les 18e et 19e arrondissements de Paris, les gauches obtiennent des scores qui n’ont de comparaison que dans ma Seine-Saint-Denis. Mais il est loin le temps où Vaillant pouvait rêver se faire élire au premier tour. Dans la confrontation d’idées – et d’actes -, le parti dit « sérieux » perd du terrain.

La faute aussi à cette jeunesse, pas seulement celle de Ian. Je pense à Arnaud, croisé ce matin, qui a rejoint le Front de Gauche de son quartier de Crimée dès la première assemblée citoyenne. Le jeune homme prépare son concours de professeur des écoles et dégage du temps pour les campagnes : présidentielle puis législative. Au début, il avoue : « J’étais un des deux jeunes de l’assemblée. Puis, on s’est fait notre place. Danièle (Obono – NDLR) nous a permis de trouver nos marques. » Arnaud suit donc le cortège formé par les militants, mais surtout les habitants de la Goutte d’or. La venue de Mélenchon avec Brossat et Toubhans, c’est l’événement dans un quartier finalement assez relégué des politiques municipales. Pour y avoir été, le Centre des cultures d’Islam, dans la rue Léon, c’est très chouette. Mais ils sont rares les habitants des rues voisines à y pénétrer.

Là, ils ont un ancien candidat à la présidentielle, deux candidats aux législatives dont un de leurs élus d’arrondissement. Et ça cause, et ça échange. On est au centre des mondes et la chaleur est au rendez-vous. L’élève de l’Ecole normale supérieure, le prof agrégé de lettres, n’y trouve à redire. Et sert volontiers de guide à Mélenchon dans ce dédale de rues populeuses, chamarrées, où toutes les senteurs d’épices, de fruits, de légumes, les parfums de femme se mélangent. Les poignées de main se succèdent entrecoupées de discussions passionnées. Cette Goutte d’or là, c’est un peu la Méditerranée, cette mer nourricière qui a rassemblé les peuples d’Europe et d’Afrique, avant que la folie des Hommes n’en fassent la frontière que Jean-Luc, Ian, moi et d’autres voulons abattre. Nous passons de la rue Léon à la rue Myrrha, du square Léon à la place de la Goutte d’Or.

La petite troupe ne cesse de s’arrêter. Il faut répondre à tout un chacun. L’exercice est épuisant, peut être, pour les candidats. Mais il donne une énergie folle aux amis du Front de Gauche. Au vu de l’accueil, c’est possible : la 17e circonscription et la Goutte d’or pourraient bien avoir un nouveau député le 17 juin.

17e circonscription de Paris : à cheval sur les 18e et 19e arrondissements.
Score de Jean-Luc Mélenchon : 15,3 %

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Bonus vidéo : Kylie Minogue « Get Outta My Way »


The Rapture @ Olympia Paris, 2012 april 26th – live report

Ce jeudi 26 avril, j’en ai plein les pattes. Mes genoux me font un mal de chien, j’ai le dos en vrac et mon humeur ferait d’un chat mouillé un modèle de compagnon. Ça s’appelle la vie. Dans ma poche, j’ai le ticket : The Rapture, à l’Olympia s’il vous plaît. Alors, je me force, je me traine, j’y vais. Advienne que pourra.

Je passe sur Citizens !, première partie correcte que j’écoute d’une oreille distraite. Je suis encore trop dans ma journée pour leur prêter l’attention qu’ils méritent. Y aura séance de rattrapage le 7 juin au Point éphémère. Si je suis dans la salle, tout de même, la grande majorité du public, elle, est agglutinée autour du bar, sur les escaliers devant les portes pourtant ouvertes. Ça sent bon la réunion de fans des Rapture. Le combo new yorkais est chiche de ses apparitions, ceci explique sûrement cela. Pourtant, ce sont tout sauf des nouveaux venus. Le premier de leurs quatre albums parus à ce jour, Mirror, est sorti en 1998. Mais c’est bien Echoes¸ en 2003, qui va les faire exploser. Et me les faire connaître, de mémoire grâce à la radio Le Mouv dont on ne dira jamais assez de bien.

21h14. Les premiers accords de In The Grace Of Your Love¸ titre phare de l’album support à cette tournée, explosent dans une Olympia comble. Le public frappe dans les mains, chante les refrains. La communion est immédiate. Il n’y a pas – il n’y aura jamais – de temps morts. La basse, séminale, bourdonne son rythme funk par-dessus une batterie énorme. Si vous ne le savez pas encore, The Rapture c’est en quelque sorte l’enfant prodige né de l’union entre Talking Heads, Gang Of Four et Coldcut. Rien moins. Au début donc était la basse, jouée en slap pour les connaisseurs. Impressionnante de maîtrise et de groove. The Rapture c’est d’abord ce putain de groove qui te tape dans le ventre avant de – lentement – descendre le long de ta colonne vertébrale pour faire bouger ton cul.

Ce qu’il m’arrive au quatrième titre : Gonna Get Myself Into It. Entre funk froid et punk black, plus moyen de résister. C’est bon. Les rythmiques sont dantesques. La salle en fusion. Pas rien d’arriver à faire danser sur ses riffs de guitare qui se font autant des stries déchirant un ensemble de nappes et de beats enveloppant. Mais ça marche, bordel ! Encore plus quand le funk des années 80 et ses claviers solaires repartent à l’assaut. Une à une, les derrières barrières tombent. Les quatre Rapture nous entraînent dans leur sillage, rien ne vient détourner l’attention. Le jeu de scène est minimaliste ; le décor absent, à peine quelques roses vaguement blanches projetées sur le rideau noir. Laisse la musique s’emparer de toi. Plonge dedans comme je le fais.

Il n’y a plus dans le public qu’une masse unie sur House Of Jealous Lovers agressif avec sa guitare glacée sur une basse – toujours elle – plus bourdonnante que jamais. Ses boucles lancées, le clavier se concentre sur ses percussions qui aèrent l’un des tubes du quatuor. Sur le dancefloor qu’est devenu l’Olympia, nous sommes retournés. Même les petites pépètes en tenue recherchée se déhanchent sans plus faire attention aux regards qui se posent sur elles au hasard des mouvements de tête.

Et là, c’est mon moment à moi ami lecteur. Celui auquel je pourrais volontiers consacrer une note de blog entière. C’est Olio. Normalement, je pourrais aussi me contenter de dire ça et tu aurais compris. Je ne vais pas me priver de mon plaisir. Dès les premières notes de synthé, on a compris. Ça va être puissant. Ce sera tout en boucles, nappes, touches électroniques. Le chant est devenu plus encore un son parmi d’autres, en harmonie avec ses scansions électroniques entêtantes. Nous sommes au cœur de la transe. La basse électronique est à la limite de la rupture pendant des stridences donnent des accents mélancoliques à l’ensemble. Olio s’étire, le chanteur se barre en coulisses¸ les claviers et boîtes à rythmes achèvent le rituel chamanique. Je peux mourir. Mais, les New-Yorkais ne veulent pas ! Ca enchaîne cash avec Children, espèce de faux tango porté par des claviers accordéons. Hystérie merveilleuse dans et devant la scène.

Encore deux titres et le tubesque Echoes, hymne par essence de The Rapture, vient clore la premier chapitre de ce concert. Cinq minutes plus tard, le rappel. How Deep Is Your Love est joyeusement déconstruit, réarrangé en direct, avec ce saxo saturé à l’extrême qui déchire la base superbement dance donnée au titre. La bande des quatre martèle ses rythmes, concasse les boucles, fait vrombir la basse. Le public n’en peut plus de bouger en tous sens, hurlant les refrains à l’unisson. C’est juste énorme.

Et c’est juste la fin. Goût de pas assez dans la bouche. Mais j’ai retrouvé le sourire.

Le site web de The Rapture

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Bonus vidéo : The Rapture « Miss You » (live @ l’Olympia, Paris, 26 avril 2012