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Retour sur la raclée du FN en Seine-Saint-Denis

Il y a eu de bonnes nouvelles dans cette campagne présidentielle. D’abord, oui, on a viré Nicolas le petit. Le geste de salubrité publique a été fait, et nous y avons toute notre part. Il y a aussi autre chose que je veux mettre en lumière, maintenant que j’ai un tout petit peu de temps. Le Front national, qui avait misé gros dans ce département, a essuyé un sacré revers en Seine-Saint-Denis. Certes, la millionnaire de Montretout y obtient 72 335 voix et 13,55 % des suffrages, ce qui est déjà beaucoup. Mais, comparons avec 2002 : l’extrême-droite avait alors obtenu 80 106 voix et 20,41 % des votes. J’ajoute les voix de Bruno Mégret à celles de Jean-Marie Le Pen. Personne n’y verra d’inconvénients, j’espère.

Avant ce scrutin majeur, le Front national n’avait pas masqué ses ambitions. Le parti de la famille Le Pen s’appuyait sur un score moyen de 17 % aux élections cantonales de 2011 pour justifier ses rêves d’arriver en seconde position. Je vais citer le responsable du FNJ dans mon département, Laurent Gervais :

« Le 93 est un laboratoire pour le FN. Il y a tous les terreaux qui peuvent être favorables à notre électorat : forte délinquance, islamisme, misère sociale… Depuis un an, on s’est mis au travail dans le département, il peut donner des résultats importants. Avec une équipe solide, je pense même que le 93 peut devenir la première fédération. »

Diviser, mentir, faire haïr : le vrai visage du F-Haine

Par ailleurs, les responsables frontistes voulaient faire croire que de plus en plus d’habitants « se disent séduits par le discours populiste de Marine Le Pen », sa dénonciation des riches et du « système ». « Sur le terrain », Gilles Clavel, animateur départemental du FN, avait annoncé à la presse que « le discours de Marine Le Pen passe de mieux en mieux auprès de ces habitants » dans la mesure où cette dernière serait « très sensible à ce qui se passe dans les banlieues ». Enfin, le FN avait annoncé vouloir jouer la division entre les Séquano-Dyonisiens, jouant la carte des pavillons contre les tours.

Au final, la Seine-Saint-Denis n’a pas cédé aux sirènes de l’extrême-droite. Cette dernière est même en sérieux repli. Si la formation d’extrême-droite se maintient, en apparence, au niveau du score de Le Pen père 2002, avec une progression par rapport aux régionales 2010, c’est essentiellement dû au basculement d’une partie de l’électorat sarkoziste vers la candidate du F-Haine. Les glissements assumés du discours de Nicolas le petit – « rien n’était factice », nous a-t-il rappelé au soir de sa défaite – ont autorisé autant que justifié ces transferts de voix. Le FN obtient d’ailleurs son plus haut score, 19,90 % des voix, à Montfermeil, ville dont le maire UMP, Xavier Lemoine, s’est illustré par des propos très proches de ceux du FN.

Si le Front national maintient quelque ancrage dans mon beau département, c’est essentiellement auprès des classes dites « moyennes » qui craignent de se voir prolétariser : fonctionnaires, agents de maîtrise, petits commerçants, vivant dans les zones pavillonnaires et les centre-villes en cours de mutation. Ce n’est pas nouveau. Mais, même là, l’implantation frontiste marque le pas.

En revanche, les quartiers populaires, que prétendaient représenter l’héritière de Montretout, se sont refusés à la haine. Ces « pauvres », ces abandonnés des politiques libérales ou social-libérales, n’ont pas abdiqué leur dignité. A Montreuil, dans le très quartier populaire de Montreau-Le Morillon, à l’école Daniel-Renoult, la Le Pen arrive en 4e position sans même franchir la barre des 10 %. Il faut savoir que, dans ma ville de cœur, l’extrême-droite disposait d’une élue municipale de 2001 à 2008. Ce constat a amené un ami blogueur à évoquer le « mystère du vote FN en Seine-Saint-Denis ». En guise de début d’explications, je vais livrer ma modeste contribution.

Je pense, en premier lieu, que dans les quartiers populaires, il reste – malgré tout – une vraie vie sociale, appuyée sur un tissu associatif dense, qui permet aux habitants de se côtoyer, de faire des choses ensemble, donc de se connaître. Je continue à dire que, dans la situation de pauvreté extrême dans laquelle sont plongés bon nombre de ces quartiers, la question du pouvoir d’achat et de l’emploi demeure prioritaire par rapport aux enjeux construits artificiellement de religions ou autres préjugés racistes. A contrario, l’isolement propre à la vie en pavillon facilite le repli sur soi et le rejet de l’autre qui en découle.

Enfin, je continue de penser que la campagne du Front de Gauche, qui a fait le pari de l’intelligence, a contribué grandement à redonner à la classe ouvrière sa fierté et sa dignité. En la replaçant au cœur de la vie politique ; en lui rendant son rôle moteur dans le combat de classes hier, aujourd’hui et demain ; en lui redonnant une voie et sa voix, nous avons fait œuvre utile. Une classe qui se retrouve, c’est une classe qui n’a plus peur. C’est là une des raisons fortes de la défaite du F-Haine dans mon département.

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Bonus vidéo : Boikot « No Pasaran »

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Ni blanc, ni nul, un vrai bulletin contre Sarko

Je l’ai écrit plus tôt dans la journée : j’avais, au départ, l’intention de voter Mélenchon au second tour de la présidentielle, si le candidat du parti dit « sérieux » était placé haut dans les sondages. J’ai changé d’avis depuis le soir du premier tour de cette élection. Mon vote est clair et définitif : j’utiliserai le bulletin de vote François Hollande, pour battre Nicolas le petit.

Dessin de Jacques Tardi offert au Front de Gauche

J’ai pris en pleine gueule ce 22 avril au soir. Il y a d’abord eu l’intervention de l’héritière de Montretout ; puis, celle de l’hystérique de Neuilly-sur-Seine. J’avais déjà en tête qu’il fallait que cet agité dégage. Pour tout un tas de raisons déjà évoquées ici : sa vision politique arc-boutée sur la théorie du choc des civilisations ; son engagement à démanteler – pan après pan – le pacte républicain et les outils de protection collective issus du programme du Conseil national de la Résistance ; son credo d’une Europe soumise à la loi des marchés. Rien n’a changé en la matière.

A l’évidence, comme je l’ai écrit aussi, le candidat du parti dit « sérieux » ne diffère guère sur le dernier point. Hollande, et son parti, ont montré qu’entre Papandréou et Theodorakis, ils ont choisi. Les choses sont claires de ce point de vue là. Je ne retire pas un mot, ne déplace pas une virgule, des critiques claires que j’ai émises à l’encontre de ceux-là. Initialement, je me réservai le droit de voter pour eux au second tour de la présidentielle en cas de duel serré… Une seule pensée m’animait : le sort de celles et ceux qui n’ont aucun moyen de se défendre légalement : roms et « sans papiers ». Ces deux groupes ont été victimes d’une traque sans merci pendant plus de cinq ans. Pour avoir vécu dans les hauts de Belleville pendant 3 ans, j’ai encore en tête les traques de Chinois clandestins se terminant en véritables rafles. Militant à Montreuil, je n’ignore rien des responsabilités de Sarko dans la situation dramatique infligée aux ressortissants européens que sont les Roms, privés du droit d’accéder à l’emploi et aux prestations sociales sur notre territoire.

Aujourd’hui pourtant, Hollande est donné à 53,5 % des intentions de vote et je vais, quand même, voter pour lui. Si vous m’accordez un tant soit peu de crédit, je vous invite à faire de même. Pour une raison simple. La droite est passée dans une nouvelle dimension qui l’ amène à reprendre à son compte, de manière consciente et assumée, les thèses de l’extrême-droite. Ce qui est en jeu, c’est donc plus qu’une question d’allégeance aux marchés, c’est un choix de société.

Si l’on résume en peu de mots, durant ces présidentielles, les électeurs avaient le choix entre gagner plus d’argent et virer les Arabes. Nicolas le petit et l’héritière de Montretout ont choisi d’apporter la même proposition de réponse : « moins de bougnoules ». Il n’y a plus de différences de programme entre les deux qu’à la marge. Ils se reconnaissent dans une idéologie qui n’a pour moteur que la haine de l’autre, la division des Français, l’asservissement de la classe ouvrière à la finance mondialisée. Dans un scénario à l’italienne, la droite n’a désormais pour seule préoccupation que de savoir qui de Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen détiendra le leadership sur son camp.

Assurément, voter Hollande ne suffira pas à les renvoyer aux oubliettes de l’histoire. Le Front de Gauche a pour vocation de terrasser la bête immonde en éradiquant ses raisons d’être :

  • fin de la concurrence libre et non faussée entre les travailleurs d’ici et d’ailleurs ;

  • Refus des diktats de l’Europe libérale mais construction d’une Europe des peuples et des citoyens ;

  • Reprendre au capital les 10 points de richesses produites en France que la finance a volé au monde du travail.

C’est pour cela que je ferai campagne aux élections législatives avec mes amis Gabriel Amard, Jean-Pierre Brard, Bruno Bellegarde, Riva Gherchanoc et Laetitia Suchecki entre autres. Mais d’ici là, en attendant de nous donner les moyens politiques d’en finir avec les tenants de la contre-révolution, il faut juste réaffirmer un choix de société. Un engagement ferme en faveur de la République et de son triptyque : Liberté, Egalité, Fraternité. Ce choix de société, qui est le mien, m’amène à prendre le bulletin François Hollande, sans illusion mais sans état d’âme, pour battre les tenants du néo-conservatisme à la française. Mon vote ne sera pas un choix politique, mais un choix de valeurs.

Bonus militant : Face à la droite extrême, faire front à gauche le tract d’entre deux tours de Gabriel Amard.

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Bonus vidéo : Sérum « Le Choix »


La fête aurait dû être belle. Mais…

Ce lundi 23 avril au matin, comme l’a tweeté mon ami Alexandre Tuaillon (tout animateur clé de la campagne de Hollande sur Montreuil qu’il soit), je me réveille avec la gueule de bois bien que je me sois couché à jeun. Pourtant, hier soir, lorsque les résultats du premier tour de l’élection présidentielles sont tombés, nous avions tout pour faire la fête. Avec plus de 11 %, le Front de Gauche créait l’événement politique. Ce n’est aucunement de la méthode Couet de le dire.

Revenons en arrière, en juin 2011, lorsque nos camarades du PCF ont voté en faveur de Jean-Luc Mélenchon comme candidat du Front de Gauche. A l’époque, un score à deux chiffres constituait un objectif en soi, ne l’oublions pas. Nous savions d’où nous venions. Notre gauche avait été bien mise à mal, ses divisions l’atomisaient en multiples groupuscules aux antagonismes souvent violents. Nos paroles, bien que souvent convergentes, en devenaient inaudibles. Les ouvriers, les militants syndicaux, les jeunes, celles et ceux qui avaient cru en la dynamique unitaire des collectifs antilibéraux pendant et après le référendum sur le traité constitutionnel européen… ne nous entendaient plus, entre déception et méfiance. La création du Front de Gauche entre 2008 et 2009 a commencé à dessiner la perspective.

Nous avons réussi à la rendre crédible en faisant des pas les uns vers les autres. Nous avons travaillé ; expliqué notre démarche ; fait de la pédagogie sur le contexte économique social et politique ; élaboré notre programme et l’avons enrichi encore avec nos assemblées citoyennes. Notre campagne des présidentielles a permis de donner une caisse de résonance sans commune mesure à nos propositions et à nos analyses. Souvenons-nous, comme le fait François Delapierre, directeur de campagne de Jean-Luc :

« Nous avons connu une progression fulgurante. Nous sommes la force politique qui a démarré à 3 % dans les sondages et avait fait 6 % aux régionales pour finalement faire le double au premier tour de la présidentielle. Nous sommes la force ascendante. »

Dita Von Teese au meeting de la porte de Versailles (private joke)

Nous avons remis le peuple au cœur de l’agenda politique. Nous avons imposé nos idées dans le débat, au point que plus d’une a été reprise par les candidats de l’ordre établi. Chacun de nos meetings a été une réussite que la plupart nous envie. Nous n’avons pas à rougir : nous avons vraiment fait la meilleure campagne. Et ce lendemain de scrutin, la plupart des observateurs concèdent que le score du Front de Gauche est bien plus qu’honorable. Dans le champ d’une gauche autrefois atomisée, il constitue une sacrée surprise. Clémentine Autain ne dit pas autre chose :

« On avait des projections très audacieuses dans ce qu’on espérait. L’enthousiasme autour de notre campagne et l’affluence dans les meetings nous ont fait rêver à des scores qui ne correspondent pas encore à la réalité du pays… Mais il y a huit mois, on aurait signé pour un score à deux chiffres ! Au début de la campagne, on jouait la survie d’une gauche radicale en France. Passer la barre des 10 %, c’est une première depuis longtemps pour la gauche de transformation sociale et écologique rassemblée. »

Cette dynamique ouvre un nouveau champ des possibles pour construire l’avenir de ce pays. Il nous reste le 6 mai, pour battre la droite ; les 10 et 17 juin pour imposer le Front de Gauche comme la force de l’alternative en France. Décidément, oui ! Tout était réuni pour que nous fassions une fête à tout casser dimanche soir. Mais, cette fête, nous sommes nombreux à ne pas l’avoir faite.

Malgré ce que nous en disions, nous avons été nombreux à croire – avec toute l’irrationalité que porte ce terme – dans les sondages qui nous donnaient hauts et parfois (dans le fond, ils n’ont pas été si nombreux bien que nous les ayons mis en avant) devant le F-Haine. C’était enthousiasmant de se lire à 15 % et cela confortait ce que nous vivions sur le terrain, à notre échelle individuelle. Nous avons bien volontiers oublié que nous ne sommes pas présents partout et pas toujours avec la même énergie. Alors, nous avons envoyé nos belles analyses sur le caractère biaisé des enquêtes d’opinion, leur vacuité encore prouvée, pour y voir des prophéties auxquelles nous avons donné caractère autoréalisateur. Moi même j’ai cédé à cette tentation.

Nous avons aussi pris en pleine gueule le score de l’héritière de Montretout. Parce que nous sommes ainsi, que nous n’avons pas le nombrilisme politique qui nous amènerait à focaliser sur notre propre petite personne, nous avons été abasourdis par ces 20 % puis ces 18 %, pour finir autour de 17 % offerts par Sarkozy à la candidate de la haine et du renoncement. En toute conscience, dans une stratégie au cynisme assumé, Nicolas le petit a fait la campagne de Marine Le Pen. Nous avons donc été dans l’impossibilité d’afficher le sourire de ceux qui sont contents d’eux-mêmes parce que les résultats confortent une position qu’ils n’osaient espérer il y a quelques mois encore.

Dans le fond, je trouve cette « gueule de bois » salutaire. Elle prouve que nous ne faisons pas de la politique comme les autres avec le nez rivé sur nos petits intérêts partidaires mais bien avec la vision globale du monde tel qu’il va ou ne va pas. Dès ce soir, nous repartirons donc sur le terrain, sur les marchés, à la porte des entreprises, avec notre verbe et notre conscience. Nous serons à l’avant-garde du combat face à l’alliance de facto entre l’UMP et le F-Haine. Pour les battre le 6 mai prochain. Et, peut-être que, finalement, le 17 juin au soir nous pourrons enfin la faire cette fête.

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Bonus vidéo : The Pogues « Fiesta »


Le Front de gauche a les mains libres

C’est ce qu’il y a de bien avec la constance en politique. Pendant des années, nos positions politiques sont restées minoritaires et éparpillées entre divers groupuscules dans ou en marge des partis qui bénéficient de la mansuétude des médias commerciaux. Mais le discours ne variant pas, il commence à être pris en compte par un nombre croissant de citoyens. Puis, un évènement amène l’ensemble de ces groupuscules à se fédérer et, là, les minoritaires créent la surprise en devenant la majorité. C’est ce que nous avons réussi en 2005 avec le Traité constitutionnel européen. A la sortie des meetings du Front de gauche de Vierzon et Limoges, j’ai le sentiment que nous sommes en train de renouveler l’expérience avec, en ligne de mire cette fois, rien moins que la prise de pouvoir. Ce n’est pas là le fruit du hasard, notre stratégie vient de loin.

Dans le Cher, on a approché les 6.500 personnes ; les 10.000 dans la préfecture de la Haute-Vienne. Dans ces deux rassemblements d’éducation populaire politique, nombreux étaient les socialistes, y compris encartés. Pourtant, les baronnets locaux du parti autoproclamé « sérieux » * n’ont ménagé leur peine ni dans l’une ni dans l’autre des villes pour tenter de retenir « leurs » adhérents. A Limoges, ils ont recouvert les affiches de notre meeting en fin de matinée. Il nous aura suffi de quatre camarades et d’une heure pour réparer ce qui ne peut être que le fruit d’une stupidité individuelle. Pour tenter de garder les militants PS à la maison, feu la gauche de ce parti a poussé plus loin : elle a organisé une réunion avec le député emmanuelliste de la Creuse Michel Vergnier. Ca a tant bien fonctionné que je ne compte plus le nombre de personnes que, dans le Zénith, les camarades me signalent comme « encarté PS », « militant PS », quand ce ne sont pas des conseillers municipaux.

La veille à Vierzon, c’est un secrétaire de l’union départementale CFDT qui me demande son chemin pour gagner le parc des expos où  vont parler Jean-Luc Mélenchon et Marie-George Buffet. Ce n’est pas rien non plus tant, entre le TCE et nos positions respectives sur les retraites, les rapports entre le Front de gauche et la centrale dirigée par François Chérèque ne sont pas des plus simples… Au final, notre constance politique, cela fait juste dix ans que nous répétons les mêmes choses en boucle au risque de nous voir comparés à des vieux 33 tours usés autant que mon maxi de Ne ver Let Me Don par Depeche Mode, nous a rendu crédibles et dignes de confiance.

Ce n’est pas rien quand les repères se brouillent. Pardon… quand, syndrome de Fukuyama oblige (« le communisme est mort, le capitalisme a gagné, l’histoire est finie », les idéologues capitalistes et sociaux démocrates s’unissent – sans s’en rendre compte ? – pour brouiller les repères. Nous minorités devenues enfin visibles par l’efficacité du Front de gauche, apparaissons donc comme un point fixe auquel se raccrocher dans la tempête. Et bientôt, nous tiendrons la barre du navire après lui avoir imprimé le cap. Ce que nous faisons déjà entre reprise même tronquée de nos positions, recyclage de notre vocabulaire, référence permenante à nous. Heureusement que nous ne sommes qu’une candidature de diversion, de division, au service de Sarkozy, autre (rayer les mention inutiles).

Bref. Nous sommes le point fixe qui agglomère le rassemblement, j’en parlais encore hier. Nous avons la capacité à l’être en raison de notre cohérence. En 2005, non au TCE ; non au traité de Lisbonne en 2007 ; ni et au Mécanisme européen de stabilité en 2012. Nous avons également refusé  la directive rail ainsi que tous les autres oukases de la pensée inique. En sus du fait de pouvoir nous regarder dans la glace, cette persistance dans la même direction nous permet d’avoir les mains libres pour construire l’alternative. Nous ne sommes tenus par aucun engagement pris de concert par le parti populaire européen et le parti des « sérieux » européens. Le seul engagement qui nous lie les main reste le mandat que nous a confié le peuple. Ah, oui : cela porte le doux nom de démocratie.

Ce qui vaut pour le cadre européen vaut, bien évidemment, pour le reste. Nous allons pourtant devoir faire des compromis, avec nous-mêmes. Comme sur d’autres sujets, il faut prévenir, dire les choses clairement et honnêtement pour que nul ne se sente floué. Ainsi, nous répétons qu’il faut achever dans les urnes le sarkozisme à l’agonie. Quel que soit le cas de figure. C’est une simple mesure de salubrité publique. Nous disons aussi que, vu qu’Hollande ne peut pas nous faire perdre, nous proposerons des postes de ministres au parti « sérieux » ainsi qu’aux verts – sauf à l’amère, évidemment – dans le gouvernement de transition qui travaillera jusqu’à ce que l’assemblée constituante ait mené à bien ses travaux. Cette manière de faire : prévenir, dire ce que l’on va faire, c’est aussi cela qui nous donne les mains libres.

Au final, dans ce Limousin Terre de Gauche, où j’ai commencé à militer de manière organisée, il y a eu les premiers pas d’une méthode. Qui peut aller plus loin encore, vu comment le Front de Gauche est en passe de se dépasser lui même. Sur ce point, je veux juste préciser que ce n’est pas rien ce qu’a fait notre candidat lors du meeting de Limoges. Il a appelé à la création, partout, de comités locaux du Front de Gauche. Mais je lui laisse la parole, citée parLe Populaire du Centre, quand il revient sur la genèse de Limousin Terre de Gauche, qui élargit le socle de base aux camarades du Nouveau Parti Anticapitaliste ès qualité :

« A l’époque, il y avait beaucoup de scepticisme au sein même du front de gauche au niveau national. Moi, j’étais certain que c’était la bonne recette. Christian Audouin a su accepter le verdict de ses camarades sans orgueil obstiné.  Il y avait le risque que les socialistes appliquent la méthode du gros bâton, ce qui est leur façon ordinaire de traiter les autres. Ils ont pensé qu’ils allaient imposer leurs élus. Passer en force, exactement comme aujourd’hui. Ils se sont fracassés. Et c’est ce qui leur pend au nez si j’arrive à réunir les conditions du choix politique à gauche. »

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* Quand même, à quoi pensent les communicants du Parti « sérieux » ? Pour le provincial que je suis et resterai toujours, soit dit en passant le coeur de cible du Batave, « sérieux », ça renvoie à notaire. Et, sérieusement, qui voudrait, Sand y être obligé, confier ses intérêts à un notaire ?

Bonus HADOPI : Ivan Smagghe « Programme Commun Nustalgie (Is Mash)« , courtesy of mes potes de Rizome Corp (c)

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Bonus vidéo : MC5 « Kick Out The Jams »


Présidentielle : mais à quoi donc joue Canal+ ?

C’est parfois difficile de regarder les informations télévisées au réveil, en prenant son petit déjeuner, et de garder son café dans la bouche sans s’étrangler. J’en ai encore fait la difficile expérience ce lundi 26 mars. Ainsi donc, j’en étais à avaler ma deuxième tasse de ce breuvage noir qui a pour vocation de me réveiller lorsque >Itélé annonça avec la grandiloquence qui lui sied que « l’insécurité revient dans la campagne ». On parle évidemment des drames de Toulouse et de Montauban, dont le traitement spectaculaire par les chaînes de télé fait au moins autant débat que l’attitude de la Direction centrale du renseignement intérieur.

Ami-e lecteur-trice, je n’ai pas écrit « tout ce que touche Nicolas Sarkozy fait débat ». Je te vois venir, tu veux que je dise que les grands médias roulent pour le nain de l’Elysée. Mais non !

Revenons à notre affaire. Pour illustrer son propos, que fait la chaîne d’info du groupe Canal+ ? Publie-t-elle un sondage ? Une étude qualitative ? Un micro-trottoir ? Pas du tout. Et c’est là que j’ai dû faire effort sur moi même pour ne pas recracher mon café sur le plancher que j’avais nettoyé le samedi. Pour expliquer donc que la « sécurité est au cœur de la campagne », >Itélé fait son gros titre sur un « reportage » que Canal diffusera le soir même sur la possibilité de faire passer des armes dans un avion de ligne dans un aéroport de la région parisienne. Ne me demandez pas lequel, j’ai zappé.

A tout le moins, belle pub pour le reportage de la chaîne sœur. Roger Giquel et son célèbre « la France a peur » font encore des émules. Comme pour la phrase de l’ancêtre de Jean-Pierre Pernault, >Itélé ne s’embarrasse d’aucune précaution. Elle décrète que la sécurité revient dans les préoccupations des Français. Même le pourtant très racoleur Le Parisien, en titrant en une « la sécurité au coeur du débat droite-gauche », est plus mesuré sur le même sujet. Ou sur la même absence de sujet.

Pas plus que le halal, la sécurité n’est LE sujet de préoccupation des Français dans cette campagne. Le 6 mars, le quotidien Le Monde, bien connu pour ses sympathies trotskistes n’est-ce pas, expliquait :

« La grande majorité des enquêtes d’opinion effectuées depuis plusieurs mois montrent que les sujets économiques et sociaux (chômage, pouvoir d’achat…) restent les sujets principaux de préoccupation des Français. »

Actons que c’était avant les tueries de Montauban et Toulouse. Ben tiens, prenons le dernier sondage IFOP réalisé, en partie pendant ces tragiques événements. Que dit-il ? Horreur ! « Le chômage est la première préoccupation de 73 % des Français. » Si même l’IFOP trahit Canal, c’est là le vrai problème. D’autant que ce sondage a été réalisé pour le site ultragauchiste Atlantico. Je m’efface pour laisser la parole à Télé Paris… heu pardon… France télévision :

« Les thématiques économiques et sociales semblent les plus centrales dans les attentes des Français. La lutte contre le chômage arrive donc largement en tête des priorités que les sondés souhaitent voir traiter, devant l’éducation (56%), la santé (55%) et le relèvement des salaires et du pouvoir d’achat (54%). »

Que ce passe-t-il donc qui amène Canal+ à décréter, contre les évidences, que la sécurité serait le souci numéro un des Français ? Peut être faut-il chercher du côté du candidat de l’UMP, le président bientôt sorti, Nicolas le petit ? J’en reviens au Parisien qui précise en pages intérieures sa sa une pour titrer sur la réalité : « Sarkozy remet la sécurité au cœur de la campagne ». Voilà qui est bien plus juste que les affirmations péremptoires de >Itélé. Quant au Figaro, si proche de la campagne de Nicolas le petit, il explique clairement : « Nicolas Sarkozy mise sur la sécurité pour rebondir ».

Reste la question : à quoi joue donc le groupe Canal+ ? Je ne parle ni du petit ni du grand journal. Les émission d’entertainment ne m’intéressent guère. Mais la nième boulette de >Itélé me laisse songeur. Une telle accumulation de bévues ne s’explique plus que par la volonté d’une ligne éditoriale. Le groupe Canal+ serait-il désormais rentré ouvertement en campagne pour Nicolas le petit ? C’est son droit. Mais qu’il ait l’honnêteté de le dire.

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Bonus vidéo : The Clash « Police and Thieves »


Front contre front, démonstration du vote nécessaire

Depuis le 22 mars au soir, depuis qu’Annie a rendue l’info publique, il est difficile de cacher sa joie. Ce sondage qui nous place en troisième position, avec 14 % des intentions de vote est enthousiasmant. Je n’y accorde pas plus de foi que cela mais je m’intéresse à la dynamique manifestée par les intentions de vote déclarées. Le passage de notre candidat, Jean-Luc Mélenchon, dans l’émission Des Paroles et des actes a permis au Front de Gauche de franchir une première étape. Visiblement, le rassemblement extraordinaire de la Bastille, dimanche 18 mars, nous permet – tous ensemble – d’en passer une nouvelle.

C’est d’autant plus important que ce sondage, pour la crédibilité qu’on lui accorde entre marge d’erreur et corrections des résultats bruts, a été réalisé en plein drame paroxystique : les tueries de Toulouse et Montauban sont de celles qui ouvrent la voie au pire. Nous semblons, avec le Front de Gauche, y échapper. Je regardai, de retour du boulot un peu tard jeudi soir, 55 rue du Faubourg Saint-Honoré sur Itélé. Le journaliste du Figaro et Joseph Macé-Scaron, de Marianne, ont été obligés de souligner la cohérence de notre positionnement collectif et sa décence. Je veux voir là un élément d’explication quant à la manière dont nous avons été entendus par nos concitoyens.

Au-delà de ce factuel, ce qui m’intéresse particulièrement dans la dynamique mise en lumière par cette nouvelle enquête sur les intentions de vote, c’est qu’elle nous place devant le Front national. La candidature de l’héritière millionnaire se tasse depuis des jours. Aujourd’hui, nous lui passerions devant. Ça, c’est un événement politique ! Un vrai !

Il sanctionne positivement notre ligne d’affrontement systématique, le fameux « front contre front ». En ne laissant rien passer des immondes propos de la châtelaine de Montretout ; en travaillant à dévoiler le fond de son programme, ses incohérences et ses outrances ; en acceptant la confrontation la plus brutale, nous avons réussi. La lumière de la pédagogie, menée notamment par les amis Alexis Corbière, qui le paie au prix fort, et Laurent Mafféis, produit sur la valseuse de Vienne le même effet que la lumière du jour sur les vampires. L’électorat ouvrier, le vote populaire, dont elle se prévalait à hauteur de « 40 % », comme une prophétie auto-réalisatrice, a fondu comme neige au soleil à mesure qu’apparaît la nature profonde de serviteur zélé du capital qu’est celle du FN.

Nous n’allons pas nous en tenir là. Nous allons poursuivre ce qui n’est pas une tactique électorale mais le fond de notre combat, depuis des années. Je me rappelle, du temps de l’association Pour la République Sociale déjà, nous menions des ateliers de lecture sur le programme du Front national. Avec la campagne électorale en cours, à l’échelle de tout le pays, nous amplifions ce travail d’éducation populaire. C’est dans notre ADN politique que d’aller affronter le pire produit de la crise économique, sociale, politique, morale dont a besoin le capitalisme pour se régénérer en permanence.

Las, ce qui apparaît au grand jour, depuis l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy, c’est que nous devons mener la bataille « front contre front » sur… deux fronts. Les propos et les propositions de l’UMP flirtent ouvertement et consciemment avec celles de l’extrême-droite. Mon excellent camirade Stéphane l’a démontré sur son blog. Je vous suggère d’aller y jeter un œil. De toutes les façons, ce porteur des valises du MEDEF, ce laquais des riches, ce thuriféraire du « choc des civilisations », ce destructeur méthodique du contrat social issu de la Résistance et de la libération qu’est Nicolas Sarkozy – et son absence symptomatique de programme publié (des fois qu’on puisse lui faire le coup du vampire à lui aussi) – reste plus que jamais notre principal adversaire. Dans le camp de la droite dure, entre droite extrême et ultra-libéralisme, il est le porteur du vote utile.

Forts de notre dynamique, que ce soit sur le plan du pacte citoyen que nous proposons avec L’Humain d’abord ou sur le plan des valeurs, c’est désormais évident : le vote nécessaire contre la droite, sous toutes ses formes, c’est le Front de Gauche.

Front contre front

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Bonus vidéo : Svinkels « Front contre Front »


Toulouse, l’Islam et les Juifs

Bon, pendant que les officiers de la police judiciaire constatent officiellement le décès du journalisme français, il faut revenir sur le fond de ce qui se dit autour des atrocités commises à Toulouse et à Montauban. C’est vital pour notre capacité à vivre ensemble, en paix, dans ce pays. Parce que la fille à papa, l’infâme qui a troqué le noir et argent pour le Marine, a quand même osé. Elle a osé parler, sous couvert de « fondamentalisme musulman », de l’antijudaïsme supposé de l’Islam. Ce simple fait, qui tente de semer les germes de la haine et de la division entre Français pratiquant des religions différentes, mérite bien le terme de «charognards» pour la qualifier, elle et son parti. Mais elle en a rajouté en précisant qu’il était « musulman avant d’être Français ».

Il faut tout de même savoir deux trois petites choses. En premier lieu, contrairement aux religions chrétiennes, il n’y a pas d’antijudaïsme théologique dans l’Islam. Chez les Chrétiens, les Juifs sont « coupables » d’avoir assassiné Jésus Christ. Au nom de ce « crime » supposé, les ghettos, les pogroms et les conversions forcées seront justifiées par les prêtres tout au long des siècles jusqu’à ce que la deuxième guerre mondiale et le massacre systématisé, industrialisé, méthodique des Juifs n’amènent les opinions publiques à s’émouvoir de ce que des individus soient détruits en raison de leur religion. Je passe rapidement sur le fait que les Européens de confession juive, « impurs » par essence, ne peuvent exercer des métiers nobles comme le travail de la terre qu’ils risqueraient de « souiller ». Ce qui les amènera à exercer, quand ils en ont les moyens (ce qui est le cas d’une toute petite minorité), le commerce de l’argent, puisque c’est aussi « impur » pour les Catholiques.

Dans l’Islam, qui procède du même livre initial que Juifs et Chrétiens, il n’y a pas de chose semblable. Les hébraïques sont considérés comme le « peuple élu ». Dans les pays où la religion musulmane domine, les Juifs vivent certes dans des quartiers séparés. Nous sommes au Moyen-Âge n’est-ce pas. Mais ces quartiers ne sont pas enclos dans des murailles et il n’y a pas de couvre-feu ni de signe distinctif pour les israélites. En passant, c’est le très chrétien roi français Louis IX, dit « Saint-Louis », qui a créé l’ancêtre de l’étoile jaune… Mais revenons aux rapports entre musulmans et juifs sur la base de la théologie et à partir des faits historiques.

La rouelle de Louis IX ancêtre de l'étoile jaune

Quartiers séparés donc mais pas d’interdit professionnel. Au contraire même. Les principaux chefs politiques, quand ils sont de confession musulmane, s’entourent très volontiers de conseillers aux croyances différentes des leurs. Ce fait se vérifiera pendant des siècles, jusqu’à Hassan II qui, tout « commandeur des croyants » qu’il soit, choisira pendant un temps un premier ministre de confession hébraïque. Juste parce qu’il a les compétences adéquates. Je ne verserai pas l’angélisme jusqu’à dire qu’entre Juifs et Musulmans tout a toujours été au mieux dans le meilleur des mondes. Une religion monothéiste est, par essence, excluante, cherchant à prendre le pas sur les autres. C’est ainsi que le christianisme a éradiqué le paganisme en Europe ainsi qu’en Amérique du Sud puis a tenté de ce faire en Afrique.

Aujourd’hui, on veut nous faire croire à un affrontement entre Juifs et Musulmans, affrontement historique dont je viens, brièvement, de montrer qu’il n’en est rien. Dans la sphère d’influence française, il y a une raison historique aux tensions entre personnes de confession juive et celles croyant en Allah. Elle a nom « décret Crémieux ». Ce décret, pris en 1870, accorde aux personnes de confession hébraïque vivant en Algérie la nationalité française. Les Musulmans, eux, se verront doter d’un « statut de l’indigène » qui a le mérite de les différencier des animaux, sauf à ce qu’ils fassent expressément la demande d’une nationalité française qui leur est rarement accordée. Je sais, j’ai l’ironie acide parfois. En tout état de cause, on parle là d’un acte politique, un décret pris par le gouvernement français, pour séparer deux populations qui vivaient selon les mêmes règles auparavant.

Dans le fond, il n’y a pas de conflit judéo-musulman et surtout pas sur des bases religieuses. Il n’y a pas plus de conflit entre Juifs et Arabes. Ce qui existe, depuis le début de 20e siècle, c’est un conflit territorial entre Israéliens et Palestiniens. C’est totalement différent. Et, dans ce drame du 21e siècle, la religion n’a valeur que d’alibi ou de cache-sexe. Je présente mes excuses à mes lecteurs croyants pour ce qui peut heurter leurs convictions, mais ce sont les miennes.

Enfin, je ne peux conclure dans parler des salafistes puisqu’il semble que l’à présent décédé tueur de Toulouse se revendiquait de cette idéologie. Dire que le salafisme est un avatar de l’Islam, c’est aussi insultant que d’expliquer que Civitas représente une part des Catholiques, en termes de croyance je veux dire. Le salafisme, comme l’intégrisme catholique ou les fondamentalistes juifs, ne sont pas des croyants. Ce sont d’abord des politiques. Des personnes qui croient que la loi de leur Dieu, souvent vue de manière étroite, exclusive et dominatrice, doit s’appliquer à tous les êtres humains. Ils pensent que la loi pervertie qu’ils prêtent à leurs dieux doit devenir la loi de la cité, politique en grec ancien.

Parce que j’ai trop de respect pour celles et ceux qui croient, ne comptez pas sur moi pour les injurier en les réduisant au rang d’extrémistes quelle que soit la partie du Livre qu’ils revendiquent.

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Bonus vidéo : MC 900 Ft Jesus « Truth Is Out Of Style »


Aujourd’hui, le tueur de Toulouse est heureux

Nous en sommes donc là. Les images de la tuerie de Toulouse, lundi 19 mars au matin, tournent en boucles. Sur les plateaux télévisés, dans les colonnes des éditorialistes, sur toutes les antennes, le ballet des commentateurs, criminologues et autres spécialistes fait écho au ballet, plus sérieux et indispensable, des officiers de police sur les scènes de crime. Oui, il y a plusieurs scènes de crime, ça se dit mais on n’en voit jamais les images.

L’émotion déclenchée par la tuerie d’hier est légitime. Elle a frappé des enfants et il se dessine que ces enfants ont été frappés parce que nés juifs. Nous sommes là dans l’horreur absolue. Il faut le dire et le répéter. Nul ne peut accepter, nul ne peut tolérer. J’ai envie de dire : nul ne peut pardonner.

Selon les éléments de l’enquête rendus publics, il semble de plus en plus probable aussi que les militaires assassinés les jours précédents à Toulouse puis à Montauban aient été choisis en raison de la couleur de leur peau. Voilà donc pour le factuel. On ne sait pas si le tueur en chaîne est un de ces paras nostalgiques du IIIe Reich que l’on nous livre en pâture, s’il est un militant avéré de l’extrême-droite, s’il est un déséquilibré, un sociopathe. Je fais mien le qualificatif utilisé par Jean-Luc Mélenchon, quoi qu’il en soit : c’est un dément. Il n’y a pas d’autre terme pour parler de quelqu’un qui, mû par les idées de haine, en viendrait au meurtre froid, prémédité, calculé.

L’autre fait, qui nous renvoie à notre responsabilité individuelle, est la pensée que nous envoyons, de manière anonyme ou ouverte, directement ou de manière muette, aux familles des victimes. Lesquelles étaient toutes innocentes. Qu’il s’agisse des enfants ou des soldats.

A présent, il faut questionner les raisons de ces meurtres. J’ai déjà, sous le coup de l’émotion, évoqué quelques idées sur ce sujet. A la relecture, je n’en retire rien. Il y a quelque chose de pourri dans cette campagne électorale. Je me répète :

« Beaucoup de mots graves ont été prononcés depuis le début de cette campagne électorale. Des phrases, pensées par des idéologues, couchées sur le papier par des collaborateurs zélés et conscients. Des mots qui dépeignent la haine de l’autre, qui parlent d’une croyance religieuse comme d’une maladie que l’on attraperait en mangeant. Qui casher, qui halal. »

Ces mots graves ont mis en charpie le contrat social, le pacte républicain, qui unit les habitants de ce pays dans un collectif plus important qu’eux, tout en leur permettant de vivre leur individualité en toute liberté. Il faut le dire ! Ce sont les « racines du mal », selon le titre d’un roman que je n’espère pas prophétique de Maurice G. Dantec, auteur discutable ô combien par ailleurs.

Aussi, je ne peux m’associer à la volonté des deux candidats favoris des sondages de mettre la campagne en pause. Comme le touittait ce matin un jeune socialiste : « De grâce, arrêtez avec cette histoire de campagne suspendue. L’instant que nous vivons est sûrement le plus politique de toute la campagne. » Je partage l’avis d’Amine, nous sommes dans l’instant le plus politique parce qu’il parle de nous tous, de ce que nous sommes capables de mettre en commun pour vivre ensemble avec nos différences et forts de ces différences. C’est ce que j’ai déjà appelé le Contrat social.

Disons clairement, messieurs Guéant, Hortefeux, Sarkozy et consorts, ce que nous voulons comme valeurs pour la France, quel projet commun nous avons à proposer. Et que le peuple tranche puisque ça bloque.

Nous, au Front de Gauche, nous le disons clair et haut : celui (genre neutre) qui naît en France, vit en France, qui travaille en France, qui crève en France, est Français. Qu’importe son origine ethnique, sa religion, sa philosophie, sa sexualité. Religions, sexualité et philosophies sont affaires personnelles. Basta. Elles restent donc dans la sphère privée, pour permettre que chacun puisse vivre à son aise dans l’espace public. Conséquence directe : il n’y a plus de débat sur le mode d’abattage du bétail. On ne nous ennuiera plus non plus avec les débats sur le poisson du vendredi ou l’électricité allumée (ou éteinte) du tombé du soleil le vendredi au tombé du soleil le samedi. Chacun fait comme il veut chez lui.

Autre conséquence et non des moindres : la couleur de peau n’aura pas plus d’importance que la couleur de la chemise que l’on porte.

Mais à lire les commentaires de certains politiques et éditorialistes ce matin, j’ai peur que ce débat – essentiel pour l’ensemble du peuple de France – n’ait pas lieu. Les belles personnes veulent nous faire gober à toute force qu’il faille mettre notre intelligence collective sous le mouchoir. Cette intelligence est, pourtant, le seul moyen pour que des crimes aussi atroces ne puissent plus se produire. Ce matin, le tueur doit se régaler : il cristallise l’attention plus que les victimes ; il amène nos chères élites à étouffer les cris du peuple ; il monopolise l’attention quand nous devrions réfléchir ensemble aux conditions qui lui ont permis de commettre ces meurtres ignobles. Aujourd’hui, le tueur de Toulouse est heureux.

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Illustration sonore : Ice Cube & Dr Dre « Natural Born Killaz »


François et Jean-François font du pédalo – Acte 3, scène 1

Cet article est rédigé en tenant compte des consignes de la rue de Solférino et de Libération :

  • François Hollande est de gauche ;

  • François Hollande est le seul à pouvoir battre Nicolas Sarkozy ;

  • François Hollande a un programme en béton armé pour battre la droite ;

  • Tu ne diras JAMAIS de mal de François Hollande.

Suite de notre saga théâtrale François et Jean-François font du pédalo.

 

« C’est pas possible que le nain gagne quand même… »

Acte 3 – scène 1

 

François est seul, le matin, très tôt, dans son bureau au siège de campagne. Jean-François est assis à l’arrière de sa voiture. Son téléphone portable sonne.

Jean-François C. (la voix endormi) : Oui ? Allo ? Qui c’est ?

François H. (affolé) : Jeff ! C’est moi, c’est François ! (A la limite de la crise d’hystérie) C’est la catastrophe !

Jean-François C. : Calme-toi ! Qu’est-ce qu’il y a de si grave encore ? Je n’ai plus de nouvelles de toi pendant plus de 3 semaines et là, tu m’appelles en crise…

François H. (le coupe) : Mais c’est horrible !

Jean-François C. (autoritaire) : Arrête de chialer et explique-toi !

François H. (tentant de reprendre sa respiration) : Sarkozy est devant moi, dans les sondages ! Les courbes se croisent, c’est horrible !

Pour une fois, Hollande a tourné à gauche... Fausse route.

Jean-François C. (maîtrisant un éclat de rire) : Ah ben ça… Ce n’est pas comme si je t’avais pas prévenu.

François H. (stupéfait) : Tu vas encore dire que c’est de ma faute ?

Jean-François C. (pouffant) : Non… Allons… Que vas-tu chercher là ?

François H. (reprenant ses esprits) : Ah… Merci ! Parce que, vraiment, j’essaie de faire campagne, t’as vu ? Je fais des meetings, je passe à la radio, je fais des propositions. Y en a même 60.

Jean-François C. (cède à la lassitude) : On voit le résultat. Ce connard de Sarko te passe devant dans les sondages et tu m’appelles en catastrophe. La belle campagne que voilà. Heureusement que je te sauve la mise encore une fois…

François H. (interloqué) : Ah ! Et comment ?

Mais qu'est-ce que je fous dans cette galère ?

Jean-François C. (prend le temps de saisir une barre chocolatée, enlève sans se presser l’emballage, en croque un morceau et, la bouche pleine, reprend) : Tu me fatigues François. J’ai fait une connerie en pensant que tu pouvais y arriver. Alors, je t’explique…

François H. (de nouveau en crise) : Mais… Mais… (il hurle) J’ai fait tout ce que tu m’as dit !!!

Jean-François C. (crie à son tour) : tu as fait tout le contraire de ce que je t’ai dit. Tu es nul ! Tu mènes une campagne qui fait passer Bayrou pour un adepte de Guy Mollet. Tu apparais comme une girouette qui n’a aucun avis ! Tu dis te battre contre la finance et tu vas te précipiter à Londres expliquer que tu n’es pas dangereux ! Abruti ! A cause de toi, Mélenchon a passé les 10 % et, encore, parce que j’empêche que les vrais résultats soient publiés. Sauf que là, je vais bientôt plus pouvoir. Les journaleux veulent la vérité…

François H. (étouffant un sanglot) : Alors… C’est… J’ai perdu ?

Jean-François C. (retrouve son calme) : Non… Enfin… D’abord, il te reste le « vote utile ». Et je fais tout pour que tu ne perdes pas. Heureusement, j’ai la main sur la campagne de Sarko. Je lui fais tenir un discours qui fait paraître la Le Pen pour une dangereuse social-démocrate à Villepinte et, le lendemain, à Parole de candidat, je lui fais tenir les propos de Mélenchon sur les « exilés fiscaux ». A force, ça va bien finir par se voir.

François H. (entre deux sanglots) : Mes conseillers m’ont dit que la triangulation, l’art de piquer les idées des autres pour se faire passer pour ce qu’on n’est pas, ça peut marcher.

Jean-François C. (soudain extrêmement las) : Tes conseillers avaient aussi présenté un amendement sur les exilés fiscaux en 2011. Au final, c’est Mélenchon qui porte la mesure. Toi, tu n’as « rien contre les riches ».

François H. (long silence) : Ah…

Jean-François C. : Et oui… Tu ne m’écoutes jamais. Donc, si tu ne veux pas que nos conversations se retrouvent dans les journaux, tu vas me rendre un service.

François H. (inquiet) : Lequel, Jeff ?

Jean-François C. (menaçant) : Il est hors de question que tu acceptes un portefeuille dans un ministère Mélenchon ! Tu m’entends ? Pas un socialiste dans son gouvernement ! Si tu ne tiens pas parole, je balance tout ! (Il raccroche, rageur, et balance son téléphone portable par la fenêtre de la voiture)

François H. (en larmes) : Jeff… Jeff… Allo ? Jeff… Ne me laisse pas ! J’ai peur !

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Bonus vidéo : Ash « Lose Control »


Contre l’austérité, unité dans la rue

Ça fait du bien de prendre quelques jours de repos. Comme vous avez pu le constater, je me suis offert quatre jours de repos. Et je reprends un jour de grève. Ah oui ! Y a grève aujourd’hui. Ce n’est pas en regardant les infos qu’on va s’en rendre compte, je sais bien. Du coup, je vais prendre quelques lignes pour vous expliquer de quoi il s’agit.

Vous savez que l’Europe serait en crise et que, grâce à ce superbe prétexte, les plans d’austérité déferlent sur les peuples. En France, comme ailleurs, la coalition des libéraux et des sociaux-traîtres… Pardon, des sociaux-démocrates entend institutionnaliser cette austérité avec le Mécanisme Européen de Stabilité. Si doute il y a avait, l’abstention des socialistes, majoritaires au Sénat, finit de nous dessiller les yeux.

Dans ce contexte, la Confédération européenne des syndicats (CES) a initié une journée de grève et de mobilisation à l’échelle du Continent. Dans sa déclaration du 25 janvier dernier, la CES est extrêmement claire :

« Les 8 et 9 décembre 2011, le Conseil européen a décidé de s’engager dans un accord international visant à renforcer la discipline budgétaire. Les gouvernements ont estimé que le renforcement des obligations budgétaires ferait reprendre confiance aux marchés et sauverait l’euro. La décision a été suivie par des négociations intenses et semi-secrètes afin de parvenir à un accord pour la fin du mois de janvier 2012. Le processus de négociation a ignoré le contrôle démocratique qui devrait normalement caractériser toute réforme de l’Union, notamment en n’impliquant pas pleinement le Parlement européen. La CES déplore ce processus non démocratique et ses conséquences non démocratiques au niveau national.
Les dirigeants européens ont tort de croire qu’un nouveau traité restaurera la croissance et résoudra la crise de la dette souveraine sans le renforcement de la démocratie au niveau européen – avec notamment une participation totale des partenaires sociaux aux niveaux européen et national – ni sans nouveaux engagements spécifiques sur les euro-obligations et la taxe sur les transactions financières. Les nouvelles règles en matière de gouvernance économique ne devraient pas être dissimulées derrière des questions techniques par les dirigeants européens.
La CES s’oppose à ce nouveau traité. Bien que nous soyons en faveur de règles communes et d’une gouvernance économique, nous ne pouvons soutenir ces règles. Nous sommes convaincus que les propositions du traité affaibliront l’Europe au lieu de la renforcer. Le nouveau traité réduira le soutien de la population pour l’intégration européenne, ralentira la croissance et augmentera le taux de chômage. »

En France, le MES et les mesures européennes de convergence austéritaire sont aggravées par un gouvernement au service du patronat. Il y a la « TVA sociale » mais aussi le détricotage du droit du travail au travers des accords « compétitivité emploi ». Mon ami Despasperdus les a décryptés ici, je me suis servi de ses explications pour animer une Assemblée citoyenne à Ris-Orangis.

Tout cela justifie amplement de perdre une nouvelle journée de salaire et de descendre dans la rue. Et comme les sociaux-démocrates ont montré qu’ils ne sont pas dignes de confiance dans le combat de classes qui se déroule en ce moment, l’unité que nous allons réaliser dans la rue exige un nouveau débouché politique dans les urnes. Vous le savez, moi, je fais partie de ceux qui proposent autant qu’ils construisent le Front de Gauche comme ce débouché. Pour moi, il n’y a plus d’alternative. J’avais écrit il y a peu « Qui ne vote pas Mélenchon, vote Sarkozy ». Mon ami Eric Coquerel, conseiller du candidat du Front de Gauche à la présidentielle, déclare lui : « Une seule solution contre le traité Merkel-Sarkozy, le vote Mélenchon ».

Rendez-vous, pour les Parisiens et les Banlieusards à 14h place de la Bastille. Vous me trouverez au point fixe du Parti de Gauche au niveau de la station de métro Faidherbe-Chaligny.

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Bonus vidéo : Bérurier Noir « Descendons dans la rue »