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A Montreuil, le Front de Gauche, cette belle feuille blanche

Ce qui est bien avec les vacances, c’est que cela permet la prise de recul et, par là, la prise de conscience sur des événements passés même si récents. On ne s’en rend pas compte, forcément, tout de suite mais, au fil des discussions, les évidences prennent corps. Ainsi pour le Front de Gauche à Montreuil, que j’assimile désormais à une belle page blanche. Oh ! Nous avons des fondations solides, un projet national affirmé, un programme : L’Humain d’abord. Des militants. Mais, à Montreuil, nous avons la chance d’avoir l’avenir pour nous. Je m’explique.

La séquence ouverte en 2008 par la défaite de la gauche aux élections municipales est close avec la défaite de Jean-Pierre Brard aux élections législatives. L’histoire se conclut de manière triste pour un élu qui n’a jamais démérité et a contribué, au contraire, à transformer Montreuil, faisant passer cette ville dans l’ère de la modernité. Certes, le bonhomme avait ses défauts mais j’assume d’avoir dit devant caméra à son sujet : « Jean-Pierre, c ‘était probablement une calotte glaciaire sur la vie politique locale. Aujourd’hui, en revanche, nous assistons à la dérive des icebergs jusque dans la vie sociale et en matière d’urbanisme ». Je ne retire aucun de ces mots. Je regrette cependant que le nouveau député ne justifie, par ses atermoiements sur le TSCG par exemple (contrairement à ce qu’il avait annoncé par voie de presse, il « hésite » à présent entre le non et l’abstention), les qualificatifs peu amènes dont je l’ai déjà affublé.

Sur la page blanche du Front de Gauche, il y a donc à construire, en référence au programme L’Humain d’abord, « Montreuil d’abord ». Nous avons la chance de ne plus être otages des ambitions personnelles, des destins nationaux rêvés, des luttes intestines autant que fratricides. Face à la personnalisation qu’incarne l’amère, personnalisation outrancière qui constitue sa seule planche de salut éventuel, il nous appartient de créer cette équipe, l’addition des talents, nécessaires pour reconstruire une ville saccagée, mise en pièces, par l’incurie des élus de la majorité et de l’amère en premier lieu. J’ai confiance, parce que nous ne sommes pas prisonniers d’un passé désormais révolu : nous y parviendrons sans mal.

Nous y parviendrons d’autant mieux que les composantes historiques du Front de Gauche montreuillois ne peuvent plus se regarder le nombril. L’arrivée des camarades de la Gauche anticapitaliste, l’irruption des citoyens qui demandent des comptes autant qu’ils exigent de pouvoir s’impliquer durablement dans le processus politique, nous empêchent heureusement de nous adonner à nos jeux favoris. Nous allons donc pouvoir finir de construire un projet politique pour notre ville, un programme d’actions et de mobilisations, des outils d’éducation populaire. Bref, tenir la feuille de route d’un Front de Gauche qui assume la richesse de sa diversité.

Et qui assume son ambition, localement comme nationalement, de faire la nique à la social-démocratie verte ou rose, en menant le débat, la confrontation, en mettant en lumière les clivages. Parce que non ! On ne gère pas la ville de la même manière selon que l’on soit dit « socialiste », ver vide ou Front de Gauche. Nous différons sur bien des aspects et c’est tant mieux ! La réaffirmation de clivages est vivifiante pour la démocratie. C’est TINA (« there is no alternative ») qui détourne les citoyens des urnes. Pas la radicalité ! En ouvrant une perspective radicalement différente, elle permet au contraire de ramener dans le giron du débat des gens qui s’en étaient détourné. Rien que pour cela, je peux me féliciter du rôle du Front de Gauche dans les douze mois écoulés.

L’autre aspect positif de notre passé récent, c’est l’affirmation d’une cohérence. Sans me gausser outre mesure, vous savez bien que ce n’est pas du tout le genre de la maison, il est assez stupéfiant de comparer la manière dont deux villes dites « socialistes » sont gérées. On passe du jour à la nuit et souvent de la nuit à l’ennui. Idem pour les villes dirigées par Europe Ecologie-Le Vide. Qu’on regarde Montreuil, par exemple, qu’on compare à Bègles et qu’on rigole. A tout le moins, au Front de Gauche, nous poussons les marqueurs d’un projet politique adaptable aux situations locales mais dont l’identification est simple.

Mais ne grillons pas les étapes, avant les municipales, nous avons bien des urgences à affronter. Le TSCG en premier lieu, je l’ai évoqué. Nous avons rendez-vous le 30 septembre et les Montreuillois qui ont dit majoritairement « non » à l’ancêtre de ce traité d’austérité sauront se mobiliser une nouvelle fois pour obtenir un référendum. Il y a l’avenir du Centre hospitalier intercommunal André-Grégoire qui nous mobilise aussi, comme nous avons su le faire dans l’unité déjà, même si c’est sans succès, contre la fermeture du Centre municipal de santé du Bas-Montreuil… Finalement, je vais peut être revenir sur mes mots : en matière de casse des services publics, l’amère assume une forme de cohérence. Mais trêve de méchanceté, la question des Rroms ou celle des sans papiers aussi nécessite notre implication.

Sur ces points, n’ayez crainte. Représenté par une seule ou plusieurs de ses composantes, en bloc ou de front – nous sommes fiers de notre diversité, de notre multiplicité -, le Front de gauche sera à sa place. En première ligne du combat. Drapeau(x) en avant.

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Bonus vidéo : Swift Guad « La Montreuilloise »


PSA : un milliard pour fermer Aulnay, les salariés paient encore l’addition

Le communiqué que nous avons écrit pour le Parti de Gauche de Seine-Saint-Denis

 

Comme nous l’avons dénoncé depuis le mois de février 2012, le groupe PSA vient de confirmer son « plan de restructuration » d’un montant d’un milliard d’euros. Ce plan entérine la fermeture du site PSA d’Aulnay-sous-Bois, condamnant ses 3 300 salariés directs et les quelque 7 000 travaillant dans la sous-traitance. Au total, ce sont 10 000 emplois que le groupe va supprimer dans le monde.

Le groupe, qui rassemble les constructeurs automobiles Citroën et Peugeot, a certes vu ses bénéfices diminuer de 48 % entre 2010 et 2011, pour un bénéfice net final de 588 millions d’euros. PSA utilise la baisse de rendement pour les actionnaires pour justifier un plan d’austérité de 800 millions d’euros en octobre 2011, revalorisé à un milliard d’économie en ce début d’année 2012.

Mais de quoi parlons-nous ? Est-ce que PSA perd de l’argent ? Non, il gagne 588 millions d’euros après impôts ! Ce n’est pas rien, tout de même. Voici quelques autres chiffres émanant de la direction, qui témoignent de la bonne santé de PSA :

· Record historique du chiffre d’affaire : près de 60 milliards avec une progression de 6,9 % ;

· Bénéfice net positif à + 588 millions ;

· Résultat opérationnel à 1,3 milliard.

Ceci alors que nous sommes en période de crise, c’est connu. Ce faisant, PSA, désormais allié du groupe américain General Motors, s’inscrit dans la logique capitaliste : détruire l’emploi pour accroître ses bénéfices boursiers. Certes le marché automobile s’est contracté en Europe. La généralisation des politiques d’austérité qui cassent le pouvoir d’achat et l’emploi sont les premières responsables de cette situation.

Pour autant, PSA ne diminuera pas ses capacités de production. Au contraire, il les délocalisera dans des pays où la « marchandise humaine » coûte moins cher, où les normes environnementales sont moins drastiques. Qu’importe si, pour faire revenir la production dans les pays où elle peut être « consommée », il faut encore aggraver notre empreinte carbone. Il faut juste se rappeler que, sur un modèle courant de berline, le « coût du travail », sans mis en avant par le MEDEF et sa courroie de transmission politique l’UMP, ne représente qu’entre 15 et 18 %.

Le Parti de Gauche de Seine-Saint-Denis, comme il l’a fait à plusieurs reprises depuis la première fuite sur ce plan de liquidation, était encore aux côtés des salariés d’Aulnay-sous-Bois ce jeudi 12 juillet, à l’issue du comité central d’entreprises.

Ils sont rappelé notre revendication de longue date : une planification écologique permettrait d’envisager très sérieusement la construction de modèles respectueux de l’environnement. Il est possible de s’orienter dès maintenant dans ce sens pourvu que la direction le veuille. Pour cela, elle doit activer son centre de recherche et proposer pour Aulnay la fabrication d’une nouvelle voiture répondant aux exigences de l’époque.

Enfin, le Parti de gauche réclame une loi d’urgence proclamant un droit de véto des représentants syndicaux dans les Comités d’entreprise et l’interdiction immédiate des licenciements boursiers soit votée le plus vite possible.

Le Parti de Gauche Seine-Saint-Denis

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Bonus vidéo : Buzzcocks « Fast Cars »


Bartolone au perchoir, le reniement c’est maintenant

Alors, comme ça, Claude Bartolone est élu au « perchoir » : président de l’Assemblée nationale. Je ne sais plus quel héraut du Parti dit « sérieux » a osé tweeter, relatant sa probable élection, la candidature d’Elisabeth Guigou et la présidence du groupe PS à l’Assemblée pour Bruno Le Roux : « discrimination positive en faveur du 9-3 ». J’ai quand même failli m’étrangler en lisant cela, mon café en grains de la machine a soudain eu du mal à trouver le bon passage. Je ne vais pas m’étendre sur le parachutage en direct du Vaucluse de « Babeth » après son échec relatif là-bas. Ce serait laisser accroire que mon département est devenu au PS ce qu’il fut au PCF pendant longtemps : une zone d’atterrissage aisée pour barons en devenir.

Je vais plutôt m’attacher sur Claude Bartolone, gentiment surnommé « le parrain » dans les couloirs du conseil général de la Seine-Saint-Denis ou ceux de la fédération départementale du parti dit « sérieux ». Le petit Claude, militant socialiste aux dents longues, grandi en Seine-Saint-Denis, au Pré-Saint-Gervais, sous la protection du maire d’alors, un bon vieux cacique comme on les aime –  ou pas. En 1981, à la faveur de la « vague rose », il devient député. Il ne va plus guère quitter les bancs de l’assemblée grâce à une circonscription assez taillée sur mesure. La gentrification qu’il mène en tant que maire à partir de 1995 aide bien à conforter son assise électorale.

Passons sur les divers épisodes de la vie politique du capo, lesquels sont relativement inintéressants tant que l’on n’est pas un spécialiste de la fabiusie dont il est un des piliers. La fabiusie, en passant, c’est ce système non idéologique bâti par un ancien premier ministre où, en échange de la fidélité au chef on est assuré de son soutien indéfectible et de quelques prébendes toujours gratifiantes quand le militantisme est si aléatoire. En Seine-Saint-Denis, Barto caporalise la fédération socialiste avec un projet : mettre la main sur le conseil général en dézinguant les communistes qui y restent solidement accrochés. L’objectif sera atteint en 2008… Michel Pajon, député-maire de Noisy-le-Grand, rocardien devenu bartoloniste par la force des choses, résume : « Faut bien reconnaître que Claude est un garçon efficace ». Traduire : tout le petit monde socialiste du 93 lui doit quelque chose. Je ne ferai pas l’injure de demander à Frédéric Molossi, conseiller général de Montreuil et salarié de la fédération départementale PS, ce qu’il en pense…

Claude Bartolone s’embarrasse peu de manières. Avec lui, il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions. Qui n’a pas en tête ce genre de scène. Il faut payer la salle louée pour tenir une réunion politique, les caisses de l’organisation sont vides. Un coup de fil à « Claude », qui vous reçoit dans son bureau de la mairie du Pré-Saint-Gervais, à côté de celui du maire en titre. Souriant, affable, « assied-toi mon camarade. Comment ça va ? La famille ? » Il fouille dans son tiroir et en extrait un beau billet de 200 euros. La salle est payée.

Suite à quelques retours de lecteurs, je dois préciser qu’il n’y a absolument rien d’illégal dans ce geste. Je pensais que les choses étaient claires mais vus vos retours, je tiens à clarifier.

Idem pour se faire réélire. Le redécoupage ciselé par Alain Marleix le met dans une situation délicate : sa circonscription est charcutée. L’essentiel du territoire est passé là où est élue Guigou. Qu’importe : pousse-toi de là que je m’y mette. Et voilà notre Barto réélu face au FN au 2e tour de la législative de 2012. Mais c’est qu’il est désormais atteint par le cumul des mandats, de son propre aveu. Je me suis souvenu, hier, lorsque je l’ai vu pérorer devant les caméras pour expliquer sa candidature au perchoir, d’un engagement pas si lointain. Je suis allé chercher et j’ai trouvé :

« En 2012, à l’occasion des élections législatives, je serai concerné par la règle de non-cumul des mandats. Il faudra donc choisir. Là, j’écouterai ce que me diront mes camarades et j’irai là où je serai le plus utile aux Français. Ou bien la gauche remporte l’élection présidentielle et redonne toute leur autonomie aux collectivités locales : dans cette hypothèse, je serais bien plus utile à la présidence du Conseil général de Seine-Saint-Denis. Ou bien la droite est reconduite à l’Elysée et acte définitivement la fin des départements : je serais alors plus utile comme député. »

C’est ballot quand même quand on ne se souvient plus de ce que l’on a eu la stupidité d’écrire. Comme disaient les Romains : verbae volant, scriptae manent. Les paroles s’envolent, les écrits restent. Oh ! Je sais bien, Pasqua l’a résumé d’une formule restée fameuse : « En politique, les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent ». D’autres, plus attachés à l’éthique ou la parole donnée, pourraient dire : avec Bartolone, le reniement c’est maintenant. Connaissant le bonhomme, ce n’est pas parce qu’il va aller crécher au Palais-Bourbon qu’il ne gardera pas la main sur l’hôtel du département installé à Bobigny. Stéphane Troussel sait à quoi s’en tenir.

N’en reste pas moins que, pour moi, voir élu président de l’Assemblée nationale celui qui a mené la progression du parti dit « sérieux » en Seine-Saint-Denis contre le Parti Communiste puis contre le Front de Gauche, sonne comme une insulte personnelle.

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Bonus vidéo : Muttonheads « Trust You Again (Feat. Eden Martin) »   <– En vrai, j’aime beaucoup ce titre


Explications franches à l’AG du PG Seine-Saint-Denis

Il y a de ces réunions dont chacun ressort rincé. Avec, pour beaucoup, un sentiment de pas assez. Voire même un peu d’amertume. L’assemblée générale du Parti de Gauche en Seine-Saint-Denis, tenue mercredi 20 juin au soir à Bobigny, en fait partie. Elle a été longue ; assez dure, ne le cachons pas ; mais nous mesurerons d’ici un à deux mois le bien qu’elle nous a fait à tous. Parce que, au delà des apparences, Juliette Prados, notre co-secrétaire départementale, a raison de résumer ainsi la soirée : « Plus de 90 militants, un bouillonnement d’idées, d’envie, d’analyses… » A chacun de voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Ju’ a choisi à moitié plein. Et elle a raison.

Premier acquis de cette soirée, les « pégistes » du 9-3 n’ont occulté aucun débat. Aussi douloureux soit-il, dans le département qui voit le parti socialiste arracher deux sièges au Front de Gauche ; le courageux Patrick Braouezec battu au second tour après avoir enfreint la consigne de désistement républicain ; le Front national présent au deuxième tour dans une circonscription. Nous nous sommes dit les choses franchement, pas toujours sans arrière-pensées. Je vais être le plus honnête possible, même s’il s’agit de mon organisation et que j’en suis, comme on dit, un des « cadres ». Moi, je préfère apparatchik, je n’aime pas me cacher derrière la novlangue qui fait plaisir.

Oui, il y a eu des arrière-pensées, elles sourdaient derrière les propos de franche camaraderie. L’un n’empêche pas l’autre. Nous fumes quelques uns à défendre la ligne de notre parti : le désistement républicain et la caractérisation du parti socialiste comme un parti de gauche. Ne nous en déplaise. Il faudra en débattre, entre autres temps, au moment du congrès dans la préparation duquel nous allons rentrer. Mais cette position n’a pas fait l’unanimité hier soir. Pour des raisons qui tiennent tant de la colère conjoncturelle, je le crois, que de la vision plus fondamentale. Il n’est qu’à se rappeler les applaudissements nourris qui ont salué le propos de Thomas, militant aux Lilas : « Arrêtons de caractériser le PS comme un parti de gauche » voire ceux encore plus vifs quand Gildas envoie : « On aurait dû taper aussi fort sur le PS que sur le FN ». Le Thomas que je cite, dans ses commentaires ce matin, exprime une différence de points de vue entre « intervenants de la tribune » et « intervenants de la salle ». Entre supposés chefs d’un côté, donc, et base tout aussi supposée de l’autre.

Je ne suis pas d’accord avec cette vision des choses. Mais l’arrière pensée prend un autre tour quand des camarades sous-entendent que les anciens socialistes que nous comptons au PG seraient bien trop prompts à apporter leur soutien aux candidats du PS, même face au Front national… Là, je vous le dis à titre personnel : ce genre de chose, ça blesse. Vraiment. Je vais vous dire, pour ce qui me concerne : je défends le désistement républicain parce que c’est la ligne du parti et qu’il est de mon rôle de l’expliquer, de la défendre. Mais ne croyez pas que je le fasse de gaîté de cœur. Moi, en vrai, j’aurais adoré que Braouezec casse les reins d’Anauthin, ce petit roquet infect biberonné aux pires manœuvres politiciennes de l’UNEF. Sauf que voilà, on a une ligne et que les éléments nous donnent raison. Braouezec a été battu parce qu’il est arrivé second au premier tour ! Dire cela ne fait pas de moi un social-traître les camarades !

Comme je ne veux pas renvoyer la responsabilité que d’un côté de la salle, il y a aussi des arrière-pensées en retour. J’ai bien entendu des camarades déplorer ces « éclats gauchistes de pureté révolutionnaire ». D’autres se dire qu’on a intérêt à mettre en place des formations pour mettre tout le monde au carré. Voyez… On ne s’ennuie pas en réunion chez nous. C’est que, dans le vrai du vrai, de ce qui fait un militant – et la politique a beau être le plus froid des monstres froids, on n’en reste pas moins Homme en toute circonstance -, nous en avions tous gros sur le cœur depuis des jours, à devoir tourner tout ça tous seuls dans nos têtes… Là, on pouvait se dire les choses entre nous. Sans que cela prête véritablement à conséquence. Voyez, Thomas avec qui je me suis un peu frotté dans les commentaires, on va se voir. Sûrement autour d’un verre, pour échanger. En toute amitié et camaraderie. Parce que nous savons aussi passer par dessus le ressenti une fois qu’il a été exprimé et entendu.

Le débat a aussi été vif concernant le sens même de la ligne « front contre front ». Comme il l’avait déjà expliqué en réunion de coordination départementale, Raouf est revenu sur le sujet, mettant les pieds dans le plat. Mon excellent camarade de Saint-Ouen a lancé : « Le préchi précha Front contre front (sic) a rendu inaudible nos propositions en matière économique et sociale ». Je ne suis pas sûr que la candidature de Jean-Luc dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais n’ait pas été jugée comme « néfaste » par quelques camarades. Sur cette question, cependant, les échanges ont été moins vifs et moins tranchés que sur la question du PS. Je ne sais plus qui a lié les deux cependant, comme je trouve qu’il est bon de le faire : « Le FN c’est l’ennemi de classe, qui gagne à la confusion. Il faut mener les débats clivants pour éclairer le peuple sur les positions de chacun ». Le prochain clivage tournera autour de l’Europe et de l’austérité. Reste la question des moyens que nous nous donnons pour le mener.

C’est à ce moment là que je suis amené à prendre la parole, de concert avec mon ami Axel de Saint-Denis (là où il milite, c’est pas un noble mais s’il a l’âme chevaleresque). Nous avons mandat de la coordination départementale de présenter le détail des résultats électoraux dans notre département. Mission fort bien accomplie par Axel qui me laisse du coup le soin de parler de notre électorat. Je suis obligé de préciser que notre électorat ressemble beaucoup à l’assistance de la réunion du soir. Classes moyennes et classes moyennes supérieures conscientisées. Peu de classes populaires. Je précise qu’un agent de catégorie de la fonction publique ou un chef d’équipe du privé, ce sont déjà des classes moyennes dans la construction idéologique que nous impose la bourgeoisie. Les classes populaires, quand elles se sont portées sur nous à la présidentielle, nous ont délaissés aux législatives soit pour retourner s’abstenir soit en votant PS. Ne nous fermons pas les yeux, on a encore du boulot pour renouer durablement avec ces citoyens-là. J’en arrive donc à faire le lien avec l’éducation populaire politique au plus près des citoyens, que nous avons délaissée depuis trois ans. Et les nouvelles formes de militantisme et de mobilisation que nous, Parti de Gauche, avons apporté au Front de Gauche.

Je sais, je suis pas très amène parfois.

Je n’aurais pas le temps, vue l’heure et vue ma propension à faire long, de revenir sur les rapports internes au Front de Gauche. Mais je pense que le conseil national de ce week-end sera une nouvelle occasion de débattre. La réunion a donc été passionnée et, comme le tweette Stéfanie, « passionnée ». Et elle aura des suites. Notamment en termes de formation. Sauf que chez nous, une formation ce n’est pas pour t’apprendre la vie mais bien pour se donner les moyens de la construire ensemble cette vie.

Bonus copain : télécharge le titre « Rev-Olution » par Family Affair

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Bonus vidéo : Sly and The Family Affair « Family Affair »


Coordo PG de Seine-Saint-Denis, la réunion qui fait du bien

Ce mercredi 13 juin, j’ai donc participé à ma réunion de coordination du Parti de Gauche en Seine-Saint-Denis, la deuxième de la semaine. Oui, je sais, c’est prenant parfois. Mais, lundi, nous devions nous positionner sur le second tour des législatives, ce qui nous a amenés à rédiger un communiqué de presse appelant au désistement des candidats de gauche arrivés en seconde position lorsqu’il y avait duel entre nous et les sociaux-démocrates. Et mercredi, nous avons planché sur l’analyse des résultats électoraux tant au niveau national que départemental, en global et par circonscriptions.

Cette réunion nous a permis de faire le point sur l’état de colère et de frustration des jeunes adhérents du Parti de Gauche autant que des citoyens impliqués dans le Front de Gauche. Bon nombre de nos amis ont du mal à comprendre autant qu’à accepter la différence qu’il y a entre les quasi quatre millions de voix obtenus par le Front de gauche au premier tour de la présidentielle et les 1,8 millions péniblement obtenus au premier tour de la législative. Comme le disait, je ne sais plus si c’est Nico ou Sydné, enfin l’un des deux, « c’est clair que si on veut commencer son expérience politique par une victoire, vaut mieux aller au PS qu’au Front de Gauche ». Mais le propos, que je partage, ne suffit pas aux camarades.

Pour commencer le travail d’explication, il m’est revenu de faire un point politique en introduction, semble-t-il que ce que j’avais rédigé ici pouvait constituer une base de réflexion. Il se trouve que, par ailleurs, avec mon ami Axel Bruneau, j’ai la co-responsabilité du secteur « élections » pour le Parti de Gauche Seine-Saint-Denis. Bref… J’ai donc exposé nos premières analyses sans fard. La parole a ensuite circulé. Il y avait les camarades des Lilas, Noisy-le-Sec, de La Courneuve, de Saint-Ouen, Saint-Denis, Bagnolet, Aubervilliers ; y avait mon « tonton » Henri, avec qui j’ai assuré pas mal de SO pendant la présidentielle, de Villepinte ; Neuilly-sur-Marne était représenté par Riva, candidate du Front de Gauche ; Bruno Bellegarde représentait tant Romainville que la circonscription sur laquelle il était candidat : Villemonble, Rosny, Gagny… Je représentais Montreuil, pendant que Juliette animait notre réunion de comité concomitante. Bref, on couvrait l’essentiel du département.

Ce qu’il y a de bien dans ce genre de réunion, c’est qu’on parle le même langage. Nos mots ne peuvent pas être interprétés. En sus, malgré une situation particulière sur la 2e circonscription où Patrick Braouezec se maintient face au candidat socialiste arrivé en tête, nous sommes parvenus à ne pas nous engueuler. Parce que les engueulades entre camarades, c’est finalement assez fréquent, on s’en faisait encore récemment le constat avec l’ami Comité de salut public, même s’il a milité dans une autre organisation. Oh ! Bien sûr, nous avons eu quelques mots, comme on dit. Mais à mots couverts, des petites piques comme celle que m’envoie Bruno genre. Mais rien de vraiment méchant.

A force de militer ensemble, nous avons appris à nous connaître. D’où le même langage évoqué plus haut. Après, nous ne sommes pas tous des amis au sens fort du terme, même si j’en compte de vrais dans les treize que nous étions hier soir. Mais je pense que nous sommes tous devenus, au fil du temps, des potes. Et c’est chouette. Faut savoir que le militantisme, comme le boulot, sont des lieux privilégiés de socialisation. Quand, comme moi, on a déménagé quarante huit mille deux centre trois fois, c’est cool au final. Je sais, je sais… Je reviens à notre réunion.

Dans un moment pareil, où pour beaucoup tout vacille, mettre des mots sur les faits, les inscrire dans le temps long, tracer la perspective donc, c’est assez essentiel. En premier lieu parce que cela permet de renouer avec le fond de notre engagement autant que de nos pratiques politiques. Pour y parvenir, nous tirons avantage de la diversité de nos parcours politiques respectifs, de nos points d’observation différents, de nos cultures, de nos goûts aussi. Axel, tiens, lui, son truc, ce sont les chiffres. Il te décortique une circonscription bureau de vote par bureau de vote, avec analyse sociologique et tout. De la dentelle qu’il nous fait le co-secrétaire du comité Saint-Denis Saint-Ouen. Cette orfèvrerie est super utile pour comprendre pourquoi et comment les quartiers populaires ont voté massivement pour le parti dit « sérieux » au nom d’une forme prolongée de vote utile. Elle nous permet aussi de mesurer que nous enracinons notre discours auprès des classes moyennes et moyennes supérieures, même si je combats cette construction idéologique.

Bref. Nous avons bien avancé hier, notamment pour préparer notre assemblée générale départementale qui aura lieu la semaine prochaine. J’aurai à y présenter le rapport sur le Parti de Gauche dans le Front de Gauche : constat et mise en perspective, quelle que soit la situation. Le tout en moins de dix minutes. Ah ! Vous pouvez rigoler ! Mais avec mes digressions permanentes, ça relève des travaux d’Hercule pour moi de me tenir à dix minutes d’exposé. Donc, on a bien bossé. Nous avons au moins un socle d’analyse commun et cohérent que nous avons la charge de partager avec nos camarades dans les comités. Pour permettre à chacun d’aller au delà de cette colère que j’évoquais au début de ma note.

Du coup, je ne sais pas pour Nico, Sydné, Louis, Riva, Bruno, Franciela, Raouf, Daniel, Axel, Laurent, Henri… ont vécu la soirée, mais moi, ça m’a fait du bien. J’ai posé ma rage pour retrouver le chemin de la construction. En passant, je vais vous confier un truc. D’avoir eu la chance de poser mes idées ici dès lundi, d’avoir mené pas mal d’échanges en commentaire avec vous, ça m’a aidé. Ecrire, c’est un bon moyen pour ordonner ses pensées. Si vous n’avez jamais essayé, je vous le conseille.

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Bonus vidéo : The Pipettes « We Are The Pipettes »


A Montreuil et Bagnolet, pour nous, c’est Brard

Bon, avec tout ça, je n’ai rien écrit sur les législatives à Montreuil et Bagnolet. J’ai encore moins écrit clairement pour qui, et pourquoi, j’appelle à voter. Donc, en toute clarté : je soutiens Jean-Pierre Brard, le candidat du Front de Gauche. Comme la FASE, comme le Rassemblement de la Gauche citoyenne de Montreuil, comme mon Parti. Sans mégoter, sans ergoter, sans « on aurait pu mieux choisir ». J’ai déjà expliqué quelque part que je me considère comme un brardiste tranquille.

Au début, il y a le fond : pourquoi il est indispensable, pour notre peuple, de disposer du plus grand nombre de parlementaires Front de Gauche possible. J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur le sujet ici et . Je vous épargne donc les redites, vu que vous êtes, pour l’essentiel, des lectrices et des lecteurs réguliers de ce petit objet nommé le Cri du peuple. Pour les nouveaux venus, disons en bref : des députés Front de Gauche c’est utile pour battre la droite, pour avoir des points d’appui pour les luttes, pour rappeler au parti dit « sérieux » quel est le chemin vers l’égalité, la justice sociale et l’émancipation. Puis, plus nous aurons de députés Front de Gauche, plus nous aurons des outils pour construire la Révolution citoyenne.

Sur Montreuil, comme ailleurs, le Front de Gauche vit, avant tout, grâce aux centaines de Montreuillois qui n’ont d’autre engagement que cette campagne qui bouscule les lignes politiques traditionnelles et les vieilles idées délégataires. Plus que jamais, l’irruption citoyenne constitue la première étape de la prise du pouvoir par le peuple. Je souhaite donc la réussite de ce processus neuf, en rupture avec les expériences politiques passées, puisque résolument tournées vers les individus qui veulent s’emparer du Front de Gauche. Sur la 7e circonscription de la Seine-Saint-Denis, Jean-Pierre Brard est l’outil politique adéquat pour ce faire.

Pour en revenir à lui en personne, il faut savoir que Jean-Pierre est avant tout un excellent député. Ses interventions à l’Assemblée sont de celles qui fixent les enjeux, éclairent le combat, éveillent les consciences. J’ai en mémoire son explication de vote contre le Mécanisme européen de stabilité. C’est de la vraie politique, un grand moment d’éducation populaire, tant Jean-Pierre sait que, grâce aux réseaux sociaux, sa parole peut sortir de l’hémicycle. Ne serait-ce que pour cela, pour cette parole claire, les Montreuillois et les Bagnoltais ont besoin d’un Brard à l’Assemblée.

Le Front de gauche a également besoin d’un élu expérimenté, qui sait où et quoi chercher dans le galimatias des textes de loi présentés par tel ou tel gouvernement ou parlementaire. Son travail en commission est salué jusqu’aux bancs de la droite. C’est aussi cela l’avantage d’avoir quelques années de présence sur les bancs de l’Assemblée. Je dis ça, oui, pour celles et ceux qui n’ont d’arguments politiques face à Brard que celui de l’âge et de la longévité en tant que parlementaire. J’espère que les mêmes en ont autant au service de Noël Mamère, élu depuis quinze ans. Le jeunisme et le non-cumul dans le temps ne font pas une ligne politique, je vous prie de ne pas m’excuser de le rappeler.

Je me suis aussi dit, connaissant le bonhomme, qu’il devait être un sacré bosseur. Et pas un élu d’apparence qui ne cherchait que les indemnités et un peu de préséance. Bien m’en a pris, je suis allé visiter sa page sur le site de l’Assemblée. Je renonce à compter le nombre de questions écrites, orales et autres interventions diverses. Allez donc vérifier vous mêmes, ce sera aussi simple et vous constaterez que je ne raconte pas de conneries.

Enfin, pour ne pas surcharger cette note inutilement, le Jean-Pierre je l’ai toujours retrouvé dans les luttes sociales. Il n’y a pas une manifestation contre les retraites qu’il ait manquée, sauf à tenir le perchoir de l’Assemblée pour y défendre notre cause. Voilà donc, une raison de plus pour lui renouveler notre confiance.

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Bonus vidéo : Ke$ha « We R Who We R (Artistic Raw & Loopers Remix) »


Face à la droite populaire, Riva Gherchanoc fait front à gauche

Comment vous parler avec un minimum de recul de Riva Gherchanoc ? C’est une sacrée gageure pour moi, la connaissant comme je la connais, depuis 2006. Je me souviens de ce bout de femme toute en cheveux roux qui tentait, après une année à étudier le Droit à Bordeaux, de tenir le coup avec son Revenu minimum d’insertion. Je me souviens de ses prises de parole enflammées quand elle avait à faire connaître les injustices dont elle était témoin. Je me souviens, je le vis encore à dire le vrai, cette énergie incroyable, de celles qui abattent les montagnes.

Aujourd’hui, Riva n’est pas à proprement dire assagie. Toute membre du bureau national du Parti de Gauche qu’elle soit, toute candidate aux élections législatives dans la 3e circonscription de la Seine-Saint-Denis, elle reste cette femme engagée qui réagit au quart de tour quand les « siens » sont victimes d’injustice. Je dois préciser, à ce moment précis, que les « siens », ça fait du monde. Elle compte dans cet ensemble les habitants des quartiers populaires, les femmes, la jeunesse séquano-dyonisienne (celle qu’elle connaît le mieux), les précaires… Oh, ne croyez pas que la plus jeune candidate à la députation de mon département ait le tempérament maternel. Il ne s’agit pas de cela. Je parlerais plutôt d’une empathie profonde, cette capacité rare à faire siennes les souffrances des autres.

Parce que la souffrance, Riva a connu. L’angoisse de boucler ses fins de moi, quand on ne dispose que du RMI, elle a vécu. La difficulté à trouver un boulot, alors qu’elle avait assez brillamment réussi son concours de la fonction publique territoriale, elle a senti au plus profond d’elle. Ça forge le caractère mais ça ne blinde pas. En tous cas, ça ne blinde pas Riva qui a toujours chevillé au corps l’Humain d’abord. Quand je la vois discuter avec les habitants de Neuilly-sur-Marne, sur le marché de la ville, ça se sent. C’est un vrai échange, à base d’émotion autant que de raison. Elle ne lâche pas le morceau. S’il faut une heure pour expliquer, elle la prendra, qu’importe le résultat à la fin. Riva est une militante, de cette espèce rare qui s’oublie au profit des autres.

Parfois, pour celles et ceux qu’elle entraîne derrière elle, comme l’ami Franck Boissier, c’est un peu usant. D’autant qu’elle ne connaît pas le sens du mot « compromission ». Ses anciennes camarades de Ni Pute ni soumise s’en souviennent. Elle a mené la bagarre costaud quand Fadela Amara a choisi d’aller jouer les alibis dans le gouvernement Sarkozy. Je commençais à peine à la côtoyer et ses idées étaient aussi claires que l’eau de source. Ni transfuge, ni complice. De gauche. Tout simplement. Avec une légère dose de révolution : elle revendique sincèrement que l’insurrection citoyenne, c’est maintenant.

Pour Riva, une chose est sûre : le bien commun ne supporte plus de demie mesure en cette période de tension sociale extrême. Une tension avivée dans la circonscription la plus méridionale de la Seine-Saint-Denis par la Droite populaire. Son candidat ici se nomme Bruno Beschizza, secrétaire national de l’UMP, ancien permanent syndical de la Police national qui a intégré la préfectorale par la grâce de Nicolas le petit. Les défenseurs du statut de la Fonction publique apprécieront. Les autres, et même ceux que je viens de citer, apprécieront aussi que le « monsieur sécurité » de l’UMP ait fait son entrée en campagne en tractant contre le droit de vote pour les étrangers extra-communautaires. Peu importe qu’ils vivent, travaillent et paient leurs impôts dans ce pays depuis un an, cinq ans ou dix ans. Le racolage en direction de l’électorat FN ne connaît pas de prescription.

Mais pour Riva, l’infamie de Beschizza noon plus ne sera pas prescrite… Faut dire que Gherchanoc, cela ne sonne guère plus français que Beschizza. Sauf que mon amie, elle, se rappelle d’où elle vient. Elle se souvient de ses origines russes si proches qu’avec la législation actuelle, elle ne serait certainement pas attributaire d’une carte nationale d’identité frappée du drapeau tricolore. Son suppléant, Moussa Diakhaté, lui aussi connaît bien ça. En raison d’une erreur administrative, il a connu le triste quotidien des « sans papiers » pendant plusieurs années. Moussa n’en tire ni gloire ni rancœur. Il est juste devenu défenseur des salariés et animateur de la CGT à Neuilly-sur-Marne. Manière de rendre aux autres cette solidarité dont il a pu bénéficier.

C’est drôle de les voir tous les deux, Riva et Moussa, côte à côte, sur les marchés, au porte à porte, dans les réunions publiques ou les assemblées citoyennes. A eux deux, ils forment une équipe solide, à l’image du Front de gauche sur la 3e circonscription. Je vous préviens juste, si vous les croisez, soyez patients : ils sont loquaces.

3e circonscription de la Seine-Saint-Denis : Gournay-sur-Marne, Neuilly-Plaisance, Neuilly-sur-Marne, Noisy-le-Grand.
Score de Jean-Luc Mélenchon : 6 774 voix et 12,64 % des suffrages.

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Bonus vidéo : Lords Of The New Church « Russian Roulette »


Retour sur la raclée du FN en Seine-Saint-Denis

Il y a eu de bonnes nouvelles dans cette campagne présidentielle. D’abord, oui, on a viré Nicolas le petit. Le geste de salubrité publique a été fait, et nous y avons toute notre part. Il y a aussi autre chose que je veux mettre en lumière, maintenant que j’ai un tout petit peu de temps. Le Front national, qui avait misé gros dans ce département, a essuyé un sacré revers en Seine-Saint-Denis. Certes, la millionnaire de Montretout y obtient 72 335 voix et 13,55 % des suffrages, ce qui est déjà beaucoup. Mais, comparons avec 2002 : l’extrême-droite avait alors obtenu 80 106 voix et 20,41 % des votes. J’ajoute les voix de Bruno Mégret à celles de Jean-Marie Le Pen. Personne n’y verra d’inconvénients, j’espère.

Avant ce scrutin majeur, le Front national n’avait pas masqué ses ambitions. Le parti de la famille Le Pen s’appuyait sur un score moyen de 17 % aux élections cantonales de 2011 pour justifier ses rêves d’arriver en seconde position. Je vais citer le responsable du FNJ dans mon département, Laurent Gervais :

« Le 93 est un laboratoire pour le FN. Il y a tous les terreaux qui peuvent être favorables à notre électorat : forte délinquance, islamisme, misère sociale… Depuis un an, on s’est mis au travail dans le département, il peut donner des résultats importants. Avec une équipe solide, je pense même que le 93 peut devenir la première fédération. »

Diviser, mentir, faire haïr : le vrai visage du F-Haine

Par ailleurs, les responsables frontistes voulaient faire croire que de plus en plus d’habitants « se disent séduits par le discours populiste de Marine Le Pen », sa dénonciation des riches et du « système ». « Sur le terrain », Gilles Clavel, animateur départemental du FN, avait annoncé à la presse que « le discours de Marine Le Pen passe de mieux en mieux auprès de ces habitants » dans la mesure où cette dernière serait « très sensible à ce qui se passe dans les banlieues ». Enfin, le FN avait annoncé vouloir jouer la division entre les Séquano-Dyonisiens, jouant la carte des pavillons contre les tours.

Au final, la Seine-Saint-Denis n’a pas cédé aux sirènes de l’extrême-droite. Cette dernière est même en sérieux repli. Si la formation d’extrême-droite se maintient, en apparence, au niveau du score de Le Pen père 2002, avec une progression par rapport aux régionales 2010, c’est essentiellement dû au basculement d’une partie de l’électorat sarkoziste vers la candidate du F-Haine. Les glissements assumés du discours de Nicolas le petit – « rien n’était factice », nous a-t-il rappelé au soir de sa défaite – ont autorisé autant que justifié ces transferts de voix. Le FN obtient d’ailleurs son plus haut score, 19,90 % des voix, à Montfermeil, ville dont le maire UMP, Xavier Lemoine, s’est illustré par des propos très proches de ceux du FN.

Si le Front national maintient quelque ancrage dans mon beau département, c’est essentiellement auprès des classes dites « moyennes » qui craignent de se voir prolétariser : fonctionnaires, agents de maîtrise, petits commerçants, vivant dans les zones pavillonnaires et les centre-villes en cours de mutation. Ce n’est pas nouveau. Mais, même là, l’implantation frontiste marque le pas.

En revanche, les quartiers populaires, que prétendaient représenter l’héritière de Montretout, se sont refusés à la haine. Ces « pauvres », ces abandonnés des politiques libérales ou social-libérales, n’ont pas abdiqué leur dignité. A Montreuil, dans le très quartier populaire de Montreau-Le Morillon, à l’école Daniel-Renoult, la Le Pen arrive en 4e position sans même franchir la barre des 10 %. Il faut savoir que, dans ma ville de cœur, l’extrême-droite disposait d’une élue municipale de 2001 à 2008. Ce constat a amené un ami blogueur à évoquer le « mystère du vote FN en Seine-Saint-Denis ». En guise de début d’explications, je vais livrer ma modeste contribution.

Je pense, en premier lieu, que dans les quartiers populaires, il reste – malgré tout – une vraie vie sociale, appuyée sur un tissu associatif dense, qui permet aux habitants de se côtoyer, de faire des choses ensemble, donc de se connaître. Je continue à dire que, dans la situation de pauvreté extrême dans laquelle sont plongés bon nombre de ces quartiers, la question du pouvoir d’achat et de l’emploi demeure prioritaire par rapport aux enjeux construits artificiellement de religions ou autres préjugés racistes. A contrario, l’isolement propre à la vie en pavillon facilite le repli sur soi et le rejet de l’autre qui en découle.

Enfin, je continue de penser que la campagne du Front de Gauche, qui a fait le pari de l’intelligence, a contribué grandement à redonner à la classe ouvrière sa fierté et sa dignité. En la replaçant au cœur de la vie politique ; en lui rendant son rôle moteur dans le combat de classes hier, aujourd’hui et demain ; en lui redonnant une voie et sa voix, nous avons fait œuvre utile. Une classe qui se retrouve, c’est une classe qui n’a plus peur. C’est là une des raisons fortes de la défaite du F-Haine dans mon département.

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Bonus vidéo : Boikot « No Pasaran »


Chroniques montreuillloises : 3e épisode

Et bien, je ne me doutais pas que la série des « Chroniques montreuilloises » allait connaître un rythme aussi soutenu. Nous voici donc déjà à l’épisode 3. Je rappelle, à titre informatif, que ce n’est pas une fiction. Malheureusement.

Ne manquez pas le conseil municipal qui a lieu ce soir et samedi matin. Il porte sur le budget, on devrait encore bien rire, jaune. Etonnant quand on parle des verts… Mais à « Montreuil la rouge », c’est ainsi.

Le « rêve français » de Bartolone appliqué aux « Sorins »

La première info date de ce jeudi 15 décembre au matin. Le tribunal administratif a donné raison au président du Conseil général de la Seine-Saint-Denis. Les « Sorins » sont donc expulsables. Ce doit être une manifestation du « rêve français » cher à François Hollande. Petit retour : 250 personnes, expulsées déjà de l’ancienne usine de la rue des Sorins, se sont installées sur le terrain Andr-Blain, boulevard de Chanzy à Montreuil. Plusieurs interventions ont eu lieu pour éviter de plonger ces familles dans une précarité aggravée. La dernière en date émane de mes amis du Parti de Gauche Montreuil, qui ont saisi le groupe Front de Gauche au Conseil général. Pour autant, le « parrain » de la Seine-Saint-Denis n’a pas jugé utile de retirer sa demande d’expulsion. Et le verdict est tombé ce matin…

Le "rêve français" selon Claude Bartolone

Photo : Sébastien Estebanez

Cherche Razzy Hammadi désespérément

On attend la réaction du candidat désigné par la rue de Solférino, Razzy Hammadi. Pour le moment, le brillant challenger du maire d’Orly en 2008, monsieur 13,30 %, est présent… sur twitter. Et apparaît de ci de là dans les lieux branchés de Montreuil, ce qui doit lui apparaître comme une campagne de terrain harassante. Je me suis laissé dire qu’il ne bénéficie pas vraiment de guides locaux. Pour ce qui est de la législative, les militants de la section PS de la ville sont, au mieux, aux abonnés absents quand ils ne « réfléchissent » pas à soutenir une éventuelle candidature alternative. Pour la présidentielle, ils sont bien sur les marchés. Quoi de plus normal quand leur candidat, François Hollande, se fixe comme objectif de « mettre de l’efficacité dans les marchés » ? Ah, ce n’est pas les mêmes dont nous parlons ?

Elle m'a dit

La dernière fois qu’on a vu Razzy sur un marché, c’était efficace, c’était à Orly

L’accueil républicain de l’amère pour le « populiste »

Je dois bien m’en rendre compte, la législative rend les militants politiques montreuillois fous. Mais, à leur décharge, elle rend aussi les élus, l’amère au premier chef, raide dingue tout pareil. Comment comprendre sinon qu’elle a pris le pari de la provocation lors de la venue à Montreuil du candidat du Front de Gauche à l’élection présidentielle ? Petit rappel : à l’occasion de la cérémonie du Huit-Mai-1945, marquant la victoire de la démocratie contre le nazisme, l’amère s’en était pris à Mélenchon le traitant, à mots couverts de « populiste ». C’est justement ce populiste auquel elle prétend avoir voulu présenter ses salutations républicaines dimanche 11 décembre, lors du meeting tenu au grand hall du parc Montreau. Bien que Juliette Prados lui ait recommandé de ne pas venir, l’amère s’est invitée dans la salle du meeting où, comme de juste, elle s’est faite accueillir… vertement. Ce qui a provoqué ce touite :

« @DominiqueVoynet Dominique Voynet

J’ai accueilli #JLMélenchon à son meeting de #Montreuil, mieux que certains de ses militants ne m’ont accueillie… #Usages Républicains ? »

Le laconisme de ce message montre bien que sa manœuvre a échoué. Personne ne l’a giflée contrairement à ce qu’elle devait espérer.

Lutte libre à Montreuil

Pour l’amère de Montreuil, tous les coups sont permis

Cogner la CGT pour se refaire la pilule dans le personnel

Pauvre petit chose qui a dû se contenter de quelques noms d’oiseaux. A croire que sa charge des jours précédents contre le Comité des œuvres sociales de la mairie, véritable procès stalinien que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer, a fini d’exacerber un climat de tension général. Comme s’il y en avait vraiment besoin… A propos du rapport écrit sur commande, et qui n’a rien d’un audit mais lequel sert de détonateur à la charge que veut mener l’amère contre la CGT, il faut s’arrêter un instant sur sa raison d’être. Petit retour en arrière encore. En février 2010, près de deux agents communaux de Montreuil sur trois cessent le travail pendant une journée pour protester contre la politique managériale de la nouvelle municipalité et contre la désorganisation des services qui en résulte. Un rassemblement organisé place Jean-Jaurès se forme, fort de plus d’un millier de personnes.
Faut bien reconnaître que l’amère provoque de l’amertume parmi les agents. Aujourd’hui, alors que les élections municipales se rapprochent, la rouquine tente de reprendre la main auprès des communaux. Hé, c’est qu’ils sont 1 500 à voter et à avoir de la famille ainsi que des amis à Montreuil. Faudrait voir à pas perdre l’élection à cause d’eux. En défense de l’amère, il y a eu un précédent : l’attitude du précédent premier magistrat envers le personnel communal n’a pas qu’un peu contribué à sa défaite en mars 2008. Donc, cogner la CGT pour tenter de retrouver les faveurs du personnel, c’est le calcul politique de l’ancienne sénatrice-maire. On va voir ce que cela va donner dans les semaines à venir.

La gauche monte au front

Bon… Et le Front de Gauche dans tout ça ? Il va pas mal, merci pour lui. Le banquet de lancement de campagne de Jean-Pierre Brard, député sortant et candidat du Front de Gauche, a été un succès. Et le meeting présidentiel de Jean-Luc Mélenchon qui l’a clôturé a vu l’assistance grossir encore. Quand on fait de la politique sur le fond, ça marche toujours au final.

Meeting de Jean-Luc Mélenchon à Montreuil

Salle comble pour le meeting « Place au peuple » à Montreuil le 11 décembre

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Bonus vidéo : Lofofora « Social Killer »


L’Etat-UMP puissance coloniale en Seine-Saint-Denis

Ça fait un petit moment que je me dis qu’il me faut évoquer ici l’attitude de l’Etat-UMP en Seine-Saint-Denis. Et puis, au fil des discussions ici et là, ce besoin s’est fait plus pressant. Il me paraît que, pour de bon, l’État, dans ce département, ne joue plus son rôle républicain. Je suis intervenu sur ce sujet lors d’un conseil national du Parti de Gauche, il y a quelques mois ; malheureusement, si les choses ont changé, c’est en pire.

Voilà donc mon analyse : en Seine-Saint-Denis, l’État est devenu partisan au point de se comporter comme une puissance occupante. Ce département, cher à mon cœur vous le savez, ne fait plus véritablement partie de la République française. A voir comment l’État fonctionne ici, on se croirait revenu au vieux temps des colonies. Le Préfet tient le rôle d’un gouverneur général et les parlementaires UMP modifient les lois pour lui permettre de prolonger son mandat de pro-prêteur au-delà de la limite d’âge fixée aux agents de la fonction publique et au-delà du mandat présidentiel de sa majesté Nicolas l’inique.

La Seine-Saint-Denis vue par l'UMP

La Seine-Saint-Denis vue par l'UMP

Que dire encore des modes d’action de ce qui fut autrefois digne du nom de « Police nationale » ? En lieu et place d’une présence de terrain ; d’une présence effective permettant de connaître la rue et ses problèmes ; d’une lutte quotidienne contre l’économie souterraine qui s’avère un vrai problème dans bon nombre de nos quartiers, les hommes en bleu s’enferrent –  sur ordre de la place Beauvau – dans un cycle infernal de provocation-répression avec les bandes délinquantes.

Qu’il soit bien clair entre nous : il y a des vrais problèmes de délinquance en Seine-Saint-Denis. Le nier, faire comme si cela n’existait pas, serait irresponsable. Est-ce pour autant la seule caractéristique de ce département ? A l’évidence, non. On peut d’ailleurs se poser la question de savoir pourquoi, au-delà du jeu des apparences et des sorties médiatiques du Vizir Guéant, des quartiers entiers, par hasard ceux où sévit la criminalité la plus dure, sont laissés à l’écart des opérations de police… Je ne fais pas le procès ici des fonctionnaires de la Police nationale. Je questionne plutôt l’attitude du ministre de l’Intérieur et des collectivités locales.

Ces dernières, en effet, sont laissés seules face à l’ampleur des problèmes : les réformes successives de la politique de la ville, la baisse des dotations d’État, le recul des services publics décentralisés ou déconcentrés, sont tels que l’action publique n’est plus présente dans nos quartiers que sous la forme de l’école élémentaire et des passages irréguliers des voitures de la BAC. Il n’y a guère, pour l’essentiel, que dans les municipalités communistes ou qui l’ont été longtemps que des équipements publics importants ont été installés dans les quartiers dits « chauds » : une médiathèque aux 4.000 à La Courneuve, un centre municipal de santé à Montreau-Le Morillon à Montreuil, pour ne citer que deux exemples.

Rendez-nous une police républicaine

Le sinistre de l’Intérieur Claude Guéant a dû en prendre conscience, qui propose la mise en place de milices privées encadrées par des « retraités » de la Police nationale. « Au bon vieux temps des colonies » aussi, les colons pouvaient s’armer contre les « indigènes » dont la vie ne valait pas tripette. Ho certes, ils avaient un statut ces indigènes, mais leur voix comptait bien peu. Ben, en Seine-Saint-Denis, c’est pareil. De toutes les façons, sauf dans quelques enclaves comme Le Raincy ou Rosny, les Séquano-Dyonisiens, quand ils votent, votent à gauche. A quoi bon les considérer comme des êtres humains à part entière ?

Dans ce contexte, les sociaux-démocrates de Claude Bartolone jouent aujourd’hui, hormis la partition politicienne qui leur sied bien, le rôle de supplétifs de l’Etat-UMP. Force est de constater aussi que leur adversaire est bien plus le Front de Gauche que la droite, mais j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire. Je vais donc éviter de me répéter.

Quoi qu’il en soit, je veux croire que les élections législatives et présidentielles seront l’occasion de changer la donne politique et citoyenne en Seine-Saint-Denis. Et que le changement de majorité auquel j’aspire se traduira par une nouvelle politique publique au quotidien dans l’ensemble des villes et quartiers séquano-dyonisiens.

l'hymne de Christian Lambert

La chanson préférée de Christian Lambert

J’ai bien peur que le constat que je dresse, effrayé pour la Seine-Saint-Denis ne soit valable aussi pour certains coins de l’Essonne ou du Val-de-Marne… A vous, lecteurs, de confirmer ou d’infirmer.

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Bonus HADOPI : téléchargez Laid Thénardier « Honorée Patrie (Non merci) »

 

Bonus vidéo : Haine Brigade « Face à face »