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PSA ou la collaboration de casse

C’était hier matin, à Bercy. Le ministère de la régression improductive recevait le gratin de la presse pour présenter le rapport commis sur la situation de PSA par l’expert dit « indépendant » Emmanuel Sartorius. Le dit rapport valide « la fermeture d’une ligne de production » sans trancher véritablement entre Madrid et Aulnay-sous-Bois. Il va un peu plus loin même : « Le plan de restructuration n’est malheureusement pas contestable ». La messe est dite, donc, et Pierre Moscovici n’a pas à regretter d’avoir assisté aux libations organisées par PSA pour le centenaire de l’usine de Sochaux.

Oh bien sûr ! On pourra regretter que l’ingénieur des Mines Sartorius « n’a pas réalisé d’audit financier spécifique du groupe PSA » ou encore qu’elle « n’a pas eu accès à d’autres informations que celles qui sont publiques » (sic). De toutes les façons, comme les appels au « patriotisme industriel » n’ont pour vocation que de calmer le populo, à quoi bon faire un travail sérieux ? Je comprends fort bien, dans ce cadre, le coup de colère de mon ami Rock n’ Rouge sur son blog. Et j’en profite pour le rassurer : oui, le Front de Gauche continuera à faire ce qu’il a à faire sur cette triste affaire.

Parce que c’est juste un scandale que ce projet de fermeture du site PSA d’Aulnay, comme l’est le projet de suppression de 10 000 emplois au sein du groupe. Je l’écrivais dès février 2012, ce dossier est exemplaire de la manière dont se comporte le capitalisme aujourd’hui. Le rapport Sartorius pointe, pour faire bonne mesure, des erreurs de gestion voire des « erreurs de stratégie ». La première d’entre-elles serait le maintien d’une surcapacité de production. « Les raisons conjoncturelles tiennent d’abord à la dépendance de PSA au marché européen (58 %de ses ventes). Ce marché est la seule zone du monde où la tendance à long terme est au mieux à la stabilité des immatriculations ». Comme le souligne l’Huma d’aujourd’hui, le rapport ne pose pas une seule question sur la responsabilité des politiques austéritaires qui dézinguent le pouvoir d’achat dans cette situation. Mais passons…

Il y a quand même un point magistral chez Sartorius. Il relève en effet qu’en avril 2011, il est décidé de verser 450 millions d’euros aux actionnaires sous forme de dividendes ou de rachat d’actions. « (Cette décision) a privé le groupe de ressources financières commensurables aux plans d’économie que PSA a du mettre en œuvre fin 2011 et 2012. » Pour faire bon poids, en 12 ans, ce sont 6 milliards (!) d’euros qui ont été distribués sous une forme ou une autre aux actionnaires. Faut-il voir là un début d’explication à ce que me glisse un salarié de PSA Aulnay au téléphone ? Selon lui, le projet de fermeture du site d’Aulnay remonte à 2005. Je pense que nous aurons bientôt l’occasion d’étayer cette hypothèse par quelques preuves concrètes. Sur le site du Front de Gauche en Goële, on peut lire déjà : « Ceci c’est confirmé en mai 2008 avec la destruction de la chaine de production montage1, PSA justifiait  la suppression de la moitié des chaines de montage pour des raisons de compactage, optimisation de l’outil industriel, libération de surface non exploitable et bien sûr d’une surproduction de l’outil industriel en bref toujours le même type de discours. »

Donc, en douze ans, six milliards ont quitté la sphère de l’investissement et des salaires des ouvriers pour aller engraisser les actionnaires de PSA. C’est bien ça l’essentiel. Ça fait juste 500 millions d’euros par an, notez bien. Une paille. J’ai raté ma vie et je n’aurai pas de rolex. Mais, désolé, je n’ai pas assez de tunes pour acheter des actions PSA. Trêve de plaisanterie. J’attends avec impatience le contre-rapport commandé par le Comité central d’entreprise annoncé pour fin novembre. J’espère que celui-là ne se sera pas contenté des informations publiques. Et qu’il ne suivra pas la ligne politique du gouvernement.

C’est drôle quand même de voir comment Montebourg a tourné sa veste. Début juillet, il pérorait avec véhémence contre la famille Peugeot, responsable de tous les maux. Depuis, c’est contre les syndicalistes « irresponsables » (en substance) qu’il vitupère. De la collaboration de casse à la collaboration de classe, il n’y a qu’un pas. Qu’il a franchi. De son côté, le résident de la République, ou le squatteur de l’Elysée comme vous voulez, se propose de « réduire l’ampleur des suppressions d’emploi ». Merci, c’est gentil. Rien que pour le bassin d’emploi d’Aulnay, on touche les 10 000 familles. La réduction c’est combien ? 234 ? Oh, j’entends d’ici les cris d’orfraie des « camarades » du parti « dit sérieux » : « Et vous ? Bande de révolutionnaires en salon, qu’avez-vous à proposer ? Vous hurlez avec les loups ! Vous faites le jeu de la droite mais vous ne proposez rien ! » Blah. Blah. Blah.

Mais que si ! Les syndicats ont déjà fait des propositions de revenir sur la recherche et le développement, de s’orienter vers la production de véhicules « verts » ou, à tout le moins, hybrides répondant et aux besoins du marché et aux impératifs environnementaux si bien défendus au gouvernement par… personne (désolé, j’ai cherché mais pas trouvé). Donc, je reprends ma phrase : répondant aux impératifs environnementaux si bien défendus en dehors du gouvernement par le Front de Gauche. Allez… J’aurai – malheureusement – l’occasion d’y revenir bientôt.

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PSA Aulnay : où sont les « irresponsables » ?

A Aulnay-sous-Bois, du côté de l’usine PSA, c’est la rentrée aujourd’hui. Après des congés et une semaine de chômage technique. Vous avez pu suivre, ici et , que le site est bel et bien menacé de fermeture en 2014, condamnant les salariés de PSA, ceux de la sous-traitance et leurs familles. C’est dans ce climat que les PSA ont repris le chemin de leur boîte ce 4 septembre au matin, pendant que leurs bambins prenaient, eux, la direction de l’école.

J’ai suivi, sur les chaînes d’absence d’info, cette reprise. J’ai écouté le camarade Jean-Pierre Mercier, délégué CGT, expliquer les mesures prises par la direction : renforcement des équipes de vigiles, « sécurisation » d’un bâtiment pour éviter les éventuelles séquestrations de cadres, directives pour faire considérer tout dépassement du temps de pause ou toute discussion hors des temps prévus pour comme du « temps de grève ». Un arsenal préventif aux relents… que vous voudrez bien qualifier de vous-mêmes. Et qui a bien dû coûter quelques centaines de milliers d’euros. Mais, c’est bien évidemment d’une réaction violente des syndicalistes que le pouvoir en place tient à prévenir le bon téléspectateur.

Dans cette mission, l’inénarrable Arnaud Montebourg, déjà étrillé dans ces colonnes, justifie pleinement le mal que j’en dis en appelant les syndicats à « faire preuve de responsabilité économique ». Pour être sûr de se bien faire comprendre, il en a rajouté : « Les syndicats doivent penser à tous ceux qui restent, les 100 000 salariés de Peugeot ». Ce sont bien évidemment les syndicalistes qui envisagent de délocaliser leur outil de travail au motif que les bénéfices de PSA sont orientés à la baisse par rapport à l’exercice précédent. Ce sont bien évidemment les syndicalistes qui condamnent dix milles (!) personnes au chômage dans un département qui a déjà connu plus que son comptant de plans de licenciements. Putain, Arnaud ! La décence, ça te dérange à ce point-là ? A tout le moins, il est en cohérence avec les courbettes qu’il a prodiguées au lobby ultra-minoritaire mais patronal appelé le MEDEF.

N’attendant rien de Montebourg, j’escomptais questionner Moscovici, son supérieur du Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie avec lequel, parmi d’autres blogueurs, j’avais rendez-vous hier soir. J’ai en mémoire quelques chiffres. PSA n’a réalisé que 588 millions d’euros de bénéfices mais va dépenser un milliard d’euros (!) pour fermer Aulnay. D’un autre côté, le Crédit Immobilier de France, la banque bien connue (si, si, cherchez bien) se voit offrir la garantie de l’Etat à hauteur de 20 milliards d’euros. On peut donc impunément saigner l’industrie automobile française, mettre à mort 10 000 personnes, tant que les banques sont sauvées. A cette question, Moscovici ne répondra pas. Une urgence l’a contraint à annuler notre rendez-vous collectif. Je ne lui en tiens pas grief, le seul souci reste que ma liste de question s’allonge de jour en jour.

Pour en revenir à la situation de PSA, qui est accessoirement en délicatesse avec le fisc espagnol, les résultats se seraient aggravés depuis la publication des chiffres pour 2011. On parle de 800 millions d’euros de perte. Soit. Là, effectivement, on peut parler de problème économique. On peut aussi se rappeler que les propositions des organisations syndicales, ces « irresponsables » (sous entendu de Montebourg), visant à réorienter la production en direction de modèles écologiques, ou hybrides à tout le moins, sont toujours restées lettre morte. Plutôt que d’investir pour faire évoluer sa gamme, en tenant compte des aspirations citoyennes à des véhicules plus respectueux de l’environnement, PSA a préféré rester campé sur la production de voitures à moteur diesel et n’a cherché la diversification que dans les marchés émergents où le groupe a construit des usines.

Bienvenue dans le merveilleux monde du capitalisme. Là où l’être humain n’est qu’une variable d’ajustement comme tant d’autres. La rentrée des amis de PSA me laisse un goût amer. L’inanité des discours gouvernementaux me laisse sans voix, bien que sans surprise. Pour chacun d’entre-nous, l’heure est au choix : se mobiliser aux côtés des salariés d’Aulnay ou renoncer, comme l’a déjà fait le parti « dit sérieux ».

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PSA : un milliard pour fermer Aulnay, les salariés paient encore l’addition

Le communiqué que nous avons écrit pour le Parti de Gauche de Seine-Saint-Denis

 

Comme nous l’avons dénoncé depuis le mois de février 2012, le groupe PSA vient de confirmer son « plan de restructuration » d’un montant d’un milliard d’euros. Ce plan entérine la fermeture du site PSA d’Aulnay-sous-Bois, condamnant ses 3 300 salariés directs et les quelque 7 000 travaillant dans la sous-traitance. Au total, ce sont 10 000 emplois que le groupe va supprimer dans le monde.

Le groupe, qui rassemble les constructeurs automobiles Citroën et Peugeot, a certes vu ses bénéfices diminuer de 48 % entre 2010 et 2011, pour un bénéfice net final de 588 millions d’euros. PSA utilise la baisse de rendement pour les actionnaires pour justifier un plan d’austérité de 800 millions d’euros en octobre 2011, revalorisé à un milliard d’économie en ce début d’année 2012.

Mais de quoi parlons-nous ? Est-ce que PSA perd de l’argent ? Non, il gagne 588 millions d’euros après impôts ! Ce n’est pas rien, tout de même. Voici quelques autres chiffres émanant de la direction, qui témoignent de la bonne santé de PSA :

· Record historique du chiffre d’affaire : près de 60 milliards avec une progression de 6,9 % ;

· Bénéfice net positif à + 588 millions ;

· Résultat opérationnel à 1,3 milliard.

Ceci alors que nous sommes en période de crise, c’est connu. Ce faisant, PSA, désormais allié du groupe américain General Motors, s’inscrit dans la logique capitaliste : détruire l’emploi pour accroître ses bénéfices boursiers. Certes le marché automobile s’est contracté en Europe. La généralisation des politiques d’austérité qui cassent le pouvoir d’achat et l’emploi sont les premières responsables de cette situation.

Pour autant, PSA ne diminuera pas ses capacités de production. Au contraire, il les délocalisera dans des pays où la « marchandise humaine » coûte moins cher, où les normes environnementales sont moins drastiques. Qu’importe si, pour faire revenir la production dans les pays où elle peut être « consommée », il faut encore aggraver notre empreinte carbone. Il faut juste se rappeler que, sur un modèle courant de berline, le « coût du travail », sans mis en avant par le MEDEF et sa courroie de transmission politique l’UMP, ne représente qu’entre 15 et 18 %.

Le Parti de Gauche de Seine-Saint-Denis, comme il l’a fait à plusieurs reprises depuis la première fuite sur ce plan de liquidation, était encore aux côtés des salariés d’Aulnay-sous-Bois ce jeudi 12 juillet, à l’issue du comité central d’entreprises.

Ils sont rappelé notre revendication de longue date : une planification écologique permettrait d’envisager très sérieusement la construction de modèles respectueux de l’environnement. Il est possible de s’orienter dès maintenant dans ce sens pourvu que la direction le veuille. Pour cela, elle doit activer son centre de recherche et proposer pour Aulnay la fabrication d’une nouvelle voiture répondant aux exigences de l’époque.

Enfin, le Parti de gauche réclame une loi d’urgence proclamant un droit de véto des représentants syndicaux dans les Comités d’entreprise et l’interdiction immédiate des licenciements boursiers soit votée le plus vite possible.

Le Parti de Gauche Seine-Saint-Denis

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Bonus vidéo : Buzzcocks « Fast Cars »